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naturellement par là aux moyens qu’il faul prendre pour nous réformer. Ce ne sera pas long; il n’y a pas lieu de chercher bien loin.
D'abord, et en premier lieu, absence ou plutôt rareté extrême de personnes véritablement capables d'écrire. Le métier du journaliste, comme on veut bien l'appeler, n’est pas un métier ordinaï:e. Il faut une tête et même plusieurs têtes solides pour bien conduire un journal.
En second lieu, nous avons généralement des journaux qui veulent trop embrasser et qui négligent les spécialités dans lesquelles ils réussiraient
pour tenter de s’universaliser dans des domaines où ils perdent pied à chaque instant. I vaut mieux n'écrire qu’une seule bonne page sur un sujet que l’on possède que d’en
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génie, et cet attribut ne se rencontre pas nécessairement et essentiellement dans la chaire d’un journal.
En troisième lieu, absence presque complète d'éducation et de mœurs politiques et sociales. On regarde un adversaire comme un ennemi; c’est un Prussien à toutes fins que de droit, et, pour l'abattre, tous les moyens sont bons. Il y a bien la correspondance anonyme et plusieurs autres causes que je pourrais mentionner, lesquelles se rattachent de près ou de loin aux trois que je viens d'énoncer ; mais cela nous entraînerait trop loin. Je ne veux pas donner à cet' article les proportions d’un traité, ce qui serait d’ailleurs au-dessus de mes forces et de votre patience.
Voilà donc, à mon sens, les trois grandes plaies du journalisme dans ce pays. ci je fais encore une fois mies restrictions. Je n’entends parler que
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des généralités. 11 existe, Dieu merci, de consolantes exceptions.
Il faut l'avouer, néanmoins, nous avons peu d'hommes véritablement instruits ; j'entends parmi ceux qui se livrent au journalisme. On en cherche la cause dans le peu de rémunération que donne cet emploi. Je conviens que nos rédacteurs sont peu payés, mal payés. IL y a des journaux qui n’ont pas le moyen de donner plus: c’est un grand malheur. Mais 1l y en a d’autres qui peuvent faire bien davantage, et qui ne le font pas: c’est une chosejinqualifiable. Le plus d'intelligence, la plus grande somme de travail, pour le moins d'argent possible : telle paraît être notre devise. Ce principe a certainement son bon côté; mais il me semble que nous en abusons. Les articles de journaux sont à une sorte d’enchère, mais une enchère renversée. On cherche, non pas celui qui écrira le mieux, mais celui qui pourra-éérire à plus
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bas prix. Voilà pourquoi les hommes de talent s'abstiennent en général d'entrer dans un état qui ne peut pas même fournir le nécessaire ; et voilà pourquoi les rédacteurs compétents peuvent facilement se compter.
D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit plus haut, le journalisme, ici, n’est pas une mission ; c’est presqu'exclusivement une affaire. Le grand chef de l'établissement, l’homme important, celui qu’on paye le mieux, c'est l'administrateur de la-partie commerciale et financière ; et celui-là n’a peut-être qu’un rival, c'est le solliciteur de jobs et d’annonces, que les anglais appellent, je crois, canvasser. Le rédacteur n’est absolument rien, comparé à ces personnages, et son article n’est véritablement qu’un accessoire, qu'un hors-d’œuvre dans le journal.
J'ai meñtionné, en second lieu, la funeste cou-
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tume qu'ont nos journaux d'embiasser à la fois trop de sujets. La chose serait certainement possible s’ils avaient le personnel nécessaire. Il n’est pas défendu à une feuille de s’universaliser dans ses sujets ; au contraire, c’est l’une de ses qualités, c’est l’un de ses devoirs même. Mais il faut s'entendre. Dans les grands établissements où la rédaction compte un personnel de plusieurs membres compétents, chacun a sa spécialité et s'occupe d’une branche particulière. Le journal peut alors “embrasser un grand nombre de sujets et les traiter convenablement. Mais quand, pour tout cela, vous n'avez qu'un seul homme, et surtout un homme mal payé qui doit chercher, en dehors et “dans d’autres travaux, le surplus d’un salaire que “le journal lui refuse ou ne peut pas lui payer, “comment voulez-vous qu'il se tire d'affaire? Vous l savez aussi bien que moi : nous en avons partout . des exemples sous les yeux. Il fait un article pour
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le prix qu’on lui donne ; et, comme le prix est maigre, l’article est maigre aussi.
J’aborde maintenant le point le plus délicat qui touche aux mœurs du journaliste. Je voudrais certainement ne pas commettre la faute que je reproche à quelques-uns de ces messieurs et ne pas leur tomber dessus de la même manière qu'ils en usent entr'eux; mais je ne puis pas m'empécher de dire qu’il y a, dans la plupart de nos journaux, un manque étonnant de manières politiques et sociales. On ne discule pas, on crie; on ne raisonne pas, on frappe. On ne recule devant rien. Il n’est pas d'injure si violente qu’on n’imprime en toutes lettres. Les colonnes de certains journaux ressemblent moins à une joûte honnête qu’à une arène de pugilat.
y a là un mal incalculable pour notre pays ;
un mal auquel personne: n'a l'air: de songer, mais
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qui n’en est pas moins réel ; et ce mal consiste en ce que une foule de personnes distinguées qui pourraient être utiles à leurs concitoyens, aider aux affaires publiques et prêter leur concours en beaucoup de circonstances, ne veulent rien faire et se tiennent à l’écart de peur de se voir sur le champ disséquées, et d'assister au triste spectacle de leur réputation démolie que l'on jette sans miséricorde aux quatre vents du ciel. Tout le monde n'a pas la même ardeur chicanière. Il ya des gens pacifiques et tranquilles qui se privent volontiers d’une promenade au grand air plutôt que de sortir dans une rue où l’on lance des pierres; et ces gens pacifiques ont la majorité.
