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Ainsi sera assuré, pendant toute l’année, l’ensolei!lement absolu et, dans toute leur hauteur, des deux façades opposés de tous les bâtiments. On peut juger par là de l'importance capitale de l’application de ces principes astronomiques.
Au moyen de graphiques établis pour chaque ville, on peut fixer la durée théorique d’insolation pour chaque mois de l’année, ainsi que le pourcentage d’insolation suivant l'orientation des façades. Il en résulte que, si le grand axe des bâtiments est Nord-Sud, les grandes façades Est et Ouest recevront matin et soir le maximum d’ensoleillement.
Mais il faut tenir compte de l’héliothermie, c’està-dire de la quantité de chaleur que reçoivent ces façades et que modifie la qualité de cet ensoleillement. Les observations des Bureaux Météorologiques permettent d'établir, pour un grand nombre de pays, les courbes thermiques moyennes correspondant pour chaque année à un instant quelconque de ia journée.
«< On pourra ainsi, en combinant la durée de lin- « solation avec la température moyenne, créer une « valeur proportionnelle à la fois à la durée de cette « insolation et à la température moyenne qui a « régné pendant cette durée.
Ces deux éléments, soleil et chaleur ambiante combinés, constitueront ce que AUGUSTIN REY appelle la valeur héliothermique. Sous l'influence de la température, plus élevée l’après-midi que le matin, la déviation de l’axe d’ensoleillement absolu qui est Nord-Sud se trouve portée à l'Est. L’axe thermique
est ainsi dévié à l’Est de l’axe lumière.
Appliqués à Paris, ces calculs firent laxe héliothermique à 19 degrés Est de la ligne Nord-Sud.
Il faut donc tenir compte de ces données pour le tracé des futurs lotissements de quartiers de villes si l’on veut que les habitations alignées parallèlement aux rues soient convenablement éclairées. Pour tracer une rue de largeur et d'orientation convenable, il faut tenir compte de la latitude du lieu, de la hauteur des bâtiments riverains et de l’angle que forme cette rue avec le méridien.
« L’immeuble insalubre n’est pas seulement celui « où manquent l’eau, les évacuations des eaux usées, « les canalisations sanitaires essentielles, les distri- « butions pratiques des locaux permettant l’aération « abondante, mais celui dans lequel, en premier lieu, « les rayons du soleil ne peuvent partout pénétrer.
« Le facteur essentiel déterminant la valeur sani- « taire d’un immeuble et par conséquent demain, < nous espérons, sa valeur vénale, est donc avant « tout dans son insolation rigoureuse, conséquence « de son orientation astronomique.
Il faudra bien entendu prendre des dispositions spéciales pour les régions à températures élevées, d’une latitude inférieure à 35 degrés, ou pour les régions froides au delà du 60° parallèle.
« La cilé moderne surpeuplée crée l'ombre »
nous dit AUGUSTIN REY. L’agglomération urbaine est devenue peu à peu comme une gigantesque usine qui ne cesse de créer de ombre et semble repousser la lumière. Si l’on additionne sur un plan toutes les surfaces des étages des bâtiments parisiens, on obtient
En
une surface représentant près de cinq fois la surface actuelle de la capitale dans la limite de ses fortifications. Un tiers de cette surface est assez bien éclairé — Un tiers est vaguement ou mal éclairé —— Un tiers enfin, est à peu près complètement plongé dans l'obscurité.
Les fléaux sociaux, parmi lesquels la tuberculose est le plus meurtrier sont, en grande partie, la conséquence de ce mépris urbain pour l'éclairage direct du soleil.
La mortalité de 16,5 pour 1000 est trop forte; il meurt chaque année, 200.000 Français de trop. La morbidité française, qui atteint en moyenne le chiffre énorme de 85 pour mille habitants et maintient er permanence en France plus de 3 millions et demi de grands malades, est la conséquence de linsalubrité des constructions et de l’absence d’action directe des rayons solaires sur plus des deux tiers des lieux habités. La capitale renferme dans la limite de ses anciens remparts 87.000 bâtiments représentant plus de 4 millions et demi de locaux dont plus de 2 millions ne reçoivent jamais de lumière solaire.
