‹ Economie forestière (volume 3)Chapitre 95 sur 99 · I. — Les forêts de chêne-liège · texte numérisé non relu

I. — Les forêts de chêne-liège

En Algérie, les premières exploitations de liège remontent à une cinquantaine d'années. Dans le principe, on avait cru pouvoir assimiler la méthode d'aménagement des forêts à liège à celle usitée dans les taillis traités avec des coupes annuelles à courte révolution. La durée de la révolution était celle admise pour la formation du produit exploitable, c'est-à-dire du liège de 23 à 31 millimètres d'épaisseur. La forêt étant partagée en séries, chaque série était divisée en autant d'assiettes de coupes annuelles qu'il y avait d'années dans la durée de la révolution. Pondant la première révolution, les démasclages devaient être effectués sur chaque série, de proche en proche, et coupe par coupe. Les récoltes devaient commencer à la première année de la deuxième révolution et progressaient de manière à exploiter tous les ans une coupe entière dans chaque série.

Au point de vue de l'ordre et de la facilité du contrôle, ce système est parfait, mais il a l'inconvénient de supposer une crois-

(i) Ce qui va suivre, relatif aux exploitations du liège en Algérie, est empiMinté souvent textuellement à la 2» édition de l'excellent traité de M. Lamey, ancien cousei*\'ateur des forôls, inlihilé : le Chêne lierre (Nancy, Berger-Levrault et C'*» 181)3). Nous avons aussi utilisé, avec nos notes de voyage, la brochure de M. A. Lafond : Projet d'ainénaijenient des forêts de c/iéne-liège (Alger, Heintz, 181)(j). PourcLMjui concerne la statisli([ue, la sylviculture et la technologie du ohéneliô«re, sur losqucllcs nous n'avons pas à donner de renseignements ici, voirie Traité de M, Lauiey et le 1^' volume de notre Economie forestière.

sance uniforme du liège sur tous les arbres, ce qui n'est pas le cas. Dans un taillis ordinaire, peu importe que les brins à abattre présentent quelque différence de grosseur : il n'en est pas de même pour les lièges à récolter. Le liège doit avoir l'épaisseur marchande, sinon il est à peu près sans valeur; il est inutile qu'il la dépasse, car, en général, pour les lièges ordinaires tout ce qui dépasse les dimensions habituelles constitue autant de déchet pour la fabrication. L'intervalle entre deux levées de liège successives ne peut être ni régulier ni uniforme : il doit être basé pour chaque arbre individuellement sur l'observation de sa croissance. Ce fait, bien reconnu aujourd'hui, a fait abandonner complètement le système d'exploitation par coupes réglées pour le remplacer par celui du jardinage ou furetage.

Lorsqu'il s'agit de massifs un peu considérables, il ne serait ni avantageux, ni pratique de vouloir les jardiner chaque année sur toute leur étendue. Il vaut mieux laisser un intervalle do deux ou trois ans entre chaque passage, pour qu'il puisse s'établir une différence appréciable dans l'épaisseur des lièges qui, à l'approche de leur exploitabilité, ne s'accroissent plus guère que de deux à trois millimètres par an. On partagera donc la forêt, suivant son importance, en deux ou trois divisions de contenances à peu près égales ou de même consistance si le taux de boisement est variable de Tune à l'autre.

Ce partage étant effectué on commencera, la première année, par démascler (i) les arbres d'une division entière; on procédera de même Tannée suivante, et, s'il y a trois divisions, le démasclage sera terminé la troisième année. De ce moment jusqu'à l'époque où l'on pourra opérer la première levée ou récolte du liège de reproduction, on passera nécessairement par une période d'attonte improductive, qui durera de cinq à dix ans environ, suivant la rapidité de la végétation et l'épaisseur du produit exploitable que l'on veut obtenir.

(1) Nous envisageons ici l'hypothèse d'une forêt non encore démasclée, pour exposer le cas le plus complet de la mise en valeur. Actuellement, toutes les forêts de France, la plus grande partie de celles d'Algérie et de Tunisie sont dômasclées.

47B LES tRAVAUX ËSSlCNTtfiLfl Dfi L^AHISNAGBMENT

Au bout de ce temps, on commencera la récolte des lièges de reproduction dans la première division. On lèvera tous ceux qui ont atteint l'épaisseur voulue, ce dont on s'assurera par des sondages pratiqués dans la partie supérieure do la région démascléc. On a inventé bien des instruments pour sonder le liège ; le plus pratique est une sorte de poinçon portant un petit disque de métal qui est placé en travers, comme la garde d^une épée^à une distance de la pointe égale à l'épaisseur recherchée pour le liègo. Il sufGt d'enfoncer cet instrument dans Técorcc pour voir immédiatement si elle est exploitable ou noui Les mêmes opérations se feront les années suivantes dans les deuxième ot troisième divisions. La rotation expirée on pourra, en général, repasser immédiatement dans la première division oiï Von retrouvera^ exploitables, des lièges qui n'avaient pu être levés au passage précédent. Ea tout cas, au bout de très peu de temps, chaque division présentera des écorces de toutes épaisseurs et les produits annuels tondront à s'égaliser.

Les produits ligneux n'ont, dans les forêts de chène-licge, qu'une importance tout à fait secondaire. On ne coupe que les arbres dépérissants, devenus impropres à la production du liège, ou ceux qui sont trop rapprochés d'autres arbres plus intéressants, auxquels ils font du tort. Ces coupes se font à titre extraordinaire, sans aucune réglementation. Lors de l'abatage des arbres on ne manque pas d'en détacher ce qui est improprement appelé le tanin dans le commerce des bois. Ce tanin o'est autre chose que la partie non subéreuse de Técoree, que les liégeurs appellent la mère. Le tanin de chéncliège peut atteindre une épaisseur qui va jusqu'à cinq centimètres chez de gros arbres; c'est un produit dont la densité est comparable à celle du bois et qui renferme jusqu'à 20 pour cent de tanin véritable. Les arbres démasclés et utilises pour la production du liège n'ont plus qu'une fnère peu épaisse, dont l'exploitation est peu rémunératrice*

Les exploitations mixtes

IL — Forêts de chénes-liège et résineux.

La région montagneuse des Maures et de TEstcrel, entre Toulon et Cannes^ présente des terrains cristallisés ou des scliistes anciens, formant une région non calcaire où croissent des forêts peuplées de chêne-liège mêlé à des pins maritimes, d'Alep, pinicret à quelque peu de chênes verts. De même notre littoral sud-ouest porte un certain nombre de forêts, communales ou particulières, dans lesquelles le chêne-liège occidental se rencontre en mélange avec le pin maritime. A ces forêts sont appliquées des méthodes d'aménagement particulières dont nous dirons quelques mots en résumant ici les règlements de plusieurs forêts typiques.

La forêt domaniale de Palayson (Var) appartenait autrefois à la célèbre abbaye de Saint-Victor de Marseille. Elle a une étendue de 630 hectares, en terrain porphyrique. Elle est peuplée do pin d'Alep 65, pin pinier 15, pin maritime 10, chêneliège 8 et chêne vert 2 pour cent. Sa production moyenne annuelle, de 1892 à 1903, a été de 284 mètres cubes de bois valant 1.235 fr. et 2.788 kilogr. de liège valant 1.200 francs.

Un aménagement de 1903 Ta divisée en deux séries d'exploitation.

La première, de 327 hectares, est peuplée surtout de résineux : pin d'Alep 70, pin pinier 25 et chêne vert 5 pour cent.

Elle est aménagée en futaie pleine à la révolution de 80 ans divisée en quatre périodes de vingt ans. La série est partagée en quatre affectations et cliacune de celles-ci en quatre coupes do 20 hectares environ.

Tous les cinq ans on exploite à blanc étoc la totalité des résineux dans une des coupes de l'affectation en tour.

Les affectations hors tour sont parcourues par des coupes d'amélioration qui s'étendent chaque année sur une portion aliquote de la contenance.

48o LES TRAVAUX ESSENTIELS DE L^VMÉNAGE3ÎENT

Quant au chêne vert, qui existe en sous-étage, il constitue une exploitation spéciale. La série est divisée, en ce qui le concerne, en deux assiettes de 160 hect. chacune, et tous les dix ans Tune de ces assiettes est parcourue par des coupes recépant tous les feuillus, dont Tâge d'exploitation est ainsi de vingt ans.

