CHAPITRE XVI
Exposé du problème. • — La lumière est la cause des sensations lumineuses, c'est-à-dire des sensations qui nous sont trans* mises par le nerf optique ; ce n'est pas une forme de l'énergie ayant un équivalent mécanique ou calorifique, c'est une des conséquences de la chaleur, fonction de la température ^
Nous avons vu dans lès chapitres précédents que la quantité de lumière émise par un corps incandescent était d'autant plus
i. 11 ne nous est pas possible d'entrer dans des considérations théoriques sans nous éloigner de notre but; nous pouvons seulement rappeler aux personnes qui se sont déjà occupées d*optique l'hypoi-hèse généralement admise pour expliquer les phénomènes lumineux.
L'espace est occupé par une substance impondérable appelée éther, ayant son équilibre constamment dérangé par la matière pondérable, dont les mouvements moléculaires se transmettent à cette substance et sont, à leur tour, excités par ses mouvements.
Les mouvements déterminés dans Téther par la matière pondérable sont des mouvements vibratoires très complexes, sommes de mouvements périodiques simples. L'œil est affecté par ces vibrations dont les périodes sont comprises entre certaines limites réglées par sa constitution, vibrations qui ne sont émises en général que par des corps portés à une haute température. Chacune des périodes comprises entre ces limites correspond à une sensation ou couleur particulière. Lorsque les vibrations, quelle que soit lear période, sont reçues par un corps noir, celui-ci les absorbe intégralement en s'échauffiant. La quantité de chaleur produite mesure la quantité d'énergie cédée par le corps lumineux à l'éther pour lui communiquer le mouvement complexe qui Tanirne et dont une faible fraction seulement agit sur Tœil. La sensation pour chaque espèce de mouvement dépend de Tamplitude de la période, et est nulle quand la période dépasse certaines limites; aussi nVt-elle aucun rapport avec l'énergie qui arrive à Toeil.
On définit la quantité de lumière en disant que, si l'œil reçoit de la lumière de deux sources, elle est la somme des intensités reçues de chaque source individuellement.
grande, pour une dépense d'énergie donnée, que la température était plus élevée. Dans toutes les expériences réalisées jusqu'à ce jour, on n'a pas encore atteint une température telle que sous son régime la lumière reste proportionnelle à la chaleur consommée ; on peut donc être fondé à croire que, si l'on possédait des moyens d'élever considérablement les températures, on augmenterait également considérablement la quantité de lumière émise par calorie dépensée,
La seule chose qui soit hors de doute, c'est que, pour deux foyers lumineux d'inégales intensités, ayant la même température et la même coloration, la lumière émise est proportionnelle à l'énergie mise enjeu.
Si l'on veut se rendre compte des conditions économiques d'une installation, il faut déterminer : 1"* le rendement des moteurs ; 2* celui des dynamos ; 3** celui de la ligne ; et 4° celui des brûleurs. Le produit des quatre nombres trouvés donne le rendement final, c'est-à-dire le rapport entre la lumière obtenue et l'énergie consommée.
Nous n'avons pas à rechercher ici quel est le rendement des moteurs généralement employés pour produire de la lumière électrique; nous rappellerons seulement que les meilleures machines à vapeur, ahmentées par de bonnes chaudières, consomment environ un kilogramme de houille par cheval-heure, c'est-àdire par 270 000 kilogrammètres. Un kilogramme de houille contient, en moyenne, 7000 calories; une calorie équivaut à 42i kilogrammètres ; d'où il résulte que, si toute la chaleur était transformée en travail, on obtiendrait avec ce charbon
2975000 kgm. Le rendement est ainsi de -— -- = 0,09.
Dans les applications de faible importance, avec un service journalier de peu de durée, ce rendement descend souvent à 0,02 ^ La perte résultant de cette transformation varie ainsi entre 91 et 98 pour 100, et cela malgré les grands progrès réalisés depuis un siècle dans la construction des machines à vapeur.
