‹ Éclairage à l'électricitéChapitre 76 sur 98 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

État de la question. — L*Hippodrome de Paris est le premier théâtre qui ait été éclairé complètement par l'électricité. L'installation de ses foyers, commencée par nos soins en 1878, a été successivement augmentée, et elle n'a jamais, même dans ses débuts, donné lieu à des extinctions ou à tout autre inconvénient sérieux.

Depuis 1878, l'électricité a, petit à petit, pénétré dans des établissements analogues et dans des salles de théâtre proprement dites. Vers le milieu de l'année dernière (1887) on comptait déjà, tant en Europe qu'en Amérique, une cinquantaine de théâtres éclairés par de l'arc voltaïque ou par des lampes à incandescence. Citons parmi ces théâtres : l'Opéra, le Châtelet, les Variétés et le Palais-Royal, à Paris; les salles du Prince, Empire, Syrie et Haymarket, à Londres; l'Alhambra et la salle Molière, à Bruxelles ; la Scala et la salle Philodramatique, à Milan ; l'Alexandra, à Saint-Pétersbourg; le théâtre Flamand et le Grand-Théâtre, à Anvers; les théâtres de Prague, de Brttnn, de Stuttgart, de Cologne, de Munich, de Carlsbad, de Magdebourg, etc.

Chaque année on installait électriquement une dizaine de théâtres en Europe et autant aux États-Unis ; mais la grande majorité de ces établissements restait éclairée au moyen de gaz. Les choses en étaient là quand les catastrophes successives de rOpéra-Comique à Paris et du théâtre d'Exeter en Angleterre, surgirent et émurent si profondément Topinion, que les municipalités obligèrent les directeurs de théâtres à prendre immédiatement des mesures de sécurité, parmi lesquelles figurait, en

première ligne, la substitution de l'éclairage électrique à l'éclairage au gaz. Plus de cent directeurs se mirent à l'œuvre pour obéir aux nouvelles prescriptions et changent, en ce moment, leur mode d'éclairage.

En supposant que cet élan ne se ralentisse pas, il y a tout lieu de présumer qu'à la fin de 1889 tous les théâtres importants, sans exception, seront pourvus de brûleurs électriques perfectionnés.

Avantages de réclairage électrique dans les théâtres. — M. Mascart, membre de l'Institut, a présenté, à la Commission des théâtres subventionnés un excellent rapport sur l'éclairage des théâtres, où il met en parallèle les deux systèmes concurrents et où il fait ressortir les avantages de l'électricité sur le gaz, sans dissimuler d'ailleurs les qualités de ce dernier.

Nous allons donner une analyse sommaire de ce rapport :

« Le gaz, dit M. Mascart, donne une lumière agréable à la vue et vivante, pour ainsi dire, par le mouvement de sa flamme, sans odeur sensible quand il est bien réglé et pouvant prendre toutes les formes désirables par un simple changement des becs ; dans les théâtres en particulier il répond à tous les besoins de la décoration et du service de la scène, sauf pour certains effets accessoires que l'on a pris l'habitude de demander à la lumière électrique.

« C'est enfin une lumière toujours prête à servir, ayant sa source en dehors de l'édifice, pratiquement inépuisable, qu'on allume, qu'on éteint ou qu'on modère à volonté, en chaque point, sans avoir à se préoccuper du nombre des becs allumés dans toute l'étendue de la distribution. »

Parmi les inconvénients du gaz, M. Mascart signale tout d'abord les risques d'incendie et démontre que ces risques sont beaucoup plus grands sur la scène que dans la salle. € Il suffit, dit-il, d'avoir assisté une fois à la manœuvre hâtive et compliquée des décors, pour être convaincu que les précautions les plus rigoureuses risquent de devenir illusoires. Les cintres sont encombrés de toiles au milieu desquelles montent, descendent et se balancent des herses qui parfois ne portent pas moins de 100 becs

de gaz. Les portants et les traînées communiquent par des tuyaux flexibles avec des robinets situés sous la scène; lorsque l'ajustage est terminé, Tappareilleur frappe du pied sur le plancher pour qu'on ouvre les robinets et il procède ensuite à l'allumage. Mais tous les becs ne peu vent être allumés en même temps et quelquefois il y a malentendu, etc. Aussi n'est-il pas rare de voir à ce moment des flammes d'une longueur démesurée qu'aucune réglementation pratique ne peut éviter d'une façon absolue. » L'énumération des dangers courus pendant chaque représentation, dans un théâtre éclairé par le gaz, fait frémir et force à reconnaître qu'il faut une excellente organisation intérieure et des employés bien exercés pour que des incendies graves ne se manifestent pas plus fréquemment que cela n'a lieu dans la réalité.