La deuxième série de la iorét de Palayson, d'une étendue de 301 hect., est surtout peuplée de feuillus: chêne-liège 70, pins divers 23, chêne vert 5 pour cent.

Cette série est aménagée, en ce qui concerne les pins, en jardinage avec une rotation de douze ans (1). Les coupes jardinatoires n'ont aucune possibilité déterminée. On enlève tous les pins qui ont dépassé 1 m. 10 de circonférence, dimension considérée comme correspondant à Texploitabilité de cette essence ; on dégage largement, en même temps, les chênes-liège. Les coupes de résineux ne sont du reste pas annuelles; elles se font tous les quatre ans, la série étant divisée, à cet effet, en trois assiettes quadriennales. Là où l'on rencontre des bouquets de pin à l'état pur, on fait les coupes par petites trouées, enlevant plusieurs arbres sur le même point pour faciliter la régénération.

En ce qui concerne le chêne vert,Ia série constitue une exploitation périodique réglée à vingt ans. C'est-à-dire que, tous les vingt ans, on la parcourt tout entière en recépant la totalité des bois de cette essence.

En ce qui concerne le chêne-liège la série est divisée en deux assiettes annuelles que l'on parcourt alternativement, conformément au procédé exposé ci-dessus, pour la récolte du liège. Les arbres dépérissants ou surabondants de cette essence sont coupés uniquement à titre extraordinaire, sur propositions spéciales.

(1) Beaucoup de lorcslirrs estiment «lue la forme jardinée, avec une durée de rolalit)n un peu longue, ccinvient mieux aux résineux que la forme équiennc dans la « région du feu », c'est-à-dire dans cette partie de la Provence où les in(!»'n(lies ocrasionnont si souvent de grands dégâts. Le feu, qui s'alimente surtout dans les jeunes bois, prend moins de violence dans les peuplements d'Ages mélangés, tandis (jnil esl impossible à éteindre dans des fouiTés ou gaulis réguliers, surtout sur les terrains eu pente.

LES E^lPLOITATIONS MIXTES

La forêt des Maures Saint-Paul (Var) a une étend 173 hectares; elle est peuplée de pia maritime pour six dixi de chêne liège pour trois et de chêne blanc (rouvre) poui

Elle est aménagée en futaie pleine à la révolution de ! divisée en cinq périodes de seize ans. Les années de mil! pair on pratique dans l'afTectation en lour une coupo à étoc (1) sur un huitième de la contenance, [en réserva chênes bien venants et trente pins par hectare. Les ann millésime impair on fait, dans l'ensemble des affectation tour, une ou plusieurs coupes d'amélioration s'étendant ai sur la huitième partie de la contenance de ces affectationi

Le liège s'exploite en régie, suivant le procédé ordinair chênes ne sont abattus qu'à titre extraordinaire, sur propoi

La forêt des Maures Saint-Paul produit annuell (moyenne des années 1894-1902) 373 m. cubes de bois vre, valant 3.124 fr.,et4.000 kilogr. de liège, valant 1.^ Elle est signalée, en 1904, dans un rapport do .l'Inspecte forêts à Nice, comme h une des très rares forêts de pin et ( liège do la région des Maures et de l'Estérel qui ait été épa par le feu depuis plus de 70 ans et qui permette par consé do juger de ce que donnent ces bois lorsqu'ils sont soustrf (léau des incendies ».

La forêt domaniale de YEsférel (Var) a une étendi 5.475 hect-, mais un quart de la contenance est en vides rochers.ElIe est peuplée de pin maritime SO, chêne-liège 4 d'Alcp 2, divers S pour cent. Les peuplements actuels (en correspondent aux grands incendies de 1835, 1848, 1854, 1877. On n'a jamais fait (jusqu'en 1902) de coupes ordinai: résineux; les pins n'ont été vendus qu'ai la suite dcsincei

La forêt est divisée eu séries dans lesquelles les pins d( être exploités sous la forme de coupes jardinatoires. La

(i) On sait que \e pin iiiaiilittic n'est pas soumis au gcoiiiiagc eu Prove

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de la rotation des coupes est fixée à 16 ans, de façon à leur donner une intensité correspondant au tempérament des essences. Ces coupes, sans possibilité fixée, portent sur les arbres do 1 m. 30 de tour et plus, ainsi que sur les arbres moins forts quMl parait opportun de desserrer ou d'enlever pour dégager des chénes-liège. On recommande toutefois de ne pas sacrifier systématiquement le pin au ehène, le premier étant, dans la forêt, plus productif que le second.

On estime la répartition actuelle des pins entre les différentes catégories de dimensions:

à 5 pour cent d'arbres de 1"^20 de tour et plus 9 — 1.00 à 1.15 de tour

Le liège s'exploite suivant la méthode ordinaire.

m. — Les FORÊTS de chêne vert et pins.

La Provence calcaire porte des étendues considérables de forêts de chêne vert, traitées en taillis simple à courte révolution. Dans le voisinage de la mer, sur les rochers les plus secs, on voit la forêt se ponctuer de pins d'Alcp, et beaucoup de ces massifs ensoleillés se présentent avec un triple étage de végétation. Des morts bois : buis, chêne kermès, romarin, etc., en bas, puis un taillis de chêne vert entrecoupé le plus souvent et enfin un étage plus élevé de pins disséminés.

Ces forêts se traitent à peu près comme des taillis sous futaie dont les pins seraient les baliveaux* Les séries sont divisées en une vingtaine de coupes annuelles qu'on [parcourt successivement, de proche en proche, en recépant les feuillus. Quant aux pins on enlève çà et là ceux qui paraissent de dimensions convenables^ éclaircissant les bouquets trop serrés et enlevant les arbres malades ou peu vigoureux.

II y aurait grand avantage, dans ces forêts, à régler l'exploitation non pas en vue de la production du taillis» mais dans rintérét des résineux qui, depuis la baisse des écorces surtout,

Les exploitations mixtes

sont devenus Télément de beaucoup le plus important. Le pin d'AIep, si on le laissait atteindre de plus fortes dimensions^ et cessait de le reléguer sur les plus mauvais rochers, donnerait des bois de sciage d'une valeur réelle. Malheureusement le danger d'incendie, ce fléau des forêts méridionales, augmente avec la proportion du pin. Il est vrai que si la présence des feuillus réduit le danger du feu^ elle attire le mouton, dont le pacage devient un autre fléau, parfois pire que le feu, dans les forêts (i).

(1) « L'haleine et la dent du mouton sont mortelles au bois, et ainsy est défendu dans toutes les forêts du royaume dy laisser entrer aucun mouton. » (Lettre de Colbert au grand-maître de Froidour, du 31 juillet 1G80.)

SOMMAIRE § 1.— Les conversions de taillis sous futaie en futaie pleine.

Notes historiques sur les conversions de taillis sous futaie en futaie pleine. L'aménagement delà forêt d'Amance (Gliarapenoux) en 1826. Le cours d'aménagement de Lorentz à Nancy en 1830. L'ordonnance réglementaire de 1827. Le Cours de culture de Lorentz et Parade. Opposition faite aux conversions, de 1833 à 1852 par les maîtres de forges, les verriers, etc., et les financiers. Méthode indiquée par Lorentz en 1826 pour arriver à la conversion. L'aménagement de la forêt d'Araance (Champenoux) en 1858. Conversion directe par voie artificielle. Danger de cette méthode. Méthode actuelle de conversion. Durée de la conversion. Période d'attente. Marche progressive de la conversion ; maintien provisoire du taillis sous futaie dans une partie de la forêt. Division de la révolution de conversion en périodes. Formation des alTectations périodiques. Règlement général d'exi)loitation. Règlements spéciaux pour la première période de la révolution de conversion. Coupes de conversion. Leur règlement par volume, par contenance et volume et par contenance seule. Aménagement de la forôt de Haye (4« et 8e séries) en 1904. Révisions d'aménagement.

I 2.— Les conversions de taillis sous futaie en futaie claire.

Rappel des caractères essentiels de la futaie claire, par lesquels elle diffère du taillis sous futaie. Substitution du chêne aux essences secondaires. Disparition progressive du taillis. Formation des séries de futaie claire. Durée des rotations. Nature et possibilité des coupes principales d'arbres. Plantations de chêne. Coupes à èrfectuer dans l'ancien taillis. Coupes de dégagement intermédiaires nécessaires pendant la phase de substitution de la futaie claire à l'ancien taillis sous futaie.

§ i . — Les conversions de taillis sous futaie en futaie pleine.

