I. — Méthodes par contenance
A. — Les Pineraies.
On rencontre dans la zone inférieure de nos montagnes méri-* dionales, par exemple de nos Alpes du Dauphiné, des forêts de pin sylvestre qui sont traitées en demi^ futaies y avec des révolutions de 40 à 70 ans. On coupe chaque année à blanc étoc une surface égale, ordinairement de proche en proche, en réservant seulement quelques baliveaux destinés à parcourir deux révolutions, exactement comme il est d'usage dans les taillis simples feuillus. Les reboisements en résineux (pins maritimes, pins sylvestres ou d'Autriche, épicéas, mélèzes) eflFectués, au cours du siècle dernier^ dans beaucoup de régions de la France peuvent être aménages de même. Souvent, notamment dans les Alpes méridionales, ou les régions à climat doux convenant bien au pin maritime, les années de semences sont assez fréquentes pour qu'on n'ait guère plus à se préoccuper de la régénération que dans les taillis; elle se fait avec abondance et régularité grâce à la fertilité que, dans les régions méridionales, le pin manifeste de très bonne heure. Sous les climats rudes, et à défaut de semis suffisants, la régénération se pratique artificiellement.
Les forêts sont divisées sur le terrain en coupes annuelles numérotées et le règlement d'exploitation est établi comme dans les taillis simples.
Les pineraies dont nous parlons ici, ordinairement propriétés communales ou particulières, constituent un type de forêt très répandu dans certaines parties de la France; c'est pourquoi nous
Economie forestière. — III. 27
386 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉN AGE MENT
les mentionnoas,bien quo lour aménagoment ne présento rien de spécial.
B. — Les Pignadas ou les Pignadars.
On désigne sous le nom de pignadas ou pignadars les foréis de pin maritime à résiner, si répandues dans la partie sud-occidentale do la France. Elles sont traitées suivant une méthode par contenance pure spécialement imaginée en vue des exigences du gommage.
Rappelons quo le gommage se pratique de deux manières différentes suivant qu'il s'applique à des arbres destinés à rester encore longtemps sur pied (gemmago à vie), ou bien à des arbres destinés à disparaître prochainement (gommage à mort).Legemmage à vie se fait avec modération, de façon à ne pas épuiser l'arbre; le gommage à mort s'exécute en augmentant,autant que le permettent les dimensions de l'arbre, le nombre et la grandeur des quarres ouvertes à la fois.
La durée de la révolution dans les pignadas est d'ordinaire assez courte. Les propriétaires particuliers no dépassent guère 60 ans environ. Dans les forêts de l'Etat, où l'on s'efforce d'obtenir un rendement en bois d'œuvre important, on a choisi souvent l'âge de 75 ans (1). Pour abréger notre exposé nous admettons un âge d'exploitation de 60 ans et uno durée de révolution égale.
Cette révolution est divisée on périodes dont la durée est celle du fermage de la résine, c'est-à-dire le temps qui est concédé à un fermier (adjudicataire) pour résiner les pins à gemmer à mort dans la série. Il est ordinairement de cinq ans. La série est divisée parallèlement en douze parties égales formant douze affectations destinées à être réalisées successivement pendant les douze périodes. II n'est évidemment pas nécessaire que les affec-
(1) C'est cplui atlmis comme normal, par exemple dans Ift foret domaniale d<? Bisrarossft(Landt's) coutenant Of.'iS hectares, divisée par raménagement de i^'i cnciiKi siM-ios traîtres avec xme révolution de 15 ans et une section hoi«s cailre. Un nouvel aménagement (ll>0:i) a ]>n)posé, tout eu maintenant en principe l'âge d'exploitation de T.\ ans, de réduire la durée de la première révolution ù 60 aûs, mesure motivée par le défaut de jeunes bois dans la forêt.
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS 887
lations forment un bloc d'un seul tenant et l'on ne fera aucun sacrifice d'exploitabilité pour obtenir ce résultat.
