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Éclaircissmens sur l'homoeopathie

Les Deux Mots que j’ai adresse's au public^ le ^5 février dernier, sur Vhomœopathie ^ ont, ainsi que je m’y étais attendu, donné naissance à des quolibets, à des objections, à des questions. Je vais chercher à prouver l’injustice, j’ai presque dit le ridicule des premiers, à résoudre les secondes, à répondre aux dernières ; je sèmerai le tout de faits pratiques dont j’ai été l’auteur et le témoin, et dont j’ofPre a chacun de lui administrer la preuve vivante et parlante.

L’homœopathie n’est qu’une charlatanerie, disent tels de mes honorables confrères, pour les-

quels je professe aulanl d’eslime que d’amilic; et ils ajoulent qae dans dix-huit mois, il n’en sera plus incnlion à Geneve ; ils offrent même de parier grosse somme (jue tel sera le sort de cette doctrine.

Singulière charlatanerie que celle pour le maintien de laquelle son auteur, le grand Hahnemann, n’a pas craint de s’exiler de sa patrie, et de renoncer à son gagne-pain, plutôt (]ue de l’ahanilonner , et de rentrer dans l’ancienne et commode ornière medicale. Voyez, sur ce fait, les détails contenus dans le premier numéro de la Bibliothèque homœopathiqiie , Singuliers charlatans que les médecins homœopathes, qui consentent, en arrêtant à son début une maladie inflammatoire, à réduire au nombre de deux ou trois les visites lucratives qu’auparavant ils faisaient par douzaine dans le même cas, et qui, comme je le dirai plus bas , réduisent à cinq ou six conseils le traitement d’affections sub-aiguës, qui, entre d’autres mains, en exigent un long et compliqué, toujours très-lucratif. Singuliers charlatans , enfin, les docteurs qui se remettent à l’étude , se déclarent eux-mêmes ignorans , et travaillent jour et nuit à augmenter, à fortifier leurs lumières, pour guérir le pauvre comme le riche, le plus promptement et aux moindres frais que possible.

Qu’on nous appelle donc charlatans^ si l’on

veut, nous médecins liomœopathes ; mais que le public, avant de nous juger ainsi, sache précisément ce que nous disons ; non du haut de notre cabriolet, comme les hommes à qui s’applique ce titre, mais dans notre cabinet d’étilde et de consultation , mais dans les sociétés savantes auxquelles nous avons l’honneur d’appartenir, mais dans les écrits ou familiers , comme celui-ci , ou savans , comme la Bibliothèque homœopathique que nous publions. Or ce que nous disons, le voici : Il existe une doctrine médicale, fondée sur de nombreuses expériences, et sur une théorie ingénieuse; cette doctrine enseigne la manière de traiter toutes les maladies, et d’en guérir le plus grand nombre, sans employer l’arsenal de remèdes auxquels a eu, jusqu’à ce jour, recours la médecine reçue. Ainsi (et je prie instamment le lecteur de faire attention à ceci) , cette doctrine répudie et rejette la saignée^ les sangsues, les vésicatoires, les vomitifs^ les purgatifs, et plusieurs autres moyens habitués à déplaire aux malades , et à déplacer plutôt qu’à détruire les maladies. Cette doctrine demande beaucoup de travail préalable et une grande sagacité , pour être utilement appliquée. Nous nous sommes voués à son étude ; déjà nous en reconnaissons dans notre pratique les bienfaits, et nous appelons en témoignage de notre opinion les personnes même

auxquelles nous en avons appliqué les résultats pratiques.

Ce langage, je le demande, est-il celui de charlatans? et le reste de notre conduite ne vient-il pas à l’appui de notre bonne foi? Nous ne nous contentons pas, en effet, de dire : prenez et voyez; nous ajoutons : Il ne tient qu’à tous nos honorables confrères d’en faire autant que nous ; et pour cela , nous allons péniblement traduire de l’allemand et publier en français tout ce qui a été enseigné et fait au sujet de l’homœopathie , et tous les progrès qu’on est en droit d’attendre de cette science qui enfante chaque jour de nouvelles découvertes. Ce n’est point encore assez : nous offrons à nos collègues les substances même dont nous faisons journellement usage , afin qu’ils puissent répéter les expériences qui nous ont frappés par l’étendue et la promptitude de leurs heureux résultats. Certes, et j’en appelle à tout homme judicieux, si c’est là de la charlatanerie , il faudra ajouter une ligne au Dictionnaire de l’Académie, pour indiquer le nouveau sens donné dans cette occasion-ci à ce mot.

Remarquez d’ailleurs que cette prétendue charlatanerie, l’homœopathie , fait des pas de géant dans toute l’Allemagne et l’Autriche, dans la Ptussie et la Pologne, dans la Suisse allemande, dans la France rhénane, dont la capitale, Strasbourg, a

envoyé auprès d’Hahnemann de jeunes médecins qui en ont rapporté et en répandent Tadmirablc doctrine, non sans en être enthousiasmés; enfin, et à notre porte, à Lyon, où trois jeunes médecins ont fondé une clinique, et ont ouvert des conférences où se réunissent hebdomadairement vingt médecins allopathes. Que de simples déhitans préconisent un remède secret , il peut y avoir là de la charlatanerie ; mais que des médecins consciencieux adoptent et proclament une doctrine qui leur paraît s’approcher plus que les autres de la vérité ; il y a de l’injustice et même de l’injure à les taxer et accuser de charlatanerie, lors-même que les matériaux qu’ils mettent en œuvre s’offrent sous une forme et dans une quantité qui surprennent et confondent l’esprit, encore inaccoutumé à ces doses. — Combien l’on pensera différemment dans dix ans seulement, quand les dragées homœopathiques seront devenues usuelles !

D’autres honorables confrères qualifient notre enthousiasme pour l’homœopathie, de véritable momerie, de méthodisme médical. — Nous acceptons sans honte cette qualification ; nous croyons fermement que Hahnemann a trouvé et publié la vérité , et c’est parce que nous croyons que nous agissons; nous ne demandons qu’à prouver notre foi par nos œuvres , et nous en appelons à la judi-

claire de tous pour apprécier si nous guérissons plus vite et mieux avec des remèdes imperceptibles, que les médecins allopathes avec des juleps, des potions , des apozèmes et des tisanes, sans compter les poudres et les pilules. J’ai vingt-trois ans de doctorat , et il y a plus de trente ans que je vois des malades, mais je ne me rappelle pas de guérisons aussi rapides que les suivantes.

