‹ Éclairage à l'électricité; renseignements pratiquesChapitre 26 sur 41 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Succès obtenu par la machine Gramme. — Principe sur lequel elle repose. ^ Analyse des effets obtenus avec un électro-aimant circulaire. — Action du fer doux sur les spires de cuivre. — Action des aimants permanents. — Manière de recueillir les courants. — Bobines partielles. — Ensemble d*ime machine de démonstration. — Machine verticale pour galvanoplastie. — Machine horizontale pour galvanoplastie. — Machine de laboratoire à aimant Jamin. — Machine à pédale. — Application à la médecine. — Applications diverses. — Transport des forces motrices à distance. — Revendications et contrefaçons.— 'Machine Worms de Romilly. — Machine Pacinotti. — Services rendus à l'industrie par M. Gramme.

La machine conçue par M. Gramme est essentiellement différente de celle de Clarke et, par conséquent, de toutes celles qui en sont dérivées. Elle constitue une œuvre à part, susceptible des applications les plus variées, aussi le nom de l'inventeur est-il aujourd'hui connu dans les deux mondes et ses travaux sont justement appréciés par tous les savants. A peine sa première machine était-elle réalisée, qu'une société anglaise lui achetait les brevets anglais et américains, que la Société d'encouragement lui décernait une médaille d'or et un prix de 3,000 francs et qu'un grand nombre d'industriels lui commandaient des appareils. Depuis six ans, date de la première application, le succès a été croissant ; l'inventeur a été récompensé à Lyon, à Vienne, à Moscou, à Linz, à Philadelphie, à Paris. Partout où il a présenté sa machine, elle a eu le privilège de captiver l'attention

générale. Plus de 1,000 machines à aimants ou à électroaimants ont été livrées, et^ loin de se ralentir, les demandes deviennent de plus en plus nombreuses. L'éclairage électrique, qui n'existait pas, industriellement parlant, avant l'invention de M. Gramme, est entré aujourd'hui dansk domaine des choses pratiques, grâce à Tadmirable machiiie dont nous allons étudier le principe et les effets.

Principe de la machine

Pour comprendre le principe de la machine Gramme, il faut se reporter à l'expérience d'induction magnéto-électrique la plus simple qu'on puisse faire ; mais il faut l'analyser plus complètement qu'on ne le fait d'ordinaire.

Considérons (fîg. 36) un barreau aimanté AB et une spire de fil conducteur, en mouvement réciproque. Si Ton approche la spire du barreau à partir de la position éloignée X, il s'y produit un courant d'induction. Examinons de près ce qui se passe à mesure que le barreau entre dans la spire par une série de mouvements successifs.

On observe qu'à chacun de ces mouvements correspond un courant d'induction et que ces courants sont de même sens jusqu'au moment où la spire arrive en face de la ligne neutre, c'est-à-dire au milieu M du barreau AB ; et qu'ils sont de sens opposé, si le mouvement continue dans le même sens au delà de ce point.

Ainsi, dans le parcours entier de la spire sur l'aimant on distingue deux périodes distinctes : dans la première moitié du mouvement, les courants sont de sens direct, dans la seconde, ils sont de sens inverse.

On peut voir dans le mémoire de M. Gaugain, publié dans les Awiales de chimie et physique (mars 1873), et auquel nous empruntons cette analyse intéressante, l'explication

élémentaire qu'il donne de ce phénomène en assimilant Vaimant à un solénoîde.

Si, au lieu de marcher de gauche à droite, comme nous l'avons fait, on marche de droite à gauche, tout se passe de la même façon, mais les courants sont de sens opposés.

Examinons maintenant le cas complexe représenté par la figure 37. Deux aimants AB et RA' sont placés bout à bout, en contact par des pôles de même nom BB' . L'ensemble se présente comme un aimant unique avec un point conséquent au milieu.