L'altération de l'air est le second inconvénient capital de ce mode d'éclairage; M. Mascart entre à son sujet dans des détails fort intéressants que nous reproduisons presque en entier, car ils se rapportent, non seulement aux théâtres, mais à toutes installations d'éclairage au gaz.

« Au point de vue de l'hygiène, on doit tenir compte des produits de la combustion et de l'oxygène absorbé. La combustion du gaz, quand elle est complète, donne presque exclusivement de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique. La vapeur d'eau par elle-même contribue à augmenter l'état hygrométrique généralement trop faible des salles chauffées, à moins toutefois que l'eau condensée ne finisse par ruisseler sur les murs et tomber des plafonds. L'acide carbonique n'est pas incommode tant qu'il n'existe qu'en faible proportion.

c Mais, sans parler des produits nuisibles, on ne peut négliger l'appauvrissement de l'air en oxygène dans une salle close. Pour apprécier l'importance de cette cause d'altération, il suffit de remarquer que la production d'acide carbonique par un bec de gaz consommant 120 litres à l'heure équivaut à la respiration d'environ 4 personnes de taille moyenne. Il faut porter ce nombre à 9 ou même 12 personnes si l'on tient compte de la consommation d'oxygène qui correspond à la formation de l'eau. Dans les salles de théâtre bien éclairées, il n'y a pas moins d'un bec de gaz par spectateur, le plus souvent un et demi, quelquefois trois.

Avec ce mode d'éclairage l'air respirable est donc plus appauvri en oxygène que si Ton décuplait le nombre des spectateurs.

« Toutefois l'influence physiologique de l'air ne tient pas uniquement à sa richesse en oxygène et en acide carbonique, et les produits de la respiration, toutes choses égales, sont assurément plus nuisibles que les produits d'une combustion bien réglée; l'influence relative du gaz est donc réellement moindre que ne semblent l'indiquer les chiffres qui précèdent.

« Lorsque la combustion est incomplète, comme il arrive trop souvent, par suite d'un défaut de réglage, les flammes charbonnent; il se forme des produits accessoires tels que l'acétylène, dont l'odeur est facile à reconnaître, et les particules de charbon qui ont échappé à la combustion s'ajoutent aux poussières ordinaires pour tapisseries poumons comme elles tapissent les parois de la salle. '

« Toutes ces causes d'altération, jointes à la respiration des spectateurs flnissent par rendre absolument malsain, l'air d'une salle mal ventilée. » »

En terminant son examen sur les installations au gaz; M. Mascart signale les dégâts matériels occasionnés par la fumée,' dégâts qui peuvent s'évaluer et se porter au compte de l'éclairage lorsqu'il s'agit de peintures et de décorations <îommunes, mais qui sont incalculables lorsqu'on est en présence d'oeuvres d'art pouvant être compromises ou perdues à tout jamais.

. Passant à l'emploi de l'électricité, le célèbre rapporteui* critique l'usage de foyers à arc dans l'intérieur des théâtres, tout €n l'admettant pour les projections sur la scène et pour l'éclairage des façades et des escaliers ; puis il examine successivement les avantages et les inconvénients des moteurs, des dynamos, des conducteurs et des brûleurs. Il demande, et nous ne saurions trop demander avec lui, la suppression des fumées épaisses qui nuisent à la propreté et à l'hygiène et qu'on rencontre maintenant au-dessus d'une foule d'établissements, au centre même de nos plus belles villes d'Europe.

Pour M. Mascart, l'éclairage électrique exige l'établissement d'une usine spéciale, ce qui n'est pas sans inconvénients ; mais il supprime presque entièrement les dangers d*incendie si l'in-

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stallation est bien faite et le service bien organisé. Elle supprime également les dégâts matériels occasionnés par la fumée sur les œuvres d'art et laisse à Tair tous ses principes vivifiants.

M. Mascart donne enfin une foule de prescriptions utiles sur le matériel électrique et de précieuses indications sur les progrès généraux de l'éclairage.

Voici les conclusions de son excellent rapport, que nous ne saurions trop engager les électriciens et les directeurs de théâtres à consulter:

« En résumé, si la lumière du gaz a des qualités et des avantages qui justifient son emploi général et lui assurent, pour longtemps encore, une prospérité croissante, elle présente aussi, pour les salles occupées par un public nombreux, des inconvénients graves au point de vue de l'hygiène et des dangers que la surveillance la plus attentive ne peut pas toujours conjurer.

« La lumière électrique prend sa place à côté du gaz ; elle est surtout appelée à jouer un rôle important dans l'éclairage de luxe et dans toutes les circonstances où l'on veut, en ménageant l'air respirable, éloigner la crainte des incendies.

cLa substitution progressive de l'une à l'autre dans un certain nombre d'applications se fera d'une manière d'autant plus certaine que, avec l'accroissement continu de l'éclairage, l'insalubrité et les dangers du gaz augmentent en raison même de la consommation, ce qui n'a pas lieu au même degré pour l'électricité.

