‹ Économie politique de la Suisse (volume 2)Chapitre 8 sur 32 · CHAPITRE pr · texte numérisé non relu

CHAPITRE pr

Généralités.

1. Situation géographique, La Suisse occupe une position centrale en Europe. Adossée à la partie la plus puissante de la chaîne des Alpes, elle est sous la même latitude que le centre de la France et les pays alpestres autrichiens. Son petit axe est dirigé du sud au nord; si on le prolongeait, il relierait le golfe de Gênes à la mer du Nord en passant d'une part, par la Savoie, le Piémont et la Lombardie, et franchissant d'autre part les bassins du Ehin, du Mein et les Pays-Bas. Nulle part la Suisse ne touche à la mer et aucune voie fluviale ne la met en communication directe avec celle-ci. Elle constitue donc un pays continental par excellence. Parmi les Etats de VEurope de quelque importance, la Serbie seule a une position analogue. Cette situation continentale exerce une influence décisive sur le choix des industries qui s'implantent en Suisse et sur l'importance de nos échanges avec l'extérieur.

2, Situation politique. Entourée par quatre grandes puissances, la France, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie, la Suisse joue en quelque sorte le rôle d'Etat-tampon. Le Congrès de Vienne de 1815 lui impose l'obligation de faire respecter la neutralité des passages des Alpes. Le lien autrefois un peu lâche de ses vingt-deux cantons s'est resserré depuis 1848, et, bien que petite, cette Confédération d'Etats ^st douée d'une force vitale dont le développement vise à l'union toujours plus étroite de ses membres.

Geering: et Hotz, Econaxnie politiqne de la Suisse. 1

5. La Suisse, pays limitrophe. Placée entre quatre grandes puissances, la Suisse est avant tout un pays limitrophe. Sa position continentale, Texiguïté de son territoire, la nature et la structure de son sol, son climat, voilà autant de causes qui Font forcée, bien plus que ce n'est le cas ailleurs^ à pratiquer des échanges avec l'extérieur et particulièrement avec ses voisins. Le tableau suivant donnera une idée de l'importance croissante de nos relations commerciales. Les métaux précieux exceptés, le commerce de la Suisse s'est élevé en millions de francs, de 1898 à 1901:

Importation

Exportation

avec rAllemagne > la France .

> ritaUe 155,8 191,, 162,o 157,9 38,8 42,o 44,^ 46„

> rAntriche-Hongrie 66„ 76,5 69„ 68,9 42,o 45,5 45,5 45„

Totaux: pays limitrophes 740,6 824,5 788,9 744,3 358,o 382,, 401,2 393,2

Autres pays de l'Europe 170,7 171,^ 170,8 156,6 228,8 255,3 258,, 274,5 Autres parties du monde 154,o 163,8 151» 1 149,, 137,o 158,3 l'76,8 168,,

Sommes totales 1085,3 ll60,o llll,, I050,o 723,8 798,o 838,, 838,6

Pour déterminer Timportance des relations commerciales de la Suisse avec les contrées voisines, il faut tenir compte de rétendue^ des pays, de la densité de leur population, de leur degré de culture et enfin de la nature des frontières et des voies de communication par lesquelles se font les échanges. Voir les chiffres ci-dessous concernant les deux premiers de ces facteurs (d'après les recensements de fin 1900 et du commencement de 1901):

Superficie Nombre des habitants

Pays

^"'^'"' la Suisse

en millions d'âmes

Nombre de fois la Suisse

par km^

Suisse . .

Italie . .

Allemagne

Autriche .

France . .

Quant à la densité de la population, il y a lieu de tenir compte des terrains improductifs (rochers, éboulis, glaciers, eaux) qui, en Suisse, occupent une surface beaucoup plus grande (28,47o) Ql^® dans les pays cités plus haut (France 18 7o; Autriche SVo? Allemagne 67o)- Si Ton prend pour base de calcul le sol productif, on compte en Suisse 112 habitants par km^, en moyenne.

Nos relations commerciales avec V Allemagne, le Yorarlherg autrichien et \à. principauté de Liechtenstein sont particulièrement faciles. Le Ehin, le lac de Constance et le lac Inférieur, qui forment la frontière, ne constituent pas un obstacle au commerce. Eorschach et Eomanshorn, Constance et Schaffhouse, Waldshut et Baie sont les portes naturelles du commerce dans la vallée ouverte et spacieuse du Ehin. Il faut ajouter à cela que la densité de la population des Etats allemands voisins dépasse en général celle de la Suisse (Wurtemberg 111, Bade 124, Alsace-Lorraine 118 habitants par km*) et que la majorité du peuple suisse se rattache intimement à TAUemagne par la langue, les coutumes et les mœurs.

