SOLAIRE
« Toutes les forces de la terre, toutes les manifestations de la vie, sont des modulations ou des varialions d’une même mélodie céleste qui émane du Soleil ».
Tyndall.
Augustin REY, dans son rapport « La lumière du soleil dans l’habitation » au IIIe Congrès International de Technique sanitaire et d'hygiène urbaine de Lyon 1932, nous dit :
« On peut affirmer que la vie sur le globe est la conséquence directe du rayonnement solaire. Elle est pour ainsi dire suspendue, atténuée ou accentuée suivant les variations de cette énergie.
Si les multiples radiations solaires ont une influence reconnue énorme sur la germination des plantes, des céréales en particulier, la croissance des arbres el celle des animaux, elles ont incontestablement une action prépondérante sur la vie humaine.
« Nous avons établi que l'être humain semble fonctionner comme une machine électrique qui produirait des échanges innombrables par réaction chimique. L'état électrique, magnétique et d’ionisation de l’atmosphère, conséquence de la radiation solaire, semble donc conditionner, et peut-être dominer plus qu’on le croit, les phénomènes vitaux des organes humains.
L'idée directrice fondamentale, le fil conducteur à travers cet immense domaine qu'est l’agglomération
humaine, est de respecter l’action directe des rayons
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solaires. Il faut, en conséquence, construire tous les bâtiments, sans exception, de telle manière qu'ils soient pénétrés de part en part, le plus d'heures possible, depuis leur base, par ces rayons bienfaisants.
« Nos connaissances actuelles sur l’action de ia lumière solaire nous permettent d’affirmer qu’elle est le grand moteur du globe, l'animateur de tout ce qu'il contient, le suprême facteur de la vie. Les rayons solaires sont là pour maintenir en équilibre la santé humaine. Leur radiation directe est à la fois un tonique et un microbicide d’une incomparable activité, ainsi que peuvent le démontrer les découvertes les plus récentes.
« Chaque rayon du soleil nous inonde à la fois de force, de lumière, de chaleur, et provoque des influences électriques, magnétiques, radioactives, d’i0nisation et chimiques. Son action sur tout organisme vivant surtout chez l’homme, merveilleux récepteur. est incalculable.
Action microbicide de la lumière : En 1700, SpaL- LANZANI signala l’action destructive des rayons solaires sur les germes vivants contenus dans des infusions végétales. En 1877 DowxeEs et BLUNT exposèrent tout simplement aux rayons du soleil des tubes contenant des bouillons nutritifs ensemencés de microbes quelconques. Ils démontrèrent le pouvoir bactériologique des rayons solaires. Ils reconnurent ensuite que la lumière diffuse du jour présentait également cette propriété. TYNDAL, JAMIESON confirmèrent ces recherches.
En même temps DUCLAUX à Paris et ARLOING à Lyon
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commencèrent des recherches plus précises. Roux répéta les expériences d’ARLOING, puis les recherches se multiplièrent et l’on arriva à des résultats contradictoires car les conditions expérimentales étaient mauvaises.
PANSINI arriva à des résultats remarquables, il montra les relations entre le pouvoir bactéricide du soleil et sa puissance chimique sous différentes latitudes.
Plus spécialement, on s’attacha ensuite à des recherches sur la résistance des microorganismes pathogènes. KOCH montra que la lumière détruisait Le bacille de la tuberculose. BÜCHNER et KRAËÜSE firent porter leurs expériences sur le bacille d’'Eberth qui fut tué en deux heures d’exposition au soleil. Des expériences furent faites sur tous les microbes.
MiGNEScO et JoussET étudièrent l’action du soleil sur les crachats bacillifères et sur les étoffes souillées.
PRAUSSNITZ et PROCCACGINI constatèrent l’action microbicide de la lumière en milieu liquide. Action complète de 1 m. 60 de profondeur, partielle à 3 m.
Le soleil joue un rôle capital dans la purification du sol, des eaux des rivières et des fleuves. C’est ce qui a conduit à lutilisation industrielle des ultraviolets pour stériliser l’eau de consommation (Cour- MONT et NOGIER).
