III. — Méthodes par volume
Article premier. — Conditions d'application de la méthode
par volume.
«r On trouve dans les régions montagneuses de la France un « grand nombre de forêts peuplées de sapins, d'épicéas, de « hêtre, à l'état pur ou en mélange.
(( Ces forêts se prêtent mal au système d'aménagement a qui consiste à diviser la révolution en périodes, la série en « affectations, et à régénérer chaque affectation dans la période « correspondante. Il est rare, en effet, que les peuplements de « même âge soient massés les uns près des autres et d'autre part <i on trouve généralement sur tous les points de la forêt de (( vieux arbres au milieu de bois jeunes ou d*âge moyen...
« Pour établir l'aménagement de ces forêts, il conviendrait « d'adopter les règles qui vont être exposées :
Article deuxième. ^ Inventaire de la forêt.
« On divisera la forêt en parcelles... dont la contenance ne
(1) Ministère de Tagriculturc, Direction des forêts, Note circulaire du 17 juillet 4883. Note autographiée non signée et sans date (elle est de 1894) intitulée : Traitement des futaies pleines. — Procès-verbal de la séance du Conseil d'administration des forêts du 9 novembre 1898.
Pour éviter toute confusion dans ce qui va suivre (articles un à six inclusj, nous mettons entre guillemets le texte empiimlé aux notes administratives et entre parenthèses ce qui nous appartient en prupre.
SgS LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l' AMENAGEMENT
c< devra pas dépasser 20 à 25 hectares... Au fur et à mesure que « les parcelles seront assises sur le terrain... on en fera la desc( cription. Pour donner à cette description un véritable carac- « tèro de précision on procédera au dénombrement et au cubage (( de tous les arbres à partir de 0 m. 20 de diamètre. •• Ces cuba- <( ges serviront aussi de base au calcul de la possibilité, ainsi « qu'on le verra plus loin.
« Muni du plan de parcellaire, de la description des parcelles er ef des tableaux de dénombrement et de cubage, on aura tous « les éléments nécessaires pour dresser le règlement d'exploita- « tion.
Article troisième. — Durée du règlement d'exploitation.
« Ce règlement ne devra pas avoir une durée trop longue. Il <i sera bon de ne pas dépasser 20 ans. Au delà de ce terme, les « prévisions deviennent de plus en plus incertaines. D'autre « part il sera bon de ne pas imposer des révisions trop fréquena tes et de diminuer les dépenses auxquelles celles-ci donnent « lieu.
Article quatrième. — Calcul de la possibilité.
(( La possibilité sera calculée en fonction du matériel existant c( dans toute retendue de la forêt en bois de 0 m. 20 de diamètre « et au-dessus.
a On déterminera d'abord la durée moyenne nécessaire pour « obtenir les arbres ayant les dimensions en diamètre que Ton « se propose de réaliser (pour les produits principaux)... Cette (( durée, allongée de quelques années pour tenir compte d'un « retard possible dans la production de la régénération, cons- (( tituera la révolution.
« On répartira les arbres dénombrés en trois groupes:
(( 1*» Celui des vieux bois formé de tous les arbres ayant dépassé « les deux tiers de la dimension d'cxploitabililé (en diamètre);
« 2° Celui des bois moyens formé de ceux dont les dimensions
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS 899
(c sont comprises entro les deux tiers et ie tiers de celle d'exploi- (( tabilité ;
« 3° Celui des jeunes bois, comprenant les arbres de dlmen- « sions inférieures au tiers de celle d'exploitabilité.
« Si le volume du groupe des vieuxbois etcelui des bois moyens « sont dans le rapport de 5 à3 (l),on admettra que la proportion «r des deux groupes est normale et on pourra affecter le groupe <( des vieux bois au premier tiers de la révolution. »
<( Cependant, avant de se prononcer dans ce sens^ il sera n indispensable de s'assurer que la forêt, envisagée dans son « ensemble, ne présente ni excès ni insuffisance de matériel. Si <t l'un de ces deux cas se présentait, et il est facile de s'en assu- « rer (2) en consultant les tableaux de dénombrement, il faudrait « soit renforcer le cube des vieux bois pour écouler peu à peu n le matériel en excès, soit le diminuer pour enrichir la forât.
