CHAPITRE XII
Classification. — Ce chapitre comprend : 1" les bougies électriques proprement dites; T les régulateurs à charbons parallèles; et S** la lampe-soleil et les appareils similaires.
Bougies Jablochkoff. — Le 23 mars 1876, M. PaulJablochkofT, ancien officier de l'armée russe, prenait un brevet d'invention dont voici la description complète :
« Mon invention consiste dans la suppression absolue de tout mécanisme ordinairement usité dans les lampes électriques ordinaires. Au lieu de réaliser mécaniquement le rapprochement automatique des charbons conducteurs au fur et à mesure de leur combustion, je fixe simplement ces charbons l'un contre l'autre, en les séparant par une substance isolante, susceptible de se consumer en même temps que les charbons, du kaolin, par exemple. Les deux charbons ainsi préparés peuvent se planter dans une sorte de chandelier spécial, et il suffit de les faire traverser par le courant d'une pile ou d'une source quelconque pour qu'un arc voltaïque prenne naissance d'une extrémité à l'autre.
€ Dans le cas d'un courant de même sens, l'un des charbons s'usant plus rapidement que l'autre, il y a lieu de se servir de charbons de sections inégales, afm de maintenir constante l'égalité de leurs longueurs. Au lieu de deux baguettes de charbon fixées de part et d'autre d'une bande de kaolin, je puis me servir d'un tube de kaolin entouré d'un tube de charbon et renfermant un cylindre également de charbon.
« Pour l'allumage ou la mise en marche de la lampe, je
réunis les deux extrémités libres des charbons par une petite bande de charbon qui, au passage du courant, rougit d'abord, puis se brûle, et sert ainsi d'amorce à l'arc voltaïque.
c Lorsque j'ai besoin de maintenir le point lumineux à une hauteur constante par rapport à un réflecteur, je me sers d'un mouvement d'horlogerie à déclenchement électrique, commandé par une dérivation du courant, ou sans déclenchement, s'il n'est pas nécessaire.
« Au lieu de charbons ordinaires, je puis employer des charbons agglomérés qui pourront surtout convenir à la disposition en tube mentionnée plus haut. »
Nature des courants employés avec les bougies. — Lorsqu'on fait usage de courants continus pour l'éclairage à l'arc voltaïque, le charbon positif s'use deux fois aussi vite que le charbon négatif. Cela est sans inconvénient dans un régulateur à crayons opposés, car on peut laisser descendre le foyer lumineux sans nuire aux éclairages industriels, ou s'arranger pour que le charbon négatif se meuve une fois moins vite que le charbon positif ; mais quand les charbons sont maintenus parallèlement, au bout de très peu de temps les pointes ne se trouvent plus en face l'une de l'autre; l'arc grandit, puis s'éteint. Pour empêcher cette usure inégale, on essaya de donner au crayon positif une section double. Cela compensa assez bien la difl*érence des combustions. Le charbon négatif rougissait alors sur une grande longueur et s'amincissait tellement que la flamme perdait sa régularité, son intensité et sa consistance ; en un quart d'heure l'arc s'éteignait de nouveau. On chercha ensuite, sans grand succès d'ailleurs, à changer le sens du courant toutes les minutes dans les dynamos Gramme, alors dans tout l'éclat de leur brillant succès; finalement on eut recours aux machines à courants alternatifs et tout alla bien.
Les machines de l'Alliance pouvaient entretenir l'arc dans trois bougies en série, brûlant simultanément; cela suflit à M. Jablochkoff' pour perfectionner son invention et en faire apprécier le réel mérite. M. Gramme ayant, vers la même époque, combiné une machine à courants alternatifs d'un plus petit
volume et permettant d'alimenter seize bougies à la fois, une Société se forma pour l'exploitation des bougies et commença les belles expériences d'éclairage public qui ont tant contribué à
Tembellissement de Paris pendant l'Exposition universelle de 1878.
