CONSÉQUENCES POLITIQUES ET NATIONALES
naturellement. Ce n'est point par un effet du hasard que presque partout, les monarques absolus qui ont fait plier la noblesse du moyen âge et engagé dans leur voie les temps modernes, ont été aussi les fondateurs du protectionnisme. La fermeture vis-à-vis de l'extérieur, la solidarité du côté de l'intérieur qu'un système semblable entraîne avec lui, l'influence sensible exercée ici par l'autorité de l'Etat sur une foule d'intérêts privés des plus importants, doivent puissamment contribuer aux progrès de la conscience nationale, de la centralisation de toute la vie publique et, il est vrai aussi, de l'absolutisme (2). On en constate, pour ainsi dire, un dernier reste^ lorsque même dans un Etat constitutionnel, un gouvernement habile sait tirer parti des droits protecteurs pour s'attacher de puissants partis parlementaires aux dépens, toutefois, de groupements populaires moins puissamment représentés. Lorsqu'on présume, par suite, en faveur du triomphe de la liberté civile sur la toute-puissance de l'Etat, on doit, par voie de conséquence, présumer également en faveur du libre-échange international (3).
D. Une éducation semblable de l'industrie ne peut être tentée avec un succès véritable, que seulement en grand et, par suite, sur une base nationale, ha mesure la moins dangereuse du système, la taxe douanière à l'importation (§ 53) suppose une ligne de frontières relativement courte, telle que, même avec une configuration territoriale des plus favorables, un grand pays peut seul en posséder une (4). Plus l'étendue du territoire douanier est considérable, moins la nature y présente, en général, d'uniformité, et plus tôt peut se développer, dans l'intérieur de ses limites, une concurrence active, tandis que le marché de l'extérieur souffre d'une insécurité constante.il faut donc recommander toute union douanière entre Etats parents entre eux, non.
seulement au point de vue financier, mais encore au point ■de vue économique. Entre Etats non parents, égaux en puissance, une communauté si profonde de la politique économique presque tout entière sera difficilement réalisable, et aura plus de peine encore à se maintenir longtemps. Si les Etats, non parents, sont de forces très différentes, il est probable que la conséquence de cette union sera bientôt l'absorption du plus faible par le plus fort (Vol. IV, I, § 101 et suiv.) (5).
(1) Il ne faudrait pas apprécier, d'après des règles identiques, le protectionnisme de la Russie et celui des États-Unis. Il peut être nécessaire, en Russie, de fortifier d'une manière artificielle une bourgeoisie provisoirement encore très faible, et d'arracher à leur sommeil des forces et des possibilités sans nombre, en encourageant à s'en servir par ordre de l'Etat. Dans ce pays également, l'absolutisme du souverain a, dans ses habitudes et dans ses attributions, l'éducation nationale. C'est ainsi, par exemple, que le droit de douane sur le jute apparaît comme très opportun, pour permettre la fabrication avec du lin indigène de la grande quantité de sacs dont on se sert en Russie. On cultivait autrefois, dans les provinces méridionales, le lin uniquement pour sa graine, et on laissait la tige inemployée (Stieda, dans le Jahrb. /. Ges. ii. Verve., 7, p. 939). Par contre, aux États-Unis, la noblesse n'existe pas. Toute la population appartient à la bourgeoisie, et les paysans eux-mêmes sont commerçants en grains, négociants en bestiaux, spécula-teurs en immeubles, etc. On peut, l'art de se débrouiller y étant aussi universel que l'activité, compter que toute occasion véritablement avantageuse sera mise à profit sans l'initiative ou le secours de l'État. La parole de A. Walker se vérifie pleinement, que « l'Amérique ne doit pas produire de fer, non parce qu'elle y serait trop inhabile, ou ne posséderait point un capital suffisant, ou parce que les convenances de la nature lui seraient opposées et que la protection de celle-ci lui ferait dé-