Dans le mois dernier, je fus appelé à voir la cuisinière de R. A. , qui se plaignait, depuis la veille , de douleurs insupportables dans la tête , la poitrine, l’estomac, le ventre et les membres. — Comme j’avais soigné et guéri, dans le même lit, une fille de chambre qui avait eu l’année passée un typhus (fièvre maligne) très-grave, R. A, tremblait d’être exposée à avoir le même ennui ; je la rassurai, et lui annonçai qu’avec un seul remède sa cuisinière serait très-promptement guérie; je donnai à celle-ci une dragée , et lui dis qu’elle serait fort tourmentée pendant environ quatre heures, et qu’immédiatement après elle serait beaucoup mieux. — Six heures environ après, je visitai de nouveau la malade; elle me dit que ma prédiction s’était exactement accomplie, qu’elle avait eu des angoisses cruelles , mais que depuis environ deux heures elle était sensiblement mieux. Alors je lui dis qu’elle était guérie, qu’elle passerait une partie

,(îu lendemain au lit, sans prendre aucun remede , et que le surlendemain elle reprendrait ses affaires. Au moment où je parlais, la malade se senlait encore trop faible et trop brisée pour ajouter foi à mes paroles: mais elles se vérifièrent de point en point; le lendemain fut un jour de calme parfait, et le surlendemain je trouvai ma ci-devant malade dans sa cuisine, au grand ébahissement d^eliemême, de sa maîtresse et de ses camarades.

Je dois, pour Fédification des lecteurs qui l’ignorent encore, expliquer le mot de dragée dont je viens de me servir. La plupart des remèdes hornœopathiques sont dissous dans de l’esprit de vin , dont on verse ensuite une goûte sur des non-pareilles, petites dragées de la grosseur d’un grain de sable ; on les laisse sécher et on les enferme immédiatement dans une très-petite bouteille bien bouchée; une tabatière ordinaire peut contenir trente de ces bouteilles , et souvent , comme dans le cas cité, une seule de ces non-pareilles suffit pour faire disparaître une maladie.

Comme il serait possible que le récit que je viens de faire trouvât beaucoup d’incrédules , j’offre aux personnes qui auraient besoin de puiser la confirmation de cette prompte et facile guérison dans les paroles de la malade elle-même, de la leur faire nominativement connaître. — Voici un fait tout pareil qui pourra aider â leur conviction.

, venant de Lyon , fut atteinte par le froid, et , arrivée à Genève , fut obligée de se mettre au lit, où je la vis le lendemain , en proie à une fièvre intense, avec douleur insupportable de la tête, de l’estomac et du ventre, vômissemens continuels et autres incommodités du même genre. La malade, redoutant un séjour prolongé au lit, et des douleurs aussi longues que cuisantes, était dans une anxiété cruelle , que partageaient ses païens et des assistans ; je la rassurai, et lui promis une amélioration aussi prompte que solide. Je lui donnai une seule dragée ^ en lui recommandant dene prendre, sous aucun prétexte, quelque remède que ce fût, mais de se contenter de boire de l’eau sucrée. Le lendemain, toutes les douleurs avaient diminué, après avoir subi une exacerbation de quelques heures; les vômissemens avaient cessé, et la fièvre était tombée. Cependant la malade, dont la sensibilité avait été fortement excitée parla violence de la fièvre delà veille, pleurait à chaudes larmes , ne pouvant pas croire à la rapidité de la guérison que je lui annonçais de nouveau. — Le surlendemain, à ma troisième visite, je la trouvai levée, habillée, prête à s’aller promener, et n’éprouvant pas la moindre incommodité. Elle et ses alentours étaient dans une véritable extase de ce changement complet, dont ils n’avaient ni l’exemple, ni le soupçon. — J'offre

(l’indiquer la demeure de cette demoiselle, qui est maintenant retournée à Lyon , mais dont les païens et amis sont prêts à parler sur ce fait.

F....e, atteinte depuis plusieurs jours de douleurs vives dans le ventre, qui lui arrachaient des larmes quand elle m’en parlait, prit une dragée de ma main , et en reçut deux autres pour le lendemain. Peu de momens après la première, elle sentit comme un tournoiement dans son ventre , puis ses douleurs disparurent, et la nuit fut bonne; le lendemain , il restait un peu de malaise qui s’évanouit bientôt. Depuis, F e n’a pas cessé de

se porter très-bien , surprise au plus haut degré de l’inouïe rapidité et presque instantanéité de sa guérison .

Tout lecteur candide avouera que le médecin qui a vu , sous son administration , se passer des faits aussi rares, et qui sait qu’ils se reproduiront dans tous les cas analogues , que ce médecin , dis-je , peut bien, sans trop de faiblesse d’esprit, devenir méthodiste, c’est-à-dire vrai croyant, en faveur d’une médecine aussi sûre, aussi expéditive, et surtout aussi agréable.

Il est bien vrai qu’on n’est pas toujours aussi heureux que de rencontrer des maladies récentes sur lesquelles le remède a autant de prise ; mais dans un grand nombre de cas , l’homoeopathie sou-

lage immédiatement le malade, puis le traite méthodiquement, sans ennui ou désagre'ment, et avec plus ou moins de réussite définitive. Qu’on me permette de citer quelques cas.

Le sieur A., tailleur de pierres, que j’ai traité jadis à deux reprises différentes pour des crachemens de sang avec fièvre, dont je ne crois pas devoir indiquer plus explicitement la gravité; A., dis-je, fut saisi d’un point à la poitrine qui lui ôta la faculté de travailler , et lui rendit tous les mouvemens douloureux; une toux cruelle ne lui laissait que peu de relâche ; je fus appelé ; le malade était gisant dans son lit ; je lui donnai une seule dragée ^ et lui promis du soulagement pour la nuit suivante ; il était environ midi. Le lendemain, à la meme heure, il me dit que son point avait augmenté la veille, et était devenu presque insupportable, mais que la nuit avait été excellente, au point qu’à six heures du matin, il avait voulu aller à son travail ; que sa femme l’en avait empêché; heureusement, ajouta-t-il, car le point vient de me reprendre. — Je m’y attendais, et lui donnai une seconde dragée, en lui recommandant la diète et la prudence. Le troisième jour, je ne le trouvai pas chez lui ; il était allé se promener. J’avertis sa femme qu’il n’était point guéri , et qu’il pourrait payer cher la promptitude de sa sortie.

Le quatrième jour, j’espèrais le trouver a la maison ; point du tout; sa femme me dit qu’il élait allé à Lancy. Je ne doutai pas qu’il n’en revînt harassé de fatigue, et j’eus le désir de lui faire prendre une autre dragée , le même soir ; mais ce projet échoua.

Le cinquième jour, le malade vint chez moi; je le grondai amicalement d’avoir, à peine convalescent, fait une course d’une lieue. — D’une lieue , Monsieur, reprit-il, je me trouvais si bien et si léger que j’en ai fait sept; je suis allé, pour affaire, jusque dans les bois d’Avusy , et je ne me suis senti , au retour, que fatigué des jambes .