Le taillis sous futaie, dont nous avons rappelé la genèse au chapitre précédent, élait, lors de la fondation de l'Ecole forestiorCj et reste encore, le type de forêt le plus répandu en France.

Fig. îi, — LoREHTi (Bernard) né à Colmar te 25 juin 1715 Premier Directeur de l'Ecole royale foresliCre ilo 182i Administra leur et Sous -Directeur des forêts de 1B30 â

mort è. Colmar le Ti mars tSBj (d'aprèi un portrait çonseroé à l'Ecole nationale de»

486 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'amÉNAGEMKNT

L'enseignement officiel, conscient, dès son début, du véritable rôle des forêts de TEtat, lui fut, dès lors, franchement hostile. En 1826 déjà, Lorcntz le condamnait comme poursuivant deux buts inconciliables sur le même emplacement : la production des arbres et celle du taillis. Il préférait, disait-il, voir créer des futaies sur un point et cantonner les taillis sur un autre dans la forêt. C'est dans ce sens qu'il aménagea^ en 1826, la forêt de Champenoux, la première en France qui ait 4té Tobjet d'une conversion, c'est-à-dire d'une tentative faite en vue de substituer une futaie pleine à un taillis sous futaie. Dans les notes manuscrites du dernier cours d'aménsgemetit professé par Lorentz en 1830 à Nancy nous lisons: « Le régime du taillis sous futaie a un vice essentiel, c'est celui de réunir deux éléments diamétralement opposés : d'une part les rejets de souche, d'autre part les arbres destinés à croître en futaie... Il est permis de désirer que toutes les forêts de la France puissent être divisées en deux catégories, celle du taillis simple et celle de la futaie pleine. Dans le taillis simple, qu'on laisserait subsister dans les terrains maigres et de mauvaise qualité, on ne réserverait que des baliveaux do l'Âge dont l'existence ne dépasserait pas la seconde révolution dos coupesi4i »

L'article 68 de l'ordonnance réglementaire du Code forestier de 1827, article qu'on dit avoir été inspiré par Baudrillart, ordonne que, les aménagements des forêts domaniales devant principalement être réglés dans Tintérêt de l'éducation des futaies, l'administration proposera l'aménagement ;dcs forêts ou parties de forêts « propres à croître en futaie ». Une instruction administrative du 8 janvier 1828, déjà citée plus haut, recommande, en conséquortco, aux agents de rechercher les cantons qui seraient propres au traitement en futaie. « Il n'est pas nécessaire que les parties à mettre en réserve soient d'un seul tenant ni d'une étendue considérable; on peut, à défaut d'un seul canton d'une étendue suffisante, réserver plusieurs massifs en évitant toutefois d'apporter trop de trouble dans l'ordre des coupes ordinaires. »

LBS AMt:«AGEMENT3 UK CONVRRSION ISy

LorcDtz fut appelé, le 1" octobre 1830, à occuper une place au Conseil d'Administration deaforûts à Parig. Pendant tca quelr]uoB années qui suivirent, les n mises en réserve u décantons de forêts domaniales se multiplièrent rapidement sur tous les points de laFrance (1). Dès 1833, le Directeur général des forêts intervint pour modérer l'allure de ce mouvement. Une circulaire du 17 octobre 1833 ordonne que « lorsque les foréls sont situées à proximité de villes populeuses, ou lorsque les bois sont destinés à des forg;e8 et à des usines Jes aménagcmonis en taillis doivent être préférés... les agents doivent avoir égard, dans leurs propositions, aux intérêts do la consommation... et consulter l'intérêt du Trésor ».

Ceci nous montre d'où venait l'opposition à l'entreprise des conversions, dont Lorentz s'était fait l'ardent promoteur. Les maîtres de forges craignaient de voir renchérir la charbonnette, et le ministre des FiaancoB,averti et mis en mouvement par eux, alléguait l'intérêt du Trésor.

Nous rappelons cet épisode de noire histoire forestière parce qu'il est nécessaire do le connaître pour comprendre les motifs qui animaient Lorentz, n ennemi-né des taillis (2) », en 1836 et en 1830, lorsqu'il proposait de faire une place au taillis simple dans les forêts. Il voulait calmer les appréhensions des maîtres de forges, les tout-puissants industriels de l'époque. Il croyait, qu'on nous passe colle expression, devoir faire la part du feu (3),

(1) Plus de :;0.000 hectares de foriHs ilomnnialea ont È\i mis en rf.'ei-Yf- pctidntlt les noyf années (jiio dura la gestion d« LorenU coniine Adiaiuiatratour des

|a) Cent ainsi r|iip se qniliflc l.orenli lui-inémp, dans une lettre adraisge par lui à Man'utte, Direcleur gi-néral ilos furiîls. a|iri>s sa nomination comme Directeur de l'Erole fon^slitre. (;clle letlre a été pubtiÈe par L, Tassy dans sa brodiiire ÎQtituléo I.ortnli tl ParmU, page il, (Paris, bureau de la llevue îles Eaux et Korêls, IStlIi).

(3) U t'st lioD do rcniar(]uer i|ue la convession de Lorentz Otait surtout dans les mots, et très peu ou nullement dans la réalïtë dos faits. Après avoir abandonné au • taillis simple • une partie de la forêt de Ghampenoux, il déflnit comme suit, spOeialement poitr la cireonslnnce.re mode de traitement : ■ Il n'exclut pas les baliveaux de lïig<' et ceux modernes ou anciens, mais il en restreint la ijuanlité et prescrit de no pas eunsenrerde vieilles Écorces.» En fait on n'a jamais cessé i ChanpeDOUx, depuiii 1S24 au moins.de falrs des balivages aussi conservateurs

488 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT

Le livre V du Cours de culture (édition de 1837) renferme en faveur des conversions un plaidoyer dont l'admirable clairvoyance dans le fond, la belle, lumineuse exposition dans la forme resteront comme un titre de gloire de cet homme vraiment supérieur qu'était Parade. A peine pourrait-on, après 70 ans, y relever quelques inexactitudes de détail. Les motifs qui font de l'éducation des futaies un devoir pour l'Etat y sont exposés d'une manière déGnitive, à laquelle rien d'essentiel n'a été ajouté depuis. Parade se gardait bien, du reste, de proscrire le taillis sous futaie d'une façon absolue. Non seulement il admettait que a dans les forêts communales, en général, on doit maintenir le mode du taillis composé » {Cours de culture ^page 378), mais il déclarait encore « que lorsque l'intérêt du Trésor et celui des consommateurs rendent impossible la conversion de taillis composés qui d'ailleurs y seraient propres, on se contentera de préparer, pour l'avenir, les moyens d'exécuter cette importante amélioration » (en pratiquant le balivage dans un esprit spécial) (fA/rf.,page 375). Pour faciliter l'acceptation des conversions par les financiers, Parade a même indiqué un procédé bien dangereux et dont on n'a que trop abusé: il voulait qu'on compensât la diminution de revenu des forêts en conversion en forçant les exploitations dans d'autres forêts encore traitées en taillis sous futaie. « En réduisant dans de telles forêts l'ancienne révolution de 5 ou de 10 ans, et en y adoptant un mode de balivage qui fasse tomber les réserves surabondantes..., on créera un ensemble (formé des forêts en conversion et de celles dont on réduit le matériel) qui maintiendra aisément les produits au niveau de ceux que donnait le taillis sous futaie... L'efficacité de cette combinaison est aujourd'hui complètement démontrée par la pratique... » {Cours de culture^ page 394) (1).

(luc possible. Aujourd'hui encore, malgré les abatages de gros chênes effectués par les Allemamis en 1810-1871, nos coupes de taillis sous futaie de la forêt de Chanipcnoux renferment souvent, par hectare, deux ou même trois arbres qui étaient déjà de vieilles écorces sous le règne de Charles X.