L'action bactéricide de la lumière est lente mais doit à sa continuité la plus grande part de son efficacité. Son mécanisme est complexe. On sait que l’action est plus forte dans la partie bleue, violette ct au delà; qu’elle est renforcée par l'oxygène de Pair
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(expérience de Momoxr sur une culture charbonneuse sporulée dans le vide).
On pourrait croire que cette action s'exerce d’une façon moins précise et moins complète sur le vivant que dans un tube à essai. En réalité, l’action bactéricide de la lumière solaire s’exerce au niveau des plaies d’une façon très complète et très régulière. (LERICHE). Les conclusions thérapeutiques que lon peut tirer de ces faits sortiraient du cadre de notre sujet.
Jusqu'ici, la lumière a été très irrégulièrement répartie dans l'habitation. Puisque c’est l’agent d’assainissement le plus universel, le plus économique, et le plus actif auquel puisse avoir recours l'hygiène privée ou publique, le problème de l'éclairage natu-
rel de nos immeubles est d’un intérêt primordial.
Nous nous bornerons à citer l’action de la lumière sur les végétaux, (phénomènes mécaniques, chimiques et morphologiques).
L’action de la lumière sur les animaux est parallèle à la précédente. L'opposition se montre éclatante si l’on compare les flore et faune des déserts polaires à celles des forêts équatoriales.
L'homme se distingue des animaux par son organisation supérieure et par son âme. Ceci nous invite à considérer une action physique et une action morale de la lumière sur lui.
Lumière et biologie : I est des faits communs qu’il nous semble bon de rappeler ici :
La vie sexuelle commence beaucoup plus vite dans
les pays où l’intensité lumineuse est plus grande et où parallèlement il fait plus chaud. Les nègres deviennent adolescents vers 10 ou 12 ans. La menstruation est très précoce chez les femmes des tropiques. Par contre, on la voit manquer chez les femmes esqui-
maux pendant les six mois de la vie polaire.
Les échanges organiques sont différents le jour et la nuit. L’urine du jour est toxique et narcotique, l’urine de la nuit est moins toxique et convulsivante (BOUCHARD).
La sensibilité et l’activité sont plus grandes le jour que la nuit. Pendant la nuit encore, les échanges organiques diminuent et la température s’abaisse (No- GIER).
Voilà des faits qui donnent une idée très nette de l’action certaine de la lumière sur l'organisme humain en général. Son mécanisme nous échappe d’ailleurs. Sans doute action indirecte sur les tissus profonds par l'intermédiaire de la peau, de l'œil, du cerveau et du système sympathique. (ROTHMANN et JESIONECK, MaGnus LÉVY).
L'action locale sur le tégument a été étudiée avec beaucoup de soin et c’est elle qui fait la base de la méthode photothérapique du professeur FINSEN.
Nous n’insistons pas sur « la lumière en thérapeutique » et nous rappelons simplement les merveilleux effets des médicaments irradiés sur les malades at-
teints de véritable carence lumineuse.
« Comme tous les Dieux, le soleil ne répand pas que des bienfaits sur les êtres à qui il a donné, et chez qui il entretient la vie. »
(D' C. Simon).
M. JAUSION vient de préciser la question dans son livre « Les maladies de lumière ».
Bien que la lumière solaire soit naturellement filtrée par les phénomènes d’absorption, vraie et de diffusion, qu’il existe un antagonisme des radiations : l’homme est exposé à l’injure lumineuse : II s’agit alors des Actinodermatoses de DARIER procédant de quatre modes de réaction des organismes vis-à-vis de
la lumière :
Phototraumatisme (ex. : coup de chaleur et de lumière).
Photodynamisme exogène et endogène (ex. : Acridinisme et Peilagres).
Photobriotropisme (ex. : érythèmes polymorphes solaires).
Photoanaphylaxie (ex. : urticaire et eczéma solaires).
Nous n’étudions pas ici ces maladies car il s’agit là de lésions dues à des excès de lumière auxquels l’architecte ou l’éclairagiste ne nous exposent pas, même lorsque notre habitation devient une maison de verre qui constitue un abri nous protégeant contre la violence des éléments.
Lumière el psychologie : L’exposé historique nous a montré que les mythes solaires ont bercé l’enfance des peuples méditerranéens. L’âme hébraïque attribue au premier rayon une origine divine. Et dès son éclosion le visage humain, balancé de l’ombre à !« clarté au rythme des nycthémères, sentit le conflit
qui devait éternellement le crisper et le flétrir.