Si la spire se meut par rapport à ce système, on voit clairement, par ce qui précède, que cette spire est parcourue par un courant positif pendant le premier quart du mouvement (entre A et M), par un courant négatif dans le second quart (de M en B), encore par un courant négatif dans le troisième quart (de B' en M'), et enfin par un courant positif pendant le dernier quart (de M' en A'). Ainsi c'est aux points neutres que le courant change de sens.

En remplaçant les aimants droits par deux aimants demicirculaires (fig. 38) mis bout à bout, pôles de même nom en regard, on crée deux pôles conséquents AA', BB', et les choses se passent exactement comme précédemment. La spire allant de A en M est parcourue par un courant positif, de M en B par un courant négatif, de B' en M' par un courant négatif et de M' en A' par un courant positif. Les points neutres se trouvent alors sur une ligne MM' perpendiculaire à la ligne des pôles AB.

La partie essentielle de la machine Gramme est un anneau en fer doux garni d'une hélice en cuivre, isolée, enroulée sur toute l'étendue du fer. Les extrémités de celte hélice sont soudées ensemble de manière à former un fil continu sans bout sortant ni bout rentrant (fig. 39).

Le fil est dénudé extérieurement, et la partie nue forme

une bande étroite régnant dans toute la circonférence. Des

pièces frotlanles viennent s'appuyer en M et M' précisémer^^' sur !a partie dénudée de l'hélice .

Dès qu'on place l'anneau ainsi constitué devant lespôle;^ S et N d'un aimant quelconque, le fer doux s'aimante pa*^ influence et il nait dans l'anneau deux pôles conséquente IN' et S' opposés aux pôles S et N. Si l'anneau tourne autour^ des pôles de l'aimant permanent, les pôles conséquents déve —

loppés dans l'anneau resteront toujours en regard des pôles N et S, ils se déplaceront donc dans le fer lui-même , avec une vitesse égale et de sens contraire à celle de l'anneau.

Quelle que soit la rapidité du mouvement, les pôles N' S' resteront donc fixes dans l'espace et chaque partie de la spire de cuivre passera successivement devant eux.

En considérant un élément de cette spire, nous savons, d'après ce qui précède, qu'il sera le siège d'un courant d'un certain sens en parcourant le chemin MSM' et d'un courant de sens inverse au premier en parcourant le chemin M'NM. Cl, comme tous les éléments de la spire possèdent la même propriété, toute la partie de cette spire placée au-dessus de la ligne MM' aéra parcourue par un courant de même sens

toute !a partie placée au-dessous de celte ligne sera parrue par un courant de sens inverse au précédent.

deux courants sont évidemment égaux et opposés, font donc équililire. C'est exactement ce qui se passe

» Ces

lorsqu'on accouple en opposition deux piles voltaïques composées d'un même nombre d'éléments semblables. Or, pour utiliser des piles en opposition, on n'a qu'à raéllre les

exlrémilés d'un circuit en communication avec les pôles communs des deux piles; dès lors les courants des deux piles ne sont plus en opposition, ils sont associés en quantité. C'est aussi de cette façon que M. Gramme recueille les courants développés dans l'anneau de sa machine. Il établit des collecteurs sur la ligne MM' où viennent se rencontrer les courants de sens contraire.

Si, dans le cas de deux piles vottaïques en opposition, orr:^ mellait les exlrémîtés d'un circuit en communicalion ave<^ le milieu de chaque [lile, au lieu de les metlre aux pôles communs, les couranls s'annuleraient. De même, lorsqu'on met les recueilleurs d'une machine Gramme sur la ligne des pôles, on n'obtient aucun courant.

[Vous n'avons analysé jusqu'ici que Taction de l'anneau en fer doux, magnétisé par l'influenoe de l'aimant permanent, Fur la spire de cuivre qui l'entoure; il nous reste à examiner les effets produits directement par les pôles de l'aimant permanent sur la bobine, que nous supposons d"abord dépourvue de fer et tournant comme précédemment.