Au début de la première période, soit par exemple on 1906, tous les bois de la première affectation seront mis en vente. L'adjudicataire devra gemmer les pins à mort pendant les quatre premières années et les couper à blanc étoc pendant la cinquième. L abalage pourra, par exemple, commencer le 1*' septembre de Tavant-dernière année du marché (!«' septembre 1909).
La période expirée, on opérera de même pour les bois de TaSectation classée comme deuxième au début, et qui est devenue la première, après avoir procédé, s'il y a lieu, à un remaniement de la répartition des parcelles entre les affectations des différentes périodes, et ainsi de suite, de période en période, de façon à réaliser toute la contenance dans le délai de 60 ans fixé pour la révolution.
En même temps qu'on fait les coupes principales, on pratique, dans les parties de la forêt autres que l'affectation en tour (de réalisation) des coupes d'amélioration dont la nature varie suivant l'âge des bois.
Dans les cinq dernières affectations, dont les peuplements ont do 0 à 25 ans, il ne saurait encore être question de résinage. On n'y exécute que des netloiements-éclaircies qu'on commence vers l'âge de dix ans, c'est-à-dire dans les affectations 8, 9 et 10. Chacune de ces affectations sera parcourue annuellement sur un cinquième de son étendue par des ncltoiements-éclaircies qui enlèveront les morts-bois, les pins dominés ou mal conformés, et réduiront progressivement le nombre des tiges, qui no devra plus dépasser 500 à l'hectare à 23 ans. On procède aussi à l'élagage des branches basses de façon à obtenir, malgré l'espacement des tiges, des hauteurs do fût suffisantes pour le résinage. Pratiqués sur des tiges de faibles dimensions, de végétation très active, ces élagages sont sans inconvénient, les plaies se recouvrant très rapidement. Les coupes de nettoicment-cclaircie n'ont naturellement pas do possibilité proprement dite;
on se contente de fixer leur assiette sans leur assigner de quotité.
Lorsque les pins ont atteint la dimension de 1 mèlre à 1 m. 20 de tour, c'est-à-dire à peu près vers 25 ans, le résinage peut commencer. Dès lors les opérations changent de caractère. Dans les affectations II à VU, où les bois ont de 55 à 26 ans, oa opérera de la manière suivante :
Au début de la période, on désignera par une empreinte au marteau, dans chaque affectation, tous les pins qui devront être abattus en éclaircie pendant la période (1). Ces arbres seront gemmés à mort pendant les quatre premières années, puis abattus au cours de la cinquième. Tous les autres pins destinés à rester sur pied au moins provisoirement, qu'on appelle des pins de place y pins à demeure ^ etc., sont gemmés à vie. Leur nombre décroîtra progressivement par l'effet des éclaircies jusqu'à se trouverréduit à 200 ou 250 arbres de place dans les peuplements arrivés à l'âge d'exploitation (2).
Le règlement général d'exploitation peut s'établir sous la forme suivante :
(1) On voit que celte méthode d'aménagemeiit oblige les agents à parcourir en martelage, périodiquement tout les cinq ans, plus de la moitié de l'étendue des séries, sans compter les griffages des nettoiements-écïaircies dans les tout jeunes bois. Il sera donc à propos, dans une forêt renfermant plusieurs séries, de s'arranger de façon à ce que l'origine des périodes varie de l'une à Tautre, pour rc^partir plus uniformément, sur toutes les années, les adjudications et les travaux de marque des coupes.
(2) On trouvera des renseignements très intéressants et très complets sur le rendement actuel des forêts domaniales de pin maritime dans un travail de M. de Lapasse, inspecteur des Eaux et Forêts à Mont-de-Marsan, qui a paru dans le fascicule du !«' juin 1906 de la Revue des Eaux et Foi'éts.
