‹ Éclairage à l'électricité; renseignements pratiquesChapitre 3 sur 41 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

L'invention de M. Gramme avait donné à la lumière électrique ses grandes entrées dans les usines et les ateliers de construction ; MM. Sautter et Lemonnier Font brillamment lancée dans la marine et Tart militaire ; M. Breguet Ta surtout fait connaître dans les laboratoires et en Angleterre ; M. Jaspar s'applique à la propager en Belgique, M. Siemens en Prusse, M. Mercier en Autriche, M. Konn en Russie, M. Dalmau en Espagne, etc. ; et voilà que la bougie de M. Jablochkoff, aidée de la machine Gramme, la répand dans les magasins, dans les hôtels et même sur les voies publiques.

Ce développement est-il appelé à croître sans cesse conmie l'espèrent les électriciens, ou les installations existantes vontelles disparaître à bref délai ainsi que l'affirment les Compagnies de gaz? C'est ce à quoi il est facile de répondre.

Une industrie est passagère lorsqu'elle a pour unique base la mode et qu'elle ne répond pas à un besoin général. Elle devient , au contraire , nécessairement prospère lorsqu'elle rend des services réels et qu'elle est basée sur des principes véritablement économiques.

Or, il est incontestable que, lorsqu'on a besoin d'une lumière très-intense en un seul point, comme cela a lieu dans les forts pour surveiller l'ennemi, dans les ports pour combattre l'effet destructif des bateaux torpilles, dans les phares pour guider les navigateurs, la lumière électrique est non seulement la plus économique de toutes les lumières, mais elle est encore souvent la seule qui soit applicable. Il est également certain que, pour un grand chantier de travaux publics comme celui de Tavant-port du Havre ou pour une vaste enceinte comme celle de l'Hippodrome de Paris où

AVANT-PROPOS vu

il est impossible de suspendre des appareils d'éclairage et de placer des candélabres sur la piste, la lumière électrique est la seule possible, la seule qui puisse remplacer le soleil absent.

On peut donc tout d'abord affirmer que Téclairage à Télectricité a un domaine qui lui est propre et où il ne craint même pas la concurrence des autres systèmes. Cela seul suffirait à lui assurer un grand avenir, alors même qu'il ne conyiendrait pas pour beaucoup d'autres applications.

Pour l'éclairage des habitations particulières, le gaz ofire la solution la plus agréable, la plus commode et la plus économique. L'électricité pourra bien, par-ci par-là, pénétrer dans quelques grands appartements ou dans quelques somptueux hôtels, mais ce sera une exception si rare qu'il est inutile d'en tenir compte.

Pour l'éclairage des voies publiques, c'est également le gaz qui convient le mieux. Cependant les grandes avenues et les vastes places peuvent déjà utiliser les bougies Jablochkoff, et cela malgré les petites imperfections qu'on rencontre toujours au début «l'une exploitation et qui disparaîtront à bref délai.

Pour les grands magasins, les grands cafés, et en général pour les établissements qui cherchent à attirer la clientèle par la beauté des marchandises mises en vente ou par la richesse de leur décoration, la lumière électrique fractionnée est une solution qui s'imposera d'elle-même dans toutes les villes importantes.

Pour l'éclairage des usines, des ateliers de mécanique, des forges, des fonderies et des manufactures, la lumière électrique se présente avec ses avantages et ses inconvé-

viir AVANT-PROPOS

nienls en concurrence avec le gaz, l'huile et le pétrole. Le plus souvent le gaz et l'électricité sont seuls en présence.

Le gaz jouit , comme agent lumineux , de propriétés remarquables : il procure un éclairage bien uniforme résultant de son fractionnement en un grand nombre de foyers peu intenses ; son emploi est commode et facile, car il suffi! d'ouvrir un robinet pour qu'il arrive aux brûleurs ; une fois allumé, il brûle indéfiniment sans qu'on ait à s'en occuper ; il peut être allumé et éteint aussi souvent que cela est nécessaire ; sa flamme peut être augmentée ou diminuée à volonlé suivant les besoins et passer de l'éclat de la plus belle lampe à la lueur de la plus modeste veilleuse; enfin, dans presque toutes les villes, il est toujours à la disposition du consommateur, la nuit comme le jour.

Ses inconvénients résident surtout dans l'odeur désagréable répandue par la moindre fuite, dans la couleur jaune de sa flamme, qui altère la nuance des objets éclairés, dans la chaleur considérable qui accompagne sa combustion, ce qui le rend malsain dans les locaux peu ventilés et très habités; et surtout dans les incendies et les explosions qu'il provoque assez fréquemment.

La lumière électrique possède des avantages également très remarquables ; elle dégage une faible chaleur, et n'emprunte à l'air ambiant qu'une petite partie de son oxygène, ce qui rend son usage très salubre ; elle conserve aux couleurs les nuances qu'elles ont le jour, et permet de diflerencier les teintes les plus voisines ; elle crée dans les usines un éclairage ambiant qui facilite la surveillance, diminue les chances d'accidents et simplifie les travaux de manutention; elle peut fournir des foyers d'une puissance

AVANT-PROPOS ix

extraordinaire, éclairer des espaces très-éloignés du lieu de sa production, et répandre autour d'elle une splendide lumière diffuse ; elle écarte les dangers d'incendie, et son prix est extrêmement minime, eu égard à son pouvoir éclairant.

Ses inconvénients, qui sont surtout la conséquence de sa récente mise en pratique, et que l'expérience de quelques années supprimera certainement en partie, peuvent se résumer ainsi : elle perd beaucoup de son intensité totale lorsqu'on la divise en petits foyers, ce qui la rend difficilement applicable aux petits locaux ; elle donne lieu à des extinctions, de courte durée il est vrai, mais d'un effet désagréable sur les voies publiques ; elle exige l'emploi d'un moteur ; sa production donne lieu à un bruit souvent très fatigant; et elle demande quelques manipulations pour le remplacement des crayons ou des bougies.

Si les ateliei^s sont composés de pièces relativement petites, si les plafonds sont bas, les outils élevés et encombrants. Le gaz est généralement préférable à l'électricité. Si les locaux sont vastes, les plafonds suffisamment élevés, les outils assez espacés, l'électricité est généralement préférable au gaz. 11 y a, pour chaque cas particulier, un calcul à établir fivec des données qui dépendent surtout du prix du gaz dans la localité, et du genre de travail à exécuter dans les usines.

Mais, malgré la concurrence qui peut s'établir, dans certains cas, entre l'éclairage à l'électricité et l'éclairage au gaz, l'industrie du gaz ne sera jamais arrêtée dans son développement par l'industrie de l'électricité.

Nous avons dit au meeting de l'Institution des ingénieurs mécaniciens anglais, et nous ne saurions trop répéter que la

Page 1