Reportons-nous à l'expérience du barreau aimanté agissant dans la spire de cuivre et sortons celle-ci du barreau pour la faire mouvoir latéralement ; on remarquera que toutes les parties de la spire regardant le barreau, jusqu'au milieu de cette spire, sont dans une certaine direction, tandis que les parties opposées sont placées dans une direction inverse. L'aimant fera donc naître un courant d'un certain cens dans les premières demi-spires et un courant en sens inverse dans les secondes. L'intensité du premier sera évidemment supérieure à l'intensité du second, puisque les parties influencées sont beaucoup plus rapprochées de l'aimant. La résultante de ces deux actions sera un courant très-faible , qui viendra naturellement s'ajouter à celui que nous avons analysé plus haut.

Mais lorsque le fer sera dans l'intérieur de la bobine, il empêchera le magnétisme de l'aimant permanent d'agir sur la seconde partie des spires, et l'efTet total augmentera sensiblement.

Ce n'est pas tout. L'anneau en fer doux a encore pour elTet de rétrécir le champ magnétique de l'aimant permanent et de lui donner par suite une puissance inductrice beaucoup plus considérable. C'est même, d'après M. Gramme,

Ist cause principale de la production des courants dans sa machine.

En résumé , le fer doux agit de trois manières distinctes : comme inducteur, comme écran magnétique et comme excitateur de l'aimant permanent.

11 se produit, par le mouvement de la bobine, des effets directs très-complexes exerçant les uns sur les autres des réactions encore plus complexes; mais les notions précédantes suffiront, nous Tespérons, pour donner une idée assez exacte de la manière dont naissent les courants ; c'est te point important. Une dissertation plus longue fatiguerait le lecteur et nous éloignerait de noire but.

Revenons à la manière de recueillir les courants. Nous avons vu qu'en plaçant les pièces frottantes sur une ligne perpendiculaire aux pôles, on obtenait tout le courant développé dans la bobine, et qu'en se mettant sur la ligne des pôles on n'obtenait rien. En plaçant les pièces frottantes près l'une de l'autre , pourvu toutefois qu'on ne les mette pas dans une ligne parallèle aux pôles, on aura un courant d'autant plus faible que les recueilleurs seront plus rapprochés, et ce courant sera d'un certain sens, direct par exemple, si les deux recueilleurs sont dans les parties M S et M'N, et inverse, si les recueilleurs sont dans les parties S M' et MN. Cela se conçoit facilement en se rapportant à la comparaison avec les piles voltaîques.

Il est maintenant facile de concevoir qu'on peut prendre plusieurs courants sur le même anneau, ou associer plusieurs machines complètes en tension ou en quantité. Tout se passe comme avec les piles voltaîques et les courants obtenus sont de même nature.

Dans la pratique, M. Gramme ne dénude pas le fil de l'anneau, il construit son appareil de manière à lui assurer toute la stabilité et la solidité nécessaires, surtout pour les applications industrielles.

On sait que dans certains éleetro-aimanls droits, nolam^ menl dans ceux des puissantes bobines d'induction, le f^' es! enroulé en bobines distinctes, placées les unes à côt^S des autres en chaîne, c'est-à-dire en tension : c'est aussi d^ cette façon qu'est distribué le fil sur l'anneau des machines de Gramme.

La figure 40 montre ces difTérentes hohines de fil, qui sont les éléments de cette source d'électricité, comme les couples voltaîques sont les éléments d'une pile voltaïque.

P(»ur rendre intelligible la construction de cet organe essentiel, nous le représentons complet dans une partie seulement; dans une autre partie, les bobines B ne sont figurées que une sur deux; dans une autre partie enfin l'anneau de fer est laissé à nu et même coupé.

Généralement l'anneau A est exécuté en fil de fer, ce qui donne plus de sécurité, relativement à sa propriété de s'aimanter et de se désaimanter plus rapidement sans conserver de magnétisme lorsqu'il naît sous l'influence de l'aimant.

