‹ Economie forestière (volume 3)Chapitre 23 sur 99 · III. — Règles de culture diverses · texte numérisé non relu

III. — Règles de culture diverses

Les forestiers des xvi* et xvn® siècles suivaient les mêmes règles que nous observons encore aujourd'hui pour le choix des baliveaux. Ils recherchaient avant tout les chênes, ceux de franc-pied et non pas les rejets. A défaut de chênes, on marquait des hêtres. Les fruitiers étaient réservés de droit, même lorsqu'ils n'avaient pas été marqués.

Les arbres à exploiter, ou les baliveaux de l'âge à ajouter à la réserve, étaient désignés soit avant l'abatagc des taillis, comme nous faisons encore aujourd'hui, soit, plus habituellement, après que la souille était à bas, comme il est encore d'usage dans beaucoup de forêts particulières et comme cela est réglementaire en Belgique de nos jours. Le règlement pour la maîtrise de Dreux, de 1587, porte dans son article 19 que « si les taillis estoient si forts (touffus) que Ton ne peut choisir et retenir les jeunes baliveaux de brin de l'aage de la coupe, nous avons ordonné et enjoint aux officiers, incontinent après que le bois blanc sera couppé et abattu, se transporter es ventes pour iceux choisir, et jusqucs à ce dcffcnses aux marchans do coupper les chesnes et hestraux ». \J Instruction de Froidour renferme des prescriptions analogues (II, page 73). Nos prcdé-

(!) Les textes législatifs ne donnent (ju'unc idée jisscz inexacte des pratiques forestières suivies aux diverses époques. Quelcjuc soin qu'on ait ])ris en 1597, 1669 et 1827 de faire participer des spécialistes à la préparation des lois, les textes témoignent trop souvent d'une méconnaissance remar(juable des méthodes de sylviculture et d'aménagement. Cela résulte sans doute de ce que le dernier mot est toujours resté, lors de la rédaction, à des juristes ou à des assemblées nécessairement peu compétentes dans une matière aussi spéciale.

140 LES MÉTHODES FORESTIERES d'aUTRRFOIS

cesseurs estimaient qu'il est difficile de faire un bon balivage avant l'enlèvement du sous-bois : ils étaient sans doute dans la vérité, étant donnés les âges d'exploitation do 10 à 20 ans qu'ils adoptaient pour le taillis (1).

On a aussi, dès cette époque, reconnu la nécessité de précautions spéciales à prendre lors de Tabatage pour faciliter la formation des rejets. Nous avons vu des textes remontant au xiv<^ siècle qui recommandent découper les tiges rez-terre, par des sections bien nettes. Ces prescriptions furent constamment renouvelées dans la suite, Nous citerons ici une phrase d'un auteur (Bernard Palissy), qui n'était pas forestier, mais dont le génie judicieux et observateur a touché à tant de sujets divers : (( Passant par les taillis j'ai contemplé plusieurs fois la manière de couper les bois et ai vu que les bûcherons de ce pays, en coupant leurs taillis, laissaient la seppe ou tronc qui demeurait en terre tout fendu, brisé et éclaté, ne se souciant du tronc (de la souche) pourvu qu'ils eussent le bois qui est produit du dit tronc, combien qu'ils espérassent que toutes les cinq années les troncs en produiraient encore autant. Je m'émerveille que le bois ne crie pas d'être aussi vilainement meurtri. Penses-tu que la seppe qui est ainsi fendue et éclatée ne se ressente pas de la fraction et extorsion qui lui aura été faite ?... »

Nous voyons aussi les cahiers des charges et règlements du XVI® siècle imposer l'usage d'instruments bien tranchants, à l'exclusion de la scie, pour l'abatagc des arbres, défendre la coupe des taillis en temps de sève, ainsi que l'écorçage des brins sur pied.

S l). — Les futaies feuillues (2).

