Article de 190L
jours, à Rome, dans la gothique chapelle des religieuses missionnaires Franciscaines. Une vingtaine de jeunes filles y prenaient le voile, et parmi elles se trouvait Donna Alfonsina Orsini, fille du prince Orsini et de la princesse née Hoyos de Sprinzenstein, qui vient d'entrer dans sa vingt-et-unième année. Jeune, riche, remarquablement belle et appartenant à l'une des plus hautes familles de l'aristocratie romaine, une famille qui compte deux papes et plusieurs illustres cardinaux dans son antique lignée, donna Alfonsina Orsini a renoncé, sans regret, aux séductions de la vie, pour se consacrer au ser\ice de Dieu et prendre l'humble voile des filles du Seigneur.
Tout ce que Rome compte d'aristocratie, se pressait ce jour-là dans la blanche chapelle des missionnaires franciscaines. Vêtues de blanc, comme de jeunes épousées, les futures missionnaires de Dieu ont pris place dans le chœur, tandis que leurs familles se tenaient dans les bas-côtés. Le prince et la princesse Orsini, ainsi que la vieille nourrice de la princesse Alfonsina, étaient présents à la cérémonie. Et lorsque l'humble femme du peuple vit tomber sous les ciseaux les magnifiques cheveux de celle qu'elle avait tant de fois bercée sur son sein, elle éclata en sanglots et s'évanouit sous le coup de l'émotion .
Un murmure d'admiration s'éleva dans l'assistance, lorsque donna Alfonsina apparut, comme une vision de blancheur et de pureté, sous la robe de laine blanche des Franciscaines. Elle s'agenouilla comme ses compagnes et l'évêque consacrant lui dit ces mots solennels :
' — Dorévanant, vous ne vous appellerez plus Alfonsina Orsini, mais Sœur Alfonsina de Sainte-Hélène.
Alors, on vit deux larmes couler lentement sur le visage de la princesse Orsini, tandis que deux mots sortaient de ses lèvres : '' Ma fille ! "
La cérémonie s'acheva dans l'émotion générale. Chacun admirait l'ardent élan de foi religieuse qui faisait abandonner le monde à donna Alfonsina juste à l'heure des rêves et des souriants espoirs.
Dans quelques années, sœur Alfonsina de Sainte-Hélène ira semer la parole du Christ dans les pays lointains d'où, bien souvent, hélas ! on ne revient plus.
La foi religieuse a toujours été profondément ancrée dans la 'famille des Orsini. Cette illustre maison eut, comme nous l'avons dit, deux Papes, Nicolas III et Benoît XIII, sans compter plusieurs cardinaux, des moines et des religieuses parmi lesquelles Donna Camille, qui avait épousé au dix-huitième siècle le prince Marc-Antonio Borghèse, et qui a reçu les honneurs de la béatification.
L'Institut des Franciscaines Missionnaires est relativement récent puisqu'il ne date que d'une trentaine d'années. La Maison Mère et le noviciat se trouvent à Rome. Sa fondatrice, qui vit encore — elle est Mère Générale — est alliée à l'impératrice Eugénie. L'Institut compte en tout soixante-cinq maisons répandues sur tout le globe, notamment en Chine, où sept de ces vaillantes filles trouvèrent la mort l'année dernière, lors des massacres des chrétiens.