c< On aura de même à examiner s*il convient soit d'augmenter, « soit do diminuer le cube des vieux bois par des transferts « lorsque son rapport avec celui des bois d'âge moyen s'écar- « tera de la proportion considérée comme normale de 5 à 3. »
(X II n'est pas inutile de faire remarquer que pour peser ces
(1) Il ne peut s*agir là que d'une donnée approximative qui semble, jusqu'à présent, suffisamment exacte pour la pratique. Le rapport en question dépend certainement de Tàge d'exploitation adopté, des conditions de la végétation, de la nature des essences, et, à un haut degré, de la façon dont on pratique les coupes d'éclaircie. On peut remarquer que le rapport de 5 à 3 est précisément celui de l'âge moyen des vieux bois (100 à 150 ans ou, en moyenne 125 ans) et des bois moyens (50 à 100 ans, en moyenne 75 ans) dans une série aménagée à 150 ans.
(2) « H résulte des comptages de matériel effectués depuis quelques années sur environ 110 forêts du département du Doubs, que les peuplements renferment en moyenne par hectare :
Bois moyens (de O-'ôO ou0"»80 à 1™50 de tour). 121 m. cubes. Vieux bois (1™50 de tour et au-delà) 203 —
Volume moyen par hectare 324 —
« Ces forêts sont très belles dans leur ensemble et l'on peut admettre leur densité moyenne de 324 m. cubes comme étant normale. »
[D'une faron générale, on peut admettre que le matériel normal, dans la forêt, est moitié dece qu'il serait si toute l'étendue était couverte de bois exploitables. CVst-à-dire ciue si le peuplcnienl exploitable présente, dans la forêt, un volume delco m. cubes à l'hectare, le volume moyen normal à l'InTlare sera de 350. (Voir plus haut, page 214, et tome 11. pages 313,365 et 3(î6.) Dans les Vosges, le volume moyen à l'hectare, pour les 38.900 hectares de sapinières domaniales,e8t de 320 m. cubes; il varie de 196 à 390 m. c. suivant les forêts].
400 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aNÉNAGEMENT
« diverses considérations il est indispensable de posséder une « connaissance approfondie de la forêt (1). »
ce Le cube définitivement adopté pour les vieux bois donnera « le volume actuel des arbres affectés au premier tiers de la « révolution. On ajoutera à ce cube son accroissement... proba- « ble jusqu'à l'époque d'exploitation, calculé à un taux modéré, «r et en divisant le total obtenu par le tiers de la révolution on (( aura l'expression de la possibilité annuelle» (en produits priocr cipaux).
(( Dans ce calcul, il n'est pas tenu compte de l'accroissement (( des bois moyens dont une portion sera réalisée sous forme « de (produits intermédiaires). C'est une mesure de prudence « qui... constituera une sorte de réserve que Ton retrouvera à (( la prochaine révision. » (Cependant, si l'on était en présence d'une forêt à accroissement rapide et dont la marche de végétation serait expérimentalement assez connue pour que l'on pût apprécier le rendement annuel des coupes d'éclaircie, il j aurait à ajouter le volume de ces produits intermédiaires à celui calculé pour les produits principaux; la somme représente alors la possibilité globale de la forêt , c'est-à-dire la quantité totale de bois à couper annuellement, à quelque titre que ce soit.)
«r L'adoption du mode de détermination de la possibilité qui « vient d'être exposé entraînera comme conséquence le préce comptage de tous les bois de 0 m. 20 de diamètre et plus « exploités sur toute l'étendue de la forêt. Les produits intermède diaires, aussi bien que ceux de régénération et des coupes « d'extraction concourront (pour le recrutement) de la possibi- <( lité annuelle... »
Article cinquième. — Règlement d'exploitation.
« On classera les parcelles en deux groupes.
a On mettra dans le premier groupe les parcelles dont la
(1) La possibilité, comme nous le répétons plus loin, ne rt^sulle pas seulement de la tjuiiniité \\\\ matériel, mais aussi de r«?7a/ des peuplements, de leur avenir.