Si ce prompt rétablissement ne diminue point l’incrédulité des personnes qui nient l’efficacité des remèdes bomœopathiques , je pense qu’il faudra dorénavant qu’une guérison s’opère subitement sous leurs propres yeux pour les ébranler. Au reste, je ne désespère pas de leur en procurer l’occasion, car voici encore ce que je puis leur raconter.

La jeune G., sujette aux catarrhes de poitrine, fut prise, vers les sept heures du soir, d uneioux qui dura toute la nuit, sans interruption , et durait encore à neuf heures et demie du matin, lorsqu’on réclama mes soins; c’était l’heure de ma consultation de cabinet, je ne pouvais sortir de chez moi ; j’envoyai donc la sixième partie d’une goutte de

teinture homœopalhique délayée au Irillioniéme , pour cire donnée immédiatement à la petite malade ; deux heures après , je me rendis auprès d’elle, et fus bien surpris de ne point Tentendre tousser. J’appris alors que peu après Fadministralion de celte minime quantité de remède , la toux avait cessé. L’enfant est restée au lit; par précaution, je lui ai donné le reste de la goutte (ce qui était peut-être fort inutile) ; la toux n’a plus reparu.

L’incrédule peut objecter que le remède homœopatbique a été donné précisément au moment où la toux cessait d’elle-mcme. J’avoue que je ne connais point de réponse péremptoire à cette objection , car Tincrédule peut la reproduire à chaque guérison citée. Mais y a-t-il pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ? — Citons d’autres cas ; peut-être leur nombre ébranlera-t-il , sinon les incrédules , au moins ceux qui ne croient pas, uniquement parce qu’ils ignorent.

Mme Bel... Tr.... , après un accouchement facile, et pendant une couche qui semblait fort heureuse et fort calme, est saisie de douleurs d’estomac inexprimables (je soupçonne qu’elles provenaient de quelque impression morale vive et pénible) ; quelques caïmans sont vainement employés, l’angoisse est affreuse, la malade pousse les hauts cris, elle ne supporte pas le moindre attouchement près du

IS

lieu de sa douleur. Je donne une portion de goutte liomœopalhique , et sors de la chambre; au bout de demi-heure, je reviens; la malade dort, et, à son réveil , elle ne peut en croire à son bonheur. Néanmoins, sa guérison totale a exigé, non des remèdes encore , mais quelques jours de repos. Mais qui ne sait combien est profonde l’impression sur l’estomac des affections morales pénibles?

La sœur de cette dame, Louise Tr. , saisie de douleurs d’estomac et de ventre, depuis deux jours, en éprouva de si cruelles pendant la nuit, que les voisins, effrayés de ses cris, vinrent m’appeler. Aussitôt que l’heure me le permit , j’administrai quelques remèdes homœopathiques; mais je débutais alors dans cette carrière, et, ainsi que le dit Hahnemann de tous les médecins qui d’allopathes deviennent homœopathes , ne pouvant croire à l’action des doses infinitésimales , je les faisais beaucoup trop fortes ; c’est-à-dire, qu’au lieu de donner une dragée (je n’en avais point encore) , je faisais prendre une goutte en vsix doses; celles-ci, données d’heure en heure, ou de deux en deux heures. Cette quantité, qui aurait suffi à Hahnemann pour six mois au moins, je l’administrai en un jour. Je prie qu’on se rappelle qoune goutte homœopathique n’est qu’environ la trillionième partie de la goutte primitive , telle qu’on la trouve dans

les pharmacies. — Avec celte liomœopalhic bâtarde, j eus de la peine à obtenir un résultat prompt, mais au bout de deux ou trois jours, il fut complet. — C’est bien ici qu’on va me dire que mon remède n’a rien fait , et que la maladie a cessé d’elle- même. Je n’en crois rien; la malade n’en croit pas davantage ; toutefois je l’accorde. Mais il faut aussi qu’on m’accorde ceci; c’est que la malade, depuis ce moment, jouit d’une santé qu’elle ne connaissait pas depuis plus de deux ans ; et qu elle bénit l'bomœopalbie. — Sa sœur cadette est traitée avec succès pour des maux d’estomac qui durent depuis des années; et la mère de ces trois personnes est atteinte d’autres douleurs très-violentes qui ont résisté aux efforts, et bravé les talens de plusieurs habiles médecins. Ces circonstances réunies, expliquent, je pense, la perlinacité des maux dont je viens de faire le court récit. — Mais je ne dois pas perdre de vue que mon but est de résoudre quelques objections, aussi bien (|ue de repousser des quolibets; j’aborde donc celles-là .

Quelques cas particuliers, dit-on, de guérison prompte, ne prouvent rien en faveur de l’excellence de l’bomœopalbie; toutes les médecines, tous les remèdes secrets en produisent de pareilles, même le remède Le Roy, même ï anti- glaireux , et une

foule d’autres; ce qui est nécessaire pour amener le public à la conviction, c’est qu’en comparant les traitemens de cent malades, par exemple, confiés à des médecins allopathes , avec ceux de cent malades sortant des mains des homœopathes, il y ait en faveur de ceux-ci un grand avantage dans le nombre et dans la rapidité des guérisons.

Cette objection est tout au moins spécieuse; voyons si je ne pourrai point l’affaiblir. Premièrement, si le public préfère la médecine allopathique et l’abondance de ses drogues, il en est parfaiterrient le maître ; notre devoir n’est pas de le forcer à adopter une méthode nouvelle, si agréable et utile qu’elle soit, mais de la lui annoncer, de la lui faire connaître; en un mot, de proclamer la vérité. Quant à nous, médecins homœopathes, nous nous sentons obligés d’obéir au cri de notre conscience ; or , l’on ne nous déniera pas que nous avons fait des études suffisantes , et que nous avons une pratique assez longue pour que nous puissions et sachions apprécier quelle méthode doit être préférée. Nous ne mettons pas un instant en doute, que , lorsque nos honorables collègues auront lu ce que nous avons lu, fait ce que nous avons fait, et vu ce que nous avons vu , ils seront persuadés et convaincus comme nous le sommes. Et voyez notre zèle et notre bonne foi; ce qui nous a coûté et

nous coule encore mille peines pour le traduire de l'allemand , et l’amalgamer à nos connaissances médicales, puisées en France, nous le publions en français, avec de nombreuses additions et explications, afin que tout médecin de notre pays puisse obtenir les mêmes beaux résultats que nous avons obtenus.