Nous avons montré, au chapitre précédent, qu'on s'est efforcé

(1) « Dans les forets Aniillues (en Lorraine), on vend toujours en deux fuis la coupe fiunuelie ; la première adjudication ]»orle sur la souille, ensuite seulement on s'occupe des arbres in'opreiaent dits, (lelle manière d'opérer est générale au xvi" siècle; elle est restée dans les habitudes de la province, et maintenant encore ou la suit dans beaucoup de bois de piu-liculiers. » (Les Forcis lorraines, par M. Cil. Guyol, p. HI'k)

(2) Les indications de ce paragraphe s«»nt toutes empnmtces aux ordonnances

très anciennement de substîtuerles coupes par assiette aux coupes par pieds d'arbres dans les futaies feuillues. On avait certainement acquis, dès le début de la période qui nous occupe, une expérience déjà ancienne de la pratique des coupes de futaie par contenance, bien que nous ne possédions actuellement aucune indication directe, qui soit antérieure au xvi^ siècle, sur les procédés employés pour obtenir la régénération des futaies pleines feuillues (1).

La méthode d'aménagement était fort simple; c'était la méthode par contenance suivie de temps immémorial dans les taillis. La coupe était définie simplement par son assiette; on coupait tous les ans une étendue égale, à la réserve des étalons prescrits par le règlement, et on avançait do proche en proche, toujours dans la même direction, de façon à ne revenir sur le même point, en coupe principale, qu'au bout d'un temps déterminé.

Les cantons de futaie se trouvaient au centre des grands massifs. On estimait en effet qu'on ne peut obtenir de futaies pleines que dans les parties des forêts qui sont hors de la portée des déhnquants, des usagers au pâturage. Les lisières, les orées^ traitées en taillis, devaient former comme une zone de défense pour le noyau central, traité en haute futaie. Tous les règlements anciens reproduisent unanimement ce point de vue.

L'âge d'exploitation à adopter devait, légalement, être de cent ans au moins (2). Ceci, nous dit Sainct-Yon, était basé sur la croyance commune que le chêne met cent ans à croître, se maintient cent ans en état (en vigueur), puis reste cent ans à

déclarations, lettres patentes, règlements généraux ou particuliers du xvi<^ siècle ou aux clauses du cahier des charges reproduites, en 1602, par (^liaulfourt, lequel cahier date de la même épotiue. Nous nous sommes dispensé, en général, de renvoyer à la source pour chaque phrase en particulier.

(i) Nous savons cependant qu'au xiii* siècle, dans la forfH d'Orléans, on clôturait par des palissades ou des hjiies les jeunes ventes (les coupes récemment usées) pour en écarter le bétail.

(2) La coupe sera commencée « par la plus vieille et ancienne haute fustaye, ou lus en dcgast... et proportionnée de sorte qu'en cent ans. et non moindre temps, puisse revenir un bois de haute fustaye ». (Ordonnance de 157.3. î Cet âge do "it ans au moins avait déjà été prescrit par l'édit de iriii 'art. 10) pour les forêts Bretagne.

142 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

dépérir. Olivier de Serres fait remonter cctto croyance aux anciens. « Sur tous les arbres, les chesnes emportent le prix, mesme en long^ueur de vie, laquelle les anciens tiennent estre, communément, de 300 ans : scavoir cent ans à croistre, cent ans en estât, et cent ans à deschoir, ce qu'aisément se croit, u Oa coupait, en général, du reste, à des àgos bien plus avancés, variant de 100 jusqu'à 300 ans, ou plutôt, pour parler exactement, on Qxait la contenance de la coupe annuelle do la centième à la trois centième partie de la contenance attribuée à la forêt.

Cette possibilité se recrutait tantôt par une seule coupe, tantôt par plusieurs, établies dans des triages différents. La dernière solution était ordinairement adoptée lorsque la forêt était découpée d'avance par des roules ou des cours d'eau. Le règlement indiquait l'assiette de la première coupe et le sens de la progression des coupes suivantes.