Il en est ainsi du journalisme, et même du simple domaine littéraire. Beaucoup de personnes n'osent s’y aventurer dans la crainte des éclaboussures ; et l'expérience a démontré que c’est là une crainte fort sage. Le fait.est.que, très-souvent,
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on a obtenu beaucoup de certaines personnes à l'aide de cette seule menace: «Je vous mettrai dans les journaux. »
Voilà, à mon avis, ce qui entrave les progrès du journalisme dans notre pays, ce qui lui Ôte l’influence qu’il devrait avoir, et ce qui par là même rend presque nul le bien qu'il cherche à produire. Cela veut-il dire que la situation soit désespérée ? Non; certainement. A côté de cet élément délétère, il y a l'élément sain et vivificateur. Nous avons des journaux qui marchent droit et portent haut la tête. Malheureusement ils sont la minorité et ne sont pas assez forts pour contre-balancer les abus qui pullulent autour d'eux. L'exemple ici ne suffit pas, il faut donc un remède et un remède radical : le voici, en peu de parois.
Elevons le niveau de !: rédaction dans nos journaux. Nous faisons disparaître, d'un seul coup,
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tous les inconvénients que je viens de signaler. La chose est plus réalisable qu’on ne le pense. Il s'agit d'y mettre un peu de cœur, un peu de conscience surtout. On se plaint beaucoup dans ce pays du défaut de carrières ouvertes au talent et à la science. Oh n’a pas tout-à-fait tort, mais on n’a pas absolument raison non plus. Je conviens que les vieux pays et même la République qui nous avoisine, offrent incontestablement à leurs sujets plus de moyens d'avancer, de parvenir. Mais s’ils ont plus de carrières, ils ont aussi un bien plus grand nombre d'hommes qui se les disputent. A mon avis, notre infériorité n’est pas autant dans le nombre que dans la qualité. Nos carrières, à cause même du niveau inférieur où un esprit de trafic mal entendu les retient, sont souvent envahies par la médiocrité et tout naturellement délaissées par le talent supérieur.
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est une des plus importantes et des plus belles. Il est appelé à faire beaucoup dans ce pays, s’il veut suivre la ligne de conduite que le devoir lui trace.
Il y a encore une infinité de choses qu’il devrait dire et qu’il n’a pas dites, comme il y en a aussi malheureusement beaucoup qu'il a dites et qu’il aurait dû taire à jamais.
Le journalisme — qui n’est pas toujours la pensée d’un peuple—est néanmoins censé l’être. C'est l'écho de ce peuple au dehors; c’est lui qui le fait connaître aux autres nations, et ces nations jugent tout naturellement d’après cet écho qu’elles reçoivent, sans trop s'occuper s’il est fidèle ou mensonger. D'où il suit que, si le seul sentiment du devoir n’est pas assez fort pour nous faire garder la ligne droite et nous maintenir à la hauteur de
notre tâche, nous devons avoir au moins pour mobile le légitine” sentiment. de. l’amour-propre
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national. Pour nous faire songer à ce que nous disons, songeons un peu à ce que l’on dira de nous. Nous ne sommes pas encore grands par.
notre science ou par nos industries; nous ne sommes même pas très-avancés comme simple peuple d'agriculteurs. Tâächons au moins de nous faire remarquer en quelque chose.
Nos journaux circulent peu, sont peu consultés. Ils circuleront, ils se feront lire. Attironsla saine collaboration au lieu de l’effrayer, de la décourager. En un mot, pour instruire, pour intéresser, prenons les moyens d’être instructifs, intéressants.
Et, pour cela, il n’est pas besoin de créer des talents ; ces talents existent et ne demandent que dés circonstances honorables, des conditions raisonnables pour se faire jour, pour entrer en scène. Créons ces circonstances, établissons ces conditions ; la médiocrité.s’effäcera” d'elle-même et l:
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supériorité prendra sa place en relevant tous les niveaux. Du même coup, nous faisons disparaître
tous les défauts que j'ai constatés, Nous aurons une rédaction compétente, sagement dirigée. La stérilité étant disparue, il n’y aura plus lieu de recourir aux attaques personnelles, aux injures mordantes, pour se faire lire. Il y aura moins de sensation et plus d'intérêt. La polémique deviendra ce qu’elle doit être : une polémique de raisonnement, de déférence, et de bon goût. D'un autre côté, la rédaction saura se tenir dans des bornes raisonnables et définies sans s’aventurer au hasard sur les terrains qu'elle ne connaît pas et sans aborder avec une ardeur dangereuse des sujets qui lui sont complètement étrangers. Nousinstruirons, nous intéresserons les nôtres qui nous liront et nous soutiendront. Nous y gagnerons du mérite tout en réussissant au point de vue des finances ; et, si nous devenons-riches, ce qui vaut bien quel-
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que chose, nous serons en même temps considérés et respectés, ce qui vaut mieux encore.
Enfin nous aurons la satisfaction, et ce sera une satisfaction bien légitime, nous aurons la satisfaction de nous faire connaître avantageusement au dehors. Nous exporterons à l'étranger un langage un peu plus soigné, une polémique un peu mieux apprise, desrenseignements un peu plus exacts et, surlout, une science un peu moins boiteuse.
considérés
ce sera une la satisfacsement au ‘un langage peu mieux s exacts et, euse.