; PEUPLEMENTS
t général d'exploitation ponrla 1" série, dite de Bpéb aménagée à, la révolatlon de 60 ans, commençant en
COMPOSITION DES AFPBCTATIOTS
7 Pejjehan Drémontier
liNDlCATIOn SOMMAIRE
iment général ci-dessus donne dos indications sufQce qui concerne les opérations à effectuer pendant la lériode dans les huit premières et la dernière affectaoupes d'amélioration dans les affectations 9, iO et 11 lées quant à leur époque et leur assiette par un règleal tout à fait semblable à celui des taillis simples ou d'amélioration dans les futaies pleines.
390 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l' AMÉNAGEMENT
IL — Méthode combinée.
A. — Les Forets des hautes altitudes.
Los forêts des hautes altitudes sont peuplées, en France, de pin cembro, de mélèze, pin de montagne (Alpes et Pyrénées) ou épicéa (Alpes et Jura).
Le plus souvent ces forêts ne sont susceptibles d'aucun revenu régulier, leur rôle principal étant celui de forêts de protection. Lorsque cependant de pareilles forêts semblent en état d'être aménagées, on t^che, dans la plupart des cas, d'y créer des exploitations d'arbves, dans la forme jardinée. L'exploitation de peuplement n'est donc qu'assez exceptionnelle aux hautes altitudes.
On la rencontre quelquefois dans les /^^meW^ (forêts d'épicéa) que l'on peut aménager suivant les procédés que nous avons décrits à propos des futaies feuillues. La principale difGculté de ces aménagements résulte de la dissémination fréquente des bois exploitables par toute la forêt et du danger des chablis. Les ravages du vent sont tels, en haute montagne, qu'il est souvent imprudent d'y entrouvrir les peuplements en vue de leur régénération naturelle^ même en observant rigoureusement les règles d'assiette. Il est particulièrement indiqué, dans beaucoup de pessières, de faire les coupes en lisière, c'est-àdire sous forme de bandes très étroites, allongées contre la rive abritée du massif ; malheureusement les formes accidentées du terrain, l'inconstance du régime des vents rendent souvent cette précaution impraticable ou illusoire. Il faut alors, ou bien jardiner la pessièrc, ou bien recourir à la régénération artifi* cielle après coupes à blanc étoc. Ces repeuplements artificiels sont très faciles en général. On peut du reste remarquer que, dans sa station de haute montagne, dans les Alpes, les Carpathes, etc., la forêt d'épicéa est une des plus solides qui soient; elle rrsiste par les seules forces de la nature aux pires abus, à la dent du bétail, au fer et au feu. La pratique de la régénéra-
LES EXPLOITATIOXS DE PEUPLEMENTS
tioR artiQcielle aimplific beaucoup les aménagements des sières, elle entraîne peu de frais, et peut devenir parfois la 1 solution pour le traitement à adopter.
Dans les forôts de mélèze, ce n'est pas tant le dange: chablis qui est à considérer que celui du pâturage.
Lorsqu'il n'est pas possible d'écarter sûrement les àni (lu parquet des coupes en régénération, il vaut mieux rei au jardinage. Celui-ci présente au moins l'avantage de dis ner les ravages au lieu de les conceotrer sur un seul point cisément le plus vulnérable, comme fait la pratique des Ci localisées. Lorsqu'au contraire la mise en défends peu assurée, les forêts de mélèze se prêtent facilement à rappli< des méthodes d'aménagement combinées ou par contenant régénération s'y fait ordinairement avec promptitude et grandes difficultés lorsqu'on peut éviter un enherbemeni complet du sol ou qu'on peut y remédier. Après une coupe semencement très claire, une ou deux coupes secondaires sent de sorte que les périodes peuvent être de courte d Dans ces for(;ts,dont la production ligneuse dépasse souvo débouchés possibles, le rendement rigoureusement souter peu important ; les méthodes d'aménagement par contei paraissent plutôt recommandables quo'Ies méthodes combi Ces aménagements par contenance oat l'avantage, très a ciable pour dos propriétés de faible rapport et de gestion difl d'être d'une confection et d'une application plus simples et n dispendieuses.