Mais la comparaison authentique qu’on demande, elle se fait, elle s’opère tous les jours, non dans un hôpital , où deux cents malades seraient réunis; notre petit pays nous prive de ce moyen de preuve; mais dans les maisons particulières, mais dans le cabinet des médecins. Que les personnes qui ont besoin de ce moyen de conviction , veuillent bien prendre la peine d’établir elles-mêmes les tableaux de comparaison; qu’elles inlerrogent leurs proches , leurs amis, les membres de leurs cercles, et les amis et parens de ces derniers; elles obtiendront, au bout de peu de temps, une liste de cent individus étant ou ayant été malades , et pendant combien de temps; elles prendront note de la quantité de médicamens et de sangsues qui auront été employés, et des suites plus ou moins désagréables d’iceux; elles noteront aussi combien sont morts, et de quelle maladie. D’autre part, elles nous demanderont les noms des personnes que nous traitons ou avons traitées; nous les donnerons,

si la discrétion nous le permet ; elles les interrogeront en notre absence, prendront leurs notes ^ formeront un second tableau ; et quand il atteindra le nombre de cent, elles compareront l’un avec l’autre.

Toutefois, il est bon de remarquer qu’il y aurait de l’injustice à faire retomber sur la doctrine meme les fautes de parfaite exactitude dans son application, qui doivent nécessairement suivre, chez tout médecin, le passage de l’allopathie à l’homœopathie ; l’ancienne routine ne saurait être abandonnée en vingt-quatre heures, saiîs qu’il en reste quelque trace ou quelque souvenir, sans qu’on soit plus ou moins entraîné par une longue habitude , et surtout par la crainte de ne point guérir assez tôt son malade, au moyen de doses de remèdes si complètement en désaccord avec celles qu’on regardait, depuis dix, vingt ou trente ans, comme absolument nécessaires pour produire tel ou tel effet thérapeutique ; cet état de transition doit nécessairement durer quelques jours; puis, toutes les maladies auxquelles l’homoeopathie a été appliquée avec succès, ne se présentent pas au médecin dans l’espace de deux ou trois semaines, de manière à ce qu’il puisse , dans ce court espace de temps , acquérir toutes les données pratiques qui doivent lui communiquer l’assurance que possède le maî-

Ire , Fauteur de Fliomœopathie , Hahncmaiin ; il y a donc une étude continuelle et successive à faire , dont la durée ne saurait être précisée à l’avance, mais dont les conséquences sont aussi favorables que certaines. — En résumé, nous disons au public inquiet : Attendez, examinez, et vous saurez ou verrez.

Je dis vous verrez, parce qu’il est des maladies dont la guérison ç^^ivisible. Exemple : Toute affection psorique, gale, dartre, teigne, râche , etc,, se traite et se guérit entièrement,, et pour toujours , avec les dragées homœopathiques, sans pomade , sans lavage mercuriel, sans bain souffré, sans fumigation sulfureuse , sans aller aux eaux d’Aix , de Schintznach , de Louech, etc. Le premier effet d’une ou deux dragées seulement , est de produire une éruption plus considérable, laquelle est suivie de la diminution progressive et totale de la maladie primitive. Cela est visible; chacun, et le malaele surtout , peut s’en assurer par ses propres yeux.

Henriette B^..n, dont la poitrine est depuis long-temps malade , vint un jour me montrer une éruption psorique commençante ; dès la première dose antipsorique , l’éruption devint considérable ; les pustules s’élevèrent, s’élargirent, se remplirent de pus, puis s’abaissèrent, s’effacèrent, disparu-

reiiil,etla malade, guerie de cette psore, éprouva aussi une grande amélioration du côté de la poitrine.

Et non-seulement une des maladies que je viens de nommer, se montre plus vigoureuse au-dehors , sous l’influence d’une dragée appropriée; mais lorsqu’elle existe cachée, larvée, lorsqu’une autre maladie plus forte , plus grave , amène le malade chez le médecin , et que ce dernier administre le remède propre à la maladie grave, on voit tout d’un coup surgir la plus ancienne, celle dont le malade n’avait pas dit un mot. Exemples :

Jos. G. m’a consulté pour une maladie secrète, bien confirmée , dont les symptômes n’étaient que trop évidens ; deux gouttes homœopathiques, prises en trois semaines, ont amené une éruption psorique générale , avec démangeaison , qui a exigé la suspension du premier traitement , et l’adoption de dragées antipsoriques; la malade va beaucoup mieux.

Louis Chr., avait été traité par un pharmacien ; il vint à moi porteur d’une inflammation locale, qui s’est terminée par un abcès. Deux dragées spécifiques ont procuré une éruption générale, qui m’a forcé à changer momentanément de traitement.

M. S. ayant, entre autres incommodités, quelques boutons sur la face , a pris une dragée anti-

psoriqiic ; dans la meme semaine , tout son corps a etc couvert de pustules presque aussi grandes et laides que celles delà variole; la continuation du traitement les fait journellement diminuer et disparaître; mais le dérangement de santé est si ancien , que la guérison totale se fera long-temps attendre.

Je pourrais citer plusieurs autres exemples où Teffct des remèdes a été prompt et \Ths-visihle ; les malades [l'ont même trouvé momentanément trop visible; mais de cette visibilité même, leur bienêtre a été la suite. Ainsi, W., affligée d’une dartre aux lèvres, a eu la face et une partie du corps couvertes d’une éruption pustuleuse, après la première dose homœopathique ; nul doute qu’elle éprouvera un grand soulagement , peut-être une guérison.

Quelque chose de bien plus visible, et surtout de plus agréable , c’est le prodigieux décroissement des goitres les plus volumineux, les plus anciens, les plus gênans , que j’obtiens avec une seule dragée, Lecteur, l’emarquez-le bien, açec un seule dragée ! !

Les personnes du tempérament le plus délicat ; celles dont la poitrine est habituellement malade , celles dont l’estomac ne supporte presque aucune nourriture , celles qui sont réduites à la plus grande

maigreur , commcs celles qui ont beaucoup d'embonpoint, n'ont pas éprouvé la plus petite incommodité de cette dragée; et toutes , sans exception , sont étrangement surprises de rétonnante diminution que produitimmédiatement un remède presque invisible. Je ne puis , aujourd’hui, affirmer qviune dragée suffise pour faire disparaître, et pour jamais, un goitre; mais je conserve précieusement et j’offre de montrer à tout venant les mesures que je prends régulièrement toutes les semaines, et qui sont déjà en assez grand nombre. Je prie instamment les lecteurs qui connaissent des personnes pauvres , de l’un et l’autre sexes, affligées de cette infirmité , de vouloir bien me les adresser; je me ferai un vrai plaisir de les en délivrer sans frais. Quant aux personnes plus ou moins fortunées, je n’ai point d’appel à leur faire ; c’est leur intérêt propre qui peut les guider. Mais tout homme instruit doit désirer acquérir la preuve de ce que j’avance ; la chose est des plus faciles; qu’il accompagne un goitreux dans mon cabinet, qu’il assiste à la mensuration de son cou, qu’il compte les dragées que j’administre, qu’il revienne chaque semaine avec l’infirme, et qu’il tire lui-même la conséquence au bout du nombre de semaines que le traitement exigera. En rendant ma médication tout-à-fait publique, je crois lui enlever tout caractère de charlalaneric.