(1) Nous avons tenu à rappeler ici avecrjuelque détail le r<Me,dans celte grande œuvre des conversions, des deux fondateurs de l'enseignement forestier en France Lorentz et Parade. La netlctc avec laquelle ils ont discerné dès le début le bat

LRR AMÉXAGEMKKTS DE CONVERSION ^8()

L'opposition aux conversions et h rensei^^nemcnt sur ce point ie l'école de Nancy perdit beaucoup de son àpreté à partir de 1852, lorsque M. Legrand eut quitté ta Direction générale des forâts. Petit à petit, mais surtout à partir de 1860, la création le nouvelles futaies pleines redevint l'objet de la faveur générale, et des centaines de milliers d'hectares furent mis en conversion dans le Nord-Est de la France. C'est aussi à cette épo- !]ue, vers 1855 à 1860, que la méthode actuellement suivie ncheva -de s'élaborer. On renonça dès lors à compenser, à racheter en quelque sorte, la conversion d'une partie des taillis lous futaie en futaie pleine en livrant au taillis simple, ou tout m moins en appauvrissant en matériel, une aulro partie des forêts de l'Etat. 'Le combustible minéral avait pris possession les foyers industriels, l'opposition des maflrcs de forges et des terriers, saulniers, tuiliers, etc., était tombée, et celle du ministre des Finances de l'époque, mieux inspiré que ne l'avait été ;elui de 1839, avait elle-même cessé de se manifester.

Au début, en 1830, Lorentz indiquait la méthode suivante lour parvenir à la conversion :

1 poursuivre, le vÉritablo rflle des forêts domaniales, qui est île ser\-ir les \al6- ■êts géaÉï&ax et non pas d'alimenter le Irësor, restera leur impérissable titro du îloire.

On doit cependant regretter qu'ils n'aient pas admis d'autre maniiïre de proluire des futaies que la création d'exploitalions de peuplements dquiennes k ong terme. Les futaies claires anciennes, améliorées, inodiflËes en vue des lesoins nouveaux, permetlenl d'oblenii' des arbres sans dîrilcuittï, en (zraudo guantité, là où l'expérience séculaire de nos prédécesseurs démontrait que l'exiloitation en Tutaie pleine était impraticable.

LurenU et Parade avaient pensé que la pratique des coupes progressives de 'égénëration permettrait d'étendre partout l'aire d'application de la futaie pleine, ;t avaient dédaigné tout essai de restauration des exploitations d'arbres ancienles. L'expérience ieur a inHifté un démenti catégorique sur ce point particulici'. .es conversions en futaie pleine sont faciles dans les forêts de hêtre. KIIch le sont ;nrure assez dons les forêts de chêne en terrain siliceux perméable, sous un climat relativement doux. Elles sont dangereuses, ilifliciles, coûteuses, exigeant les repeuplements artiliciels sur une grande échelle, dans les forêts de cbênc des eiTains frais et fertiles, sous les climats rudes du Nord-Est delà France; or, ce loDt celles où l'existence de futaies serait particulièrement désirable. Les tenatives de conversion qui en ont été faites depuis la mort de Parade, sous l'inlucnce de ses disciples, qui ont exagéré et itcnaturé (comme il arrive presque oujours '.) les doctrines du maître, ont fait disparaître t)caucoupde vieilles futaies iparses plutdt qu'elles n'ont créé des renaissances en scDiis.

49t> LES TRAVAUX ESSENTIEL» DR l'aMÉNAGEMENT

On laissera vieillir les taillis , en y suspendant toute coupe principale, et n'y faisant que des sortes d'éclaircies appelées coupes préparatoires. Ces coupes repasseront deux fois dans la forêt avec une rotation de 15 à 20 ans. Lorsque les taillis seront arrivés à Tctat de futaies, après 30 ou 40 années, on les réali-* sera successivement, suivant les mêmes règles appliquées dans les futaies pleines. Cependant il était certain que « la futaie provenant de la conversion {du vieillissement) d'un taillis no pouvait être réglée à la même révolution qu'une futaie venue de brin »>. Aussi Lorentz proposait-il d'abréger la durée de la première révolution, suivant la longévité présumée d^s futaies sur souches obtenues (1). Ce système a été appliqué à bon nombre de forêts, par exemple à Champenoux dès 1826, dans la forêt de Chaux vers 1830, etc.

La première édition du Cours de culture (1837) indique déjà un progrès. Parade recommande de former la série à convertir de bois d'àgcs gradués de 1 à 40 ans par exemple, de laisser vieillir le tout pendant un temps de 40 ans qu'il appelle une révolution transitoire^ en y passant deux fois en coupes préparatoires. Celles-ci sont décrites et définies conformément aux idées qui nous dirigent encore aujourd'hui. Â la fin de cette révolution transitoire on se trouvera en présence de taillis de 40 à 80 ans, débarrassés des bois blancs, des vieilles écorces dépérissantes inutiles pour l'ensemencement, où les arbres de réserve seront bien dégagés. Les cépées du taillis seront réduites en nombre ; celles subsistant seront décimées, remplacées par de petites perches bien choisies. « La partie la plus âgée, le perchis de 80 ans, sera parfaitement en état d'ensemencer le terrain ; dans la partie la plus jeune on trouvera des bois de 40 ans susceptibles de prospérer jusqu'à Id fin do la révolution de futaie, d'autant plus que cette révolution devra nécessaire'» ment être abrégée, à cause de l'âge des souches sur lesquelles le peuplement est généralement assis » (page 392).

(1) Nntos (In murs d'nmt'nagomnnl professe'' en i830 (manuscfilMa BiMiolhd* que de l'Ecole forestière).

Cette dernière prévision ne s'est pas réalisée. Un taillis ne peut être laissé sur pied, dans le Nord-Est de la France, jusque vel*d 100 and, ni, à plus forte raison^jusque vers 140 ou 160 ans. v^v!

Les taillis de cette région sont ordinairement riches en charmes. Lorsqu'un rejet de charme devient vieux, vers 70 à 80 ans, il dépérit, sèche en cime et rejette souvent du pied^ entre deux terreSy reproduisant ainsi une jeune cépée. Des semis apparaissent de tous côtés, les traînants se marcottent et la foret do charmese renouvelle, enun fourré inextricable et indestructible, avant que des coupes de conversion ne l'aient abordée. Les bois blancs disparaissent, les uns dès 23 ans, les autres plus tard. Il n'en subsiste guère, sauf quelquefois des tilleuls, après 60 ans. Lorsqu'ils étaient nombreux ils laissent des vides qui s'enherbent, se couvrent de ronces sur les bons sols, de genêts ou de bruyères sur les autres; dans le cas le plus favorable, il s'y jette des saules et des bouleaux. Les taillis de chêne pur, dans le Nord-Est de la France, sont ordinairement en bien mauvais état dès l'âge de 60 à 70 ans. Ils deviennent clairières, n'abritent plus le sol qui se détériore. Le bois est gâté dans le pied sur une* grande longueur parfois, la coupe devient urgente tout à coup, à bref délai.

L'expérience de tous ces inconvénients a entraîné Tabaudon du procédé de conversion indiqué par Lorentz et Parade. Le premier indice d'une réforme à cet égard se manifeste vers 1836, dans la foret de Champenoux.

Nous avons vu que Lorentz, en 1826, y avait formé deux sections. Tune de 622 hectares, qu'on a laissait croître en futaie » pendant 40 ans, en bloc. Après ces 40 ans les coupes de régénération devaient être commencées et parcourir la forêt en une révolution de 100 ans. L'autre section, renfermant 343 hectares, était abandonnée au taillis et ne devait pas être con* vertie.

En 1836, les agents chargés do l'application de l'aménagement (1) signalent avec clarté et énergie la nécessité de renoncer

(1) 11 n'est que juste de mentionner ici le nom de M. de Frawenberg, élève de

49*-* l'ES TRAVAUX ESSENTIELS DE L^AMÉNAGEMENT

au syslème suivi jusqu'alors, et en 1858 ils proposent un aménagement dont voici les traits principaux:

La révolution transitoire (période d'attente) destinée à précéder la première révolution de futaie prendra fin immédiatement et les coupes de conversion seront entamées. La durée de la révolution de ces coupes sera fixée à 120 ans environ et divisée on trois parties égales; la série sera partagée en trois affectations correspondantes.

La première affectation sera convertie pendant la première période par des coupes de régénération progressives dont la possibilité sera fixée par volume et calculée suivant le procédé ordinaire (1).

La deuxième affectation sera parcourue par des coupes d'éclaircie et d'extraction des bois dépérissants.

Quant à la troisième affectation, la moins riche en arbres, elle sera parcourue par dos coupes ce qui donnent la facilité de conserveries bois propres à la futaie... mais qui laissent toute faculté de découvrir le sol dans la mesure nécessaire ». On ne voulait pas réformer, en apparence au moins, l'aménagement de 1826, mais ces coupes de troisième affectation prirent, en fait, le caractère de coupes de taillis sous futaie conduites do façon à préparer les peuplements, par des balivages très riches, à la conversion ultérieure.