Los forêts de pin de montagne ou à crochet suscep d'exploitation (il yen a quelques-unes dans les Alpes et les i oées Orientales) sont le plus souvent traitées par Icjardii Certains forestiers considèrent cepnndant le pin de mom comme une essence de lumière, assez fertile, se prêtant b la constitution d'exploitations de peuplements régénérées rellcment. La forât domaniale de Coume de Lègue (Pyré
3q2 les travaux essentiels de l'aménagement
Orientales), d'une étendue de 200 hectares, dont 50 en rochers, crott sur un plateau granitique entre 1.800 et 1.950 mètres d'altitude; elle a été aménagée en 1858 en futaie pleine. Les arbres de 120 ans y mesurent à peine 0 m. 30 de diamètre à hauteur d'homme: on avait admis qu'avec un âge d'exploitation de 180 ans on en obtiendrait, en moyenne, de 0 m. 45. De 1890 à 1899 la forêt a fourni, par an, 40 m. cubes de produits principaux, une quantité égale de produits intermédiaires, et trois fois plus (119 m. c.) en chablis ou plutôt bris de neige et dégâts d'avalanche. Une chute de neige extraordinaire en 1898 a détruit la forêt plus d'à moitié ; pour le moment on se contente de parcourir chaque année un douzième environ de l'étendue en réalisant petit à petit les bois les plus endommagés. Nous citons cet exemple pour montrer combien il est vain de prétendre faire rentrer dans le cadre d'un aménagement l'exploitation de forêts croissant aux très hautes altitudes.
La forêt domaniale de Barrés (Pyrénées-Orientales ; 2083 hectares dontl.500 boisés) croftà l'altitudede 1.700 à2.400 mètres, elle est peuplée de pins de montagne. Un aménagement de 1886 y a formé une série de 1.132 hectares traitée en futaie pleine à la révolution de 200 ans divisée en 5 périodes de 40 ans. La première affectation, d'une étendue de 234 hectares, portait, hors de l'aménagement, un matériel de 17.836 m. cubes; la possibilité des coupes principales est fixée à 535 m. cubes. Les affectations hors tour sont parcourues par des coupes d'éclaircie à rotation décennale .
B. — Les Sapinières,
La forêt de montagne par excellence est, dans notre pays, la SAPfNiÈRE, souvent mélangée de hêtre et d'épicéa. Ces deux dernières essences s'associent du reste fort bien au sapin, sans que l'aménagement en soit en rien compliqué ni même modifié.
C'est vers 1830 ou 1840 que l'on commença, en France, à essayer de transformer en futaies pleines les sapinières qui, jusqu'alors, n'avaient guère été soumises qu'à des coupes jardi-
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS SgS
natoircs. On leur appliqua la méthode en vogue à Tépoque, celle que nous venons de décrire sous le nom de méthode combinée avec des affectations permanentes. Mais ici Ton se heurta à des difCcuités considérables.
Dans les Vosges, les versants frais sont presque toujours richement peuplés. Il y a soixante à soixante-dix ans, on y trouvait en abondance, sur tous les points, de gros sapins, sauf sur le bas des versants, dans le voisinage des villages. Là l'extraction radicale des bois utilisables avait fait naître ou découvert de jeunes semis ou fourrés souvent très réguliers.
Les versants chauds étaient le plus souvent en mauvais état. La présence du hêtre et du chêne, qui y étaient abondants, avait amené nos prédécesseurs à y pratiquer des exploitations en taillis. Ils avaient, en effet, un besoin urgent de menus bois de chaufiage pour les verreries,salines, hauts fourneaux, et d'écorces pour la tannerie ; ils s*efforçaient d'en produire partout où cela paraissait possible. Sous l'influence des recépages continuels il s'était formé de grands vides, particulièrement au bas des versants, où l'on trouvait de vastes champs de bruyères que l'on commençait des lors à remettre en valeur à l'aide du pin sylvestre .
