VERNE
ne étude sur quel- Verne,
144 À propos de Jules Verne
l'imagination féconde de l’auteur ; en analysant les impressions que faisaient naître en moi ces résultats presque merveilleux obtenus au moyen de combinaisons parfaitement rationnelles d’ailleurs, et n'ayant contre elles que leur présente nonactualité, je me suis naturellement reporté aux siècles qui nous précèdent, en me demandant ce qu'auraienl pensé nos aïeux d’un ouvrage qui leur eût laissé entrevoir seulement le demi-quart des merveilles que la science a produites de nos jours.
Lorsque, au quinzième siècle, Copernic découvrit et entreprit de demontrer son système planétaire, quel étonnement, quelle incrédulité même ne provoqua-t-il pas! La plupart de ses théories furent regardées comme absurdes; et lui-mème ne fut-il . pas qualifié d'illuminé? Etcependant, aujourd'hui, dans les livres les plus élémentaires, on trouve ce grand système, naguère si combattu, expliqué aux
rentes
ant les résulyen de illeurs, le nonrté aux mandant rage qui mi-quart
découvrit
jourd'hui, trouve ce
A propos de Jules Verne 145
enfants comme vérité irréfutable, mis à la portée de tous, accepté par tout le monde.
Au siècle suivant, Galilée développe la même idée, enseigne le même principe et démontre les mêmes faits. Sa découverte des propriétés du télescope, que Métius n'avait fait qu'entrevoir, lui permet de porter ses regards plus loin que Corer-
nic, et d’aller, dans l’immensité de l’espace, suivre et indiquer l'orbite des planètes, pendant que, à
l'aide du pendule qu'il invente, et sans quitter la surface du globe, il trouve de nouvelles preuves à l'appui de son système. Et cependant, la plupart de ses assertions sont regardées, par ses contemporains, comme les produits d’une imagination surexcitée, comme des rêves enfantés par un cer Yeau évidemment mal équilibré. Ses lois de la pesanteur sont acceptées avec la même défiance, til n'y a pas jusqu’à son thermomètre dont on ne
évoque en doute les qualités palpables, porr ainsi K
: ie ne Le ee # + - : =.
146 À propos de Jules Verne
dire. On le traite de visionnaire, on le combat, au point qu'il en vient à hésiter lui-même sur l’exactitude de ce qu'il enseigne. Mais, à la fin, la
science est plus forte, el il meurt avec sa convic-
fion : E pure si muove.
Eh ! oui, la terre se meut; qui en doute aujourd'hui? Demandez au moindre élève de première année, il vous répondra. Essayez de prouver la
fausseté de cette assertion au plus petit savant, il se moquera de vous comme on s’est moqué de
Galilée et de Copernic lorsqu'ils tentaient d’en à
établir la vérité.
Et, sans parler de Toricelli qui inventa le baromètre; de l’immortel Newton, qui découvrit les lois de la gravitation, et qui affirma cette vérité, alors méconnue, aujourd'hui universellement acceptée, que tous les corps s’attirent les uns les autres en raison directe de leur masse et en raison
le combat, inverse du carré de leur distance, arrivons aux me sur l’ex- découvertes Plus récentes e1 AUX élonnant(es appli- , à la fin, la Cations de Ja science moderne. | sa Convic- : Qu'eussent Pensé les Contemporains de Papin
de Newcomen, de Watt, si on leur eût fait Passer a aujour- devant les Jeux les prodi
de première prouver la
les audaces en it savant, il
tes les Vanités : Qui, comme plus
belles choses à côlé des naïvetés les plus ineffables, il a encouragé, ou Plutôt q
cieuses découvertes. Le g d'or et d'argile, n’a-t-il
même lemps que tou
t moqué de l'Tlliade, Contient les
itaient d’en À
nta le baroécouvrit les cette vérité, lement acles uns les et en raison
148 A propos de Jules Verne
tions, toutes les misères avant de pouvoir faire signer à l'humanité un contrat dans lequel elle avait tout à gagner ?
