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ÉCOLE ESPAGNOLE

Les peintres espagnols paraissent avoir adopté les écoles lombarde et vénitienne ; souvent même , ils ont atteint le coloris séduisant du Titien , les couleurs fières du Giorgion, le goût délicat du Corrége, l'expression noble et savante des Carrache, quelquefois les dispositions et l'inégalité heureuse de Michel-Ange de Carravage. Néanmoins, a travers toutes ces qualités empruntées, ils font ressortir un sentiment indigène, original , qui contraint le jugement a en former une classe séparée, sous le titre d'école ; titre dont nous ne connaîtrons bien la justesse, que lorsque nous serons plus familiarisés avec les productions les plus célèbres de cette nation, dont nous suivrons, avec impartialité, les éminens progrès qui illustrent les trois grandes écoles de Valence, de Madrid et de Séville, d'oii surgissent les plus belles qualités de coloris et d'expression que déroulent, aux yeux delà prostérité, les chefs-d'œuvres des Italiens. Il ne faut pas même en rabattre les étonnantes illusions du coloris qui rejaillissent des toiles de Rubens, de Vandyck ; elles se voient encore aussi brillantes sur les toiles espagnoles.

Les peintres espagnols sont ingénieux et graves dans

les sujets d'histoire; nobles, piiidariques , quand ils commercent avec les dieux; élégiaques dans la douleur et les regrets; anacréontiques dans les passions de jouissance, douces, aimables et pastorales ; se livrent-ils au style ascétique , il est imposible d'être mieux inspiré , d'être plus tendre , plus affectueux dans l'expression des caractères de félicité, d'abnégation et de béatitude. S'ils n'ont pas la savante ligne des contours, qui fait la gloire de l'école romaine, ils ont en récompense une si grande flexibilité dans la touche, une science si profonde du clair-obscur, et tant de charmes dans l'exécution , qu'ils reçoivent avec éclat les applaudissemens de la postérité, et commandent l'admiration.

Ils ont traité avec talent tous les genres de la peinture. Jean Fernandez Ximenes de Navaretta eut le brillant et la force de coloris du Titien ; Diego Velasquez ; Joseph Ribera, le Pacheo ; Alonzo Cano, surnommé le Michel- Ange d'Espagne; le fameux Murillo; François Ricci ; Jean Alfaro , surnommé le Wandick de sa nation; Clodio Coello ; don pedro Ruiz de Gonzales, le Paul Véronèse d'Espagne ; Blas de Prado , dont les productions approchent de celles du Parmesan ; Morales, surnommé le Divin; Este van Marco, célèbre par ses batailles et la force de son coloris ; Luis du Varguas ; Antonio del Castiilo , si pathétiques dans les sujets religieux ; Pedro de Nunerez , surnomme le Calabrois ; et Vincent Joiianes , qui exprime une douceur si entraînante dans ses têtes du Sauveur ; sont tous les artistes célèbres des écoles de Valence , de Madrid , de

Séville , riionneur et îa gloire de la nation espagnole dans lés beaux-arts.

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