décastères de 1822 à
Le flot de laCure est moins important; il était de 9.500 décastères en 1830 et est tombé à 2.000 actuellement.
Le flottage constitue un mode de transport très économique; il revient à trois centimes environ par tonne kilométrique (1).
Les forêts du Morvan sont surtout entre les mains de propriétaires particuliers qui n'en retirent guère, par le furetage, plus de 1 me. 50 à 2 me. et de 10 à 15 fr. par hectare et par an. La diminution de la consommation de Paris en bois de feu, et surtout la facilité qu'a maintenant la capitale de s'approvisionner ailleurs, ont réduit le revenu à la moitié ou au tiers de ce qu'il était il y a cinquante ans. Aussi le mode de traitement du furetage, imaginé en vue de la production unique des bois de feu, paraît-il destiné à disparaître. Il y aurait lieu de substituer aux taillis de hêtre fureté des futaies mélangées do sapins et de
(1) Excursion forestière dans le Morvan^ par A. Roy. Xevers, i901.
LA FRANCE FORESTîÈRE d'aUJOURd'hUI 869
hêtre qu'il semble devoir être facile de créer en semant des sapins sous les taillis qu'on aurait laissés vieillir et qui fourniraient des faînes.
L'Etat ne possède que peu de forêts dans le Morvan. La plus typique est celle de Saint-Prix, dans l'arrondissement d'Autun, qui s'étend sur 1.013 hectares en terrrains de porphyre granitoïile et couvre les points culminants de la région, entre 700 et 900 mètres d'altitude. Des règlements de la fin du xvii*' siècle l'avaient aménagée en furetage à des révolutions de 25 à 30 ans ; on ne coupait que les bois de un pied de to:ir et au-dessus, mesure prise à deux pieds du sol, et on laissait de plus quelques baliveaux pour donner des graines. Ce traitement fut suivi sans modification jusqu'en 1840. A cette époque, les agents forestiers estimant, avec infi^niment de raison, que le rôle des forêts domaniales n'est pas de produire du bois de feu, firent a^lopter un projet de conversion en futaie pleine. Pendant une première période, craignant de ne pas obtenir de semis naturels de hêtre dans les taillis trop jeunes, on fit des semis d*épicéa et desapin sous les peuplements les plus élevés ; à mesure que les résineux se développaient, on les dégageait par Tcnlèvement progressif des taillis. On a obtenu ainsi, en trente ans, sur la moitié de l'étendue de la forêt, des peuplements d'épicéa pur (300 hectares) ou de sapin mélangé d'épicéa et de hêtre (200 hectares); ce dernier type est évidemment préférable. On avait du r^ste supprimé toute exploitation en taillis dès le début de sorte qu'en 1870, à la fin de la première période de l'aménagement, on se trouva en présence de perchis sur souches de hêtres qu'il était facile de régénérer naturellement par la semence suivant la méthode habituelle des coupes progressives. On soumit dès lors la forêt à un aménagement analogue à celui généralement pratiqué dans nos futaies pleines. Les semis de sapins (et ceci est peut-être regrettable) ne doivent plus intervenir, d'après l'aménagement, qu'en cas d'insuffisance des semis naturels de hêtre. Le but poursuivi est la constitution du matériel d'une futaie pleine aménagée à 120 ans environ.
36o LA FRANCE FORESTIÈRE. — STATISTIQUES
La forêt de Saint-Prix a produit, de 1891 à 1900, vingt francs par hectare et par an. Pendant les dix dernières années de la pratique du furetage (1830-39), le revenu n'était que de 14 fr., bien que les prix du bois de chauffage fussent alors beaucoup plus élevés.
§ 2. — Les forêts du bassin de la Seine et du bassin moyen de
la Loire.
Le bassin de la Seine, le bassin de la Loire et de ses affluents à partir de la Sarthe et de l'Indre et à l'exception de l'Auvergne forment une vaste région d'un seul tenant, comprenant une vingtaine de départements, d'une étendue totale d'environ 1.200.000 kilomètres carrés, soit 22 0/0 de la surface totale de notre pays. Son taux de boisement, très régulier (il ne varie guère que de 13 à 18 0/0 d'un département à l'autre) (1), est compris entre 15 et 16 0/0. On y rencontre 185.000 kilomètres carrés de forêts, c'est-à-dire le cinquième environ des forêts françaises, dont 142.000 (les quatre cinquièmes) sont particulières et 35.000 (un cinquième) sont domaniales; les forêts communales n'y figurent que pour une proportion insignifiante.
Toute cette région est une région de plaine, à climat doux et relativement sec (sauf en Normandie), à sol généralement non calcaire, souvent constitué par des argiles plus ou moins mélangées de sable, avec des zones de sables purs, parfois grossiers et stériles.
Les forêts particulières sont traitées en taillis simple sur environ 700.000 hectares, la moitié de leur contenance, avec des révolutions trop souvent inférieures à 25 ou même 20 ans. Elles sont peuplées de chêne rouvre, de charme, de châtaignier, de hêtre et de bois blancs. Leur rendement ne dépasse guère 2 me. à 2 me. 5 et leur revenu en argent est très faible, surtout depuis la baisse des écorces de chêne, qui en constituaient la
(1) A Texception, bien entendu, du département de la Seine.
LA FRANCE FORESTIERE D AUJOUKD HUÎ
production la plus avantageuse. 550.000 hectares, traités en taillis sous futaie, sont d'un rendement plus élevé, bien que les âges d'exploitation y soient souvent trop bas et la réserve peu abondante. Le surplus est en résineux, pins maritimes ou sylvestres, abondants surtout dans la Sologne, l'Orléanais et le département de la Sarthe. Ces forêts résineuses sont d'un bon rapport : il faut cependant signaler dans certaines régions des abus de jouissance, dont le pire est l'extraction incessante des feuilles mortes, bruyères, mousses, humus, qui a déjà amené le dépérissement d'un certain nombre d'entre elles (1).
Les forêts domaniales de cette région sont surtout des futaies de chêne et de hêtre, ce dernier devenant abondantet même dominant dans la partie N.-E. où se trouvent, de Paris à l'estuaire de la Seine, nos plus belles futaies de hêtre françaises (Villers- Cotterets, Lyons, Eawy, Bretonne, etc.), tandis que les conservations d'Alençon, de Tours et de Moulins renferment nos plus belles futaies de chêne. Nous donnerons ci-dessous, comme
(1) M. Noël, inspecteur des forôts, a publié dans la Revue des Eaux et Forets, en 1884, une statistique des forêts des départements du Calvados, Eure-et-Loir, Manche, Mayenne, Orne et Sarthe d'après laquelle les rendements par hectare et par an des forêts particulières de ce groupe de déparlemeuts seraient :
i» Pour les taillis simples exploités
au-dessous de 10 ans
2» Pour les taillis simples exploités
au-dessus de 10 ans
3<* Pour les taillis sous futaie exploités
de 10 à 20 ans
4» Pour les taillis sous futaie exploités
au-dessus de 20 ans