Voici maintenant une autre objection : L’homoeopathie n’est qu’une médication avec absence de remèdes; et tout médecin qui pratique par la médecine expectante fait et faisait de rhomœopathie.

Cette objection n’est pas réelle ; elle ne se trouve que dans la bouche de médecins qui n’ont pas vu les effets des remèdes homœopatbiques ; ceux-ci sont indéniables; citons encore des faits.

Mme M., atteinte depuis très-long-temps d’une

toux avec expectoration difficile, qui ne lui permet

de dormir ni jour, ni nuit , prend un soir de

goutte homœopathique ; elle dort toute la nuit;

elle me prie alors de la traiter ; quelques jours

après, soit par suite d’une impression de froid, soit

par fatigue de poitrine (elle est appelée à parler /

presque tout le jour) , la toux redevient insuppoiv table , la respiration est difficile , pénible , le parler presque impossible, l’estomac ne digère plus, le pouls est tout-à-fait irrégulier, presque nul; une nouvelle dragée enlèye la toux, rend le sommeil, régularise le pouls , permet de parler et de manger; il reste une gêne dans la respiration qui dure depuis des années.

A. G., malade depuis plusieurs années, excessivement maigre , atteinte de douleurs de ventre constantes et cruelles , et d’une toux continuelle, prend quelques médicamens appropriés qui ont

très-peu d'effets Je lui donne une dragée ; sa toux diminue au point que le lendemain elle m’appelle sorcier; je continue le traitement avec un certain succès ; mais la détérioration corporelle est si grande, qu’il faudra beaucoup de temps pour atteindre une amélioration durable.

M. B. a des douleurs de tête qu’il attribue à un coup sur cette partie; une impression de froid, dans un temple, augmente ces douleurs, et les rend cruelles, insupportables; elles durent depuis trois jours.... Une dragée les fait disparaître en moins d’une heure; le malade est et reste dans un autre monde; sa guérison est achevée.

Pi. a perdu la vue d’un œil à la suite de douleurs de tête intenses, et de chagrins répétés; elle est sujette à des migraines qui reviennent tou s les huit jours , avec vômissemens bilieux.

Elle consulte mon confrère l’homœopathe , qui lui administre des dragées ; bientôt , par des raisons d’amitié qu’a comprises mon honorable confrère , cette malade me remet le soin de sa santé ; il y a cinq semaines que son traitement est commencé , et déjà la migraine ne reparaît que tous les quinze jours, et sans vômissemens ; l’appétit est meilleur, l’entrain plus grand ; la joie reparaît ; et cette malheureuse damese trouve comme en paradis.

Je saisis cette occasion pour annoncer que je ne

lîoiile pas que riiornœopalhie ne vienne à bout de guérir de la migraine; et comme les médecins sont rarement consultés pour cette incommodité, j’émets le vœu que les personnes qui en sont atteintes veuillent bien me confier le soin de les en délivrer.

Voici un exemple, d’un genre un peu différent, de l’action des remèdes pris presque homœopathiquement.

Mme Ma., sur la fin d’un catarrhe pulmonaire récidivé , des plus intenses , et où sa vie a couru le plus grand danger, m’exprime le désir, la volonté de se purger ; ne pouvant pas résistej: à son instance, je lui indique le moyen suivant. Versez environ six onces d’eau chaude sur un denier de rhubarbe, et prenez-en le soir, puis le matin à deux heures de distance , une petite cuillerée à soupe , en ayant soin de ne pas agiter cette infusion. — Une si minime quantité a produit l’effet d’un fort purgatif; la malade a voulu persister dans son emploi, et les six onces d’eau ont duré près de quinze jours sans cesser d’opérer. — J’ai eu recours au même moyen avec le même succès sur des personnes qui voulaient se purger. Qu’il y a loin de cette eau légèrement teinte avec la tisane royale , et les médecines ordinaires où il n’en Ire pas moins de quatre ou cinq drogues purgatives! Et ce fait ne

peut-il pas servir aux incrédules comme de pont, pour arriver à comprendre l’action des infiniment petits remèdes homœopathiques ?

Autres exemples de l’action immédiate des remèdes homœopathiques. — Louise B., atteinte de douleurs abdominales très-violentes, contre lesquelles elle avait vainement employé les caïmans et les émolliens qui étaient à sa disposition, les a senti disparaître instantanément, c’est-à-dire moins de dix minutes après une dragée. C’était exactement, dit-elle, comme si on m’eût enlevé une épine. Depuis, elle ne les a pas éprouvées. — La jeune J., d’une assez faible santé, portait depuis quelque temps des croûtes^ pustules légères, sous le nez, qui était luimême rouge et douloureux ; une dragée a fait disparaître cette incommodité au bout d’environ une semaine. Un mois après, cette enfant est saisie d’une fièvre violente , reparaissant chaque soir par accès ou paroxisme. Plusieurs jours s’écoulent ainsi avant qu’on m’appelle; à ma première visite, je trouve une fièvre intense, avec toux violente, plainte continuelle, somnolence, et même divagation, espèce de délire léger. Je rassure les parens, donne une dragée^ annonce un redoublement de mal, et défends tout autre remède ; le lendemain , un peu moins de fièvre, mais de la somnolence, une seconde dragée ; le troisième jour, éruption pareille

tx la rougeole; le quatrième jour, disparition de la rougeole et de presque tous les symptômes de la ma^ ladie, cessation de la fièvre, de la toux, appéüt, convalescence. — Si la fièvre n’avait précédé féruption que de trois ou quatre jours, je pourrais croire que l’enfant n’a été atteinte que d’une fièvre éruptive simple, et que le remède n’a été pour rien dans ce phénomène; mais la fièvre durait depuis quinze jours , et ce n’est que le second jour après l’application du remède que l’éruption a eu lieu , et que la convalescence a commencé.

L. C. , atteinte d’une toux qui dure depuis plusieurs années , avec des points vagues , des douleurs dans l’estomac, et un assez grand cortège d’incommodités, prend des dragées homœopathiques; elle ne tarde pas à être couverte d’une éruption érisipélatiforme de la face.