Vers la même époque (18S6 à 1858), on imagina une autre méthode de conversion. La forêt à traiter était divisée en affectations. La première ne renfermait, en général, que des taillis de 30 ans au plus; on les exploitait à tire et aire pendant la pre-

la 6e promotion de TEcole forestière, inspecteur des forêts à Nancy de 1849 à 1862, conservateur à Colmar en 1862, à Nancy en 1869, admis à la retraite en

(1) Cette possibilité fut fixée à 2650 stères (pour 622 hectares). On la basait sur le volume du matériel, cubé en ce qui concerne les arbres, évalué à vue en ce (lui concerne les taillis. Au volume constaté on avait ajouté l'accroissement présumé pendant la moitié de la durée de la période en admettant un taux d'accroissement de 1,0 pour cent pour les arbres et en se basant surraccroissement moyen antérieur pour les taillis. La possibilité ne fut exprimée en mètres cubes à (lliampeuoux qu'à partir de l'exercice 186u.

mière période, on arrachait les souches^ et on faisait des plantations. Le surplus de la forêt continuait à être traité en taillis sous futaie, soit sur toute retendue, y compris la deuxième affectation, soit en exceptant celle-ci dont on laissait vieillir les bois. Ce système, décrit dans le Cours d'aménagement de Nanquette en 1860 et dénommé par lui « conversion directe », a été vivement critiqué, et avec raison. L'expérience montre que, même lorsque l'extraction des souches est pratiquée avec soin, les jeunes plants ont à souffrir de la concurrence de rejets contre lesquels il devient difficile de les défendre lorsqu'on opère sur des étendues un peu considérables. Il est trop souvent arrivé que, poursuivant la substitution de la futaie pleine au taillis sous futaie, on a abouti, en fait, au taillis simple, les arbres de réserve ayant été extirpés, et les plants de chêne introduits ayant disparu sous la pression des rejets produits par les débris de racines et les jeunes souches restées dans le sol. La conversion directe n'a donné de bons résultats que dans les forêts où les plantations de chêne réussissent facilement, et pour de petites contenances, sur lesquelles on ne risquait pas d'être débordé par la multiplicité des dégagements onéreux nécessités dans de pareilles circonstances.

C'est à partir de 1858 à 1860 que les conversions de taillis sous futaie en futaie pleine furent entreprises sur une vaste échelle. 95 pour cent des forêts domaniales feuillues du département actuel de Meurthe-ct-MoselIe y furent soumises. La méthode à suivre pour parvenir aux conversions reçut aussi, vers cette époque, la forme qu'elle a conservée jusqu'à nos jours et qu'il nous reste à exposer maintenant.

Voici d'abord quelques principes à poser :

1^ Aucune partie des peuplements de taillis sous futaie actuelment existants ne pouvant entrer dans le matériel de la future futaie, celui-ci est à créer entièrement. C'est dire que si l'on veut aboutir à une futaie aménagée à 150 ans il faudra 150 ans pour opérer la conversion. C'est ce qu'on exprime en disant que la

494 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMiSnAGEMENT

durée de révolution des coupes de conversion est la même que celle de la futaie qu'on veut créer ;

2^ Il est impossible, on pratique et en grand, de substituer, naturellement ou artiflciellemcnt, des peuplements de brins à des peuplements de taillis qui n'aient pas un âge d'une soixantaine d'années au moins. Les souches des taillis plus jeunes sont très nombreuses, très vigoureuses, donnentdes masses de rejets qui étouffent inévitablement les brins de végétation plus lente. Lorsqu'on veut faire la conversion par la voie naturelle', c'est-àdire en utilisant les semences fournies par les peuplements du taillis sous futaie pour installer des renaissances de brins, il faut que les taillis eux-mêmes soient devenus fertiles, les arbres n'étant pas, en général, suffisamment nombreux. Enfin les taillis doivent aussi être suffisamment élevés pour que les semis puissent subsister sous leur abri jusqu'au moment où l'on pourra les découvrir. Ces raisons s'ajoutent pour rendre la conversion pratiquement irréalisable dans des taillis âgés de moins d'une soixantaine d'années ;

S'^ Le succès des conversions dépend surtout de la quantité d'arbres de futaie qui se trouvent au-dessus des taillis. Lorsque ces arbres sont rares, il vaut mieux pratiquer encore deux ou trois coupes de taillis sous futaie, et enrichir les peuplements en arbres avant d'entreprendre la conversion;

4^ Lorsqu'on veut convertir les peuplements d'une série de taillis sous futaie il ne faut pas les laisser vieillir d'abord, tous en bloc, jusqu'à ce qu'il s'y trouve des bois de 60 ans, par exemple. Le défaut de longévité des taillis et des arbres âgés de la réserve empêcherait absolument de les laisser sur pied jusqu'à ce que des coupes de conversion, pratiquées même avec une révolution abrégée, puissent les atteindre. On est donc amené à ne convertir la forêt que progressivement, par parties venant en tour successivement, tandis qu'on continue provisoirement le taillis sous futaie dans les cantons qui ne doivent accéder que plus tard à la conversion.

Ces principes étant admis, la méthode d'aménagement en conversion en découle tout naturellement. Nous allons l'exposer dans l'hypothèse où une forêt, formant une ou plusieurs séries de taillis sous futaie, est traitée en vue de constituer pour l'avenir une seule série de futaie pleine.

A. — La durée de la révolution de conversion, égale à colle de la futaie qu'on veut créer, sera, par exemple, de 160 ans.

B. — On divisera cette durée en quatre périodes égales, et la forêt à convertir en quatre affectations correspondantes* La pre« mière affectation sera convertie pendant la première période, la deuxième pendant la seconde période, et ainsi de suite.

C. — Comme il sera généralement impossible de commencer la coiïversion immédiatement, on devra, préalablement, y pré* parer les peuplements de la première affectation pendant une période d'attente. On donne souvent à cette période la même durée qu'à celles de la révolution de conversion,

/). — Pendant la période d'attente, on laisse vieillir les peu« plements de la première affectation en y pratiquant des coupes d'amélioration ditcs/?r^;>ara/oi>^«. Dans les trois autres affectations on continue le taillis sous futaie.

Pendant la première période de la révolution de conversion qui succède à la période d'attente on convertit (par des coupes de régénération) la première affectation, on laisse vieillir la deuxième en y faisant des coupes préparatoires et on continue le taillis sous futaie dans les deux autres.

Pendant la deuxième période on fait des coupes d'éclaircie de futaie dans la première affectation, entièrement convertie, on régénère la deuxième afîeetation, prépare la troisième, continue le taillis en quatrième, etc«,etc.

La conversion sera ainsi entièrement achevée en un temps égal à la durée de la révolution augmentée de la période d'at-* tente, c'est-à-dire, dans l'exemple choisi, en deux cents ans,

La méthode étant ainsi esquissée à grands traits, nous allons entrer dans quelques détails d'application;

496 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT

A. — Durée de la révolution. — La durée de la révolution ï\ de la futaie pleine à créer, qu'il est nécessaire de connaître dès

le début, parce que ce sera aussi celle de la révolution de conversion, se détermine, comme d'habitude, d'après la nature des produits qu'on veut obtenir. S'il s'agit d'une forêt de chênes, son terme sera celui de la maturité des arbres de cette essence dans la futaie, le but étant alors d'obtenir des arbres aussi gros que possible. S'il s'agit d'une forêt de hêtres, on recherchera le temps nécessaire pour obtenir des peuplements dont le diamètre moyen serait de 0 m. 60 par exemple. Il est certain qu'ici surtout, où les éléments font défaut pour une solution expérimentale, on devra se contenter d'une approximation, d'une indication. II n'y a du reste aucun inconvénient à cela. Nos successeurs resteront libres de modifîer à n'importe quelle époque les nombres que nous aurons choisis, d'accélérer ou de ralentir la progression des coupes suivant leurs vues. Il nous suffit de la régler, en ce qui nous concerne, do façon à ménager les droits de l'avenir.

B. — Formation des périodes et de leurs affectationsy ou Règlement général d'exploitation. — Il y a intérêt, lors des conversions, à ce que les périodes soient longues. C'est pourquoi on n'en formera que quatre en général, c'est-à-dire le plus petit nombre possible. Les raisons d'allonger la durée des périodes sont essentiellement les suivantes:

Le grand danger des conversions réside dans la concurrence que font les rejets de souche, toujours très nombreux, aux semis dans les jeunes coupes. Les rejets étant plus avides de lumière que les semis on favorisera ces derniers en faisant les régénérations aussi lentement que le permet le tempérament de l'essence.

