CHAPITRE m
Climat, sol productif, agriculture.
Le développement de la vie organique, c'est-à-dire la croissance et la maturité des plantes, dépendent du sol et du climat.
A. Climat.
1. Caractère général L'Europe centrale, dont notre pays fait partie, a un climat intermédiaire entre le climat maritime des contrées du nord-ouest de notre continent et le climat continental de Test de l'Europe. Les deux extrêmes se touchant en Suisse, nous sommes tantôt gratifiés de l'abondance de pluie de l'Angleterre, tantôt du froid glacial de la Bussie.
2. Température. Ces conditions climatologiques générales sont profondément modifiées par les différentes altitudes qu'on rencontre en Suisse. Comme on peut s'en convaincre par le tableau suivant, la température moyenne s'abaisse de 1® C. quand l'altitude s'élève de 180 m.
Stations météorologiques Altitude Température moyenne
Bâle . .
Zurich .
Berne . .
St-GaU .
Einsiedeln
Engelberg .
Davos
Siïs Maria
Bernardin
3. Chute des pluies. L'altitude d'un lieu et sa situation par rapport aux courants qui entraînent les nuages exercent une influence décisive sur la chute de pluie comme sur la température. En règle générale, les vents de l'ouest nous amènent la pluie. Le versant occidental du Jura a une chute de pluie plus forte (100 à 160 cm) que le versant oriental (90 à 120 cm). Sur le Plateau, les pluies sont moins abondantes que dans le Jura. A mesure qu'on se rapproche des Alpes, la chute de pluie va en augmentant, et elle atteint son maximum de 230 cm à une altitude de 2(KX) m, dans les Alpes bernoises, dans le massif du Gothard et dans les Alpes grisonnes, entre le Ehin et le Tessin. La direction longitudinale des vallées, la pente générale du terrain, incliné vers le nord-ouest, offrent un accès facile aux courants de l'ouest et facilitent la répartition des pluies sur tout le pays.
Certaines contrées protégées du côté de l'ouest par de hautes chaînes de montagnes n'ont qu'une chute de pluie relativement faible. Tel est le cas dans la vallée du Ehône, et particulièrement à Sierre, où l'on n'a relevé que 56 cm d'eau, chute la plus faible constatée en Suisse. Aussi ce pays-là jouit-il d'une végétation méridionale et la vigne y prospère-t-elle à merveille.
Du Léman aux lacs de Neuchâtel et de Morat s'étend une zone intermédiaire relativement sèche, où l'on constate une chute annuelle de 90 cm d'eau. Ouvert du côté du nord, ce territoire est abrité à l'ouest par les plus hautes chaînes du Jura. Ainsi s'explique la forte production en céréales du canton de Vaud et la prospérité des vignobles des bords des lacs de Genève, de Neuchâtel et de Bienne.
Les vallées tessinoises et grisonnes tournées au midi et protégées contre les vents du nord jouissent d'un climat analogue à celui du Valais, mais avec une chute de pluie plus forte. Lugano, par exemple, situé à une altitude de 275 m, a une température moyenne de 11,5" C, ce qui lui donne un climat méditerranéen.
Tous les climats de TEurope, celui des glaces polaires comme celui de la Méditerranée se touchent donc sur le petit territoire de la Suisse. La flore correspond au climat et Ton trouve chez nous la plupart des plantes cultivées du continent.
La forte chute de pluie dont bénéficie presque tout le territoire de la Suisse a donné à l'agriculture la direction qui lui convient. Les céréales ne parviennent à maturité complète que dans des conditions spéciales, par contre les prairies et les pâturages donnent des récoltes abondantes. L'extension de la culture fourragère nous est donc impérieusement dictée par les conditions climatologiques de notre pays.
L'action fertilisante de l'élément liquide est secondée, en Suisse, par le fœhn. Ce vent chaud fait disparaître avec une rapidité étonnante la couche de neige qui recouvre les vallées alpestres au printemps, et rend ainsi à l'agriculture des domaines que l'hiver semblait avoir conquis définitivement.
Trop souvent, hélas, des gelées tardives, des colonnes de grêle ou une chute de neige intempestive viennent détruire en peu de temps les plus belles espérances du vigneron et de l'arboriculteur. La moitié de notre sol, et précisément la partie la plus fertile, est exposée aux ravages de la grêle. Les contreforts des Alpes, la partie du Jura qui comprend tout ou partie des cantons de Bâle, Soleure et Argovie, et une large bande de terrain s'étendant de la Singine au Eheintal inférieur (St-Gall) sont le plus fréquemment dévastés, tandis que les hautes Alpes et le bassin moyen du Léman jusqu'aux lacs du pied du Jura restent ordinairement indemnes.
Du reste, les risques de la grêle poussent aussi nos agriculteurs à se vouer plus spécialement à la culture fourragère et à celle des tubercules. H est évident que les plantes s'élevant peu au-dessus du sol et les herbes fournissant plusieurs coupes par an ont moins à souffrir du fléau que les céréales, la vigne, les arbres fruitiers ou les plantes utilisées dans l'industrie.
B. Sol productif.