Depuis cette époque, presque toutes les installations faites au moyen de bougies ont été réalisées par des machines Gramme auto-excitatrices ou à excitation séparée, que nous avons décrites au Chapitre X.
Ces machines sont généralement à 2 ou à A circuits.
Sur chaque circuit, on met 5 bougies en série. Les bougies d'un même circuit s'allument ensemble et se renouvellent par une seule et même manœuvre d'un commutateur. Dans certains cas, on met un commutateur à chaque bougie pour diminuer la longueur du câble employé.
[ "^^^ùmc.
Fig. 215. Fig. 216.
Bougie et chandelier JaMochkoff.
Fabrication des bougies.
— Nous représentons (Fig. 21 5) une bougie Jablochkoff dans sa forme usuelle.
Cette bougie est composée :
!• De deux crayons ou baguettes cylindriques en charbon, ayant généralement 0™,004 de diamètre et0"',25 de longueur;
2® De deux douilles en cuivre dans lesquelles s'emboîtent les crayons. Ces douilles ont 0™,045 de hauteur; elles sont ouvertes longitudinalement dans toute leur longueur;
3^ D'une cloison isolante ayant O^'jOSO de longueur, recevant les douilles en cuivre et les maintenant à écart convenable ;
â« D'un colombin ou lame isolante séparant les crayons dans toute leur longueur;
b"" D'une pâte charbonneuse réunissant les deux pointes des crayons pour déterminer l'allumage.
Les crayons sont de très bonne fabrication ; ils donnent excessivement peu de cendres ; leur calibrage est rigoureusement vérifié et leur résistance est d'une parfaite régularité. Leur résistance est d'environ 40 ohms pour un mètre de longueur et un millimètre carré de section.
Les douilles sont obtenues à l'aide de petites feuilles de cuivre reatangulaires roulées sur elles-mêmes mécaniquement. Leurs ouvertures longitudinales ont 0'^,002 de largeur.
Les cloisons qui réunissent les douilles et, par suite, les crayons deux à deux, sont constituées par un mélange de kaolin, de magnésie, de sulfate de chaux et d'eau légèrement gommée. Ce mélange est malaxé, passé à la filière, puis séché à l'air. Avant que la pâte ait atteint une consistance trop grande, elle est coupée en bouts de 0°',03.
Ces cloisons durcissent sans retrait ; elles présentent une solidité suffisante pour résister à la pression des douilles au moment de l'entubage.
De très nombreuses substances ont été essayées pour la fabrication du colombin qui sépare les crayons. On a notamment employé du kaolin, des silicates fusibles et du plâtre. Le kaolin entraînait à une déperdition de lumière, les silicates se recourbaient en forme d'escargot, le plâtre donnait une lumière irrégulière. Le mélange auquel on s'est arrêté contient une partie de baryte et deux parties de plâtre ; il n'affaiblit pas l'intensité du foyer, disparaît complètement au fur et à mesure de la combustion des charbons et donne peu d'irrégularité dans la lumière.
Le mélange est tamisé, puis gâché avec une certaine quantité d'eau, de manière à former une pâte demi-fluide. Cette pâte est étendue sur une plaque en marbre; elle est sectionnée à l'aide
d'un peigne métallique, lui donnant transversalement la forme d'une lame concave sur ses deux champs, et mise àl'étuve pendant quelques heures.
Le montage d'une bougie s'exécute très rapidement. On prend une moulure de base ; on la garnit de deux douilles en cuivre, et on introduit un crayon dans chaque douille.
L'élasticité des douilles, la compressibilité des moulures et le calibrage exact des crayons rendent ces cinq pièces suffisamment solidaires pour qu'on puisse les manier facilement sans casse anormale.
On taille ensuite les extrémités libres des crayons de manière à ce qu'elles soient à la môme hauteur et qu'à l'endroit du colombin elles aient une épaisseur nulle ; les biseaux se font à la meule, sur une longueur d'environ 15 millimètres.
