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I. — Hypothèse habituelle

d’une survivance partielle de la Répartition

Le schéma le plus volontiers répandu est le suivant : la Répartition est née de la pénurie, et, dans la mesure où elle conditionne étroitement l’activité de chaque entreprise par un ensemble de règles sévères d'allocations, de transfert, d’interdictions, de contrôle, etc., elle est appelée à disparaître avec sa raison initiale (1). Au contraire, la Répartition (dite « primaire ») qui consiste seulement à orienter les quantités de matières premières vers l’un ou l’autre des grands secteurs industriels de la nation, serait « un phénomène durable et un phénomène nécessaire dans l’État moderne ».

D'une façon plus détaillée, l'avenir de la Répartition, associé à

(1) Cf. conférence de M. Bichelonne du 20 /1 /42. « La Répartition secondaire est une gêne importante pour l’industrie, c'est un remède héroïque que l’on doit ne faire intervenir qu'à bon escient. »

celui de la Production, a donné lieu à des anticipations de l'économie dirigée d’après guerre, qui reflètent généralement un point de vue analogue. Nous nous contenterons d'évoquer la position qui paraît, à notre point de vue, la plus constructive (1). En voici les lignes principales

On pèrtage l’économie de demain en trois secteurs, à l'intérieur desquels l'État pénétrera plus ou moins.

a) Un premier secteur comprend les produits fondamentaux sur lesquels repose l’industrie (fonte, acier, cuivre, aluminium, certains produits chimiques, fibres essentielles, caoutchouc, etc.). L'État sera conduit à maintenir son contrôle sur ce secteur dont les entreprises « doivent, plus que toutes les autres, être considérées comme étant au service de l’économie générale, et, à ce titre, soumises à des restrictions importantes de liberté. Elles doivent régler non seulement leur production journalière, mais aussi leurs plans d'équipement dans le temps, en fonction des besoins présents e£ futurs de l’économie générale. Il faut donc que ces industries soient contrôlées par l’État ». Sans que l’auteur le dise explicitement, la répartition des produits de base entre les branches industrielles intéressées semble bien l’un des principaux moyens de ce contrôle.

b) Un deuxième secteur comprend les activités économiques non directement rentables : travaux tendant à améliorer les conditions générales de la production et à enrichir le patrimoine national : aménagement du réseau d'énergie électrique, amélioration des communications, des transports, des habitations, et même travaux moins directement rentables tels qu'Instituts de Recherches scientifiques, laboratoires, hôpitaux, etc.

Le commandement de ce secteur — et non plus seulement son contrôle, — doit être réservé à l’État. Le domaine des activités non rentables, recueillant toute la main-d'œuvre et toutes les capacités intellectuelles qui ne seront pas utilisées à la production des biens de consommation ou à l’équipement industriel ordinaire, est donc destiné à prendre une importance prépondérante.

On spécule sur les progrès de la technique de fabrication et de la distribution, et l’on envisage un accroissement du potentiel de? travail disponible pour les activités non directement rentables. On en appelle au fait qu'il est arrivé que la capacité de production dépasse la capacité d'absorption. C’est à ce moment précisément, vite atteint après la guerre, qu’il s'agira de développer les activités « nationales », dont les grands travaux d'autrefois n'étaient que la caricature, et «les progrès techniques seront générateurs de confort et de bien-être supplémentaires ». Dans ce secteur ajoute-t-on, «il faudra donc faire de l’économie dirigée dans toute l’acception du terme : il s'agira d’inventorier à tout instant le potentiel disponible

(1) Cf. le document n° 1 de l «€ O.T. O. P. », Comment dominer notre défaile, par A. Monestier.

en main-d'œuvre, en matières, en travail intellectuel, en épargne, et de dresser des vastes plans d'utilisation échelonnée dans le temps ». La Répartition semble donc appelée, dans cette hypothèse, à jouer aux deux échelons, à l'échelon branches industrielles (orientation des produits vers telle et telle industrie), à l'échelon de chaque entreprise, dans la mesure où chacune participe à la réalisation d’un programme défini.

c) Un troisième secteur — le plus vaste — comprend toutes les autres activités économiques. On renviendra là à un régime inspiré du maximum de liberté et caractérisé par l’émulation salutaire de l'initiative individuelle, « facteur essentiel du progrès économique ». L'État sera, dans ce secteur, relégué à sa fonction d'État-gendarme, et seront en jeu les seules « luttes sévères et bienfaisantes de la concurrence », qui secoueront «le fardeau de la paperasserie et de la bureaucratie qui nous ont envahis par nécessité pendant la période de disette ». Il ne sera plus question de répartition.

Ainsi peut en somme s’analyser la position prise par ceux qui ont essayé de tirer, pour l’avenir, un enseignement des préoccupations et des institutions présentes. Tentons maintenant de nous faire une idée objective des données réelles sur lesquelles sont implicitement bâtis les schémas qui précèdent.

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