Des pièces rayonnantes R , isolées les unes des autres, sont rattachées chacune au bout sortant d'une bobine et au bout

MACHINE MAGNETO-ELECTRIQUE GRAMME 137 ■puis plus de cinq ans à Tentière satisi'aclion des acqué- :ui-s. Elle n'a exigé aucune réparation, el loul son entre-

Fw. **. Mdcb ne e L le pour t 1 anoplasl o

Tî^^ônsiste dans la dejien&e de I hudc nece'-saire a la Uibnficatioii des deu\ poileeti de 1 arbie central

Sans rien changer à la partie électrique^ Tinventeur codstruisit, à la fin de 1872, dix autres machines avec bâti en fonte telles qu'elles sont représentées figure 42, et MM. Christofle et C^* achetèrent six de ces machines, lesquelles fonctionnent depuis cette époque dans leurs ateliers.

Ces machines pèsent 750 kilogrammes chacune , tout compris ; elles possèdent quatre barres d'électro-aimants, deux bobines. Le poids du cuivre entrant dans leur construction est de 175 kilogrammes. Leurs dimensions sont de l°*,30de hauteur et de O^jSO dans la plus grande largeur. Elles déposent 600 grammes d'argent à l'heure et nécessitent. pour ce dépôt, une force de 75 kilogrammètres (exactement un cheval-vapeur).

A la fin de 1873, les calculs et les expériences de M. Gramme l'ont amené à combiner un nouveau type de machine à galvanoplastie, bien supérieur au précédent.

La machine dont il s'agit (fîg. 43) n'a, en effet, qu'une bobine au lieu de deux^ et deux barres d'électro-aimants au lieu de quatre.

Son poids total est de 177^,50 ; le poids du cuivre garnissant la bobine et les barres d' électro-aimants, de 47 kilogrammes. Ses dimensions sont de 0°',55 de côté sur 0",60 de hauteur. Elle dépose, comme les anciennes, 600 grammes d'argent à l'heure. Sa marche est excellente en tous points, ainsi que l'ont constaté MM. Christofle et 0\ La force motrice nécessaire à son fonctionnement n'est plus que de 50 kilogrammètres.

Comparé au modèle de 1872, celui de 1873, qui est devenu définitif, possède donc les avantages suivants : 1* il exige un espace moitié moins grand pour son installation ; 2^ son poids total est réduit de plus des trois quarts ; 3* le cuivre nécessaire à sa construction est réduit de près des trois quarts ; 4° il économise 30 pour 100 de force motrice.

Ces perfectionnements ont été obtenus par la suppression

MACHINE MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE GRAMME 130 Ae la bobine excitatrice, en mettant l'éiectro-aimant dans le cireuil même du courant : par la meilleure disposition des Karnilures de cuivre aussi bien pour les bobines que pour les l'ieclro-aimants, et par une augmentation de vitesse n'ayant aucune conséquence fâcheuse sur la régularité de la marche el la durée des organes.

La garniture des électro-aimants, que M. Gramme faisaïï avec du lil rond, est aujourd'hui formée, pour les machines à galvanoplastie, d'une seule bande de cuivre mince, tenant loute la largeur d'une dcmî-barre d'électro-aîmant, de sorte que cette garniture ne se compose en réalité que de quatre

«ndes formant chacune une spire unique.

l.a garniture de la bobine est faite avec du fil méplat trèsaiâ, olTrant une rigidité suffisanle pour s'opposer aux elTets •le la force centrifuge, ce qui permet de faire tourner l'axe à

500 tours par minute , tandis que dans les anciennes machines la vitesse ne dépassait pas 300 tours. Aucun étincelle ne se produit au contact des balais métalliques et du faisceau des conducteurs soudés aux bobines. Ni l'anneau ni les électro-aimants ne s'échauffent. Les balais se règlent

facilement, et peuvent se retirer du contact même pendant la marche.

Le bâti a une grande stabilité ; l'axe, peu chargé, est en acier ; ses portées ont un faible diamètre, ce qui occasionne une diminution considérable dans le travail du frottement. Les armatures sont solidement fixées aux barres d'éleetroaimants, elles embrassent presque toute la circonférence de la bobine.

La disposition spéciale qui consiste à mettre l'électroaimant dans le circuit pour supprimer la bobine excitatrice, a donné lieu à un phénomène de changement de pôle nuisible à la marche ; M. Gramme l'a combattu par une combinaison simple et très-pratique.