Le colombin est alors introduit entre les deux crayons dont il épouse la forme, et il est maintenu par une légère convergence de ces crayons, convergence obtenue au moment de l'entubage. On coupe le colombin de façon que son extrémité soit de 1/2 centimètre en dessous des pointes des crayons, et on trempe l'extrémité de la bougie dans un mélange composé d'eau gommée, de coke et de plombagine.
Dans certaines installations, pour augmenter un peu la durée de chaque bougie, on demande que les charbons soient cuivrés. Cette opération se fait au bain de sulfate ordinaire, avant la pose du colombin; les bougies sont préalablement trempées dans une solution de potasse caustique à 10 pour 100, et les parties qui sont en contact avec le colombin, enduites d'une couche de vernis à la gomme laque. Les bougies galvanisées sont finalement soumises à un vernissage général pour préserver le dépôt de cuivre de l'oxydation.
L'emballage des bougies est fait avec soin afin d'éviter, pendant le transport, la casse et la dislocation des éléments constitutifs. A cet effet, on emploie des cadres en carton garnis de feutre, qu'on superpose dans des caissettes en bois.
Les détails qui précèdent ont une importance justifiée par le chiffre élevé de la production annuelle des bougies. Cette production atteint, en France, 1 600000 pièces, en moyenne.
Durée des bougies. — Les bougies ordinaires durent deux heures lorsqu'elles sont cuivrées, et dix minutes de moins lorsqu'elles ne le sont pas. Le cuivrage se serait donc généralisé, s'il n'eût porté une légère atteinte à la fixité de la lumière. Avec des chandeliers à 8 supports, on peut ainsi assurer le service de l'éclairage pendant les plus longues veillées. Le plus souvent A supports suffisent; mais, comme il peut arriver que les amorces d'allumage soient détruites, il est bon d'employer quelques supports supplémentaires.
Intensité lumineuse. — Â nu , les bougies de h millimètres communément employées donnent une intensité de A5 becs carcels lorsque les deux crayons sont de face, et de 40 becs lorsqu'ils sont de profil. Sous globe, cette intensité est réduite d'une quantité qui dépend du diamètre du globe et de la nature de sa surface. Avec les globes opalins généralement utilisés, la perte de lumière est de 20 pour 100 environ.
Les bougies de 6 millimètres, usitées dans diverses installations, et notamment au port du Havre, donnent une intensité lumineuse de 80 becs carcels lorsqu'on prend la mesure de face, et de 73 becs carcels lorsqu'on prend la mesure de profil.
Les bougies de 3 millimètres, dont l'usage a presque complètement disparu, donnaient 24 becs de face et 20 becs de profil.
Chandelier Jablochkoff. — La figure 216 représente le chandelier généralement employé pour supporter les bougies JablochkoflT. Chaque bougie est retenue par une pièce métallique dont les deux mâchoires, munies de rainures demi-cylindriques, sont convenablement isolées; l'une de ces mâchoires est fixe, l'autre est à charnière avec ressort assurant la perfection du contact. Toutes les mâchoires fixes d'un même chandelier sont réunies à une même borne centrale. Les mâchoires à charnière sont, au contraire, isolées les unes des autres et communiquent avec le générateur électrique par un fil distinct. Ainsi, pour un chandelier à 6 pinces, il faut 7 fils conducteurs ; pour un chandelier à 4 pinces, 5 fils sont nécessaires. Ces fils aboutissent à un commutateur qui
permet d'envoyer le courant successivement dans chacune des bougies.
Chandelier à commutateur. — Pour éviter la dépense et la complication des fils réunissant chaque pince extérieure du chandelier avec un commutateur séparé, on a combiné des chandeliers spéciaux munis de leurs commutateurs. Les bornes, qui servent dans les chandeliers ordinaires à fixer les fils correspondant à chaque pince extérieure, sont remplacées par des touches, lesquelles sont reliées à une borne unique au moyen d'une palette mobile. Ces appareils ne peuvent être utilement employés que si leur face de dessous est facilement accessible pour la manœuvre d'une clef déplaçant successivement la palette d'une touche à la suivante.