LES EXPIX)ITATIONS DK PEUPLEMENTS
4oi
« régénération doit être poursuivie ou commencée pendant la '( durée assignée au règlement d'exploitation, celles par conséaquent qui seront soumises aux coupes de rogénéralion.
« On placera dans le second groupe toutes celles qui, pendant a le même temps, ne doivent être parcourues que par des coupes (( d'extraction ou d'amélioration.
« Les parcelles du premier groupe ne formeront pas néces- (( sairement un seul tenant. En les choisissant, on aura égard à « leur âge et à leur état do végétation... Leur étendue devra (( être suffisante pour qu'on puisse y asseoir des coupes pendant « la durée du règlement d'exploitation... On ne perdra pas de (( vue que ce groupe ne forme pas une affectation à régénérer (( pendant la durée du règlement d'exploitation, mais Ten- « semble des parcelles sur lesquelles la régénération doit être « poursuivie ou commencée pendant cette durée... »
« Pour les parcelles du premier groupe (le règlement d'ex- « ploitation) se bornera à indiquer l'ordre probable des coupes « de régénération, ordre auquel il pourra être dérogé dans Tapc( pljcalion » (suivant les progrès, impossibles à prévoir, de la régénération naturelle).
« Les parcelles du second groupe seront soumises à des a coupes d'amélioration et d'extraction... réglées par conle- « nance... »
<( Indépendamment des coupes de régénération, il sera gêné* « ralement nécessaire d'asseoir à époques fixes des coupes d'a- « mélioration dans les parcelles du premier groupe; on n'omel- « Ira pas de prescrire ces coupes. Elles pourront soit former « une suite spéciale, soit élro comprises dans la même suite que w les parcelles du deuxième groupe. »
Article sixième. — Application de l^aménagement.
« Pour appliquer l'aménagement, les opérateurs commence- « rout par marteler les coupes par contenance. Ils maintien** « dronc autant que possible à ces coupes le caractère de cou- « pas d'amélioration, et se garderont d'entreprendre des régé-
ËCONOMIE FORESTIERE. — III. 28
4o2 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE L* AMÉNAGEMENT
« aérations aoormales. Mais, par contre, ils n'hésiteront pas à « faire tomber les bois surannés sans attendre Tépoque de leur <v entier dépérissement. Le but qu'ils auront à poursuivre sera « toujours d'élever des peuplements bien venants... ils ne cher- « cheront jamais à obtenir dos peuplements très réguliers en « sacrifiant telle ou telle classe d'âge. »
« Le cube des bois de 0 m. 20 de diamètre et au-dessus à « exploiter dans la coupe par contenance étant connu, on y (( ajoutera le volume des exploitations accidentelles réalisées (( depuis Tannée précédente et on retranchera le total obtenu (( du chiiTrc de la possibilité. Le reste indiquera le cube à exploite ter en coupes de régénération. »
« Ces coupes seront (pratiquées) suivant les règles culturales « ordinaires. On évitera soigneusement tout sacrifice d'exploi- « tabilité et on maintiendra sur pied, en les considérant comme « faisant partie (des renaissances) tous les bois bien venants « n'ayant pas encore atteint les dimensions qui les rendraient « avantageusement exploitables. »
« A l'expiration de la durée assignée au règlement d'exploita- « tion, on procédera, comme précédemment, à une nouvelle (( détermination de la possibilité par comptage général, à une
nouvelle répartition des parcelles en doux groupes, et on « réglera de nouveau la marche des exploitations. La compa- « raison des nouveaux comptages avec ceux antérieurs, ainsi « que celle de l'état des peuplements, permettront de faire ces (( diverses opérations avec plus de certitude et de précision. »
Article septième. — Exemples d'application du procédé de calcnl
de la possibilité.
