‹ Economie forestière (volume 3)Chapitre 21 sur 99 · I. — Les Taillis · texte numérisé non relu

I. — Les Taillis

Primitivement, les coupes do taillis n'étaient destinées qu'à satisfaire aux besoins des riverains usagers, descendants des anciens serfs^ qui do tout temps avaient pris leur aiïouago dans la forêt seigneuriale. Ce n'est qu'au xvi^ siècle qu'on commença généralement à les envisager comme un moyen de mettre la forêt en valeur par des coupes ordinaires, réglées, et que l'exploitation en taillis devint une méthode d'aménagement de la foret. A partir do ce moment, nous voyons se dégager très nettement et explicitement les notions de Séries d' exploitation (autrefois contrées, triages, etc.), de révolution, d'âge d'exploitalion.

Les séries étaient établies d'après les mêmes principes qui nous guident encore aujourd'hui en pareils cas. On voulait maintenir les coupes à proximité d'un village, d'une communauté usagère. C'est ainsi que les forêts do l'abbaye do Citeaux étaient divisées en séries « pour la commodité de ceux qui ont rhabitude d'acheter des bois ». En Lorraine, on a des exemples de divisions en séries dès la première moitié du xvi® siècle; chacune de ces séries était divisée en autant do coupes qu'il y avait d'années dans Tàgo d'exploitation. Fixé d'abord très bas,

turestièrc n'était pas encore dans les mœurs comme de nos jours. Nous apprenons par une lettre de Colbert à l'intendant d'Alcnron (octobre i6G2) que les curés de Normandie précliaient en chaire à leurs paroissiens qu'ils pouvaient, en allant couper des bois dans la forêt du roi, rentrer légitimement dans les «lébours que leur occasionnait l'élévation des impôts. Le ministre espère que l'archevêque de Rouen « vraissemblablenient y apportera le remède convenable, ce prélat étant trop éclairé pour laisser prendre racine dans l'esprit de ses diocésains une opinion directement opposée aux bonnes mœm's et fort préjudicial)le au service du roi ». Cette simple anecdote est de nature à jeter un jour assez vif sur la pratique du pillage des forêts au xvu" siècle.

ECOXOMIB FOEIESTIÈKE. — III. 0

celui-ci fut progressivement augmenté jusqu'à devenir ce qu'il est de nos jours.

L'ordonnance précitée de 1520 est, croyons-nous, le premier texte législatif qui fasse expressément mention d'un aménagement en taillis. On y trouve la prescription « d'entretenir la foret en coupes ordinaires, sous forme de taillis revenants ». Il n'est pas question d*<\ge d'exploitation dans ce texte : les coupes devront être « raisonnables » .

L'ordonnance de 1545 va un peu plus loin dans son article 13 qui ordonne de « limiter et diviser les coupes... de sorte que d'an en an les dites coupes se fassent également». Il n'est toujours pas indiqué d'âge d'exploitation (\), Des « arrêts des juges en dernier ressort » (sortes do règlements émanés de la -table de marbre) en date de 1549 et de 1550 ordonnent que les taillis des habitants seront coupés par portions égales chaque année, à la réserve des arbres fruitiers (y compris sans doute les chênes et hêtres) qui seront marqués par les juges du lieu ainsi que des baliveaux dos coupes précédentes. En 1554, la prescription de la réserve des baliveaux (8 à 10 par arpent) est renouvelée pour les forêts domaniales et énoncée pour la première fois d'une façon générale en ce qui concerne celles des « sujets », c'est-à-dire des communautés ou des particuliers, mais sans mentionner d'âge de coupe. Le fait que l'ordonnance de 1554 fixe à 40 ans Tàge de coupe minimum pour les baliveaux dans les forêts particulières, permet de croire qu'on admettait pour les taillis une révolution de 10 ans environ, de même que plus tard on fixa à 120 ans, c'est-à-dire au quadruple delà durée de révolution minima, l'âge découpe pour les réserves des futaies.