Chandeliers automatiques. — La Société qui exploite la bougie Jablochkoff a essayé une foule de chandeliers dans lesquels le remplacement des bougies a lieu automatiquement, au fur et à mesure qu'elles sont usées.
Nous représentons (Fig. 217) une des premières formes données à ces appareils.
Ce chandelier est caractérisé par l'agencement d'un fil ordinaire ou métallique qui tend un ressort et maintient un mécanisme dont les deux positions extrêmes correspondent au passage du courant : 1° dans une bougie ; 2^ dans la bougie suivante. La dérivation se produit lorsque la première bougie est usée et que la flamme a brûlé le fil.
Chandelier à dérivation. — Le chandelier à dérivation, qui a été essayé en premier lieu sur la place de la Bastille, consistait en un appareil où toutes les bougies se trouvaient en même temps dans le circuit, A l'allumage, la bougie présentant la moindre résistance s'enflammait et l'arc électrique se maintenait dans cette bougie jusqu'à son entière consommation. L'arc jaillissait ensuite entre les crayons de la bougie la moins résistante de celles qui restaient ; et ainsi de suite, jusqu'à complète usure de toutes les bougies placées dans le chandelier. Ce mode d'allumage présen-
tait plusieurs inconvénients sérieux ; il établissait dans les bougies hors d'action des dérivations qui consommaient de l'énergie électrique en pure perte ; les amorces de plusieurs bougies se trouvaient souvent grillées en même temps; au milieu de la course d'une bougie, il s'en allumait quelquefois une nouvelle qui éteignait la première, etc., etc.. Bref, l'automaticité ainsi pratiquée
Fig. 217. — Chandelier automatique.
économisait beaucoup de fil dans l'installation et une maind'œuvre assez onéreuse pendant l'éclairage ; mais elle produisait de grandes irrégularités dans le service et occasionnait assez souvent l'extinction complète de tout un circuit pendant plusieurs heures. On dut y renoncer, non sans avoir cherché à en améliorer le fonctionnement par divers moyens : fabrication de bougies ayant des résistances très différentes les unes des autres ; emploi de colombins favorables au maintien de l'arc, etc....
Chandelier Glariot. — Les grands magasins du Louvre, à Paris, emploient pour l'allumage automatique des bougies Jablochkoff un chandelier étudié par M. Clariot et représenté (Fig. 218).
Ce chandelier est à quatre bougies. Toutes les mâchoires intérieures des pinces sont en connexion avec un plateau central sur lequel s'attache un des conducteurs du courant. Chaque mâchoire extérieure communique, comme dans les chandeliers ordinaires à commutateur, avec une plaque placée sous le chandelier. Une manette à manivelle, tournant autour du centre de l'appareil, permet de mettre Tune ou l'autre des quatre plaques en contact avec le second conducteur du courant.
Les plaques sont en outre reliées entre elles au moyen de quatre tampons coniques, sollicités par des ressorts à boudin pour rétablissement des contacts. En admettant les bougies placées et les quatre chevilles en contact, le chandelier Clariot serait un appareil de dérivation ordinaire.
Voici maintenant le point caractéristique de l'invention. Sur chaque bougie, au milieu de la douille de cuivre, on fixe un petit morceau de fil métallique au moyen d'une goutte de soudure très fusible. Quand on introduit une bougie dans ses pinces, le petit morceau de fil a pour effet de faire fléchir le ressort qui maintenait les tiges à tête conique contre les plaques de communication, de sorte que la mise en place des quatre bougies les isole complètement l'une de l'autre.
Le courant traverse d'abord la bougie qui est en communication avec la plaque sur laquelle la manette à manivelle est arrêtée. Cette bougie brûle jusqu'à ce que la chaleur de l'arc fonde la goutte de soudure placée sur sa douille en cuivre et laisse tomber le fragment de fil métallique qui retenait le ressort. La tige à tête conique, sous l'influence de ce ressort, met en contact la plaque de la bougie consumée avec la plaque d'une bougie adjacente et celle-ci entre dans le circuit.