11 ne sera peut-être pas inutile de donner ici quelques exemples, empruntés à la pratique (1), du procédé de calcul de la possibilité
(4) Ce qui suit est cmpranté au procès-verbal'd'aménagemcnt de la forél communale de Vailly (Haute-Savoie), daté de l'année 1903. La forêt de Vailly croità des altitudes comprises entre "790 et 1420™, sur des calcaires jurassiques et crétacés. Elle est peuplée de : épicéas 50, sapin 1, hêtre 49; le matériel à l'hectare moyen présente un volume de 116 m. cubes. — En 188T la proportion des essences était : hélre 6i, épicéa 36, sapin 1, hêtre 1 ; le matériel moyen à l'hectare
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS
exposé ci-dessus, qu'on appelle souvent, parmi les forestiers, le procédé de 1883, parce qu'il a été exposé pour la première fois dans une note administrative portant cette date.
... (( Les cubages ont donné les résultats consignés à la fin « du procès-verbal (d'aménagement) et le tableau qui suit fait (( connaître le volume total des arbres par groupes : »
BOIS D'AGE MOYEN Volumes
Sapins et épicéas.
Hêtres.
Totaux.
DLIMÈTRES
hauteur d'homme.
20 cent.
VIEUX BOIS Volumes
Sapins et épicéas.
Hêtres.
Totaux.
(( La proportion normale est donc loin d'être réalisée, puis* « qu'elle devrait être :
Vieux bois : 6869 x |= 4293
Bois moyens : 6869 X ^ = 2576 .
f( Elle est même absolument renversée; pour la rétablir il ft faudrait transférer (aux vieux bois) tous les résineux de (y,3o « et presque la totalité des arbres de 0,30. Un pareil transfert
n'était que de 75 m. cubes. Il s'agit donc ici d'une forêt très pauvre, où le matériel doit être augmenté le plus rapidement possible ; c'est pourquoi sans doute raménagiste n'a pas tenu compte de l'accroissement des vieux bois dans le calcul de la possibilité, comme on verra plus loin. (Renseignements cummuniquéB par M. Schœffer, chefdusemce des aménagements de la 5^ conservation.)
4o4 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l' AMÉNAGEMENT
« est impossible dans une forêt où le matériel à Thectare est
f'; c( encore extrêmement faible. (Il est de 11 6 mètres cubes à Thec-
%. « tare seulement.) Il y a lieu cependant de considérer que d'une
[> (( part la commune a besoin de ressources et que d'autre part il
f c( serait nécessaire de faire tomber dans les coupes une certaine
t ^ proportion de bois moyens, et notamment des hêtres qui sur
« certains points sont surabondants. )> « Nous pensons qu'un transfert comprenant la moitié des ré- V « sineux de 0,35 et la totalité des hêtres de 0,30 tiendra compte
; « de ces diverses conditions. La possibilité sera donc (en ne
^\ ii tenant pas compte de l'accroissement des vieux bois pendant
i; « la durée de leur réalisation et en supposant cette durée égale
« à 48 ans, ce qui correspond à une révolution de 144 ans) :
P = 73 = 60 m . cubes.
(( Ce ciiiiïrc,qui correspond à moins de 1 0/0 du matériel et à (( 1 m. 10 par hectare (pour les produits principaux), n'est pas (( exagéré. »
Noire deuxième exemple de l'application du procédé de 1883 au calcul d'une possibilité par volume sera emprunté au procèsverbal d'aménagement (!) de la forêt communale de Sîxt (Haute-Savoie) ; il s'applique à la 5^ série de cette forêt, dont la durée de révolulion est fixée à 162 ans.
Le volume total des bois moyens (de 20 à 35 inclus) est de 32.700 mètres cubes, celui des vieux bois (de 40 cent, de diamètre et plus) de 56.100.
« Si l'on compare le cube du groupe dos vieux bois et celui <* du groupe des bois d'âge moyen, on voit que la proportion de « 5 à 3 est à peu près réalisée, les vieux bois n'étant en excès (( que de 633 m. cubes, soit environ de un pour cent. »
« La possibilité annuelle (des produits principaux) peut donc
(1) Par M. AKin. La série en question est peuplée d'épicéa à peu près pur (à peine \ 0/0 de liétre), à l'allitude de 1.000 à 4.500 mètres. La végétation y est très belle. Le voluiue du matériel à l'hectare est de 306 m. cubes, presque normal.
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS
« être basée sur le volume actuel des arbres de 0 m. 40 de dia a mètre et au-dessus. On aura alors