Les coupes ne se faisaient Jamais à blanc étoc. On réservait une certaine quantité de baliveaux ou étalons « pour repopuler les fore&ts, de chesne, haistre ou autres arbres, au moïea du fruict tombé d'icoux balliveaux, qui doivent être do bonne sorte, marquez et retenus premier que les ventes se facent»...(1323). « Kn toutes ventes qui seront faites, les balliveaux seront marquez et marteliez bien et duëment et arrestez bons et conveaables pour la repopulation d'îcelles, premier que d'adjuger lesdîtes ventes, sans par après les cliangcr ou muer. » Les vcrdiers et garde-marteaux devaient dresser des procès-verbaux de ces martelages détaillant « au vray tous les arbres qu'ils marqueront, quantité et grosseur d'iccux, afflu que icsdicts arbres soient ensuite recomptez et trouvez sans fraude > au moment du récolement. Lo cliêne doit être réservé <( par-dessus tous, comme le plus riche et le plus nécessaire, tant pour le fruict que pour le niesrien ». En aucun cas on ne doit marquer moins de 8 à 10 arliros par arpent (ltià20 par hectare); les fruitiers et les arbres lie limite, ces derniers ordinairement très nombreux, et qui dijvaioni être pris parmi les plus boaux sujfts, étaient réservés

de droit et en surnombre. « Pour ce qui est du nombre des balliveaux, les anciennes ordonnances l'ont fixé à huit ou dix par arpent (1), mais ce nombre n'estant pas suffisant pour le repeuplement des forêts, ou ne peut pas en laisser moins que seize par arpent (ceci s'applique aux futaies et est antérieur à TOrdonnaoce de i669) et comme par les règlements qu'on a faits des coupes de chacune forest on a réglé la quantité qui s'en doit laisser... il n'y aqu'à suivre ce qui est porté par les règlemens. » (Froideur, 1668.) « Aucuns commissaires du Roy ont ordonné de retenir non seulement Icsdits balliveaux, mais tous les chesncs qui se trouveraient dans l'assiette des ventes (2). » (Chauffourt, 1602.) Les martelages, nous l'avons vu, étaient faits avant l'adjudication.

Aux graines fournies par les arbres réservés, on en ajoutait d'autres répandues artificiellement après labour du sol. L'ordonnance de 1573 ordonnait même que « seront les lieux, es quels ventes ont été faites des bois de haute fustaye, depuis vingt ou trente ans en çà, pareillement labourez et semez do glands » (3). Les vides existant dans les coupes devaient en tous cas être repeuplés artificiellement (i). Les coupes une fois usées devaient être closes par une haie vive et un fossé large et

(1) Cette assertion de Froidour n'est pas entièrement exacte. L'ordonnance d'août 1513, entre autres, déclare que les coupes seront faites « à la réservation des balliveaux portés par nos ordonnanc'es et autre plus grand nombre, si faire se doit 9.

(2j Chauffourt était lieutenant à la maîtrise particulière de Gisors. Lorscjue nous avons lu pour la première fois la phrase citée ici nous avons cru qu'il s'agissait de coupes d'amélioration. Mais la place même où elle se trouve (page 1*J4, au milieu du chapitre consacré aux ventes de futaie), et le contexte montrent avec. certitude qu'il s'agit de coupes de régénération ; il y aurait donc eu des règlements au XVI* siècle prescrivant de dégager seulement, d'isoler les chênes dans les coupes de haute futaie lorsque la forêt doit être repeuplée en cette essence. Ce passage du manuel de Chaulfourt méritait que nous attirions sur lui l'attention des forestiers, malgré sa concision et son obscurité.

(3) D'anciens règlements défendaient de faire tomber les glands en gaulant les arbres (Règ. de la Table de marbre, 1331, 1584, etc.), parce que, dit Sainct-Yon (page 1103) « le gland n'est point naturel qu'il ne soit tombé de lui-même ». Col- ^"Jrl recommandait de « ramasser daus les bois le gland qui se trouvera le plus

tau et le plus gros sans êlrechablè, mais dans sa maturité pour être semé dans

" lieux où il y aura apparence qu'il pousse avec succès «.(Lettre aux ofliciers de

naitrise de Fontainebleau, du 29 septembre 1610.)

\] Ordonnances de 1573, 1583, etc..

144 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOÎS

profond pourompêcher le bétail d*y pénétrer (i). Il est vrai que les rois s'opposèrent par la suite à l'ouverture de ces fossés qui gênaient leurs chasses, et les cahiers des charges du xvn<^ siècle ne les imposent plus que « le long des grands chenrïins et rues des forets et lieux nécessaires seulement ».