A ce moment, le courant trouve deux chemins : 1** l'arc de la première bougie; 2^ les charbons et l'amorce de la deuxième bougie. La température de l'arc s'abaisse, sa résistance augmente, et il s'éteint très rapidement La deuxième bougie est seule dans le circuit; elle s'allume et brûle jusqu'à ce que sa goutte de soudure
fonde à son tour et que la tête conique de la tige correspondante mette en communication la troisième plaque avec le circuit. La description un peu minutieuse que nous venons d'en faire pourrait laisser supposer que l'appareil est compliqué. Il n'en
Fig. 218. — Chandelier Qariot.
est rien cependant; les organes sont un peu nombreux, mais leur rusticité et leur sûreté de marche donnent à l'ensemble un fonctionnement tout à fait irréprochable.
Le chandelier Glariot repose sur le même principe que le chandelier automatique de la Société Jablochkoff; ce qui lui est propre, c'est la disposition des pièces qui introduisent successivement les bougies neuves dans le circuit. A ce point de vue, il est supérieur à l'original.
Chandelier Bobenrieth. — Ce chandelier est une combinaison fort iitgénieuse de l'appareil à changement automatique et de l'appareil à dérivation où l'allumagô s'opère par suite d'une différence de résistance dans les bougies.
La figure 219 représente un chandelier Bobenrieth à six pinces.
Contrairement aux dispositions précédentes, toutes les mâchoires extérieures sont en communication avec une rondelle métallique et toutes les mâchoires intérieures sont isolées. Un disque central porte six tiges flexibles, qui sont reliées avec les six mâchoires intérieures au moyen d'anneaux en plomb. Ces anneaux se placent au moment même oii l'on garnit le chandelier de bougies. Ainsi préparé, l'appareil possède six bougies, toutes en communication avec la rondelle extérieure reliée au circuit et avec le disque central également relié au circuit.
Le courant traverse donc toutes les bougies; il allume la moins résistante, et celle-ci se consume jusqu'à ce que l'anneau de plomb, en fondant, détruise son contact avec le disque central et l'isole du circuit. Le courant allume alors la bougie de moindre résistance, et ainsi de suite.
Les deux principaux inconvénients des chandeliers en dérivation, savoir : la perte de courant dans les bougies inactives et Fincertitude dans l'allumage, ont été annulés par M. Bobenrieth d'une manière extrêmement simple. Au lieu de donner 15 ohms à la résistance maxima des amorces, il a créé des amorces dont la résistance varie entre 20000 et 100000 ohms.
Grâce à ces hauts chiffres et à ces grandes différences, les bougies s'allument sans hésitation, et la perte par dérivation est à peu près nulle.
Ce chandelier présente sur le précédent l'avantage d'une grande réduction dans les frais d'installation, puisqu'il exige beaucoup moins de conducteurs; il supprime comme lui beaucoup de frais de main-d'œuvre et réduit à son minimum la consommation des bougies par suite de leur usure complète avant la commutation.
Bougie Ignatiew. — Cette bougie, revendiquée dans le brevet
primitif de M. Jablochkoff, est à charbons concen triques. Le crayon négatif est une baguette ordinaire et le crayon positif est un tube obtenu à la filière. Entre les deux crayons se trouve une bague en kaolin ou une simple couche d'air.
Le but de cette disposition est de permettre l'usage des courants continus pour alimenter les bougies. A cet effet, il suf-
"SP^T^ ^ jHMiiMi^ liiiiiiiMi^' '^'
Fig. 219. — Chandelier Bobenrieth.
fit de donner au charbon positif une section cinq fois aussi grande que celle du charbon négatif. Les pointes s'usent alors également, ne se fendillent pas et brûlent sans bruit.
— Voici les proportions indiquées par M. Ignatiew :
Diamètre du charbon négatif 0°*,00â2.
Épaisseur de l'espace annulaire 0",0025.
Épaisseur du charbon positif 0°*,0019.
Diamètre — 0°^,013.
