II. Engrais
L'élève du bétail a, par elle-même, un avantage en ce sens que la culture fourragère enlève au sol moins de principes azotés que la culture des céréales. En outre, elle rend à la terre, en fumier et en purin, un engrais azoté dont la valeur est estimée à 150 millions de francs annuellement. La Suisse achète en moyenne chaque année pour 5 à 5V» millions de francs d'engrais chimiques à l'étranger (superphosphates, sels de potasse, salpêtre), somme minime comparativement à la valeur des engrais indigènes.
G. Principales branches de Tagrioulture suisse.
. I. Culture fourragère, élève du bétail, industrie laitière.
1. Culture fourragère. Le sol productif de la Suisse a une superficie totale de 29,692 km*. Les forêts occupent 8473 km^ et les vignobles 323 km*. 83 7o des 20,896 km* restants sont exclusivement affectés à l'élève du bétail: 76 7o sont recouverts de prairies naturelles ou artificielles et de pâturages, 77o de céréales cultivées pour la paille ou comme graines fourragères. Nous l'avons vu plus haut, cette prédominance de la culture fourragère est une conséquence des conditions climatologiques. La proportion des terrains consacrés à l'élève du bétail croît, comme la chute de pluie, de l'ouest et du sud-ouest à l'est et au nord-est;
elle atteint son maximum (90 7o) dans les cantons de St-Gall et d'Appenzell. Les prairies deviennent plus nombreuses à mesure qu'on se rapproche des Alpes.
2. Buts de V élève du bétail bovin. La nature impose k notre agriculture en première ligne la culture fourragère et rélève du bétail. Cela étant, produire un fourrage à bon compte et le faire valoir au nûeux doit être le double but de nos agriculteurs. En dehors des soins minutieux qui incombent au cultivateur, il faut attacher une très grande importance à la qualité du bétail qui transformera la matière première, le fourrage, en lait et en viande ou deviendra du bétail de travail ou de reproduction. Dans d'autres pays ces différents modes d'exploitation agricole ne sont pas pratiqués simultanément dans la même mesure. En Suisse, bien que l'on vise surtout à la production du lait, on s'attache en même temps aux autres branches de l'industrie agricole. La race du Simmental surtout satisfait dans une rare mesure à ces diverses exigences. C'est là ce qui a valu au bétail suisse sa réputation universelle et ce qui constitue l'avantage principal de l'éleveur suisse sur ses concurrents étrangers qui ne poursuivent dans la règle qu'un seul but et arrivent par là parfois à l'abâtardissement de la race. Nous devons donc nous efforcer à améliorer la race pour la vente au dehors d'un bétail de choix. Nos deux principales races bovines, la race brune du nord-est et la race tachetée du sud-ouest, se prêtent bien à ce but. Une ligne tirée de Eomanshorn par Winterthour, Sursee, Brienz jusqu'au Mont- Eose délimite les territoires d'élevage de ces races. La race tachetée comprend deux variétés principales, celle du Simmental (rouge et blanche) et celle de la Gruyère (noire et blanche).
En date du 19 avril 1901, on comptait en Suisse l'340,375 têtes de bétail bovin, soit 404 pour mille habitants. Pour une même population, le Danemark en a 737, les Etats-Unis 640, la Suède 520, la Norwège et la Eoumanie 470. Les autres Etats de l'Europe en ont moins que la Suisse.
3. Industrie laitière. Le nombre des vaches laitières se montait, à la date ci-dessus, à 739,922; on comptait 329,265 pièces de jeune bétail et 200,115 veaux; les bœufs adultes et les taureaux n'étaient qu'au nombre de 71,073.
Une vache fournit en moyenne 2400 1 de lait par an. On estime donc à 17V4 millions d'hectolitres la production totale en Suisse, ce qui représente, à raison de 12 V2 fr. par hl, une valeur de 222 millions de francs, soit plus du 40 7o du produit total de l'agriculture en Suisse. Cette quantité de lait est utilisée comme suit: 427© sont consommés frais (à 14 fr. par hl = 104 millions), 38 7o servent à la fabrication du beurre et du fromage, 18 7o sont consacrés à l'élevage des veaux et 2% à la fabrication du lait condensé.