Le petit M. est saisi d’une fièvre intense, avec de grandes douleurs de ventre, des pleurs continuels , etc. Sa mère, qui a perdu naguère un enfant après une gastrite, se désole ; je la rassure, je donne une dragée; la nuit est mauvaise, mais le lendemain est mieux; seconde dragée. Vers le soir, éruption semblable à la rougeole, qui disparaît le lendemain, jour où la convalescence commence.

Je ne cite ces cas que pour combattre l’objection : ï homœopathie n est que ï absence des remèdes;

fcl je réuniwS quelques-unes des circonstances où leur elïet a été visible.

En voici un qui me fait concevoir Tespoir que croup pourra dorénavant être soudainement arrêté, s’il est attaqué au débuts

L’enfant Bl. est pris de douleurs à la gorge; il cesse d'avaler les solides , les liquides , sa salive ; il n’ose ni balbutier, ni pleurer, parce qu’il éprouve une forte douleur, qu’il indique en portant sa petite main devant le larynx; sa mère, qui a perdu un enfant presque du même âge d’un catarrhe suffocant, tremble de peur; mes paroles, qui ne sont appuyées que à une dragée^ ne la rassurent nullement; néanmoins, le lendemain l’enfant avale, il boit , il joue , il rit ; il est guéri et il n’a point pris d’autre remède.

Ce n’est point là un croup , je le sais ; mais c’est une inflammation, comme il n’est pas rare d’en voir qui précèdent immédiatement le croup confirmé ; et c’est à ce moment primordial que l’homœopatbie me paraît s’appliquer avec un succès aussi prompt qu’évident.

L’homœopathie n’est que l’absence des remèdes , dit-on; mais alors, pourquoi R. , traitée depuis plusieurs années par divers médecins pour des douleurs d’estomac incessantes , les a-t-elles senti diminuer, et a-t-elle repris de l’appétit dès la pre-

mière semaine de l’usage d’un remède homœopathique, que je lui ai administré? — Pourquoi

Mme J).

saisie toutes les cinq ou six semaines de douleurs d’estomac atroces, avec vomissemens, a-t-elle eu la joie de les sentir apaisées à la première

dose homœopathique ? — Pourquoi G. la

mère, tourmentée de maux d’estomac depuis des années , et infructueusement traitée par plusieurs médecins, éprouve-t-elle une amélioration notable , est-elle dans un autre monde, depuis que je lui administre des dragées homœopathiques P — Pourquoi Mu. . affectée de l’espèce de dartre qualifiée de lait épanché^ et éprouvant des douleurs de tête si atroces qu’elle cherchait à se détruire , et que les caïmans prescrits par un médecin habile n’y apportaient aucun soulagement; pourquoi , dis-ie , à la première dose homœopathique , cette femme a-t-elle fort bien dormi, et a-t-elle, le surlendemain, quitté son lit pour aller se promener? — Pourquoi G. la fille, dont les mains sont couvertes depuis des années d’une éruption psoriforme , qui la tourmente, n’éprouve*t-elle de soulagement que depuis qu’elle prend tous les huit jours une dragée homœopathique? — Pourquoi C. , tourmentée de douleurs de tête qui lui ôtaient presque la raison , a-t-elle éprouvé le calme le plus doux après la troisième, il est vrai, dragée homœopathique? —

Pourquoi M., dont j’ai parlé quelques pages plus haut, a-t-elle eu la langue comme saisie, au point d’en concevoir de l’inquiétude, immédiatement après avoir avalé l’une des dragées qui l’ont si fort soulagée plus tard ? — Pourquoi Lise B. dit-elle qu’elle sent comme un corps chaud lorsqu’elle avale une dragée destinée à calmer une toux très-opiniâtre? — Pourquoi Louise B., à qui une impression de froid a gonflé subitement et rendu douloureux l’abdomen, avec constipation opiniâtre, langue jaune, épaisse, soif, douleur de reins montant jusqu’aux épaules ; pourquoi , dis-je , cette demoiselle a-t-elle éprouvé un soulagement marqué après deux dragées; qui ont fait cesser tous les symptômes, à l’exception du gonflement? — Pourquoi O., jolie personne,

dont, depuis son enfance, le nez était rouge et crouteux, a-t-elle vu disparaître cette incommodité depuis l’usage des dragées, qui , en même temps , ont amélioré la force digestive de son estomac? — Pourquoi le même heureux effet vient-il de s’opérer sur

Jenny Tr , jolie personne aussi , qui avait le nez

crouteux et l’estomac douloureux, et chez laquelle l’un de ces deux états morbides a disparu par un court traitement antipsorique? — Pourquoi une dragée a-t-elle été suivie d’une éruption rubéoliforme (apparence de rougeole) chez une autre do-

mestiqiie dé M'^^® R. A., qui est dans son lit au moment où j’écris? — Pourquoi une semblable dragée a-t-elle été suivie d’une semblable éruption chez la petite R* , atteinte, comme la première, de tous les symptômes d’une fièvre catarrhale commençante? — Pourquoi M. Th. , en proie aux douleurs d’une inflammation d’entrailles des plus intenses , avec constipation , a-t-il eu une diarrhée de plusieurs jours de durée > à dater de deux dragées répétées deux fois (je crois que ce nombre a été trop considérable, mais le malade, très-souffrant, n’avait pas la patience d’attendre l’effet d’une première dose)? — Pourquoi un pharmacien, à qui j’avais donné à goûter deux dragées, dont j’avais pris un pareil nombre, a-t-il craint, pendant quelques momens , d’avoir la langue paralysée? Sa crainte, il est vrai, était chimérique ; la substance était sans danger; mais je cote le fait , parce qu’il signale une sensation positive, résultat d’une action réelle j irrécusable^ Je pourrais accumuler ici beaucoup d’exemples pareils; mais je fatiguerais certainement le lecteur, dont je veux encore occuper les momens.

Vous faites disparaître les goitres, m’objecte-t-on, mais la substance que vous employez pour cela, si le principe homœopathique est juste, doit donc produire le goitre ?

