‹ Éclaircissements sur le cercueil du roi memphite Mycerinus;Chapitre 3 sur 13 · EXPLICATION DES HIÉROGLYPHES , PAR M. B1RCH · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES HIÉROGLYPHES , PAR M. B1RCH

Ls cercueil trouvé dans la troisième Pyramide, et portant le prénom du roi par lequel elle fut érigée, donne le seul nom fixé d'une manière satisfaisante (1), antérieur à la seizième Dynastie. Quoiqu'il existe quelque différence entre les diverses autorités grecques qui mentionnent ce souverain, au sujet de son nom, cependant elles s’accordent suffisamment sur les éléments essentiels du nom et de l’époque; et le cartouche lui-même en fournit une facile solution , si on lui applique les principes modernes d’analyse pour les textes hiéroglyphiques.

Hérodote , IL 129 , désigne comme constructeur de la troisième Pyramide Mycirinus , le successeur de Chéphren , fils ou frère de Chèops , auteur de la première ou grande Pyramide.

Ces monarques portent dans la liste d Eratosthènc les noms de Moscheris, Sensaôphis et Saophis. Jablonski substitue le nom de Moicheris à celui de Moscheris, comme plus conforme à la signification qui lui est donnée par Eratosthéne ( Opuscul. I, p. 752). Diodore de Sicile donne à ce roi le nom de Mycirinus, et, selon d'autres, de Mechérinus , et une leçon porte la variante Menchénnos. Le même prince parait comme le quatrième roi de la quatrième dynastie Memphile dans l’Africain , sous le nom de Mencherès. Il est évident, parla comparaison de ces variantes, que les éléments intégraux du nom sont identiques , et que les changements qu’il subit sont ceux des dialectes et des terminaisons (2).

Le cartouche lui-même est inédit : mais un des noms de la quinzième dynastie offre avec celui - ci une analogie remarquable. {rayez Rosellini, M. S. tom. I, tav. IV, 84). Un autre cartouche donné par le même auteur (tom. I, tav. II, 49) se rapproche phonétiquement des éléments de celui-ci : mais la rigoureuse exactitude qui pré-

(t) V. U do(« K, f. 28.

(2) V. la nota I*, p. 28.

side à la transcription des prénoms des rois, rend douteux, sinon peu probable , que les deux cartouches aient pu se rapporter à un seul et même prince. Le nom, lu phonétiquement, Ri-Men-Ka, se compose 1 ° du disque du soleil , déterminatif du mot Ré , ou Ra, 2 ° du symbole ( 1 ) central usité dans les textes pour la lettre m , et spécialement consacrée à exprimer Vidée de Mn , Men ou Moun , construction, monument , etc. ; idée qui est rendue dans le cartouche par le signe initial du mot, conformément au système de contraction commun à tous les monuments (2). L'examen des listes des rois les plus anciens, parait justifier la théorie , que le disque du soleil , dominant généralement dans les prénoms , fut quelquefois dans la prononciation mis après les autres signes. Par cette métathése on obtient Menkaré, qui comprend tous les éléments des signes ci-dessus cités , et le sens parait en être : le dédié offrant au soleil , ce qui se rapproche suffisamment de la paraphrase 'HXi 6 S&to< d’Eratosthène. Le passage complet de cct auteur qui avait tiré ses informations des sources égyptiennes, est celui-ci : 0 r,êatîu>v iCajjG.rjai M&r/ipn, 'HXiôocrro<, fnj toî ci kGtuov î^v ft&ç ( vrô. Pans ce passage il y a ellipse de >C entre le premier et le second mot, et de oîro« {pur, voletai entre M«r/ipiç et « Le dix-septième roi de Thébes

était Moscheris (Moi chéris dans Iablonski), dont le nom signifie donné au Soleil. Il régna 31 ans, et vivait l’an du monde 3370 » (3).

Le cartouche de Mycérinus n’est sous aucun rapport semblable à ceux des rois ses prédécesseurs, Suphis I et Suphis II; autant qu’on peut le vérifier , il ressemble plutôt à ceux de la seizième Dynastie : mais , il n’y a aucune preuve, résultant, ou de la tradition ou des monuments eux-mémes, qui établisse que Mycérinus ait fondé une autre dynastie, ou en ait fait partie; et la liste de l’Africain le place dans la famille et la succession immédiate de Suphis.

