‹ Economie forestière (volume 2)Chapitre 15 sur 99 · I. — Inconvénients des cirABLis · texte numérisé non relu

I. — Inconvénients des cirABLis

Les CHABLIS (1) sont des arbres déracinés et renversés par le vent. Par extension on désigne aussi sous ce nom les fragments d'arbres brisés par le vent, qui sont, à proprement parler, des quilles ou des chandeliers pour la partie de Tarbre restée verticale et attachée au sol, des volis pour les cimes ou parties supérieures des fûts détachées par la rupture do la tige. On appelle encore, de même, du nom de chablis les arbres brisés ou renversés par la neige, le givre, etc.

(1) Le uioidiablis dérive d'unancieu verbe, c/iaô/er ou chapeler, qui lui-Dièmc provenait du bas latin capuîare ou capellare. (ie dernier terme se trouve daus les lois barbares avec le sens d'arraeher, « si quis caballo alieno caudmiL capcllacei-it, Ul esL setas iraxerit, etc. » Plus tard capulait siguilia eouper, bri.ser : capularc, id et:t cœderCj frangeve (du Gange). Au xiu" siècle, chapeler si^'uiliait briser, et les mots capulalura ou capulalio désignaient une nieurlrisjsurc, une plaie provenant d un choc.

D'autre part, nous voyons, au nioycu-âge, le mot cabtUus ou chadabula employé pour désigner une maciiiuc de guerre propre à renverser des murailles. Celui do cabliciu désignait des branches d'arbres brisées i)Hr le vent. Les plus anciens textes français disent caables, chaabies oucal>le.s, n arbores versas, A'it;tf cluiablc », lit-ou dans une ordonnance de Philippe-Auguste. Au xvi» siècle, ce mot apijartemiil encore à la langue usuelle (d'où il est sorti depuis) et cluiplis siiiuiliuit choc. « Quand tu vois le hourt de deux armées, penses-tu... que le bruit si horrible qu'on y oyt provienne des voix humahiei?... du chap/is des nmssps (du clioc des masses d'armes contre les armures), du froi^sis <l»'S [»ii(iues, du bris des lances? n U^autagruel, livre III, chap. xxiii.) Chaullourt, dans sou In.ilruction sur le fail des Eaux et Forcis, imprimée en Kîii, emploie ([tage 218) rcxpression de arbres caabiez pour dégigner les chablis. Froidour, en IbOS, déclare « les arbres chablis, chablés ou caables, qui ont tous même si.i:uilieatiun, sont les arbres abattus par lèvent ». {Instruction, 1, p. 20.) De nos jours encore, dans «luobpies provinces, on dit « chabler » des noix pour récolter dis noix en les luisant tomber avec une perche. (Voir la note 3, page 143.)Lenu'*me radical su retrouve couservé dans notre verbe « accabler »>, qui signiiie reuver&cr, terra&ser.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES A l'aMÉNAGEMENT

Les chutes de chablis occasionnent des pertes d'argent considérables pour les raisons suivantes :

1® Les bois rompus ou même simplement renversés sont

dépréciés, soit parce qu'ils sont brises, soit parce qu'ils sont

disséminés, soit, au contraire, parce que, tombés enchevêtrés,

1^ les uns sur les autres, ils forment un amoncellement qui rend

l'exploitation difficile et même dangereuse pour le bûcheron;

2^ Les chablis résineux sont très exposés aux dégâts des insectes, par exemple du bostriche liseré pour le sapin, et, quelque rapidité qu'on apporte à l'exploitation, les chablis présentent toujours une forte proportion de bois piqués. Les dommages de ce chef sont souvent importants. Les dégâts sont encore bien plus graves lorsque, les insectes s'étant multipliés outre mesure, grâce au chablis, ils finissent par s'attaquer aux bois debout dont un grand nombre, ébranlés par le vent, ayant eu une partie de leurs racines déchirées, présentent une végétation languissante et deviennent un centre de reproduction très favorable pour les insectes (i) ;

3** La nécessité où Ton se trouve de façonner rapidement de grandes masses entraîne une hausse de la main-d'œuvre et une réduction correspondante delà valeur des bois sur pied en forêt;