Que devient, en effet, la salubrité de chambres qui s'ouvrent sur ces cours fermées, puits d’air stagnants, sur ces courettes immondes, où s’entassent, dans certains quartiers, près des deux tiers des citadins des plus grandes villes surpeuplées. Nous avons dans nos grandes villes des quartiers immenses aux trois quarts plongés dans la plus déprimente obscurité. Des blocs entiers ne pourront presque jamais jusqu’à
l'heure de leur démolition, recevoir les rayons di-
rects du soleil. Ils sont voués sans espoir à l’insalubrité.
« La question de lorientation solaire de toute « habitation avec la correction thermique, domine
« en réalité toute la science de l'hygiène.
La fenêtre.
« La fenêtre est un organe vital, veux et poumons de l’habitation ». Il faut donc ouvrir largement nos murs pour permettre aux rayons du soleil d’inonder directement les cases que nous habitons.
Pour léclairage rationnel de la chambre salubre, l'ouverture devra être fonction de la surface du local à éclairer. Or, il faut bien le reconnaitre, si on fait des fenêtres pour aérer tant bien que mal, on ne s’est jamais assez préoccupé de leur fonction essentielle d’éclairage. C’est sur ce point que les ingénieurs et les architectes vraiment modernes ont porté leurs efforts.
Lorsqu'on regarde les façades de la plupart des immeubles, percées de fenêtres uniformes, il serait tout naturel de penser qu’elles éclairent des pièces toutes de même importance et surtout de même profondeur. On sait à quel point la réalité est différente. Souvent les mêmes baies éclairent des pièces deux fois plus profondes les unes que les autres,
L’éclairage qui profite le plus à la chambre, est eclui qui vient de la partie supérieure de la fenêtre. Les habitudes de construction routinière et jamais
raisonnée, ont placé un épais linteau à la partie su-
périeure de cette ouverture qui empêche le passage des rayons lumineux, précisément Ià où leur intensité est à son maximum.
AUGUSTIN REY nous donne les conditions auxquelles doit répondre la construction de la fenêtre hygiénique dans nos pays tempérés
1° La fenêtre doit monter au niveau du plafond afin d'augmenter au maximum ses facultés d’éclairage et son pouvoir d'aération. Le linteau qui la surmonte doit être noyé dans l’épaisseur du plancher;
2° La fenêtre doit descendre presque au niveau du sol de la pièce, afin de faciliter sa complète aération.
3° La surface de la fenêtre doit être calculée en raison de la latitude du lieu, de lorientation de la facade dans laquelle elle est percée, et doit être proportionnelle à celle du sol de la pièce à éclairer. Elle est donc fonction de la latitude, de l’orientation de la façade, de la surface de la pièce.
4° La fenêtre doit avoir sa clôture établie de telle manière que des ouvertures graduées par bandes horizontales et mobiles permettent une aération rationnelle par tous les temps et à toute heure du jour ou de la nuit;
5° Pour répondre aux nécessités de fraicheur en été et de surfaces antidéperditrices de la chaleur en hiver, la vitrerie de la fenêtre doit être formée de deux verres parallèles emprisonnant hermétiquement un matelas d’air et combiné par places pour cons-
tituer une aération permanente.
Les principes architecturaux modernes : Dans son livre Précisions, Le Corbusier démontre l’histoire de l'architecture par celle de la fenêtre à travers les âges. Le but, jusqu'ici a été de porter des planchers sur des murs que l’on perce de fenêtres pour éclairer l’intérieur.