Lorsque les régénérations se font avec lenteur, les dernières coupes secondaires et la coupe définitive ne sont exécutées que lorsque les renaissances de brins sont déjà élevées, ayant atteint la hauteur de deux mètres par exemple. En différant jusqu'à ce moment la réalisation des éléments les plus jeunes de l'ancien

[lis SOUS futaie (rejets du taillis, baliveaux, modernes) dont recépage dooneraitdes rejets,on diminue beaucoup le danger ceux-ci. On réduit en même temps, ce qui est un avantage îeux, les sacrifices d'exploitabilité si lourds, inséparables des iversions qui résultent de l'obligation d'abattre en niasse 1 jeunes chênes bien venants, d'un avenir certain, pour leur ïstituer des semis (1). Noos verrons du reste «ju'il est comide que la durée des périodes soit égale à celle adoptée pour révolution dos coupes de taillis sous futaie qui continuent à e pratiquées provisoirement dans les dernières affectations, ^yant formé quatre périodes, de quarante ans par exemple, constitue leurs dotations.

\ la première on attribuera naturellement les peuplements i plus voisins de l'état requis pour une conversion facile. Ce •ont, en première ligne, les plus riches en arbres. Cette conération de l'abondance des futaies prime toutes les autres; us avons déjà dit que c'est d'elle surtout que dépendent les ances de succès de la conversion. On n'aura plus, du reste, ccasion d'enrichir en arbres de réserve les peuplements de la >mière affectation, tandis qu'il sera possible de le faire pour jx qui doivent être exploités encore une ou plusieurs fois en llis.

Subsidiairement interviendra la considération de l'âge des

L) Ces sacriflccs d'cxploilabilitti, înËvitablcs lors des convcrstoDS, sont <Ic graargumcnts contre elles. Tuul récemment nous pairou rions aveu un marlod Uc Im'is, homme intelligent cl d'un grand sens i>ratic]ue, une Tori^l domale de chi-nes en conversion dons la région lorroine. On cxploilait précisément, is la première aQ'eclatïon, une coupe portant sur 300 à -iUO licaux modernes ne, de 2'j i. liii centimËIres de diamî'trc environ, recouvrant im gaulis assez nplel de la même essence, âgé d'une vingtaine d'années, mi^langti cependant beaucoup du charmes ctdc Lois blanc s. C'était une coupe délinitivc : onn'uvait cru pouvoir la «liETéror davantage, el avec raison. Notre liomnie de bon sens, ingcr d la région, et peu habitué aux sacrifices <iue rdclanicnt les converis, ne pouvait, malgiti nos essais d'éclaircissemenls, coiuprcndrc le sens d'une eillc upératioQ. llien, i>ensail-il, ne saurait jusUlier la mise û mort brutalcde ducicurs superbes, en pleine vigueur, eit j>tcin rendemenl, pour leur subslir des nouveau-nés. (Juu dire d'un cullîvaleur qui fauclicrail son blé encore t, iiueli|ues semaines avant la moisson, pour ensemencer son champ à nou- ,u?... Nous croyons fermement que si l'on avait su, il y a cinquante ans, ce ) certaines conversions entraîne raient de sacriliccs. de diflicultés et de dana, beaucoup d'en lie olles n'auraient jamais élc eulreprises.

Ëca>0!IIS FOIIESTIÉHB, — III 34

taillis pour le choix des parcelles à affecter à la première période. Eq principe, il semblerait qu'on doive choisir les taillis les plus âgés, afin de hâter le moment oi^ les coupes de conversion pourront être commencées. Mais il ne faut pas oublier que les affectations deuxième et suivantes vont continuer à être traitées en taillis; il faudra donc leur réserver des bois âgés. On colloquera en première affectation ceux dont Tâge variera par exemple de la moitié aux trois quarts de leur ancien âge d'exploitation. Ces parcelles devront présenter une surface totale égale au quart de celle à convertir^ à moins que Ton n'ait des raisons de former des affectations inégales, ce qui ne sera pas le cas en général.

Les deuxième, troisième et quatrième périodes seront dotées de taillis sous futaie d'âges variés. La meilleure solution consiste, lorsqu'on le peut, à graduer convenablement les âges dans chaque affectation en particulier, de façon à en former une série de coupes indépendantes, dont la durée de révolution est égale à la durée de la période. Chaque affectation formera alors une unité aménagée distincte, et l'accession de l'une d'elles aux opérations de conversion ne troublera en rien le traitement des suivantes. Cette solution est souvent possible lorsque la série à convertir est formée de la réunion de plusieurs anciennes séries de taillis sous futaie.

On constitue autant que possible les affectations d'un seul tenant; il est clair que ce desideratum sera généralement facile à réaliser sans trop grands sacrifices d'exploitabilité.

C. — Période (T attente. — On a formé la première affectation des peuplements les plus riches en arbres qu'on a pu trouver dans la forêt. Il est exceptionnel qu'on en rencontre d'assez riches pour qu'il n'y ait pas à envisager l'existence d'un taillis, que l'on puisse établir l'état de coupe d'ensemencement sombre avec les arbres de futaie seuls. Si cependant ce cas était réalisé il est évident qu'on pourrait commencer la conversion immédiatement, sans passer par une période d'attente. En dehors de ce cas très rare, il y aura lieu de compter avec l'âge des taillis

et l'on no pourra commencer la conversion que lorsque celui-ci aura atteint une soixantaine d'années environ.

C'est dire que la période d'attente aura une durée assez voisine d'une quarantaine d'années. Il est commode que cette durée soit la même que celle des périodes de la révolution de conversion et de la révolution des coupes de taillis sous futaie à effectuer provisoirement dans les affectations non encore en tour, parce qu'alors tous les règlements arrivent à terme en même temps et sont révisés à la fois par un travail d'ensemble. Nous supposerons donc, dans l'exemple choisi, que la durée do la période d'attente est de 40 ans.

D. — Règlements spéciaux pour la période d'attente. — Pendant la période d'attente, les peuplements de première affectation sont parcourus par des coupes préparatoires. Nous n'avons pas à nous étendre ici sur le caractère cultural de ces coupes (1). Elles sont réglées par contenance, sans possibilité proprement dite, exactement comme les coupes d'éclaircie des futaies pleines, par un règlement de forme identique qui indique simplement leur époque et leur assiette. Elles se font avec une rotation sous-multiple delà durée de la période, etvoisincdelOans.

Les peuplements des affectations autres que la première seront parcourus par des coupes de taillis sous futaie formant une seule série ou plusieurs, de préférence une par affectation. La durée de la révolution sera, s'il est possible, égale à celle de la période, pour la raison, indiquée ci-dessus, que tous les règlements arriveront alors à terme en même temps. Les règlements d'exploitation de ces séries provisoires de taillis sont entièrement identiques, dans la forme, à ceux des taillis sous futaie ordinaires. Les coupes de taillis sous futaie provisoire présentent ceci de particulier dans les forêts destinées à la conversion qu'on y doit multiplier jusqu'aux dernières limites du possible le nombre des réserves, des bonnes essences d'abord, mais

(1) On les trouvera parfaitement décrites dans la 2« édition (1818) du Cours d'aménagé me ni de Nanquette (page 302) et dans le Traité de sylviculture^ do M. Boppc (page 218).

5oo

LES TllAVAUX ESSENTIELS DE L^AMIÉNAGBMENT

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aussi, à leur défaut, même celles d'essences quelconques. Il n'est aucun meilleur moyen de préparer de loin la conversion (1).

A l'expiration de la période d'attente, la première affectation sera couverte de vieux taillis, préparés de longue main à la conversion, et prêts à subir les coupes de régénération. Les autres porteront des peuplements de taillis sous futaie d'âges gradués, aussi riches que possible en arbres de futaie.

On procédera alors à la confection des règlements spéciaux pour la première période de la révolution do conversion.

E. — Règlements spéciaux pour la première période de la révolution de conversion. — La première affectation sera, pendant la première période, l'objet de coupes de régénération. Ici encore nous renverrons, pour le caractère cultural de ces coupes, aux traités de sylviculture qui sont entre les mains de tous les forestiers, nous bornant à ce qui concerne l'aménagement proprement dit.

Comment seront réglées ces coupes quant à leur quotité ? Emploiera-t-on une possibilité par contenance ou par volume?