Les semis préexistants étaient soigneusement conservés ; il était défondu aux marchands d'y toucher (Règlement général de 1563, art. 23). Le règlement de Compiègne spécifie qu'on comprendra dans les semis réserves tous les chênes et hêtres de moins de deux pieds de tour à demi-pied du soK Les anciens étocs, les morts-bois, devaient être rabattus proprement à la hache à six pouces au-dessus du sol. L'emploi de la scie était souvent prohibé d'une façon générale pour l'abatage. Aucun arbre ne devait être laissé sur pied en dehors de ceux que les officiers avaient désignés par l'empreinte du marteau; le marchand devait exploiter à tire et aire, « tout d'un suivant, sans recourir ».

A la suite de la coupe, la régénération se faisait plus ou moins bien. En Normandie, dans le bassin moyen do la Loire, où les premiers aménagements de futaie paraissent avoir été appliques, les semis étaient généralement suffisants, mais souvent mêlés d'une grande quantité de hêtres, do bois blanc, de mortsbois. On pratiquait alors do véritables coupes d'amélioration, des dégagements de semis, réglés comme les coupes principales et les suivant à dix ans d'intervalle sur les mêmes assiettes. Ces coupes consistaient en un recépage des morts-bois, bois blancs et des hêtres surabondants qui (' offusquaient » les chesneaux. Au besoin elles étaient accompagnées de semis de glands ou de plantations. Un seul dégagement ne suffisant pas, on revenait une seconde fois, dix ans plus tard, puis une troisième, jusqu'à ce que le repeuplement, passé à l'état de perchîs, fût devenu une futaie dans le langage de l'époque. Jusque-là c'était un taif

il) On trouve nionlion de cJolures autour des jeunes ventes dès le xui* sièci dans la foré l d'Orléans.

•il.

lis, une renaissance, un recrû; les dégagements qu'on y avait pratiqués étaient des recépages. Il faut éviter, lorsqu'on étudie les règlements du xvi® siècle, do tomber dans cette erreur de croire que la coupe de futaie était régulièrement suivie de deux ou trois exploitations en taillis dans le sens actuel du mot, ou de recépages dans le sens qu'a pris plus tard d'une façon exclusive le mot recépage, et qu'il a conservé. Les recépages du xvi^ siècle, du moins ceux qui se faisaient périodiquement dans les renaissances de futaie, dans les taillis recrûs de futaie, suivant le langage de l'époque, étaient de véritables dégagements de semis, et rien de plus (1).

Lorsque le repeuplement était devenu un perchis, on ne l'abandonnait pas à lui-même. On continuait à y passer périodiquement, tous les vingt ans par exemple, en coupes d'amélioration. Celles-ci avaient le caractère et le nom Aq jardinages (2), lorsqu'elles portaient sur des arbres de forte dimension, des étalons dépérissants, des semis préexistants dominant le massif; elles étaient des recépages lorsqu'elles enlevaient les essences inférieures, les rejets de souche qui s'étaient produits à la suite des coupes d'amélioration antérieures. Ces coupes se continuaient jusqu'au moment où les bois, devenus des hautes futaies, étaient denouveau réduits en taillis, c'est-à-dire régénérés.

On voit que nos prédécesseurs étaient en possession, dès le milieu du xvi* siècle, de méthodes très précises, très complètes, s'adaptant parfaitement aux régions à climat doux do l'ouest de la France, où ils opéraient. La perfection même de leurs méthodes prouve irrécusablement qu'elles étaient déjà le fruit d'une pratique ancienne, et on peut affirmer sans crainte que, dès le XV* siècle on a su, en France, régénérer les futaies et conduire les repeuplements, par une suite de coupes d'amélioration périodiquement répétées, jusqu'à leur exploitabilité. Le

(1) Voir, aux pièces justificatives de celte élude, la pièce n» 2.

(2) Godcîvoy {Diciionnaire de Vancicnne langue f ru nraise) dit que le mot jarliner, en matière d'Eaux et Forêts, signifiait autrefois parcourir les massifs en xtrayant les bois malvenants. Les éclaircies jardinaloires sout loin d'être une ouveauté en foresterie.

jt"-»!

