École des miracles
La lumière qui, de toutes les choses inauimées, est la plus belle, la plus agréable, la plus gracieuse, est en même temps la plus importante et la plus nécessaire. Que serait, en effet, le monde sans la lumière ? rien autre qu'une prison ténébreuse où
(1) Ce miracle magnifique de Notre-Seigneur, qui n'est raconte que par saint Jean, arriva la même année et le jour même où, après avoir pardonné au repentir de la femme aduliere (voyez II vol., homel. xviii, note 1, pag. 108), Jésus révéla clairement aux Juifs dans le temple ss propre divinité.
les hommes et les animaux, rendus immobiles et comme emprisonnés dans les entraves de ténèbres profondes, s'ignorant les uns les autres, ne pourraient ni vivre, ni se reproduire. Ce serait donc en vain. dit saint Ambroise, que Dieu les aurait créés, s'il ne leur avait accordé le don de la vue ; et c'est pour ce motif qu'il a commencé, par la lumière, la série magnifique de la création (1).
Il n'en est pas moins vrai que cette créature admirable, très-importante, fut en même temps une créature mystérieuse et prophétique, puisque, au moyen de cette lumière matérielle que Dieu fit briller sur le monde au commencement delà création, il voulut, d'après saint Paul, figurer une lumière beaucoup plus noble et plus précieuse, la lumière spirituelle de la science de Dieu, qu'il devait faire également resplendir dans le monde au début de la rédemption (2). Et de même, selon la belle expression de saint Ambroise, que la lumière naturelle qui éclaire les corps est comme le reflet de la face du Dieu créateur (3) ; de même , ajoute encore saint Paul, la lumière surnaturelle qui éclaire nos intelligences est le reflet de la face très-sainte du Dieu rédempteur (4). Or, le prodige de cette lumière
(1) Unde vox Domini debuit inchoare, nisi a lumine? frustra enim esset mundus, si nonvideretur {Hexamer.).
(2) Deus, qui dixit de tenebris lumen splendescere, ipse illuxit in cordibus nostris, ad illuminationem scientias clarilalis Dei.
(3) Deus vidit lucem, et vultu suo illuminavit.
(4) Ad illuminationem scientiœ claritatis Dei, in facie Christi Jew.
spirituelle et divine qui devait, au moyen de la prédication évaugélique , éclairer le monde , était prophétisée par Isaïe, quand il disait : « Un temps viendra où le peuple des Gentils, retenu maintenant dans la région des ombres de la mort, et s' agitant au sein d'une nuit ténébreuse, verra tout -à-coup la clarté d'une lumière immense briller à ses yeux (1).» En effet, saint Matthieu, mentionnant le début de la prédication de Notre-Seigneur à Capharnaiim, pays limitrophe des Gentils (2), affirme que ce fut alors que s'accomplit réellement la prophétie d'Isaïe citée plus haut (3). Il est manifeste qu'il voulut donner, dans la guérison subite de l'aveugle-né, une image anticipée de tous les autres effets de sa venue dans le monde, effets produits par la prédication apostolique. Examinons donc ce prodige étonnant où Notre-Seigneur donne la vue corporelle à un aveugle-né, particulièrement dans son rapport avec le prodige plus grand encore par lequel il nous accorde la lumière de l'âme, la vraie foi, afin que nous en appréciions toujours davantage le bienfait, que nous en accomplissions mieux les œuvres, que nous en acquérions les fruits.
(1) Populus, qui habitabat in tenebris, vidit lucem magnam. Sedentibus in regione umbra» mortis, lux orta est eis {Isa. ix).
(2) Exinde cœpit Jésus praedicare.
(3) Ut adimpleretur quod dictum est per Isaiam prophetam : Populus, qui anibulabat.