En somme, on trouvait, dans presque toutes les forêts, des gros bois sur la majeure partie de l'étendue, mélangés à de jeunes bois et à une minorité de bois moyens; dans le bas des versants frais, quelques perchis réguliers et des terrains mal boisés sur la partie inférieure des versants chauds.
Dans ces conditions,les forêts se prêtaient aussi mal que possible à la formation des affectations d'un seul tenant de la nouvelle méthode. Il y avait une inconséquence évidente à vouloir restreindre la coupe des gros bois pendant la première période, pendant trente à quarante ans, sur le cinquième ou le quart de l'étendue^ alors qu'il se trouvait du vieux matériel sur les deux tiers de la contenance. Aussi imagina-t-on la modification suivante du procédé des affectations.
3g4 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l' AMÉNAGEMENT
La révolution était diviséo en quatre périodes et la forêt en quatre parties égales. Seulement, comme sur ces quatre parties il y en avait toujours au moins deux très riches en vieux bois, on en attribuait deux, soit la moitié de l'étendue, à la réalisation pendant la première période. Â la deuxième période, on réservait les bonnes parties les moins riches, à la troisième les versants en mauvais état.
Ce système aggravait singulièrement l'inconvénient de la surabondance des gros bois dans l'ensemble des massifs. L'obligation où l'on se trouvait de « régénérer », pendant trente à quarante ans environ, la moitié de la forêt entraînait la réalisation, sur cette étendue, non seulement do tous les gros arbres, mais encore des bois moyens. II est vrai que la pratique s'était introduite généralement de ne couper aucun sapin de moins d'un mètre de tour; mais on en n'était pas moins forcé d'abattre, dans les affectations données à la première période, une quantité notable d'arbres de 35 à 50 centimètres de diamètre. Pendant ce temps voici ce qui se pratiquait sur l'autre moitié de la forêt. En II** affectation il s'agissait de régulariser les peuplements en leur donnant l'aspect de vieilles futaies équiennes; on respectait donc religieusement les arbres mûrs et on s'efforçait de réduire les bois moyens. Dans l'affectation de la troisième période, au contraire, on faisait des coupes cTexlraciion des vieux arbres et on s'appliquait à favoriser les moyens.
En somme, coupe excessive de gros bois sur la moitié ou plus de l'étendue (affectations I, IV et parfois III),abatago absolument déplorable des bois moyens sur la plus grande partie de la forêt (affectations I, IV et souvent II), et, comme pendant, le maintien non moins déplorable de bois surannés en II* affectation : tel est le bilan du système.
Au point de vue de la continuité du revenu, la situation n*épas meilleure. La première période delà révolution était dotéo surabondamment, la deuxième Tétait à peu près normalement, la troisième insuffisamment et la quatrième misérablement. Les précomptages inventés en dernier lieu pour corriger ce
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS
défaut rendirent le procédé de calcul de la possibilité incohéreati illogique, sans remédier beaucoup au mal.
Tous ces inconvénients étaient encore très aggravés par l'obligation qu'on s'était imposée, assez bénévolement, de former les affectations d'un seul tenant sur le terrain. C'est ainsi que des parcelles de bois moyens, enclavées dans des parties riches en vieux bois, étaient affectées à la première période et réalisées sans pitié ; sacrifice énorme fait à la réalisation d'un idéal trop étroit, d'après lequel tous les bois d'une même catégorie ne doivent former qu'une seule masse dans la série. Les virements ou transferts pratiqués pour atténuer cet inconvénient ne le réduisaient qu'en partie et finissaient par introduire dans les aménagements une complication insupportable, d'oii naissait le désordre. Ce désordre était d'autant plus grand que, pour diminuer le nombre des anomalies, on était arrivé petit à petit à réduire jusqu'à l'extrême limite le nombre des périodes et a former les affectations le plus étendues possible.