Lorsque les machines sont en mouvement, et que leur circuit est fermé sur des bains métalliques, les pôles restent les mêmes pendant tout le temps de la marche ; mais» dès qu'un arrêt se produit, par une cause accidentelle ou volontaire, un courant secondaire est aussitôt fourni par le bain, comme dans l'expérience avec la pile Planté, que tout le monde connaît. Ce courant, traversant les fils des électro-aimants excitateurs, leur donne un magnétisme contraire à celui qu'ils avaient précédemment : il en résulte que le magnétisme rémanent qui servirait de point de départ si l'on remettait en marche sans rien changer aux conducteurs, fournirait un courant renversé, et qu'on ferait un travail inverse ; c'està-dire que dans le cas d'argenture, par exemple, si une courroie venait à tomber, et qu'on la remit simplement en place, puis qu'on continue de fonctionner, on désargenterait les objets qui se trouveraient dans le bain. Pour obvier à ce

MACHINK MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE GRAMME 141 grave inconvénient, M. Gramme a imaginé de faire couper le courant automatiquement dès que la machine va moins n'te; il évite ainsi les courants secondaires, qui seuls occa-

sionnent le changement des pôles. Quand, après un arrêt, on vent continuer le travail, il suffit d'approcher des électroaimants une petite lame métallique dite brise-courant, pour

fermer le circuit et pour que la machine reprenne son

Ktionnement normal.

Le briae-courant, appliqué aux nouvelles machines, esl une petite pièce mobile à contre-poids qui réunit les balaU métalliques aux électro-aimants ; tant que ceux-ci sont magnétisés, ils retiennent au contact le brise-courant; mai^t dès que la machine, en diminuant de vitesse, fait perdre I ^ pouvoir attractif aux électro-aimants, le contre-poids fa.**basculer le brise-courant, et il n'y a plus de communt-cation électrique entre l'anneau central et les électro — - — " aimants. Aucun courant secondaire ne peut se former a^^*^ moment de l'arrêt, et par conséquent les pôles restent le^ "** mêmes.

La construction des machines de démonstration a étr^^ ^ confiée à la célèbre maison Breguet, de Paris, qui en a déjà*^^ fourni aux principaux laboratoires du monde entier. Le^^ premier type de cet appareil était horizontal (fig. 44) ; ÏI i- donnait un courant équivalent à peu près à 3 éléments Bun- — sen ordinaire. Il fut remplacé par une disposition plus ^ rationnelle (fig. 45), qui, grâce à l'emploi d'excellents aimants d'Allevart, produisit 5 éléments sans changements dans la bobine. Depuis l'invention, faite par M. Jamin, des aimants feuilletés, presque toutes les machines de labora-^J toire ont été construites avec des aimants de ce système. Les^ff unes avec socle en bois, les autres avec pédale (fig. 45). Ces machines équilibrent aujourd'hui, grâce à la perfection de leur exécution, jusqu'à 8 éléments Bunsen ordinaires. Elles permettent de faire toutes les expériences d'un cours de physique : décompositions électro-chimiques, excitation des électro-aimants, excitaUon de la bobine d'induction, expériences d'Ampère (électro-dynamique), etc.

Tout le monde sait que l'embarras de monter quelques éléments de pilq Bunsen retient souvent pour entreprendre une expérience destinée, dans bien des cas, à être de courte durée. On peut ajouter que la dépense faite pour le montage j des piles n'est pas du tout insignifiante, tandis que la force J

MACHINE MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE GRAMME 143 musculaire de l'expérimentateur ou de ses aides est la seule dépense qu'entraîne l'emploi de la machine (iramme. D'ailleurs, il y a des avantages très-nombreux à disposer

d'une source d'électricité qu'on peut faire varier à volonté, et de laquelle on peut, en donnant un coup de collier, tirer momentanément beaucoup plus que ce qu'elle donne à la vitesse normale.

