‹ Economie forestière (volume 3)Chapitre 11 sur 99 · I. — Origine de la coupe de proche en proche · texte numérisé non relu

I. — Origine de la coupe de proche en proche

Les coupes de taillis paraissent avoir toujours été assises à tire, de proche en proche, de temps immémorial, peut-être dès l'époque carolingienne, ou même plus tôt encore dans les sylvœ minutœ qui existaient dès lors. Les bois où la coupe se faisait périodiquement, à brefs intervalles, s'appelaient au moyen âge des taillis revenants ; les exploitations revenaient à des époques régulières sur la même assiette. Ces taillis étaient des massifs de faible étendue, ou formés de cantons détachés sur les rains (1), à Vorée des grandes forêts, à proximité des habitations.

Les parties centrales des forêts importantes restèrent longtemps soumises au régime des coupes extraordinaires par pieds d'arbre; l'assiette de ces coupes se réduisait au martelage des arbres délivrés aux usagers ou vendus aux marchands. Los exploitations par pieds d'arbres disséminés, d'un contrôle difficile, étaient l'occasion de grands abus (2) et nous voyons de

(1) Le mot rain, que l'on trouve dans de nombreux textes à partir du xiv« siècle, sif^ifie lisière, périmètre d'une forêt; il dérive du haut allemand vain, qui se traduit par limite, frontière. 11 faut éviter de le confondre, au point de vue orthographique, avec rein^ viscère sécréteur de l'urine, qui provient du latin renem.

(2) Les usagers et marchands avaient l'iiabitudc de faire encrouer les arbres à, eux délivrés sur d'autres de plus grande valeur, qu'ils enlevaient ou obtenaient alors à vil prix. Cette fraude très fréquente a été souvent réprimée par les ordonnances qui s'élèvent contre la forfaiture de ceux qui, ayant reçu délivTance d'un

20 NOTIONS PRKLTMINAIRES A l'aMKNAGEMENT

bonne Iicurc les ordonnances s'efforcer do les supprimer en leur substituant des coupes par contenance, par aire. Celles-ci se firent d'abord sans règle fixe ni pour leur situation, ni pour leur quotité. Nous avons vu les officiers de la maîtrise, aux xiv% XV* siècles, assemblés en conseil pour délibérer si on fera une t'ente^ quelle sera son importance et où il conviendrait de l'asseoir.

Lorsque la question se pose de savoir par quel point doit commencer l'exploitation d'une forêt, la première règle à suivre est évidemment d'asseoir d'abord la coupe là où les bois sont les plus âgés ou dépérissants, « do commencer par la plus vieille et ancienne haute fustaye, ou plus en dégast », comme disent les ordonnances du wi® siècle. Celle règle fondamentale n*a cependant pas été suivie longtemps. Elle étaiten effet, autrefois, l'occasion d'un désordre intolérable dans les assiettes, et lorsque les exploitations commencèrent k être pratiquées régulièrement dans les futaies, on y procéda, comme il était d'usage dans les taillis, de proche en proche.

Ce n'est donc que vers le milieu du xvi^ siècle qu'on voit apparaître, avec la pratique des coupes réglées dans les futaies, celle des coupes de proche en proche, à tire. L'ordonnance de 154i, par son article 10, prescrit que, dans les futaies, les coupes se feront à tire et r7/r^(l), c'est-à-dire, explique Sainct-Yon, qu'elles se suivront de proche en proche, en avançant dans une même direction. L'ordonnance rendue par Henri IV en 1597

arbre, « le font aliatlrr U'IIciiiL'iii (ju'il s'encrnin; sur ini arl)r(' meilleur pour eux, \)\\\< par ])risf''f onl celui eu estant, en fraiid»' et irraiid dniuiuaue fie nous ». (Or- (lonuaneo de 137<l, arl. t.\.) Tout. s les onloiin.iines (IIJSs, art. 11 : li02, art. 23; l'jl.i, art. 30. ete.) nierdioiuiv'nt ee <'as des iu'l>i'(^s enerouf's et défendent à l'usager ou au uiareliaiid d'eidever Tari ire en estait t. « Que eluuMui se i-arde d'abattre son arbre 8i foUenimt (piil s'eneroue sur un autre arbre à nous a]iparteuant, telle- UH'nt <pril ne pni'^s.» être oslé sans b- iiDsli-e jibaitu, ear sil le fait il perdra son arbre et sera af(]ni»; à nous. » (Ordoiuianee de l.iliî. art. 2.)