En résumé, le système amenait à couper les bois moyens et à laisser dépérir les vieux bois, ce qui est contraire au bon sens et à la loi suprême de tous les aménagements ; il dotait les périodes successives de revenus inégaux et rapidement décroissants ; il était compliqué et son procédé pour le calcul de la possibilité illogique.
Dans le Jura, les inconvénients de la méthode par contenance appliquée au sapin furent moindres. Les peuplements y sont plus équiennes, les gros bois beaucoup moins disséminés. La disposition du terrain en plateaux ou en arêtes rectilignes y rend les forêts infiniment plus homogènes au point de vue du climat et du sol, ce qui est une condition favorable à l'emploi des méthodes par contenance.
En revanche, les régénérations sont, dans le Jura, plus difficiles et plus lentes que dans les Vosges, surtout dans les vieux massifs. Aussi n'a-t-on guère obtenu de bons résultats qu'en dérogeant aux aménagements, en faisant durer soixante ou
SgÔ LES TRAVAUX ESSENTIELS DE L^VMé^AGEMENT
même quatre-vingts ans des régénérations qui devaient être effectuées en un temps moitié moindre (1). On a aussi très largement recouru, dans ces forêts, faute de semis naturels, aux plantations d'épicéa, qu'on a substitué au sapin sur d'assez grandes surfaces. Malgré cela, c'est dans le Jura que la méthode combinée avec affectations permanentes a encore le plus de partisans, quoique le nombre de ceux-ci diminue de jour en jour.
Il y a une vingtaine d'années environ que la réaction contre la méthode combinée, que ses adversaires appellent encore quelquefois la méthode allemande (quoiqu'elle ne ressemble plus guère au Flàchen^Fachwerk de Gotta) et que ses partisans ont gratifiée du nom de méthode naturelle^ a commencé à se dessiner. Aujourd'hui, l'immense majorité des forestiers lui est défavorable.
Les seules méthodes actuellement en usage pour l'aménage^ ment des sapinières sont des méthodes par volume, aussi bien dans les forêts traitées en futaie pleine que dans les futaies jardinées.
Il n'est pas toujours facile de faire un choix, dans la sapinière, entre ces deux formes (futaie pleine et futaie jardinée) dont les zones d'application se confondent et se pénètrent souvent en montagne, à cause des variations rapides, d'un point à l'autre, de la forme du terrain, du climat local, et des essences.
De plus les peuplements de nos sapinières sont presque partout (sauf peut-être dans certaines parties du Jura) dans un état qui n'est ni l'état équienne, au moins approximatif, qui conviendrait aux exploitations de peuplements, ni l'état vraiment inéquienne, d'âges parfaitement mélangés,convenant aux exploitations d'arbres.
Ceci explique l'apparition et la fortune rapide de la méthode
(1) La nécessité, dans les sapinières, de cette dérogation au règlement général était déjà signalée en 1860 par Nanquettc dans son Cours d'aménagement (psige 108, en note). C'est puur y échapper et aussi pour réduire le nombre des anomalies de position du matériel qu'on avait été conduit à augmenter, jusqu'à la plus extrême limite, la durée des périodes.
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d'aménagement par volume que nous allons exposer. Elle a le grand avantage de n'imposer aucune forme culturale pour les peuplements. On peut les maintenir dans la forme jardinée, quasi-jardinée ou équienne, dans laquelle ils se trouvent. Les iastructions administratives recommandent même d'éviter soigneusement toute régularisation systématique des peuplements, qui pourrait entraîner des sacrifices d'exploitabilité.
Nous ne saurions mieux exposer la méthode d'aménagement par volume française qu'en empruntant les termes mêmes des instructions administratives qui l'ont déGnie (1).