« 11 serait peut-être excessif d'imposer dès aujourd'hui la lumière électrique à toutes les salles de spectacle ; mais il n'est pas douteux que ce soit là un progrès désirable. L'État donnera donc un exemple utile en l'établissant dans les théâtres subventionnés ; il ne tardera pas à être imité par les municipalités et par l'industrie privée qui a déjà pris les devants sur beaucoup de points. Tout le monde y a d'ailleurs intérêt : le public pour sa sécurité, les directeurs de théâtres pour garantir leur entreprise, rassurer leur personnel et couvrir la responsabilité si lourde qui pèse aujourd'hui sur eux. »

Hippodrome^de Paris. — L'Hippodrome a primitivement été

te

éclairé par 4 régulateurs Serrinde 500 becs et 4 dynamos Gramme du type normal. L'effetayant répondu à l'attente des organisateurs, on compléta successivement Tinstallation où se trouvent réunis aujourd'hui les trois genres de foyers électriques : régulateurs à arc, bougies Jablochkoff et lampes à incandescen(îe,

La salle, que nous représentons (Fig. 300), est immense et, lorsqu'elle est entièrement illuminée, son aspect est réellement féerique. Sa forme est celle d'un rectangle terminé par deux demi-circonférences. Quatre colonnes en fonte, distantes de 36 mètres dans un sens et de 17 dans l'autre, sont les seuls points d'appui de cette belle construction.

La longueur totale de l'établissement est de 105 mètres, sa largeur de 70 mètres et sa hauteur, au milieu, de 25 mètres. La surface totale de la salle est de 6 300 mètres carrés. Huit mille personnes environ peuvent y trouver place et circuler librement.

La piste est éclairée par 20 régulateurs Gramme munis de puissants réflecteurs, la salle par 133 bougies Jablochkoff disposées autour des colonnes et sur le pourtour des loges; 1085 lampes à incandescence complètent l'éclairage des diverses parties du théâtre.

La puissance motrice est obtenue par deux machines à vapeur horizontales de 100 chevaux chacune.

L'intensité lumineuse totale est, comme nous l'avons dit précédemment, de 12 000 becs carcels.

La salle des dynamos, que nous représentons (Fig. 301), contient principalement des appareils Gramme du type normal» échelonnés par séries de 6. Cette disposition, que nous avons appliquée pour la première fois dans l'installation de l'Hippodrome, et qui est maintenant adoptée dans toutes les [grandes usines électriques, permet de placer les dynamos les unes contre les autres et de les commander, au moyen de courroies d'inégales longueurs, par une seule poulie ou tambour, en laissant un libre accès aux balais et aux collecteurs.

Lorsqu'on s'est décidé à éclairer l'Hippodrome par l'électricité, il n'existait pas encore de bonnes dynamos en dehors du type normal; on a donc dû utiliser ce type d'une manière exclusive. Si l'installation était à refaire aujourd'hui, on remplacerait

facilement les 2& dynamos existantes par 2 ou A dynamos du type employé aux Magasins du Bon Marché, par exemple.

Théâtre de Brunn (Moravie). — Le théâtre dé Brtinn est éclairé électriquement depuis 1882. Le matériel d éclairage comprend :

h dynamos Edison capables d'alimenter cbacone 250 lampes à incandescence de 16 bougies, une dynamo Gramme aliaientant 5 régulateurs à arc de 100 becs carcels, une dynamo Gramme produisant les effets de scène par Tare voltaïque ou alimentant hO lampes Edison de 8 bougies.

Les dynamos Edison absorbent chacune une puissance de 30 chevaux, et les 2 dynamos Gramme ensemble de 6 à 8 chevaux. Comme le nombre de foyers à incandescence en service en même temps ne dépasse jamais 900, on n'a pas ajouté de machine électrique de secours ; l'éclairage pourrait à la rigueur être fait avec trois machines, en cas d'accident à Tune d'elles. Les lampes Edison installées sont au nombre de 1 38i ; elles sont ainsi distribuées :

Dépendances :

Soas-Hol • 8 lampes.

Rez-de-chaussée, partie antérieure y compris

le vestibule 118 —

Rez-de-chaussée, partie postérieure 10 —

Entresol, partie antérieure 18 —

— — postérieure 30 —

1«' étage, partie antérieure, y compris le foyer. 79 —

— — postérieure — 10 —

2« étage 17 —

3* étage, partie antérieure, y compris le lustre

du grand escalier àO —

3« étage, partie postérieure Zà —

Amphithéâtre 5 —

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