L'auteur cite successivement « la petite fenêtre antique, puis la grande baïe, ouverte, sans clôture, de Pompéi, la jolie fenêtre romane; le gigantesque effort gothique vers la lumière qui aboutit à la coupe de l'arc ogif.…. le gothique vitrait tant qu'il pouvait, employant toutes les ressources du bois. Et ce fut même si convaincant que les habiles Flamands de Gand, de Louvain, de la Grande Place de Bruxelles firent, sur cette tradition, les miraculeuses façades de verre avec montants de pierre que nous admirons encore. Puis, voici la Renaissance avec croisillons en pierre dans une fenêtre que l’on faisait aussi grande que possible pour éclairer lPapparat vigoureux des arts domestiques en pleine sève. Puis, Louis XIV qui, Roy-Soleil, veut laisser son patron, le Soleil, entrer chez lui pour révéler son faste. Sous Louis XV, sous Pois ex Vire on veut vivre dans le confort et l’intimité. L'architecture n’évolue plus. La fenêtre est fixée, c’est fini. Pourtant sous Haussmann, à l'Aube des maîtres de forges, la maison locative devient « une affaire ». Il faut exploiter le mètre carré bâti. Il faut mettre beaucoup de chambres en façade. On a à la limite. Halte ! plus de trous, sinon la maison s’écroule ! C’est le point final. >
Devant ces facades perforées régulièrement de
oies
trous égaux, l’architecte réagit plus violemment encore que l’hygiéniste. Grâce à l’emploi du ciment armé et de l’acier, il construit les fenêtres en longueur — C'est-à-dire des ouvertures qui courent le long des édifices, séparées par des bandeaux de ciment et portés par les planchers. La fenêtre en hauteur
s’étend à toute la largeur de la « cellule habitée >» —
(Cliché Journée Industrielle).
Les pilotis de la maison suisse à la Cité Universitaire.
Cette fenêtre éclaire au maximum les locaux et permet les subdivisions indépendantes d’étages à étages.
L'évolution ne s’arrête pas ici. Le Corbusier supprime les systèmes d'ouverture, la fenêtre doit éclairer et non aérer. Il la supprime complètement et concoit les « pans de verre >» hermétiquement mastiqués. Quant à l’aération, elle est assurée par des ap-
pareils spéciaux qui maintiennent à l’intérieur une
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atmosphère pure et une température toujours égaie.
Pour donner l’évolution complète de l’architecture nous ajouterons que le « bloc habitation » constitué par des planchers et des piliers sur lesquels on a jeté une « voilette de verre », est porté au-dessus du sol
par d'énormes pilotis.
(Cliché Journée Industrielle).
La maison avant de recevoir + sa voilette de verre ».
Le Corbusier pense alors à la construction de [a « ville verte >» immense parc où le 100 % du sol est aux piétons, où les maisons sont de verre et où vivraient dans les meilleures conditions d'hygiène 1.000 habitants à l’hectare.
« Spectacle de l’ardente ville moderne : une symphonie de verdure, feuillages, ramures et pelouses, et des éclats de diamants à travers les futaies. »
Nous avons soulevé le problème de l’aération ce
l'immeuble à façade hermétique. LE CORBUSIER le ré-
EN
sume en deux mots « air exact ». « Il s’agit de doter les habitants des villes d’un air qui n’est plus l’air vicié des rues, mais d’un air qui, après une manipulation extrêmement facile, mécanique, reprendra ses vertus essentielles, celles que réclament les poumons humains. L’habitant de la ville respirera comme auprès de l'Océan, comme à la montagne ou à la campagne… Nos efforts en vue de créer le « mur neutralisé » étaient réputés chimériques en 1928, date à laquelle j’ai publié ma première étude sur ce thème; mais en 1931 et en 1932 les laboratoires de Saint-Gobain ont construit la salle nécessaire à la réalisation
des expériences scientifiques complètes ».
Maquette de l'Hôpital de l’Armée du Salut.
1000 m2 de verre hermétique.
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