La méthode d’explication des hiéroglyphes est assez avancée , pour nous permettre de lire le texte entier du cercueil ; et, quoique l’allusion

(I) C’ctt un Échiquier, chargé de se» pièce» debout, symbole d'équilibre. (Note du traducteur.)

(3) L ‘auteur a oublié le troisième groupe, Lu deux brut êltvés, symbole d'olfriade , en égrpiieu k e, répété trois Toi», ce qui est uq des modes du pluriel. (Note du traducteur.)

(3) V. la oolcM, p. 37.

que ce teste renferme puisse elle-même présenter de l'ambiguïté , cependant des monuments de date comparativement plus récente ont jeté assez de lumière pour justifier notre interprétation. Ce texte consiste en une prière adressée au monarque défunt, identifié avec Osiris, dont le nom est porté par tout individu embaumé. Isis et Nephthis, les déesses sœurs et compagnes d'Osiris, adressent une semblable invocation au roi F.nantef, dont le cercueil intérieur en bois fait partie de la collection du Musée Britannique. Dans les hiéroglyphes du cercueil de Mycérinus, l'unité du roi sous la figure d’Osiris est conservée, ce dieu étant le fils de Netphé et de Seb, la Rhéa et le Saturne égyptiens. Osiris est appelé sur le cercueil A’Onkh-Apé, chantre sacré (M. B.), le fils de Netphé. Le sens littéral des deux lignes semble être comme il suit :

« Première ligne. Osirien , roi Men-Ka-Ré d'éternelle vie , engendré du ciel, fils de Netphé qui agrandis ta mère.

Deuxième ligne. — Netphé', puisse-t-elle veiller sur toi dans ton séjour de repos dans le ciel , te révélant au dieu ( vengeur ? ) de tes impurs ennemis , roi Men-Ka-Ré, vivant à toujours. » (2).

L expression fils, dans la première ligne , indiquée par le veau et la bouche, phonétiquement schr, vient de la racine Shaa, Or tri, Nasci, représentée par le veau et les deux bras humains , avec le déterminatif le membre d'une victime ; voyez Salvolini , Analyse grammaticale raisonnée, pl. F. -î 96. Le mot repos se rencontre fréquemment dans les iuscriptions, et il est souvent accompagné de la coupe d'un sarcophage , indiquant le séjour du repos, ou la tombe, auxquels Socharis préside particuliérement. Le symbole devant la hachette a été presque entièrement détruit; mais l’angle de la tête et la forme de la queue de 1 oiseau , sont ceux d’une chouette , symbole purement phonétique , et qu’on n’a point trouvé avec un sens tropique. La divinité ■ici désignée est Har , ou florus, identifié avec Fa, le soleil, soutien et vengeur de son père Osiris , qui châtie les impurs ( les ennemis mystiques de ce dieu , associés à Typhon , les géants de la mythologie grecque). Une personnification de la déesse Netphé, ap-

(1) V. U soit N, p. 43.

puyée sur un seul genou, avec des ailes attachées à ses mains et à ses bras, est très communément peinte sur la caisse des cercueils de momies. Sur celui de Kotb-ti, femme attachée au culte d’Ammon (M. B.), la prière de la défunte commence ainsi : « O Netphé, mère, étends tes ailes sur moi ! » Et parmi les prières du mort Onkh-Apê, nous trouvons la meme invocation : « Que ta mère Netphé étende ses ailes sur toi , afin qu’elle veille sur le séjour du repos. >. L'allusion , dans tous ces exemples, s’adresse à Osiris , ou au tvpeosirien du mort, et s’emploie également pour les individus embaumés des deux sexes. Le texte de l'inscription abonde en signes phonétiques , ce qui prouve qu’à cette époque si reculée , le langage était définitivement fixé. 11 est nécessaire de remarquer que les autorités antiques ne s’accordent pas entièrement , quant à la personne qui bâtit la troisième pyramide ; car Nitocris, de la sixième dynastie Mernphitc, est mentionnée comme l'ayant construite , dans la liste de l'Africain et dans celle d’Eusèbe. (Voytz Rosellini , tom. I , p. 30.)

Un récit détaillé des opérations enl reprises à Gizrh , et des plans de l’état actuel pris par M. Perring , ingénieur civil, seront publiés sous peu ; on y trouvera tous les détails nécessaires sur l’intérieur des trois pyramides situées au même lieu.

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