George Stephenson, l'inventeur des locomotives, est encore venu prouver que le grand siècle des lumières n’y voit pas toujours clair du premier coup. On ne comprenait pas ces immenses découvertes ; on reculait effrayé devant les perspectives insondables qu’elles ouvraient au regard habitué à
des horizons plus resireints. Et cependant, au-
jourd’hui, qui s'étonne de voir les vaisseaux fran-
chir les mers comme on traversait autrefois une rivière? Qui songerait à nier la puissance et les avantages de la locomotive en face de ces réseaux de voies ferrées qui déroulent leurs ceintures brillantes sur toutes les zones de notre globe ?
Qui pourrait nier l'importance de l'aëérostation, en présence des immenses services rendus por cet
voir faire quel elle
omotives, siècle des a premier ses décourspeclives habitué à ndant, auaux franrefois une ince et les ES réseaux ceintures globe ?
érostation, dus par cet
À propos de Jules Verne 149 RARE
art si utile, lors du dernier siége de Paris ? Jamais les ailes de Ja Renommée n'auront porté un nom plus haut que celui des frères Montgolfier.
Mais j'en viens à la plus grande découverte de
notre siècle, celle de l'application de l'électricité à
la lélégraphie. Qu’eût-on pensé, il y a Cinquaute
ans, d’un auteur Qui aurait expliqué, dans un ouvrage sérieux, le fonctionnement du télégraphe de
Morse ; ou qui aurait osé parler de la transmission
d'un mot à travers l'Atlantique, de New-York à Liverpool, dans trente-centièmes de seconde! Et Pourtant, cette merveille s'accomp à chaque heure, à Chaque instant. Et croyez-vous que l'électricité ait dit Son dernier mot ?
d'ici à Vingt ans seulemen
lit tous les jours,
Qui sait, l, à quels perfectionnements cette application Peut arriver? La se Marche à pas énormes, Ona
ience Supprimé les chevaux
de la diligence, les rames el les voiles des Vais-
seaux; ona presque réussi à se Passer du com-
150 À propos de Jules Verne
bustible encombrant, c'est-à-dire qu’une quantité jnsignifiante de pétrole mêlée à la vapeur d’eau fournira un foyer de chaleur d'une puissance extraordinaire ; la vapeur sera tout à la fois la cause et l’effet—et cette admirable application sera due à un de nos compatriotes !; on a supprimé les distances, les hauteurs et les profondeurs; pourquoi vouloir présomptueusement indiquer le point où le perfectionnement doit s'arrêter? Pourquoi
l'électricité, cette force effrayante qui pulvérise en
un moment les corps les pius durs; qui, sans laisser de traces extérieures, change toute la constitution chimique d’un objet, pourquoi l’électricité ne ferait-elle pas ce que la vapeur fait aujourd'hui? On n’a pas encore trouvé, mais on trouvera ; et lorsque Jules Verne décrit la machine
du Nautilus, il fait une description qui sera vraie,
1 M. James Prendergast, qu'une mort prématurée a empêché de poursuivre sa belle découverte.
quantité r d'eau nce exa cause sera due rimé les 8; pourr le point Pourquoi lvérise en qui, Sans toute la toi l’élecpeur fait mais On
A machine
bra vraie,
ché de pour-
À propos de Jules Verne 151
au pied de la lettre, j’en suis convaincu, dans trente ou quarante ans, peut-être dans dix ans. Le Nautilus n'existe pas, je l’admets, mais il existera ; et nous marchons si vite, dans ce siècle, qu'entre l'idée et le fait, on n’a que juste le temps de con-
cevoir l’une avant de voir l’autre se dresser devant le regard étonné.
Voilà des choses bien sérieuses pour une cau-
serie; mais je les crois bonnes et instructives : c'est là mon excuse.
s DER OR à MR SAT Te de fee do ER SOS LR MN TENTE