Longueur — 0°*,320.
Ces bougies durent 6 heures; leur lumière est stable et régulière.
Bougie Million. — M. Million constitue ses bougies au moyen de deux charbons creux, à l'intérieur desquels il introduit de petites mèches de coton. Ces petites mèches permettent de supprimer le colombin et de diminuer la force électromotrice nécessaire à Tare. L'allumage est obtenu à l'aide d'une amorce charbonneuse ou d'une petite bague en caoutchouc enduite de charbop, qu'on place sur les pointes et qui sert en même temps à les maintenir pendant leur transport*
La lumière fournie a une couleur jaune-orange présentant une grande analogie avec celle du gaz. En résumé, cette bougie n'offre aucun avantage appréciable sur les bougies Jablochkoff ordinaires, et elle coûte un peu plus cher.
Bougie Jamin. — Nous conservons à cet appareil le nom de bougie que lui a donné M. Jamin, bien qu'en réalité ce soit un véritable régulateur à charbons parallèles et indépendants.
Le rapprochement des pointes s'opère à l'aide d'un électroaimant. Le maintien de la flamme à l'extrémité des crayons est dû à la réaction, sur l'arc voltaïque, du courant lui-même.
Voici la description présentée par l'inventeur à l'Académie des sciences, le 31 mai 1880 :
« Ma nouvelle lampe (Fig. 220) repose sur une base d'ardoise que l'on fixera dans des globes ou des lanternes suivant les besoins de la décoration, et qui soutient vers le bas une gouttière de cuivre H H H, large mais peu épaisse, afin d'éviter les ombres, et vers le haut une gouttière en fer doux G, destinée à s'aimanter et à attirer une palette mobile EF. Le courant alternatif d'une machine Gramme passe d'abord dansun fil de cuivrefin, isolé, replié quinze ou vingt fois dans les deux gouttières et qui constitue le circuit directeur. C'est au milieu de ce cadre et dans son plan que se placent les bougies. Il yen a trois; mais on peut en placer un plus grand nombre si on veut prolonger l'éclairage. On introduit chacun de ces charbons dans un support tubulairede cuivre où ils se tiennent verticalement, serrés par un ressort, la pointe
en bas. L'opération n'offre aucune difQcuUé et n'exige aucune adresse. 11 n'y a pas de matière isolante entre les charbons. Ceux de droite p... sont fixes et verticaux; ceux de gauche a... pendent librement autour des articulations B, B', B", etc.; les sommets de leurs supports sont reliés par une barrette CC, qui leur imprime un mouvement commun ; la palette EF est rattachée par un levier ED à cette barrette, qu'elle pousse vers la gauche
Fig. 220. — Bougie Jamin.
par son poids, ce qui rapproche les charbons jusqu'à ce que l'un d'eux vienne butter contre son compagnon. Il est à remarquer que le contact ne se fera que pour une seule des bougies, la plus longue ou celle dont les pointes sont le plus rapprochées; c'est ceUe qui s'allumera.
« Le courant électrique, après avoir traversé le circuit directeur, arrive à la fois aux trois charbons mobiles et peut revenir
indifféremment par les trois charbons fixes; il passe par ceux qui se touchent et les allume. Aussitôt Taimantation se fait dans l'organe électro-magnétique G; la palette E F est attirée; les trois couples de charbon s'écartent à la fois, deux restant froids et l'arc s'étalant dans le troisième. Il persiste tant qu'il y a de la matière à brûler, maintenu aux pointes par l'action du courant directeur et y revenant nécessairement si une cause étrangère l'en écartait. Quand le courant s'arrête, la palette retombe et le contact se rétablit; s'il passe de nouveau, les charbons se rallument et s'écartent comme la première fois. Ainsi l'allumage est automatique, instantané et renouvelable à volonté.