Dose
Dès qu’éveillés du grand sommeil primordial aveugle et sourd, les cinq sens s’ouvrirent au soleil, homme connut que la tendance des innombrables vies germinales palpitantes et obscures était de percevoir le monde et le jour. Réservant alors ses moments d’inconscience mortelle et de retour à la matrice primitive pour la nuit, il consacra toute sa divine activité créatrice à la lumière.
Puis, la vie sociale s’organisa et avec elle peu à peu la réglementation des manifestations instructives.
Et les premiers qui voulurent enfreindre ces rudiments de loi demandèrent à la nuit le mystère de son manteau d'ombre. Ainsi sortirent de la clarté accusatrice et de la nuit maléfique les anges de lumière et les princes des ténèbres, les grandes entités qui nous tourmentent, le bien et le mal.
L'homme consacra à la lumière toutes ceiles de ses passions et de ses facultés actives et affectives qui amèneraient le bonheur universel si la vie était éternelle : la pureté, la vérité.
Les chrétiens ayant reçu le baptême étaient dans la primitive Eglise appelés des illuminés. [luminés aussi ceux que possède un esprit divin.
L’étincelle du génie et le feu du ciel dérobés par Prométhée.
« Le jugement n’est que la Grandeur de la lumière et de l’esprit >» (La Rochefoucauld). « La raison est la lumière éternelle qui éclaire toute les intelligences ».
La Théologie n’appelle-t-elle pas l'intelligence : lu-
mière naturelle; les vérités divines, lumière révélée ?
L'homme a nimbé de lumière les états surhumains, les transfigurations, les divinités, et aussi simplement les beaux visages.
Car la lumière a créé la beauté en donnant à l’esprit le sens des proportions, en l’'empêchant de s’égarer dans le colossal ou le mesquin, puisque « toute perfection s’évanouit au delà des points précis qui la limitent ».
Et ces harmonies des créations sensibles, morales et purement intellectuelles que l’on appelle aussi les civilisations, naquirent et se répandirent sur les bords des mers tièdes sous le soleil.
La lumière devint ainsi peu à peu l'énergie créatrice purifiante et consolante de l'humanité. L'homme plaça ses paradis dans le ciel et la vie éternelle : « Le soleil et la mort ne se peuvent regarder fixement » (La Rochefoucauld).
Face au ciel se modela ainsi le pur visage de lumière de l'humanité.
Mais chaque crépuscule a ramené le visage d’ombre, les nuits hantées par les instincts et les anges des ténèbres. Les choses elles-mêmes confondues dans lPobscurité paraissent retournées au chaos originel. C’est le règne du difforme et de l’incertain « l’empire du louche ». Les harmonies esthétiques et sociales sont rompues et l’homme jouit des passions qui donneraient le bonheur individuel si la vie ne durait qu’un instant : la colère, la luxure, les trahisons.
Ainsi l’humanité a constamment hésité entre les
clartés de la raison la plus pure et la confusion des
St
affects élémentaires et des manifestations instinetives; entre des esthétiques harmonieuses, des mythes lumineux, des systèmes symboliques ou philosophiques et cohérents et des beautés sans discipline, estompée de brumes nordiques, riches d’un beau désordre et de toute l’horreur nocturne : lutte éternelle entre les classiques et les romantiques. Les seuls jeux d'ombre et de lumière ont donné à l’homme ses deux
états d’âme essentiels : la joie et la douleur.
Ich will dich lieben, schônstes Licht Bis mir das Herze bricht !1
Les œuvres de Chopin les plus empreintes de mélancolie et d’anxiété douloureuse ne sont-elles pas intitulées « Nocturnes ».
SCHMIAT-RIMPLER parle du délire et des troubles psychiques constatés dans des cliniques ophtalmologiques où les malades étaient maintenus dans l’obscurité à la suite de graves opérations.
PoNCET rapporte un cas de délire nerveux causé
par une cécité accidentelle.
Si l’on peut assez aisément dégager les influences les plus communes de la lumière et de l’ombre il est bien plus difficile de dégager laction des lumières colorées.
Sans doute connaît-on l’action excitante du rouge.