144 ÉCLAIRAOE k L'ÉLECTRICITÉ

L'application à la médecine est plus facile encore elle temps seul a manqué pour en répandre Tusage; car la machine Gramme peut, avec quelques modiGcatîonSy servir dans tous les cas pour lesquels les médecins emploienl l'électricité. Elle permet la cautérisation au moyen d'un fil de platine rougi. Elle se prête à la décomposition chimique des tissus qui s'emploie à la résolution de certaines tumeurs. Elle fournit un courant continu et peut être mise en mou?^ ment par le malade lui-même, dont on soumet un organe au flux électrique continu. Elle permet d'exciter la bobine d'induction, et elle peut donner par elle-même des chocs par la simple addition d'un interrupteur placé sur l'axe de l'anneau ; en effet, l'extra-courant de rupture fourni par cette machine a une tension considérable, ce qui se comprend aisément, puisque la machine présente un Gl enroulé un grand nombre de fois sur un fer doux.

M. le docteur Moret, de Paris, qui a beaucoup étudié les questions d'électricité appliquée à la thérapeutique, a déclaré, après avoir essayé une petite machine de Gramme, qu'elle réunissait toutes les conditions voulues pour cet usage et qu'elle deviendrait, dès le début d'une fabrication spéciale, la machine électro-médicale universelle.

Citons quelques applications industrielles.

En se servant de 50 bains, couplés en tension, d'une résistance égale à celle d'un fil de cuivre de 5 millimètres de diamètre sur 1 mètre de longueur, M. le docteur Wohiwill, de Hambourg, précipite 240 kilogrammes de cuivre par jour. Et, pour obtenir ce beau résultat, il n'emploie qu'une petite machine Gramme calculée pour déposer 24 kilogrammes d'argent par jour, en agissant sur 4 bains seulement.

M. Villiers, directeur de la Société anonyme des houillères de Saint-Etienne, a imaginé une fermeture pour les lampes de sûreté des mineurs, telle que les ouvriers ne peuvent absolument pas l'ouvrir, Innrlis que le seul lampiste,

HACHllNE MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE GRAMME 145

pourvu d'un électro-aimant assez fort peut faire l'ouverture. Ces lampes sont très-simplement combinées ; un verrou les ferme ; ce verrou est placé au fond d'une double cavité présentée par le fond de la lampe, et telle que les deux pôles de l'électro-aimant spécial dont est armé le lampiste peuvent le tirer, tandis que ni couteau ni autre procédé entre les mains des mineurs ne permet de le mouvoir. Cette lampe fonctionnait depuis quelques années ; on excitait les électroaimants des lampistes avec des piles au bichromate de potasse et à l'acide sulfurique ; mais elles donnaient tant d'ennuis, tant d'embarras, que M. Chansselle, ingénieur en chef de la Société, entendant parler de la machine Gramme, songea à remployer. La machine est montée sur une table au-dessous de laquelle sont placés un volant de tour et une pédale ; en avant de la table, se présentent les deux pôles de l'électroaimant. Le lampiste, assis, tourne au pied sa machine comme un tourneur, et ses mains sont libres pour manier ses lampes. Six ou sept machines sont en service à Saint- Etienne et deux à Montceau-les-Mines, chez MM. Chagot et 0\

M. Lubéry a eu l'idée heureuse d'employer l'électricité pour arrêter automatiquement les métiers à tricoter, quand une aiguille se fausse ou qu'un fil se casse ; il en a fait l'application à quarante métiers à l'usine de Langlée, près Montargis, et y a dispose une machine Gramme en remplacement de piles à acides qui lui donnaient les plus grands ennuis. Pendant huit mois, la machine Gramme a tourné iO heures par jour à raison de 1,500 tours par minute, sans usure sensible ; et tournerait encore sans des circonstances personnelles dont le détail n'aurait rien à faire ici. Au lieu de quatre ouvriers pour surveiller quarante métiers, conmie on avait autrefois, on a aujourd'hui à Langlée^ un homme par métier. Les fabricants de tricot, si nombreux à Troyes, notamment, se préoccupent de réaliser l'importante

économie de main-d'œuvre qui leur est indiquée par cette expérience.

