PAR PIEDS D'ARBRES
La possibilité par pieds d'arbres a été la première employée pour la raison toute naturelle qu'elle est la plus simple. Il est plus facile de compter des arbres que de les cuber. Sans vouloir méconnaître les avantages de ce mode (2), il est incontestable qu'il a fini par être entièrement abandonné par les praticiens
(1) « Lo règlement ne devra pas avoir une durée trop longue. Il sera bon de ne pas di^passor vingt ans. Au delà de ce terme, les prévisions deviennent de plus en plus ineerlaines. D'autre part, il sera bonde ne pas descendre au-dessous de dix ans pour diminuer les dépenses des révisions trop fréquentes. » (Note de l'Administration des forêts de i8!)4.)
(2) Voir plus haut, pages 55 à 58 et page 420.
420 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT
Son grand inconvénient est dans la quasi-impossibilité de Tap. pliquer au jardinage de forêts tant soit peu anormales. Il n'existe pour ainsi dire pas de sapinières, surtout dans les Vosges, qui ne renferme — soit des parcelles de futaies équiennes ou de perchis plus ou moins réguliers — soit des cantons entiers où prédominent des peuplements de hêtre d'âge souvent moyen — soit des parcelles en jeunes pins d'origine artificielle — soit des chênes, etc., etc. Quelque petites que soient les séries, de pareils peuplements se trouveront associés dans la même suite de coupons, parfois dans le même coupon, avec des sapinières d'aspect jardiné. Gomment pourrait-on pratiquer une même possibilité par pieds d'arbres dans un ensemble disparate dont certaines parties comportent des coupes jardinatoires proprement dites, d'autres des coupes d'ensemencement, secondaires ou déCnitives, d'autres encore des coupes d'éclaircie?
La possibilité par pieds d'arbres ne se prête pas à régler la quotité des produits intermédiaires. Il est impossible de prévoir le nombre des perches à prendre chaque année dans une série présentant à l'état disséminé des bouquets de peuplements d'aspects divers. Le produit intermédiaire, lorsqu'on emploie des méthodes par pieds d'arbres, doit être laissé à l'arbitraire des opérateurs. Ceci peut être sans grand inconvénient dans les futaies pleines, où il est facile de se laisser guider par rintérêt cultural du dégagement des arbres d'élite, mais est beaucoup plus délicat dans un peuplement jardiné d'essences d'ombre (1). Dans les futaies pleines, le produit intermédiaire non préconnptable sur la possibilité ne risque pas d'être confondu avec le produit principal, parce que ces deux natures de produit ne sont pas récoltées à la fois dans la même enceinte. Dans la forêt jardinée,où le produit intermédiaire se récolte en même temps,
(1) Ces raisons ont amené ccrlains parlisans de la possibilité par pieds d'arbres à dériarpr (pie les fuivls jardiiit'es ne comportent pas de produits intermédiaires, (pion doit se borner à en extraire, en dehors des produits principaux,les penches viciées ou mourantes. Cette affirmation, que nous estimons injustifiée, inônie dans une sapinière jardim^e normale, l'est évidemment dans les foi-êts réelles qui renferment toujours des parties écpiiennes
LES EXPLOITATIONS d'aRBRES 4^7
et sur le même emplacement que le produit principal, où la variabilité d'aspect des peuplements est souvent extrême dans l'intérieur d'une même parcelle, l'emploi d'une possibilité globale^ c'est-à-dire totalisant le prélèvement annuel à faire en toutes natures de produits, est tout indiqué, souvent même imposé. Le mode de possibilité par pieds d'arbres est incompatible avec l'emploi d'une possibilité globale.
Dans les forêts jardinées, lorsque le produit intermédiaire ne doit pas être compté dans la possibilité, il devient nécessaire d'établir une limite qui séparera conventionnellement les produits principaux des autres. Cette limite doit souvent varier suivant les essences, ou même la fertilité des coupons, d'où naît une source do complications et d'irrégularités dans le revenu, lorsqu'un hêtre de 35 compte autant dans la possibilité que le plus gros et beau sapin.
Ceci nous amène enGn à l'objection la plus communément faite à l'emploi d'une possibilité par pieds d'arbres : c'est l'extrême variabilité du revenu d'une année à l'autre. Cent gros et beaux sapins vaudront dix ou quinze ou même vingt fois plus que cent hêtres de trente-cinq centimètres do diamètre. C'est là une considération de première importance, surtout lorsqu'il s'agit de la gestion de forêts communales.
Ce qui précède suffit à justifier l'abandon, aujourd'hui général, non seulement en France, mais dans tout le monde forestier, de la possibilité par pieds d'arbres dans les sapinières. Nous ne connaissons plus guère d'autre exemple de son application que celle qui en est faite dans les forêts d'étude de la Station de recherches de l'Ecole nationale des Eaux et Forêts. Là nous la pratiquons, à titre d'expérience, depuis une vingtaine d'années, sur une toute petite étendue (37 hectares) de sapinière, soigneusement choisie, dans toutes les Basses Vosges, en vue de cette application. Nous donnerons, ci-après, un extrait du procès-verbal d'aménagement de ce canton de forêt en vue
LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l' AMÉNAGEMENT
de montrer le procédé que nous avons employé pour le calcul d'une possibilité par pieds d'arbres des produits principaux dans le cas très favorable d'une série bien homogène.
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