« Quand la première bougie est consumée, il faut qu'une autre lui succède. A cet effet, le porte-charbon de gauche, qui était resté fixe, est articulé à son sommet; il peut se déplacer, non dans le plan du cadre, mais dans le plan perpendiculaire. Il est poussé par un ressort R qui l'écarté; mais il est maintenu dans la verticale par un fil de laiton p, recourbé en crochet à son extrémité et qui passe à frottement dur dans une filière où un ressort le presse.
« Quand la combustion de la bougie a amené la flamme jusqu'en p, elle fond le fil ; un déclenchement se produit tout à coup; les deux charbons s'écartent brusquement; l'arc s'éteint; mais il se rallume aussitôt dans la bougie voisine. L'action est si prompte que l'on s'aperçoit à peine du changement, et que les autres lampes du même circuit ne subissent aucun affaiblissement. Il faut remarquer d'ailleurs que cette substitution d'une bougie neuve à sa voisine usée ne se produit que toutes les deux heures, que le fil de laiton n'a été fondu qu'à son extrémité, qu'il suffît de couper sa pointe, de le recourber et de l'avancer un peu dans sa filière quand on veut remettre des charbons neufs, et qu'il sert un grand nombre de fois. »
Malgré son mérite indiscutable, l'appareil Jamin n'a eu aucun succès en pratique, parce qu'il est moins simple que la bougie Jablochkoff et qu'il était assez sujet à dérangements.
Bougie Wilde. — Dans la bougie Wilde, les deux charbons sont fixés verticalement dans des supports métalliques; mais l'un
d'eux est légèrement incliné vers l'autre, et son support est articulé à une pièce fixe faisant corps avec le plateau de Tappareil. Ce support est muni d'une palette en fer qui constitue l'armature d'un électro-aimant.
L'électro-aimant est disposé de telle façon que son influence, combattue par celle d'un ressort antagoniste, ne devient prépondérante que lorsque les crayons viennent à se toucher. Le charbon mobile est soumis pendant tout le temps de sa combustion à deux efforts contraires, qui le maintiennent dans une position convenable pour empêcher l'extinction de l'arc voltaïque et pour que cet arc ne quitte pas les pointes.
Malgré divers perfectionnements apportés à cet appareil par MM. Morin, Debrun, de Méritens, Solignac, etc., -son emploi 4^ s'est pas développé, l'expérience ayant démontré que les régulateurs à charbons opposés étaient d'un usage plus pratique et plus économique que les régulateurs à charbons parallèles.
'Lampe Soleil. — Cette lampe, dont le nom est un peu prétentieux mais dont les effets sont assez remarquables, a été imaginée par MM. Clerc et Bureau.
Elle se composait, dans ses débuts, d'un bloc de carbonate de chaux, présentant un évidement à sa partie inférieure, et de deux charbons traversant obliquement le bloc et ayant leurs pointes en regard dans l'évidement horizontal.
L'allumage se faisait au moyen d'un charbon qu'on présentait entre les deux pointes pour donner naissance à l'arc voltaïque.
Le carbonate de chaux se changeait en chaux vive, devenait incandescent et servait en même temps à augmenter l'intensité lumineuse et à réfléchir la lumière par ses parois. Les crayons duraient un jour, et les blocs une semaine. La lumière était d'une belle couleur, légèrement dorée et d'une fixité remarquable. La dépense de force motrice était, à éclairement sphérique égal, beaucoup plus élevée que celle exigée par les régulateurs et par la bougie.
Tel quel, l'appareil présentait l'inconvénient de ne pouvoir s'allumer ou se rallumer, automatiquement; mais il était très
simple et la fixité exceptionnelle de sa lumière pouvait le faire adopter dans quelques installations spéciales. En le compliquant, sous prétexte de le perfectionner, les inventeurs lui ont retiré son originalité et un peu sa raison d'être, car leur régulateur ne donne pas une lumière plus régulière que ceux à charbons verticaux, et il absorbe deux fois autant de force motrice pour la même somme totale de lumière produite.
Cela n'empêche pas le régulateur Soleil d'être fort ingénieux et d'avoir encore quelques partisans, à cause delà couleur agréable de sa lumière aussi bien que de sa grande fixité.