Nous avons vu la possibilité par volume seule adoptée, en d8o8, dans la forêt de Champenoux, et il est certain que ce fut avec l'assentiment de Parade.

Dans son traité d'aménagement (édition de 1860), Nanquette recommande un système mixte. On dénombre, au début de la période, tous les bois de 0 m. 20 et plus de la première afiFectation et on base sur ce dénombrement le calcul d'une possibi-

(1) Ce serait une faute grave, allant directement à l'opposé du but poursuivi, qui est d'augmenter la production en gros bois, que de chercher à atténuer la réduction de revenu inséparable des conversions en réalisant sj-stémaliquement les gros bois dans les allectations encore éloignées de leur lourde conversion en futaie. Ce serait, sous prétexte de créer des futaies, substituer le taillis simple au taillis avec arbres sur une partie de la forêt. 11 n'est que trop souvent arrivé «pic ce résultat a été le plus sûrement obtenu dans les aU'cctations hors tour en même temps que des coupes de régénération malheureuses en produisaient un tout semblable dans raffectalion en tour. Certaines tentatives de conversion prématurées ou imprudentes ont surtout abouti à faire disparaître en une vingtaine ou trentaine d'années, une bonne partie des gros chênes qui formaient la richesse et la gloire de la forêt.

L'expérience a appris que, dans les forêts en conversion, le service régulier d'une possibilité par volume est à peu près impossible. Presque tous les aménagements stipulent expressément que le « recrutement de la possibilité sera subordonné aux exigences culturales ». Dans ces conditions, le seul avantage spécial à la possibilité par volume, qui est le rendement soutenu, disparaît en grande partie tandis que tous les inconvénients que nous avons signalés plus haut (pages 304,360,378, etc.), comme résultant de Tincertitude de l'assiette des coupes de régénération subsistent. Il nous semble qu'il est nettementpréférable,dès lors, de régler toutes les coupes de conversion par contenance, non seulement celles d'ensemencement, mais encore toutes les autres. Voici, à titre d'exemple, le système que nous avons proposé pour la partie de la forêt de Haye dépendant du service de l'Ecole nationale des Eaux et Forêts, les 4^ et 8^ séries de futaie, système qui a été sanctionné par décret du 12 mars 1904.

(( Les parcelles afiFectéesà la première période seront réunies

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LES AMÉNAGEMENTS DE CONVERSION 5oi , M

jité par volume suivant le procédé usuel dans les futaies pleines (méthode combinée). Cette possibilité néanmoins ne sera appliquée qu'aux coupes secondaires ou définitives, lorsque les progrès de la régénération permettront de les faire. Les coupes d'ensemencement se feront par contenance, en une dizaine ou quinzaine d'années^ sans possibilité fixée, à la manière des coupes d'amélioration, et indépendamment des coupes secondaires ou définitives par volume. Une fois que toute l'étendue sera mise en ensemencement, par exemple après une décennie, la possibilité par volume réglera seule la quotité des coupes de régénération. A part cette particularité relative aux coupes d'ensemen- li cément, le règlement spécial des coupes de régénération dans le système de Nanquette,qui est encore celui généralement suivi actuellement, est entièrement identique à celui des futaies pleines (méthode combinée). Il est donc inutile d'y insister davantage. La possibilité est également l'objet do révisions souspériodiques ou décennales.

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LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT

en un certain nombre de groupes d'un seul tenant ou non, dénommés chacun une suite. Chacune de ces suites recevra un nom permettant de la désigner. Une suite sera divisée en six coupes ou assiettes égales dans les peuplements de hêtre, en cinq dans les parties peuplées do chêne.

H Ces assiettes seront désignées, par exemple par les lettres de l'alphabet, de manière à préciser l'ordre dans lequel elles seront parcourues.

(( Le nombre des suites sera naturellement indiqué, en général, par l'état des peuplements. En tout cas il sera bon de les multiplier autant que possible, de façon à éviter les coupes trop grandes d'un seul tenant. Il convient, cependant, qu'une suite comprenne au moins deux ou trois parcelles afin d'éviter un morcellement excessif et une complication fâcheuse.

a Chaque année on parcourra dans toutes les suites d'une série les coupes de même nom de façon à revenir sur les mêmes points avec une périodicité très régulière de cinq ou six ans, sui vaut les cas.

(( Les coupes se feront suivantles indications culturales, c'està-dire suivant ce qui sera exigé par les progrès des semis, sans autre présomption de quotité que celle résultant de l'indication de la surface à parcourir.

(( En somme les coupes de régénération ainsi pratiquées ne seront qu'une continuation dos éclaircies périodiques, réglées d'après le même système; leur périodicité sera seulement moindre (moitié environ) et elles serontfaites suivant les règles bien connues présidant à la marque des coupes d'ensemencement et secondaires.

(( Dans la 4° série les suites seront de six coupes (de A à F), dans la 8® de cinq ou six (de A à E ou F).

(( . . Nous admettons que la régénération sera terminée dans toutes les suites après cinq ou six passages des coupes, terme qui coïncidera avec l'expiration de la période (1). S'il se produisait

(1) Les périodes sont de trente ans dans les deux séries.

quelques retards ou sî certaines parcelles paraissaient devoir subir la coupe déRnitivo avant la fin de la période, il n'en résulterait aucune difficulté. Les mesures utiles de ce chef seraient prises à Toccasion des révisions.

« Le système des suites de coupes annuelles assurera du reste un revenu au moins aussi uniforme que celui obtenu jusqu'à présent (dans la forêt de Haye). On peut même espérer que le revenu sera plus constant qu'il ne Ta été (1) à cause de la multiplicité des coupes qui porteront tous les ans sur tous les types de peuplements, riches et pauvres, et comprendront tous les genres de coupes de régénération : ensemencement, secondaires et définitives, puisque nos suites comprendront inévitablement des parcelles où la régénération est déjà en cours en ce mo« ment (2). »

La deuxième affectation sera parcourue, pendant la première période, par des coupes préparatoires réglées exactement comme l'ont été, pendant la période d'attente, les coupes du même genre efiectuées alors en première affectation.

Quant aux troisième et quatrième affectations, elles subiront des coupes de taillis sous futaie soumises à un règlement dont la forme ne présente rien de spécial.

F. — Révisions périodiques d'aménagement et de possibilité. — Les règlements spéciaux des coupes de toute nature venant à expiration à la fois à la fin des périodes ils seront alors refaits à nouveau pour la période entrant en cours. On procédera en même temps, s'il y a lieu, à un remaniement du règlement général.

(1) Pendant la première période de révolution de conversion, le revenu des coupes principales de futaie pratiquées dans la 8» série de la forêt de Haye a varié dans la proportion de 7 à 25 en matière, et de 64 à 283 en argent, en ne tenant pas compte de la suspension complète des exploitations i)endant deux ans. La forêt de Ghampenoux montre des résultats analogues : le rendement des coupes principales de futaie pendant la première période de la révolution de conversion a varié, en matière, dans la proportion de 8 à 27 et en argent de 10 à 48.

(2) F or et domaniale de Haye. Révision d'aménagement des A* et S» séries en i904i par G. Huifel, pages 53-54 du procès -verbal déposé aux archives de l'Ecole nationale des Eaux etForOts.

LÎ- V

LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT

Lorsque la possibilité des coupes priacipales de conversion a été établie par volume, il est nécessaire de la reviser fréquemment» à cause de l'incertitude de son calcul. On prévoit ordinairement qu'elle sera déterminée à nouveau tous les dix ans, à' des dates précisées d'avance de manière à assurer autant que possible l'exécution en temps opportun de ces utiles opérations.

§ 2. — Les conversions de taillis sous futaie en futaie

claire (i).

La futaie claire diffère essentiellement du taillis sous futaie en ce qu'elle est une exploitation d'arbres, et non plus une exploitation mixte. Le peuplement est formé d'arbres, de chênes destinés à acquérir les plus fortes dimensions possibles. Ces chênes sont maintenus isolés pour faciliter leur régénération par la graine et hâter leur grossissement, mais leur intervalle est réduit au minimum exigé par cette double considération. Le sol, entre les arbres, est couvert d'une souille, mélange de semis, de morts-bois, de bois blancs et de quelques rejets qu'on parcourt fréquemment en vue de dégager les semis; on la recèpe systématiquement, tous les IS ans par exemple, en même temps qu'on fait la récolte des arbres, qui est la seule récolte principale.