■'■•fi

ECOIVOMIE FORESTIÈRE. -^ 111.

146 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

règlornent pour les forêts du Perche, de 1S60, par Louis Petit, que nous reproduisons in extenso aux pièces justiûcatives de cette Étude, no laisse aucun doute à ce sujet. Le texte ci-aprèg d'une note de Sainct-Yon (page 324), n'est pas moins formel: «Si par trop grande quantité do bois le jeune revenu est empesché de proQter, j'ai veu faire on la forest de Cuyse (Gompiègoe), de mon temps (Sâinct-Yon écrivait en 1608, son livre est daté de 1610) des coupes de bois de fueillo (1) : c'est-à-dire du bois moindre et superflu qui se trouve parmy le jeune revenu après la couppe de la haute fustaye, et il y a même des usagers en icelle forest qui ont droit d'avoir bois de ceste qualité pour faire eschallats, et qui leur a été adjugé par arrest des jugements (juges) en dernier ressort : sçavoir à Thospital saint Nicolas de Compiègne par arrest du vingt-uniesrae aoust 1549 », etc. On voit par cette citation que les éclaircies se faisaient à Compiègne, assez régulièrement, dès la première moitié du xvi® siècle, pour que des droits d'usage sur leurs produits aient été concédés à divers établissements à des époques qu'il serait intéressant de pouvoir préciser.

Les abus de toutes sorte qui se multiplièrent dans l'administration de la France à partir du milieu du xvi® siècle, et surtout après la mort de Henri IV, amenèrent, avec un relâchement général des mœurs administratives, unedécadence profonde des méthodes forestières dès le commencement du xvii* siècle. Presque tout le domaine forestier royal, à cette époque, « était engagé ou donné en apanages, douaires et bienfaits à plusieurs. Ceux-ci, sous ombre que Ton leur a baillé et cédé la jouissance et usufruit des taillis de la coupe ordinaire, qui ne peut s'entendre que de ce qui était de tout temps et d'ancienneté en coupe et fruit ordinaire de taillis... néanmoins se veulent attribuer la coupe de tous les bois revenus après l'abat des hautes futaies ou recépages qui ont été faits après les hautes futaies

(1) Sic au toxle. Ll' livre de Saiiirl-Y<ui est si mal iiu}>riiué, los erreurs typograpliicjuoft sont Iclleiiient nombreuses i{u'oa ne peut décider s'il s'agit ici du mot feuille ou d'uu terme techni([ue diilérent.

usées... et en ce faisant n'y aurait jamaisespérancede rien laisser accroître en nature de haute futaie... j) (Règlement général de mai 1397, article 26.) C'est ainsi qu'au lieu de poursuivre des coupes de dégagement, puis d'éclaircio, dans les renaissances de futaie, on les rasait impitoyablement pour les confondre avec ce qui de tout temps avait été traité en taillis. C'est en vain que Henri IV, ou plutôt les rédacteurs du règlement de 1597, ordonnèrent aux usufruitiers debornerleur jouissance à ce qui « est accoustumé être tenu en taillis, fruicts et couppcs ordinaires, et non ce qui est revenu après les couppes de haute futaye et haut revenu ou après les recépages », l'abus ne cessa pas. En 1612, on renouvela la défense de couper d'autres jeunes bois que ceux « qui de toute ancienneté sont m^snagez en couppes ordinaires, et non les bois revenus après la couppe des hautes futayes et des hautsrevcnus, appelés recépages, qui nous (au roi) appartiennent». Mais cette nouvelle défense ne fut pas mieux observée que la précédente. Les usufruitiers et les officiers avaient intérêt à créer la confusion entre les coupes d'amélioration dans lesjeunes repeuplements et les coupes réglées de taillis (J); ils n'y réussirent que trop. Les renaissances de futaie furent impitoyablement coupées à blanc éioc presque partout. Les coupes intermédiaires, qu'on avait pris l'habitude, au commencement du xvii®,siècle, d'appeler éclaircissemerits ou expur*^ gades finirent par tomber complètement en oubli. Les vestiges qui subsistaient de leur pratique paraissaient « des monstres en matière de forêts », lors de la grande réformation, même à des forestiers instruits, comme Froidour.