(1) B Tirer siizMitie avarieiT i>ays tnut droit, et suivant ee. on dit entre veneurs: r.t'sie be>l'Mire priys, (jn.ind elle fuit di'oit, sau< lournoiiM' et u<er de ruses..., ainsi eoupi-r à tiri^ et aire, cest-a-dire tout d'un ti'ain et dune suite, sans inlerinission. [Lea K<l\ts et Ordonnances.,., des Jùnw et Forels, .,, parle S. de Sainci- Yunf conseiller du roi.) I*aris, 1(110, pa^^e DU 4.

L ASSIETTE DES COUPES 2'

est plus explicite encore, en enjoignant de « faire les ventes de proche en proche, à tire et aire » (art. 1).

L'arpenteur devait prendre comme base do son mesurage la laie (la ligne) de la coupe précédente, en utilisant les mêmes arbres de limite déjà employés pour fixer la ligne commune (ordonnance de ISSi/art. 10; de 1669, XV,6; do 1827, art. 76). Il devait, autant que possible ouvrir la nouvelle ligne parallèle à l'ancienne, de façon à « escarrir » la coupe (1) (équarrir, donner une forme rectangulaire). On était de la sorte assuré, en obligeant les arpenteurs à utiliser pour l'assiette les arbres de limite de la coupe précédente, que les exploitations se suivaient sans omission. L'habitude de couper de proche en proche est entrée si profondément dans nos mœurs forestières que nous nous y conformons encore de nos jours, quelquefois plus qu'il ne serait raisonnable. Elle est née d'un besoin d'ordre et de simplicité dans les assiettes, a une époque où .les forêts n'étaient pas divisées, découpées, parcellées comme elles le sont actuellement, et où le seul moyen de couper avec ordre, sans rien omettre, était de couper à tire, de proche en proche, en avançant toujours dans la même direction.

IL — Avantages de la coupe de proche en proche.

En dehors de ses avantages d'ordre et de clarté qui l'ont si profondément ancrée dans nos habitudes, la coupe de proche en proche procure encore quelques autres bénéfices. En la pratiquant on échappe à Tinconvénient des lisières.

Les lisières sont les zones de contact de bois de hauteurs très inégales. Il est d'expérience constante qu'un peuplement de haute futaie ne peut pas se dresser brusquement, comme un raur ou une falaise, le long d'un périmètre ou d'une jeune coupe. Les massifs se ferment d'eux-mêmes sur leurs limites : la hau-

{{) UèglRiiicnt i)onr lafoivU «bî VilU'r.s-(lolL(M\>Is d.- liiO.'l. nvl. 0. — Ins/rid'llon sur lefalct des Eaux et foréis, par GliaiillDurt. Udiicii. Il)i2. j)a^o 1:îO. — Inslruciion sur les ventes des boi^ du roi^ par Froidoiir. Toulouse, IG"'uS, U, p.i^^e ;i2, etc., etc.

28 NOTIONS PRÉLIMINAIRES A l'aM|5nAGEMï5NT

leur des arbres s'abaisse progressivement de façon à former un manteau continu de verdure, raccordant les cimes des peuplements de haute futaie aux terres ou aux jeunes bois voisins. Il y a ainsi, lorsque des bois de hauteurs très inégales sont en contact, toute une lisière sacrifiée oii les arbres restent rabougris ou branchus. D'autre part les jeunes bois souffrent, eux aussi, du couvert latéral des massifs élevés qui les bordent. La coupe de proche en proche supprime évidemment ces inconvénients.

Elle présente encore ce petit avantage de faciliter la police et la surveillance des forêts. La coupe en exploitation, celle en vidange et les jeunes bois, qui sollicitent jsurtout la vigilance des gardes, se trouvent rapprochés. Il peut aussi être plus commode, pour les agents forestiers qui font les opérations, que la coupe à marquer et celle à récoler soient rapprochées Tune de l'autre.

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