Pour réaliser la conversion d'un taillis sous futaie en une futaie claire, il y a lieu de multiplier d'abord le nombre des arbres de futaie chêne, d'éliminer progressivement du peuplement les essences telles que les hêtres et les charmes, qui y tiennent trop souvent une place excessive eu égard à leur valeur. On devra parallèlement amener la substitution progressive, à l'an^cien taillis, d'un peuplement d'arbres chêne en assurant soigneusement la conservation de tous les semis naturels de cette

(1) Pour éviter tout malentendu nous répéterons une fois de plus, entête de ce paragraphe, que la futaie claire a été imaginée — en vue du traitement du chêne en futaie — sur les sols frais et fertiles — sous les climats rudes qui rendent les ensemencements lents et difficiles par la voie naturelle.— Nous supposons donc ces trois conditions remplies à la fois.

LES AMÉNAGEMENTS DE CONVERSION 5o5

:iicc et en la mullipliant par des plantations judicieusement es.

îne série de trente coupes de laiilis sous futaie sera, par exemdivisée en deux séries de futaie claire comprenant l'une les pes dont le taillis est âgé de 1 à 15 ans, la seconde celles t les taillis sont âgés do 16 à 30 ans.

In fera l'inventaire du matériel dans chaque série. On en uira, en s' aidant de la considération du couvert des arbres iifférentes catégories, le matériel normal probable que pourra iporter la futaie claire à créer. Ce ne sera là, cependant, une indication à laquelle on ne sacrifiera, en aucun cas, surt au début, lorsque les données d'expérience font défaut, istenco d'arbres chênes d'avenir qui pourraient paraître nériquement surabondants.

In principe le peuplement principal ne comporte que des nés (1). Il sera cependant souvent opportun d'y conserver Iques hêtres, à condition d'en limiter le nombre et les diisions, et plus souvent encore des essences comme le trem- , certains fruitiers, le bouleau, ou même le charme, quoique e dernière essence soit la moins intéressante en général. 11 , se garder, à cet égard, de tout parti pris et se contenter do pas perdre de vue le but poursuivi, qui est la production la i abondante de bois d'œuvre précieux.

la série de 15 coupes dont le taillis est âgé de 1 à 15 ans L parcourue, avec une rotation de 15 ans, à raison d'une pe par an, par rang d'âge, et ie règlement d'exploitation k établi pour la durée d'une rotation, soit pour 15 ans. La pe réalisera dans la réserve une partie des gros arbres d'es- :es secondaires et encore d'antres sujets, de dimensions Iconqucs, lorsqu'ils nuiront au développement de chênes itants. La possibilité de ces coupes sera réglée par volume, àçon à amener progressivement ie matériel à l'état normal ;

11 est inutile de faire remn.ri]iier que le frSnc et l'orme champêtre sont aussi eux que le cliânc et uot liroil au mime rang dans la torûl.

5o6 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT

c'est-à-dire que Ton n'enlèvera les gros hêtres ou charmes que dans la mesure où ils s'accroîtront et où s'accroîtra parallèlement la futaie chêne. Chacune des 15 coupes aura sa possibilité calculée pour elle spécialement, sans qu'on se préoccupe d'as* surer autrement un rapport soutenu, auquel on doit forcément renoncer dans toute conversion.

Pour rendre ceci plus clair, supposons que l'inventaire ait révélo dans une coupe la présence de 40 m. cubes de bois de futaie chêne et de 30 m. cubes de hêtre, charme et divers à l'hectare ; qu'on admette de plus que le matériel normal est de 120 m. cubes (1). Si l'on compte que les arbres s'accroissent au taux moyen de 2 pour cent par an, les chênes, s'accroîtront, en 15 ans, de 14 m. cubes et les hêtres, charmes, etc., de 10 m. cubes 5, au total 24 m. cubes 5. Comme le matériel en arbres est très insuffisant,on ne réalisera qu'une partie de cet accroissement, soit une quinzaine de mètres cubes par exemple, plus ou moins suivant qu'il paraîtra plus opportun de faire disparaître rapidement les essences secondaires. Les coupes porteront exclusivement sur ces essences, et de préférence sur les arbreH les plus gros et sur ceux qui nuiront au développement de chênes. On ne coupera de ces derniers qu'en cas de nécessité absolue. Si la réserve du taillis sous futaie ne renfermait point d'arbres d'essences secondaires à enlever, l'opération se réduirait alors à l'extraction des sujets dépérissants, jusqu'au moment où le matériel normal serait constitué.

Les arbres seront coupés à culée noire^ ou, si ce mode d'aba« tage n'est pas dans les usages locaux, on fera suivre leur abatagc de l'extraction des souches, sur l'emplacement desquelles on fera planter avec soin des chênes de haute tige. Le succès de ces plantations est assuré sur un terrain profondément défoncé par l'arrachage de la souche et elles n'entraînent aucune dé*

(H 11 est souvent préfdrable, dans des .orôts où les arbres ont des cimes très développées et inégales d'un sujet à l'autre, de cuber le fût seulement pour les petits arbres qui ne donnent pas de bois d'oeuvre (de 0"25 de diamètre) et le tronc ou volume en bois d'œuvre pour les autres.

pense, étant faites par des concessionnairos d( auxquels on abandonne, pour leur salaire, le qu'ils ont extrait du sol. Lorsque les arbres e> peu nombreux pour que les plantations ainsi suffisantes, on fera, dans le taillis mémo, entre 1 arbres, en des points bien choisis, des trouée dans lesquelles on reccpera le bois et plantei haute tige en des potets largos et profondémen La coupe des arbres sera accompagnée d'un gement très énergique dans le taillis, praliqui tous les brios de semonce d'essences précieuse trera. Ce dégagement fait tous les 13 ans sur cément ne suffirait pas à assurer le maintien d semis naturels ou sujets plantés, et leur subslîti aux taillis existants. Il sera nécessaire d'en pr vers le milieu de l'intervalle de deux coupes t vos, c'est-à-dire sept ans après chacune d'elles dégagement intermédiaire, faite généralemer forestiers eux-mêmes, n'entraînera qu'une dé ou même nulle. 8a nécessité décroîtra à meau: la conversion, de la réduction du taillis dont [' nuera de plus en plus.

Dans l'autre série de futaie claire, celle qui i les coupes dont le taillis était âgé, au début, d méthode d'aménagement sera toute semblable ; qucs particularités à prévoir dans la pratique

Tous les ans la coupe parcourra un des qui: rang d'âge, conformément à un règlement é ans, soit une durée de rotation. La possibilité bres sera calculée comme dans le cas précède même, en première ligne, aux dépens des plu essences secondaires.

Cette coupe principale sera accompagnée générale, très énergique, du taillis de 30 an:

plus, dans ce taillis, tout ce qui entoure les gros chênes, faisant une véritable petite coupe annulaire autour de chaque gros arbre, tant pour favoriser sa mise à fruit et pour permettre d'assurer, au moyen de simples dégagements, le maintien des semis qui viendraient à se produire, que pour éviter la détérioration de sa cime par les taillis grandissants. On se contentera, par contre, de dégager franchement les jeunes chônes qui peu* vent encore augmenter la hauteur de leur fût.

Les plantations de chênes de haute tige se pratiqueront de même sur l'emplacement des gros arbres abattus, après extraction des souches, et dans des trouées faites spécialement, de distance en distance, dans le taillis, sur des emplacements bien choisis, où l'on arrachera aussi les souches. Si ce défrichement était trop onéreux on ferait au moins des potets assez profonds et larges pour assurer la reprise des plants et les protéger contre le contact trop immédiat des rejets jusqu'au moment où la coupe intermédiaire de dégagement, pratiquée sept ans après la coupe principale, viendra les affranchir largement.

Il semble que la continuation d'un pareil système de coupes doive amener sans danger, certainement, et même rapidement, la forêt vers l'état poursuivi. L'expérience de la pratique de ces exploitations nous fait encore défaut. Avec le temps, à l'usage, cette pratique se précisera. On apprendra, par exemple, si les coupes sont susceptibles d'être vendues sur pied en totalité ou en partie (les arbres) seulement ou si elles doivent être exploitées en régie, etc.

Un aménagement de conversion en futaie claire de 200 hectares de taillis sous futaie de la forêt domaniale de Champenoux va être proposé par la station de recherches de l'Ecole nationale des Eaux et Forêts. S'il reçoit la sanction de l'Administration Ton ne tardera pas à être fixé par l'expérience sur la manière d'opérer la plus sûre et la plus simple.

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