La machine Gramme, comme toutes les autres machiites magnéto-électriques, a pour fonction principale de transformer la force mécanique en électricité, mais eUe p^ encore transformer l'électricité en force motrice et smir dans ce cas de machine électro-magnétique. Il suffit de mettre une source électrique quelconque en communication avec les balais métalliques pour que l'anneau central se mette immédiatement en mouvement.

Comme nous venons de dire qu'il suffit de très-peu de force motrice pour équilibrer un grand nombre d'éléments voltaïques, il en résulte que, réciproquement, il faudn beaucoup d'éléments voltaïques pour produire peu de travail mécanique. C'est ce qui explique l'insuccès de tous les inventeurs qui ontjusqu'àce jour cherché à produire la force motrice par l'électricité.

La machine à courant continu n'ayant ni bielle, ni manivelle, ni point mort, convient éminemment pour des expériences de transformation d'électricité en travail, et elle donne un très-grand effet utile, comme nous allons l'expliquer.

Au mois de juin 1873, l'inventeur a fait, devant nous, l'expérience suivante :

Une machine magnéto-électrique recevait le mouvement d'un moteur à vapeur et nécessitait pour sa mise en marche une force égale à 75 kilogrammètres mesurée au frein; l'électricité produite était envoyée dans une deuxième machine, qui, également munie d'un frein de Prony, produisait 39 kilogrammètres, c'est-à-dire un peu plus de la moitié de la force primitive. Comme l'électricité passait par deux machines, ou, ce qui revient au même, comme il y avait une double transformation de travail en électricité et d'électricité en travail, chaque machine, bien qu'elle n'eût pas été

MACHINE MAaNÉTO-ÉLECTRIQUE QRAMME 147

feâte pour cet usage, avait un rendement supérieur à 70 pour 100.

Depuis cette expérience, M. Gramme a obtenu jusqu'aux 61 centièmes de la force motrice, ce qui correspond à un rendement de 78 pour 100.

On conçoit dès lors qu'il est possible, avec deux machines Gramme et deux câbles conducteurs, de transporter au loin des forces motrices inutilisables sur place. C'est ce qui a déjà été essayé en diverses occasions.

En 1873, à l'Exposition internationale de Vienne, la Société Gramme faisait fonctionner une pompe centrifuge du système Dumont au moyen d'une première machine magnéto-électrique reliée, par deux fils de cuivre, à une deuxième machine Gramme. Cette deuxième machine placée loin de la première, recevait le mouvement d'un moteur à gaz Lenoir; et l'on vit, pour la première fois, une force motrice transportée à plus d'un kilomètre, sans transmission rigide, sans câble télodynamique , sans air comprimé, sans eau comprimée ; rien qu'avec deux fils qui pouvaient suivre toutes les sinuosités d'un chemin quelconque.

En 1876, à l'Exposition de Philadelphie, une installation îuialogue fut très-remarquée par les visiteurs et valut à l'inventeur une récompense exceptionnelle.

L'année suivante , M. Cadiat fit , dans les ateliers du Val d'Osne, une application industrielle des transmissions électriques pour donner le mouvement à une machine galvanoplastique. Enfin en 1878, MM. Félix et Chrétien installèrent dans la sucrerie de Sermaize un appareil électrique à décharger les betteraves, placé à 100 mètres de l'usine. Le succès obtenu par ces derniers fut tellement décisif qu'ils combinèrent un matériel pour remplacer les machines routières dans le labourage mécanique. Les expériences de ce nouveau matériel basé sur remploi des machines Gramme commenceront à l'époque même où notre livre paraîtra.

C'est là une idée grandiose appelée à rendre d'immenses services à Tagriculture.

Comme toutes les grandes inventions, la machine Gramme a donné lieu à plusieurs revendications de priorité et t trouvé immédiatement des imitateurs plus ou moins imnétes et plus ou moins heureux. De ces derniers nous oe. dirons rien, car ils n'ont rien produit de bon jusqu'à préseiÉl et il est inutile de publier leurs noms, mais nous ne pouvoos passer sous silence les revendications de MM. Worms de Romilly et Pacinotti, qui ont été adressées à l'Académie des sciences.