C'est en 1563 que l'âge de dix ans fut imposé comme un minimum (2) dans toutes les forêts (sauf celles du domaine), pres-

(1) L'n arrêt de 10 42. rapporté par Sainct-Yon, interdit aux chanoines de Noyon de couper les taillis de leur foret de Basse-Aigle à moins de 10 ans. Voir, aux pièces justificatives de celte étude, un règlement de Ij48 qui fixe à 25 ans l'âge d'exploitation dans la gruerie d'Amance, près de Nancy.

(2) Le Buisson d'Ambray, petite forêt royale de 171 arpents, située dans le rcssorl ôc l.i maîtrise du Uaut-Perclie, fut aménagé à la révolution de sept ans

DES PREMIERS RÈGLEMENTS A LA RéPORMATION DE GOLBERT 131

cription qui fut rcoouvelée on 1573, 1588, 1669. Cet âge était, en général, notablement dépassé dans les forêts du domaine en vertu de leurs règlements spéciaux. Les âges les plus habituellement adoptés paraissent y avoir été, au xvip siècle, de 15 à 20 ans, quoique les âges moindres ou plus avancés ne soient pas rares. Dans les forêts ecclésiastiques, les durées des révolutions se rapprochaient de celles des forèls royales (1), On appelait ordinairement taillis les bois réglés à des âges de 10 à 20 ans, hauts-taillis ceux réglés de 20 à 30 ans. Ceux dont Tàge d'exploitation dépassait 30 ans prenaient généralement lo nom de futaies (1), Celte nomenclature n'avait du reste rien d'universel ni d'absolu : en 1627, une partie de la forêt d'Orléans fut aménagée en haut-taillis à 50 ans.

En revanche, il est certain que, en dopit do la loi, les communautés et particuliers continuèrent à couper leurs bois au-dessous de l'âge fixé. On coupait à cinq, quatre, trois et même deux ans, au moins (en ce qui concerne les âges de trois et deux ans) dans le Languedoc (2). On appelait ces bois des bois à serpe, à faucille, des hallots (3) à faucillon, etc. Bernard de Palissy, au milieu du xvi* siècle, indique l'âge do coupe de cinq ans comme habituel dans les forêts particulières. Olivier de Serres, au début du xvii° siècle, dit que « do six ans en six ans, plus ou moins, selon la vigueur du terroir, sera coupé le taillis (4) ». Ailleurs, le mémo auteur recommande la coupe à sept ou huit ans.

en toôO. (Voir, ci-après, le n> 3 des pièces justificatives de cette étude, où ce règlement est reproduit m extenso). Le règlement général de la gruerie de Sénart, daté de 1580, prescrit un âge minimum do 8 ans, sauf pour les châtaigniers qui peuvent sexploiterplus jeunes. Celui de la foret de Crothais.du comté de Dreux, prescrit une révolution de 16 ans (en loSC). Les forêts dépendant de l'abbaye de Citeaux étaient aménagées à la révolution de 18 ans. Kroidour indique les ùges de 15,. 16, 18 et 20 ans comme praUqués dans lagrandc-maitrisedc Tile de France au XVII* siècle, etc., etc.

(1) Voir la note de la page 126,

(2^ Froidour affirme formellement, et à plusieurs reprises, avoir vu des bois ainsi traités dans le cours de sa réformation des forêts du Languedoc [Instruction^ 1, pages 8, 26, etc.). En Lorraine, les kaies ^boisj appartenautù. la commune de Thiaucourt étaient coupées à 3 ans au xvi» siècle (d'après Lepage).

(3) L'n hallot ou halot était un hallier, buisson, une liayc, c'est-à-dire une broussaille de peu d'importance. Un hallot à lête était un bois forme d'arbres d'émonde, ou de têtards. Haleter signifia souvent tailler, émonder.

(4) Ce conseil que donne le Père de l'agriculture, ea violation des prescriplioiis

132 LES MÉTHODES FORKSTIKRES d'aUTREFOIS

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