1. En 1886, au palais de Tlndustrie, nous avons maintes fois constaté qu^une !ocomobile de 20 chevaux, mise en feu pour assurer un éclairage d^une durée de deux heures, dépensait de 180 à 240 kilogrammes de charbon, ce qui correspond à 5 kilogrammes par cheval-heure effectif.
Rendement des dynamos. — Nous avons indiqué, page 124, les procédés à employer pour déterminer les rendements électrique et industriel des dynamos; il est donc inutile de revenir sur ces procédés autrement que pour en rappeler les principes et pour présenter un certain nombre de résultats d'expériences.
Le rendement industriel ou commercial^ le seul qui soît réellement à considérer dans une installation d'éclairage, est le quo^ tient de la puissance électrique obtenue par la puissance mécanique dépensée; il tient compte de toutes les pertes survenues pendant la transformation du travail mécanique en travail électrique, tandis que le rendement électrique ne tient compte que des pertes occasionnées par la résistance intérieure de l'induit et de l'inducteur. Ces deux rendements sont souvent proportionnels entre eux, car les bonnes machines ont généralement, en même temps, un grand rendement électrique et un grand rendement industriel. Il peut cependant arriver que le constructeur soit amené à augmenter la résistance intérieure d'une dynamo, en vue d'en diminuer les frottements mécaniques ou les pertes accessoires, d'où il résulte qu'un meilleur rendement électrique n'est pas l'indice certain de la supériorité d'une dynamo sur une autre.
Pour juger convenablement de la valeur économique d'une dynamo, il faut la soumettre à une marche de longue durée à pleine charge, et mesurer, à l'aide d'un dynamomètre- ou d'un frein de Prony, substitué momentanément à la charge, la puissance absorbée; puis noter le nombre de volts et d'ampères du courant engendré. Ces mesures et constatations doivent être faites alors que la dynamo a fonctionné au moins 10 heures de suite, et complétées par l'examen des températures de l'induit et de l'inducteur. Il n'y a là aucune difficulté; il suffit d'un peu d'attention pour mener les essais à bonne fin, surtout quand on dispose dlnstruments bien étalonnés et bien vérifiés avant chaque expérience.
Les Expositions d'électricité de Paris, de iMunich et d'Anvers ont été Toccasion d'expériences assez précises sur le rendement industriel des dynamos à courant continu. Voici quelques-uns des résultats obtenus :
ÉCLAIRAGE A L'ËLECTRIGITÊ.
SYSTÈMES
NOMBRE de
TOURS
par minute.
PUISSANCE
VtfCANIQUB
dépeiiBée en chevaux.
PUISSANCE
ÉLECTaïQUB
aux bornes, en chevaux.
RENDEMENT
INDCSTBIBU
Gramme n* 1
Siemens n<» 1
Maxim
Bûrffia
Weston
Jurgensen
Brush n» 1
Chargé, en notre qualité de président du syndicat des électriciens, de diriger les services de l'éclairage et de la force motrice à l'Exposition de 1881, nous avons fait cette curieuse remarque que les meilleures machines étaient précisément celles qui avaient le plus faible rendement industriel. Nous trouvons, en effet, dans les rapports de l'ingénieur du syndicat que les machines Gramme et les machines Siemens n** 1 et 2 ont fonctionné très régulièrement, sans aucun arrêt, pendant toute la durée de l'Exposition, tandis que la machine Weston, pour n'en citer qu'une, n'a pu faire qu un service très défectueux et tout à fait intermittent pendant six semaines, et qu'elle a dû être remplacée par une machine Gramme.
Ce lait prouve que la connaissance du rendement industriel d'une dynamo ne suffit pas pour en juger la valeur réelle. Un rendement élevé est naturellement très recherché ; un bon fonctionnement est la qualité essentielle, celle qui prime toutes les autres.
SYSTÈMES
NOMBRE
de
TOURS
par minute.
PUISSANCE
VtCANIQUB
dépensée en cbevaaz.
PUISSANCE
^LBGTAIQnB
aui bornes, en cheTaux.
RENDEMENT