Les officiers que Colbert trouva en exercice dans les maîtrises ne connaissaient plus rien, semble-t-il,des méthodes si inléres-^

(1) Le souvenir de oc danger des coupes d'amélioration était encore IrOs vivace un siècle plus lard. Duhamel ( Se wï> p/ p/«n/a/iow5, page -403), en 1780, après avoir décrit fort bien les avantages des éclaircies, ajoute qu'il est prudent do s'abstenir des « éclaircissements » dans les forôts du roi parce qu'il se produirait des abus. Bulfon avait exprimé la môme opinion sur le danger des éclaircies « (ju'il faudrait pour ainsi dire faire par ses mains » dans son second mémoire sur les végétaux (tome IV, page 461 de l'édition Faivre des Œuvres complètes de 3u/fon).

'Us

'il ■«

■ il

ii>T'

santés suivies un siècle auparavant par des prédécesseurs que le grand ministre leur proposait en vain comme exemples. Celte déchéance tient sans doute à la vénalité des offices qui introduisit dans le service, et surtout dans les grades les plus élevés, à partir du milieu du xvi^ siècle, des oisifs étrangers à toute notion de sylviculture et à toute tradition (l),qui ne songeaient qu'à s'enrichir aux dépens des forêts et se souciaient fort peu de l'amélioration de celles-ci. Le règlement de 1597 avait bien prescrit, dans son article 12, que les ofGcicrs devaient se faire recevoir aux tables de marbre; en fait, il sufGsait de financer pour obtenir une charge. Le relâchement général des mœurs administratives sous la régence de Marie de Médicis et du temps de Richelieu, qui atteignit son comble à partir de 1635, sous le gouvernement de Mazarin, contribua aussi à la décadence des connaissances forestières. La science était presque tout à fait oubliée lorsque Colbert arriva au pouvoir, en 1661 (2).

(1) Vers le milieu du xvii» siècle, François-Gaspard de Montmorin, maître particulier à Fontainebleau, dans un mémoire adressé au roi au sujet d'un procès qu'il avait avec le grand-maître, s'étonne, s'indigne même que l'on puisse sujh jioser que lui, maréchal de camp et courtisan, ait la moindre connaissance du règlement fait quelques années auparavant pour l'administration des forêts de la maîtrise. (Histoire de la forél de Fontainebleau, par P. Domet. Paris, Hachette, éditeurs, 1873, page 82.)

(2) Nous n'aurions que fort peu de chose à dire sur l'exploitation des forêts résineuses de la montagne pendant la période qui nous occupe.

Dans les Vosges, la futaie irrégulière est le seul type de forêt admis. Les coupes par absiettc de la plaine y sont complètement inconnues. Un règlement édicté le 27 juin 1613 pour les forêts de Dabo par Jean-Louis et Philippe Georges, comtes de Linange et de Dabo, porte ce qui suit ; oNous ordonnons qu'il ne soit établi aucune coupe dans nos forêts sapinières, et même où il y aurait diverses espèces de bois pourvu qu'il s'y trouve des arbres de pins et de sapins ; le mode d'exploitation ou de vidange s'y fera en jardinant, attendu que le sol n'est propre qu'à la production de ces dernières espèces de bois et qu'en y établissant des coupes ce serait ruiner notre domaine et ôter tout moyen d'existence à nos sujets. »

Dans les Pyrénées et les Cévennes on voit apparaître à cette époque une première velléité d'affirmer d'une façon effective les droits de propriété du roi sur les forêts du domaine, jusque-là entièrement abandonnées aux riverains. En 1561 le maître particulier de Quillan établit de légers droits û'aff'orestemenl moyennant lesquels chacun pouvait prendre ce dont il avait besoin dans les forêts domaniales. Des lettres patentes du 27 juin IGOG, un règlement du grand-maître de 1632 étendirent ces droits sur plusieurs autres forêts de la montagne. Ce système subsista jusqu'à la réforme de Colbert, sans qu'on ait paru autrement se soucier de mettre en valeur, ni même de reconnaître et de définir l'étendue encore très considérable du domaine dans cette région.

Page 1