M. Worms de Romilly a exécuté^ en 1866 , une machine analogue à celle de M. Gramme ; mais au lieu d'enrouler le fil de cuivre sur l'anneau en fer, toujours dans le même sens, M. Worms enroulait ses bobines partielles dans des sens différents ; il était donc forcé de redresser les courants produits. M. Pacinotti a construit pour l'université de Pise, en 1861, une machine électro-motrice que nous avons vue en 1873 à l'exposition de Vienne, laquelle est identique, comme principe, à celle de M. Gramme. M. Pacinotti indique même, dans // Nuovo Cimenta de 1864, qu'en renversant la fonction de sa machine on peut obtenir un appareil magnétoélectrique; seulement l'étude et la construction de cette machine sont si défectueuses , qu'elle n'a jamais donné de bons résultats, ni fait supposer que son principe fût supérieur à celui de toutes les autres machines. Il a fallu l'apparition de la machine Gramme, en 1871, pour que M. Pacinotti lui-même se souvînt de sa conception et fit une revendication très-juste d'ailleurs, au point de vue scientifique.

M. Figuier raconte, dans les Merveilles de la science^ comment dix-huit ans avant la célèbre expérience d'OErsted, relative à Tinfluence d'un courant électrique sur un aimant, Romagnosi avait remarqué que le galvanisme faisait décliner r aiguille aimantée^ sans que personne alors , pas plus

Romagnosi que les physiciens contemporains, n'eût entrevu les conséquences immenses de cette découverte , tandis que les travaux d*(Ersted révolutionnèrent le monde scientifique. Ajoutons, avec M. Figuier, qu'il n'est pas rare de rencontrer, dans l'histoire des sciences, des faits analogues. Les grandes découvertes sont quelque temps, pour ainsi dire, dans l'air, avant qu'un homme se rencontre qui en comprenne toute la portée et rende fécond le germe depuis longtemps créé.

11 ne faudrait pas d'ailleurs croire que M. Pacinottî ait eu le premier l'idée des électro-aimants circulaires ; le docteur Page, de Washington, avait, dès 1852, construit un moteur qui diffère très-peu de celui de Pise, et qui, loin d'être un simple instrument de laboratoire, était adapté à une locomotive, laquelle fonctionna très-mal, il est vrai, mais enfin fonctionnaV

Ce qui ne peut être contesté, c'est que si les machines magnéto-électriques à courants continus rendent aujourd'hui d'immenses services à la galvanoplastie, aux décompositions chimiques, à l'éclairage et à une foule d'autres industries, on le doit réellement et uniquement aux travaux de M. Gramme. Cet inventeur a, en effet, le premier réalisé industriellement un principe indiqué par un autre physicien, principe dont il n'avait été fait mention dans aucune publication française, anglaise ou allemande, et qui était tellement ignoré en 1869, qu'il a fallu que M. Gramme le découvrît de nouveau pour le mettre en pratique.

M. Pacinotti, dont nous ne contestons le mérite en aucune manière, cherchait surtout à convertir l'électricité en force motrice, tandis que M. Gramme ne s'occupait que du pro-

1. M. Pacinotti, dans son mémoire, ne fait mention d*aucune des dispositions qui ODt fait le anccès des machines Gramme : collecteurs groupés en un seul cylindre, électro-aimants à pôles conséquents, anneau en ûl de fer, balais pour recaelUir les courants, etc., etc.

blême inverse. Les vues du premier étaient sans horizon, limitées à un sentier déjà parcouru inutilement par mie foule d'inventeurs ; celles du second étaient immenses et fécondes en applications utiles. Et c'est précisément cette différence dans le but à atteindre qui est cause de l'oubli où tombèrent les travaux de M.Pacinotti^ tandis qu'à peine née, la machine Gramme captiva l'altention publique et que , depuis j son succès s'est affirmé dans le monde entier.

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