L’expression contenue dans cette objection n’est

pas jusîe; ce n’cst pas de produire, puis d’enlever le goitre qu’il s’agit, médicalement parlant; mais de tuméfier, puis de résoudre une glande déjà engorgée ; or j’ai choisi, dans les substances à ma portée, celle qui a la propriété de durcir les glandes, et j’ai trouvé qu’après l’espèce de secousse de courte durée qui rend la glande malade et la durcit momentanément, cet organe prend du retrait, se fond , comme on le dit vulgairement, et se réduit à son organisation primitive , c’est-à-dire , ses vais-* seaux , ses nerfs et quelques membranes qui ont cessé de renfermer l’espèce de gélatine qui forme le volume du goitre. Et tout cela s’opère au moyen <Yune dragée imperceptible , de deux, de trois, au plus , si l’on a à faire à des goitres anciens et volumineux. Quelle distance de ce traitement si simple et si innocent, avec tous ceux qui ont été conseillés, quoique avec succès , jusqu’à ce jour î

La plus forte objection se tire de la sévérité du régime; et c’est avec un ton de supériorité et de victoire que les antagonistes actuels (ils cesseront bientôt de l’étre) de l’homœopathie prononcent:

« Toute cette doctrine ne repose que sur le régime ; prenez le malade que vous voudrez, mettez-le à un régime sévère, et vous le guérirez, ou vous changerez au moins la forme de sa maladie. »

A cela je réponds : L'objeciion tombe devant

les guérisons des maladies aiguës, où l’on n’a pas le temps d’employer le régime, puisqu’en Irois jours, au plus , tout est fini ; or les maladies aiguës entrent bien pour moitié dans la pratique du médecin.

2*^ Le régime est à la disposition des médecins allopathes; pourquoi donc ne guérissent-ils pas comme les homœopathes?

3° Le régime homœopathique est publié, imprime, distribué; les allopathes peuvent s’en emparer, l’appliquer; qu’ils le fassent, et qu'ils l’accompagnent de vomitifs, purgatifs, saignées, sangsues et vésicatoires, et ils verront s’ils guérissent plus vite qu’autrefois.

4° Si c’est avec son régime que l’homœopathie guérit plus souvent , mieux et plus vite qu’on ne l’a fait jusqu’à elle, on lui doit pour cela de la reconnaissance, puisqu’elle a introduit un élément de thérapeutique nouveau ; et l’on ne devrait pas l’attaquer à l’occasion de ce qu’on veut bien lui reconnaître de meilleur.

5® Ce régime n’est pas si sévère qu’on veut bien le dire; il permet, il prescrit même, au déjeuner et au goûter, le bon chocolat, ou un potage au bouillon de viande ; au diner les céréales au bouillon ou au lait, pour potage; le bœuf, le mouton, la volaille, le gibier, bouilli ou rôti; le poisson, le

heurrc et les œufs, le laitage et le fromage frais; les végétaux blancs; les fruits cuits, les fruits crus, s’ils sont mûrs et doux ; les confitures simples ; le vin trempé d’eau. Combien de gens qui ne sont pas malades se contenteraient du régime homœopaihique ! Et c’est à lui seul qu’on voudrait attribuer les succès de l’homœopathie ! ! ! Risum teneatis amici.

J’ai répondu jusqu’ici aux objections qui sont parvenues à ma connaissance; s’il s’en présente, plus tard, d’autres auxquelles les faits n’offrent pas une solution suffisante, je tâcherai de les aborder; et certainement alors je posséderai un plus grand nombre d’argumens qu’aujourd’hui.

Mais il est une sorte de question dubitative que ne cessent de répéter des hommes qui, en science, sont placés à la sommité des savans de Genève; cette question, sortant de leur bouche, a beaucoup de poids pour la multitude de ceux qui les ecoutent, bien que le simple raisonnement suivant dût suffire pour anéantir ce poids : ces savans ignorent fhomœopathie , qu’ils n’ont point étudiée; donc ils ne sont pas habiles à en parler. — Cette question , la voici : Que voulez vous que fasse une si petite dose? — On le voitj elle suppose, elle demande une explication ; or une explication , si claire , si développée qu’elle soit, n’est pas un fait, ne vaut

pas un fait; ce n’esl donc point une explication que nous offrons , que nous donnons ; si on en est fort curieux ou désireux, on peut la chercher dans Y Organon d’Hahncmann, qui est traduit en français; puis , on n’est pas obligé de s’en contenter. Mais ce que nous affirmons , ce que nous attestons , ce qu’affirment tous les homœopathes sans exception , c’est que ces si petites doses, ces quarantilUoni èmès de goutte ou de grain, ont une action immense, étonnante, incroyable, lorsqu’on les applique à-propos ; c’est que les expériences en ont été répétées des milliers de fois ; c’est qu’il ne tient qu’à ces savans eux-mêmes et à tous autres de s’en assurer par leurs yeux , leur palais , leur estomac ,

quand et comme ils le voudront. — Un savant doc-

teur me disait naguère : Je donne souvent plusieurs grains de telle substance pour obtenir, et à grand peine, tel effet; pourrais-je croire qu’un millionième de grain réussît mieux ! — Eh bien , je viens de faire prendre deux fois une sextillionième de cette même substance à L. , et elle a eu une telle surabondance d’effets semblables , que j’ai dû interdire l’emploi de la troisième sextillionième.

Qu’on me permette une comparaison. N’en seraitil point de ceci comme de la question pareille qu'aurait pu adresser un ignorant au savant et philantrope botaniste qui transporta aux Antilles le

premier pied d’arbre au café, au péril de ses jours? Que voulez-vous que fasse au commerce de la F rance une si petite plante? Et pourtant cette plante a changé entièrement le commerce réciproque de la France et des Antilles. — Pourquoi une dose infiniment petite entrant en contact, comme un yirus, un miasme , avec toutes les parties de l’organisme vivant, n’y opèrerait-elle pas une commotion, un changement, et ne se ferait-elle pas surtout sentir à l’organe malade, avec lequel la substance se trouve avoir naturellement les rapports les plus immédiats? Je ne veux pas pousser ce raisonnement plus loin ; il sera probablement développé dans la IBihliothèque homœopathique»

Une autre question, semblable à la précédente, est adressée par les médecins allopathes.

Comment, disent-ils, voulez-vous me faire comprendre qu’un décillionième de grain, en soi-disant dissolution, agit puissamment , tandis que tous les jours j’ai tant de peine à faire agir un grain, un scrupule, un gros , une once de la même substance ?

Messieurs, nous ne voulons point vous faire comprendre ; nous vous disons que cela est, et que vous le verrez quand vous voudrez. Puis , observez, s’il vous plait, que c’est précisément parce que vous donnez de fortes doses que vous n’obtenez point ou presque point de re'sultat ; réduisez-les ,

rcduisez-les encore, et l'élat des choses changera. Ne vous conlentez pas de cela; faites triturer pendant des heures entières vos poudres, vos terres, VOS métaux; hrisez la coque, Tenveloppe; mettez l’essence de chaque chose en état de se développer, de se manifester, et vous serez effrayés vousmemes de que vous opérerez ; semblables à D. , qui, sachant que j’avais calmé les douleurs de sa mère en la magnétisant, essaya de me remplacer un jour auprès de la malade, et Payant fait tomber dans le sommeil, s’enfuit épouvantée.