Les années 1900, 1901 et 1902 ont été particulièrement fructueuses pour l'industrie laitière; la production est évaluée en millions de francs à
Total L'exportation s'est montée à
1900 1901 1902 pour le fromage . . env. 80 43 V2 44 43 Va
» le lait condensé et 1 34 (en 1901: 36) 29 V4 31 Vs 36,9
la farine lactée / (en 1902: 40)
» le beurre ... 35 V4 y» Vç
Total 149 (en 1901: 151) 73 76 80
(en 1902: 155)
Le fromage suisse de l'Emmental et de la Gruyère livré au commerce en meules qui atteignent parfois un poids de 125 kg constitue encore le principal article de l'industrie et de l'exportation laitières. En outre, on fabrique en Suisse une vingtaine d'autres variétés de fromage ; mais seul celui des petits cantons — une espèce de parmesan appelée «sbrinz» ou «Spalenkàse» — est exporté en grande quantité en Italie. Les prix du fromage de l'Emmental sont fixés par les bourses spéciales qui se tiennent à Berne, Berthoud et Langental, à la fin du mois d'août, quand les acheteurs ont visité la marchandise dans les principales fromageries. Langnau, Herzogenbuchsee, St-Gall, Bulle sont aussi des places importantes pour le commerce du fromage. Nous
exportons la plupart de nos fromages chez nos voisins immédiats et aux Etats-Unis. Le prix du lait se règle sur celui du fromage d'exportation, bien que celui-ci ne représente que le V5 de la production totale. Par conséquent, la valeur du produit principal de notre agriculture dépend de la marche des affaires en général.
L'industrie fromagère introduite par des pâtres suisses en Bavière, en Prusse, dans le Jura français, en Savoie et dans la haute Italie, ne laisse pas que de nous faire une concurrence sensible.
Vevey, Payerne et Neuenegg, Cham et Guin ont des fabriques de lait condensé-^ à Stalden, à Utzenstorf et à Nyon il y a des usines de stérilisation du lait. Les dernières guerres d'outre-mer ont contribué à élever de 20 à 34 millions la valeur de l'exportation annuelle de ces articles. Les produits de la fabrique de farine lactée de Nestlé trouvent toujours un écoulement facile ; on en exporte pour 2 Yj à 2 V4 millions,
4. L'élevage, Notre pays est particulièrement bien approprié pour l'élevage rationnel du bétail bovin de choix. Dans les pâturages, situés à des altitudes diverses, les animaux trouvent, durant tout l'été, un fourrage jeune et nourrissant ; la liberté de mouvement en plein air ne contribue pas peu au développement harmonique des aptitudes physiques. On ne saurait surtout mieux mettre à profit les hauts pâturages alpestres qu'en y conduisant le jeune bétail. Les races du Simmental et de Schwyz jouissent d'une renommée universelle, aussi chaque année la Suisse vend-elle à l'étranger pour plusieurs millions de jeunes taureaux reproducteurs. Pour la race brune, les principaux marchés se tiennent à Schwyz, Einsiedeln, Altstetten (St-Gall), Thusis, Giubiasco, et, pour la race tachetée, à Erlenbach et Bulle. A Zoug et à Ostermundigen (Berne) ont lieu chaque année des marchés-concours de jeunes reproducteurs.
5. Bétail de boucherie. Comparativement à la production de lait et à l'élevage du bétail de race, le bétail à l'engrais ne vient en Suisse qu'en second lieu, aussi ne réussissons-
nous plus à suffire qu'aux V4 de notre consommation. Bon an mal an, nous achetons à l'étranger 60,000 pièces de bétail bovin, pour une valeur, en chiffres ronds, de 25 millions de francs.
6. Bestiaux divers. Les autres bestiaux restent bien au-dessous de la race bovine quant au nombre et à la valeur:
Statistique du bétail, avril 1901 : 1896:
Bétail à cornes Chevaux, etc. .
Porcs ....
Chèvres . . .
Moutons . . .
Bûches d'aheilles
têtes têtes valeur
l'340,375 1*306,696 450,4 milUons
Valeur approximative: 619 millions Valeur totale 596,9 millions
La volaille y comprise (on n'en a pas encore établi la statistique; évaluation: 4,58 millions de francs), la valeur totale du bétail suisse s'élevait, en 1901, à près de 625 millions ; les V4 de cette somme doivent être attribués à la race bovine.
A l'époque de la Eévolution française, V élève du cheval constituait encore une des branches principales de l'agriculture en Suisse. De plus en plus négligée, elle a repris de l'importance depuis que la Confédération fait des sacrifices pour améliorer les races indigènes des Franches-Montagnes, de Schwy^ et ^'Erlenbach par des croisements appropriés. On s'efforce d'obtenir un cheval bien membre, propre à la fois pour la selle et pour le travail.
Depuis le premier recensement du bétail, en 1866, les moutons ont diminué plus de moitié en Suisse, par suite de la concurrence des pays d'outre-mer et par suite de la baisse du prix de la laine. En revanche, le nombre des représentants de la race porcine a doublé. Le prix élevé de la viande, le nombre croissant des fromageries dont on peut utiliser les produits secondaires pour cet élevage, la baisse des grains et spécialement du maïs, voilà autant de causes qui militent en faveur de l'extension de l'élève du porc.