Fig. 221. — Lampe SoleiL
En voici la description :
Un bloc de marbre A (Fig. 221), ayant 50 milllimètres de longueur, AO millimètres de largeur et 30 millimètres d'épaisseur, est percé de deux trous pour recevoir les charbons et possède un évidement central, siège d'émission de la lumière. Ce bloc est placé dans un châssis en fonte muni de deux tubes en fer pour guider les crayons et pour fixer les organes principaux sur une cornière circulaire.
La cornière circulaire forme la base de la lampe ; elle reçoit les globes et les chapiteaux servant à la décoration.
Les charbons BB^ sont poussés contre les parois du bloc par deux ressorts à spirale RR' agissant sur les leviers coudés LL'.
Quand les charbons sont usés, la lame auxiliaire des leviers ren-
Fig. 222. — Lampe Tihon et Bézard.
contre des buttées DD' qui naettent Tappareil en court circuit.
L'allumage s'opère à l'aide d'un solénoïde G, de son armature F et d'une tige E, terminée par un petit charbon qui traverse le crayon B'.
L'armature F et la tige Esont poussées, à l'aide d'un contrepoids P, de telle sorte que le petit crayon vient continuellement toucher le crayon opposé B lorsque la lampe est au repos.
Quand le courant traverse l'appareil, le solénoïde attire son armature, l'arc jaillit entre le crayon B et le charbon d'allumage qui se retire dans le crayon B' et amène Tare contre sa pointe. Le courant passe alors entre les crayons B et B', et la lampe fonctionne normalement.
L'appareil est monté sur deux tourillons TT' qui permettent de l'incliner à volonté pour diriger ses rayons sur un point déterminé.
Le bloc dure de dix à quinze heures; les charbons ne s'usent qu'à raison de 2 millimètres par heure ; ils ont 20 miUimètres de diamètre et 100 millimètres de longueur; de sorte que le régulateur consomme, toutes les cinquante heures, environ
quatre blocs de marbre et une paire de crayons.
Lampe Tihon et Rézard. — Cette lampe, qui présente quelque analogie avec la précédente, quant au principe, est représentée (Fig. 222).
Elle se compose essentiellement : 1** de deux charbons CC formant entre eux un angle très aigu, fixés sur la base de l'appareil dans des petits godets métalliques et appuyés par leurs pointes contre une lame de magnésie calcinée I; 2° d'un montant vertical en bronze soutenant la lame de magnésie et deux tiges verticales le long desquelles glissent deux contrepoids PP; 3° d'un système électro-magnétique EE' servant à l'allumage.
Les contrepoids PP sont terminés par deux crochets qui appuient sur les charbons à deux centimètres environ de leur extrémité libre et qui leur amènent le courant. En arrivant à la fin de leur course, ces contrepoids se mettent en contact avec les parties fixes de la lampe, ce qui sort les charbons du circuit et empêche l'extinction des autres lampes placées en série.
Le système électro-magnétique se compose d'une bobine
principale Eet d'une bobine E', servant d'armature à la première et faisant osciller un levier vertical muni de deux dents e.
Un bloc A glisse le long d'une tige carrée, laquelle peut tourner autour de son axe et porte un bras radial terminé par un petit charbon «; ce bloc appuie sur le contrepoids P et participe à son mouvement de descente.
Au repos le charbon a touche les deux crayons CC.
Lorsque le courant traverse l'appareil, l'électro-aimant E attire l'électro-aimant E'; celui-ci entraîne son levier vertical et fait tourner la tige carrée qui éloigne le charbon a et fait jaillir Tare entre les pointes.
Les poids PP descendent lentement, au fur et à mesure de l'usure des crayons, et le charbon a reste ainsi constamment à la hauteur des pointes.
Cette lampe fonctionne assez régulièrement; mais elle ne présente sur la bougie Jablochkoff aucun avantage qui puisse compenser, d'une part, sa complication, et, d'autre part, son défaut de n'éclairer que d'un côté.