N’avez-vous donc jamais réfléchi à ceci : Qu’aucun des agens de la nature n’agit que dans le plus grand état de ténuité? Que l’électrique, le galvanique, le magnétique, le lumique ; que le feu, la vapeur, ne produisent ces grands phénomènes qui nous étonnent et nous effraient, que dans un degré de divisibilité qui dépasse et confond notre intelligence, même notre imagination? A quelle atténuation n’est pas réduit le vaccin, qui néanmoins doit pénétrer toutes les parties du corps pour les préserver toutes de l’action du virus variolique ? Etes-vous en état de déterminer la masse, le volume ou la forme de l’atome qui propage, par contagion ou par épidémie, la peste, le choléra, la fièvre et toutes les affections éruptives ou inflammatoires ? Le sou fre , pour guérir de la gale , le mer-

cure clans son emploi, le kina même contre la fièvre, ne doivent-ils pas se réduire à fêlai atomislique invisible pour atteindre dans funiversalité du corps le miasme, le virus, le nescio quid qui entretient la maladie? Croyez-vous que ce soit la poudre de kina ou de souffre qui va matériellement combattre ou neutraliser l’élément fièvre, et l’élément psorique? Non, vous ne le croyez pas, car vous savez très-bien que ce qui est subtil ne peut entrer en rapport qu’avec ce qui est subtil aussi; et qu’y a-t-il de plus subtil que l’élément d’une maladie? Connaissez-vous exactement la limite de l’atténuation des substances médicamenteuses qui leur conserve leur action, leur propriété? Non, vous ne la connaissez pas; avant Hahnemann , personne n’avait |songé à en faire la recherche. Eh bien’, il vous a mis sur la voie ; il vous a dit que jusqu’à ce jour on s’était trompé en augmenlant les doses pour augmenter d’autant l’effet: qu’il faut au contraire les diminuer, les rendre inapercevables , inappréciables même, et il vous a donné la preuve réelle, matérielle de son assertion; il vous a même donné le moyen d’acquérir cette preuve, et de re'péter toutes ses expériences. Cessez donc de dénigrer ce que vous ne connaissez point encore, et que vous connaîtrez bientôt, avec le regret d’en avoir parlé si légèrement. Cessez de nier l’évidence ,

et cherchez plutôt à vous la rendre propre et familière. La chose en vaut la peine, l’humanité vous en saura gré, et a votre juste gloire, à votre haute réputation personnelle, vous aurez ajouté celle de vous être mis à la tête du grand mouvement qui s’opère en ce moment.

Je cesse de m’adresser aux savans et aux médecins, et je me tourne encore vers le public qui demande qu’on l’éclaire , et qu’on lui parle un langage qu’il puisse comprendre.

Lecteur, je vous affirme de nouveau ce qui suit :

L’homœopathie guérit les maladies inflammatoires simples, sans saignée, sangsues, yomitif, vésicatoire, purgatif, etc., et presque sans aucun remède; pour l’enfant et pour le gourmet, une dragée n’est pas un remède. Elle les guérit de plus dans un espace de temps infiniment court.

L’homœopathie traite les maladies compliquées plus longuement, mais toujours sans remèdes pénibles ou désagréables,

L'homœopaihie guérit les maladies psoriqiies, gale, dartres, teigne, etc., sans pommades , bains, eaux thermales, etc.

L’homœopathie guérit toutes les maladies secrètes sans frictions , tisanes , roohs , et sans que

ses remèdes (dragées) nuisent à la santé.

L’homœopathie guérit (entre mes mains du moins) les goitres sans danger.

Mais, après avoir proclamé ce qu’elle fait, je dois aussi dire ce qu^elle ne fait pas.

Cette doctrine , cette méthode médicale , a le sort de toutes les belles inventions du même genre; on lui demande de produire l’impossible. Et qu’est-ce qui est impossible en médecine? ^

Arrêter les progrès de l’âge , faire redevenir Jeune ce qui est vieux, donner aux maladies de la vieillesse le caractère de celles de la jeunesse, produire dans l’âge avancé la réaction dont est capable l’organisme dans l’âge adulte. L’homœopathie n’empêche pas de mourir; elle diminue le danger, la gravité des maladies , elle écarte les inconvéniens des remèdes, mais elle ne rend pas immortel.

Une autre chose est impossible à l’hornoeopathie, c’est de guérir les malades qui sont arrivés au dernier degré de marasme, par suite d’une désorganisation, ou après qu’un organe essentiel , passé à la suppuration, ou farci de tubercules, ne remplit

plus ses fonctions naturelles. Quelle que soit Tactivité des dragées homœopathiques , un élément est nécessaire à leur action, c’est le temps , dans tous les cas de maladies devenues chroniques. Or, pour la plupart des malades qui sont dans un état désespéré, lorsque le médecin homœopathe est consullé, le temps manque, et la mort arrive avant que les remèdes aient agi efficacément , suivant leur action reconnue. Tout médecin raisonnable, tout homme instruit, sentira la vérité de cette proposi'lion, que je ne dois pas développer, parce que le développement pourrait porter un coup fâcheux à tel ou tel de mes lecteurs.

C’est ici le cas de dire un mot du cancer^ cet effroi des malades , ce désespoir des médecins , et même des chirurgiens, dont le couteau le plus habile ne vient souvent pas à bout de délivrer les patiens. L’homœopathie seule a trouvé le remède qui, s’il ne guérit pas toujours, soulage du moins le plus efficacément les infortunés atteints de ce monstre. Ce n’est point tout; l’homoeopathie est allée à ' la recherche des causes de cette dégénérescence, et elle croit les avoir découvertes; d’où il résulte que, fort répandue et devenue générale parmi les médecins, elle a la chance et l’espoir fondé de diminuer notablement le nombre des cancers qui, dorénavant, attaqueront l’humanité. Jusqu’ici la mcde-

cine n'avait cherché que dans les caïmans les moyens de diminuer les tortures des cancéreux; riiomœopathie , procédant par expérience, les saisit dans les irrilans ; mais ces irritans , elle les traite à sa façon , c’est-à-dire de manière à leur enlever la puissance de nuire, en leur conservant celle de préserver; de plus, elle ne les confie jamais à des mains étrangères et imprudentes, qui ne manqueraient pas de répéter ce qui a eu lieu avec Fiode , d’après ce raisonnement évidemment faux : ce qui fait bien à petite dose, fera mieux à dose plus forte. Voici comment il faut remplacer cette proportion : Ce qui sauve à petite dose, nuit ou tue à grande dose.

Puissent les faits, les raisonnemens , les propositions qu’on vient de lire, faire ouvrir les yeux au public et aux médecins.

Genève, le 2.S mars iS32.

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