(i) Le G novembre 18(i4 un vent formidable du Nord-Ksl s'abattit sur les forêts d'cpiréa du Risoux (Haut-JuraK 89.000 arl)ivs, cubaiit .i.'î.OOO im'tres cubes, furent renversi's eu (|uel<iues lieures dans ce massif de :*.200 ticctaios a]>ii.u*tcnant à six c(Uiimun«'S dillcreiites. Mal«;:ré les ellorls du service fc^reslicr, les communes pro- ])riél.'iires ne purent s'entendre à tein}).s sur le mode d ulilisation, ni avancer les fonds necessaiies à re.\|)loitali«ui de ces bois dont beauct>up restèrent gisants sur le sol jusipien 1870 et même 1811. Les boslrvcbcs (lypo'^n'aplie et clialcoj:raplie) se multiplièrent à tel point, dans les arbres aballus d abord, puis dans le massif è|»arj.Miè par rom-a«:an, cpi ils tirent pè-rir, de 1810 à 1813, au Risoux, l,'i8.000 arbres, cubant il ..SOO mèli-es cubes, doublajit ainsi au moins les dèpàts du vent. De même, à la suile d«'s cb.iblis de l'JO:?, dans les Vos«4os, une invasion du jjissode du sapin, insecte jus(jn aloi's assez jmmi re[)andu dans nos sajdnièr(?s, s'est déclai-éc sur divers points où elle a occasionné des dégâts sérieux. (Voir la note de la paiie ;i:j.) Mais c'est surtout dans les peuplements d'épicéa des Hautes Vos«,'es, ravaj^és par les cbaldis, cjue Ion a eu à subir des domniages de la part des bostricbes. L'invasion de ces insectes oblii,^ea à abattre, dans les forêts soumises, durant le couis des années 1903, 1904 et i'JOo.la (juanlité de 2'). 200 épi<éas, cubant 28.9;j0 mèlres cubes et valant jG"Î.800 francs. L'épicéa occupe, dans les forêts soumises des Vosizes.un»- surface d'environ \.TM) beclarcs et on peut évaluer à 1.400.000 iinties cuhes environ le volume tolul sur pied des bois de cette osence.

L ASSIETTE DES COUPES

4** L'excès croffro qui résulte dos grandes chutes de cliablis amène Tavilissement des prix.

Toutes ces causes réunies peuvent faire baisser les prix de cinquante pour cent, comme il est arrivé en 1902 dans les Vosges (voir P' volume, p. 21), où les prix de vente, qui étaient de 16 fr. 30 le mètre cube de sapin sur pied (y compris les cimes), est tombé à 8 fr. 90 en 1902 (1). En 1905, dans les sapinières dépendant du service de TEcole nationale forestière, les coupes ordinaires (principales et intermédiaires) ont été vendues à raison de 17 fr. 80 le mètre cube en moyenne, et do plus de 22 fr. dans les coupes principales. Les chablis très abondants de la même année, quoique formés surtout de gros bois, mis en vente quelques semaines plus tard, ont produit 14 fr. 10 le mètre cube seulement.

En plus de ces pertes d'argent, les chablis ont l'inconvénient de jeter le trouble et l'instabilité dans l'aménagement dont les prévisions sont trop souvent complètement anéanties (2). Ils rendent

■vV,

(î) L'ouragan des 31 janvier et i*' février 1902 a renversé,(lans les sapinières et pessières soumises au régime forestier du département des Vosges, dont l'étendue est de 87.000 hectares, 1.233.000 mètres cubes de bois (un million deux cent trente-trois mille mètres cubes !) occasionnant une perte de plus do neuf millions de francs. Plus de 3.000 hectares ont été complètement déboisés. Le volume moyen des bois renversés à Thectare sur les parties entièrement dénudées a été de 280 mètres cubes. Cq désastre est du reste sans précédent, de mémoire de forestier, dans notre pays. Voir, pour plus de détails sur les chablis de 1902, un article publié par M. de Gail, conservateur des forêts à Epinal, dans la lievue des Eaux et Forets (volume de 1903, page -417).

L'Ecole nationale des Eaux et l''orèts possède, dans son service, une série de la forêt domaniale des EUeux, dans les Basses Vosges, à laltitude de 350 à ;>90 mètres, en terrain de grès vosgien. Cette série est peiipléc de sapin presque pur (il forme 92 pour cent du volume des peuplements) avec quchpies hêtres en mélange ou plutôt en sou.s-ctage, cette dernière essence ayant été, malheureusement, autrefois, l'objet d'extractions systématiipies en vue de la faire disparaître. La contenance totale de la série est de 430 hectares, son matériel total de 109.000 arbres de 0 m. 20 de diamètre et plus, cubant ensemble 140.300 mètres cubes.

L'ouragan du 1" février 1902 y a renversé 6.959 mètres cubes de bois, soit un vingtième du volume total du matériel. Les dégâts du pissode obUgèrentà couper, en 1904 et 1905, un millier d'arbres secs et dépérissants d'un volume total de l.tOO mètres cubes. La forêt commençait à peine à se remettre de ce désastre que, le 12 août 1905, une nouvelle tempête y renversait, en ([uelques heures, 5.980 arbres, d'un volume total de 1.050 mètres cubes. Nous répétons que de pareils accidents, et surtout leur répétition à aussi bref intervalle, sont heureusement fort rares dans nos sapinières.

(2) Les chablis de 1902 ont entraîné la réfection des aménagements d'un bon

Economie foke.stikiu:. — III.

NOTIONS PHKLIMINAIRES A L AHENAGF.MENT

fréquemment impossible larégéncralion naturelle des futaies par coupes progressives et obligent à recourir au jardinage, ou à la coupe à blanc étoc suivie du repeuplement artificiel.

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