Le chemin de fer de V Arlberg est d'une importance capitale pour notre commerce avec TAutriche, tant, pour le transport des voyageui's qui se rendent dans le sud-est de l'Europe que pour notre trafic avec les pays situés sur le cours moyen du Danube. A part cette voie, notre frontière du côté de l'Autriche est fermée par des montagnes presque infranchissables. Seule la route postale de la vallée de l'Inn peut être prise en considération ; elle tire de son isolement la haute Engadine séparée du reste de la Suisse par des chaînes élevées. Cependant, le peu de densité de la population du Tyrol (32 habitants par km*), du Vorarlberg (50) et du canton des Grisons (14,^) ne contribue pas à donner une grande animation aux relations entre ces contrées.

Du côté de Vltalie, notre frontière est fermée par le puissant rempart des Alpes grisonnes, tessinoises et valaisannes; mais elle est traversée par une voie commerciale

de premier ordre : la ligne du Oolhard, qui met en communication TAllemagne et Tltalie, la mer du Nord avec la Méditerranée. Depuis Touverture de cette ligne, les passages alpestres du Simplon, du Lukmanier, du Bernardin, du Splugen, du Julier, de la Maloja et de la Bernina ont perdu toute leur importance; même pour les relations locales ils ne jouent plus qu'un rôle secondaire. Les provinces limitrophes de ritalie étant très populeuses (Piémont 114, Lombardie 166 habitants par km^), les gens n'y ayant que peu de besoins, le sol y étant d'une grande fertOité et produisant beaucoup plus que les habitants ne consomment, la ligne du Gothard transporte une grande quantité de voyageurs et de marchandises. L'Italie nous envoie non seulement une partie de son excédent de population, mais elle nous approvisionne encore en bétail de boucherie, volaille, œufs, vin, riz, fruits du midi et soie.

A l'ouest, notre patrie est séparée de la France par le Jura. Deux portes naturelles facilitent nos relations avec ce pays : la trouée de Belfort au nord, entre les Vosges et le Jura, et la percée du Ehône au sud, entre Genève et Lyon; en outre, quatre voies ferrées traversent la chaîne par Porrentruy, Le Locle, Pontarlier et Vallorbe. La Haute- Savoie communique par eau avec les cantons riverains du Léman et, par la ligne Annemasse-St-Gingolph-Bouveret, avec Genève et le Valais. Ainsi, malgré les obstacles que présente la chaîne du Jura, la France possède d'excellentes voies de communication avec la Suisse. Autrefois, c'était avec la France que notre commerce était le plus actif; mais la politique protectionniste de nos voisins l'a réduit à un chiffre bien inférieur à celui de nos échanges avec l'Allemagne. Quant à la densité de la population des départements français voisins, elle est moindre que la nôtre. Genève et Lausanne exercent une influence attractive sur les habitants de la Savoie. Cette contrée, vu sa nature montagneuse, est encore trop peuplée, bien qu'elle n'ait que 46 habitants par km*.

4, Population. La Siiisse est aussi caractérisée comme pays limitrophe par sa population. Les principaux types des races germaines et romanes y sont représentés, avec leur langage, leur législation, leur manière de penser. Le 70„7o de la population parle la langue allemande, le 29,97o des langues romanes (22 7o le français, 6,7^0 Titalien et 1,2% le romanche).

Ailleurs hostiles les unes aux autres, ces populations si différentes, enfermées entre les Alpes, le Jura, le Ehin et le lac de Constance, se sont, en Suisse, groupées toujours plus étroitement grâce à leurs intérêts communs et ont maintenant un passé six fois séculaire. Malgré les différences de langage et de race de ses habitants, la Suisse constitue un Etat indivisible ayant le sentiment de son unité nationale.

5. Immigration. C'est encore grâce à la situation limitrophe de la Suisse que les étrangers s'y trouvent mélangés à sa population dans une proportion exceptionnelle. Le nombre des étrangers vivant chez nous s'est élevé, depuis 1850, de 3 à ll,87o et, de 229,650 (7,gVo) en 1888, à 392,894 au 1er décembre 1900. Il y avait en Suisse en 1888:

AUemands 112,342 (Zurich en comptait 26,361; [en 1900:

46,291]; Bâle 26,275 [en 1900: 36,649]; St-Gall 12,398).

Français 53,627 (Genève en comptait 30,621; Vaud

6700; Berne 5761; Neuchâtel 4244).

Italiens 41,881 (17,553 habitaient le Tessin; 4555 le

canton de Vaud; 3289 Genève; 3705 les Grisons; 2446 Zurich [en 1900: 12,305]).

Autrichiens et Hongrois 13,737 (St-GaU en comptait 3705; Zurich 3053

[en 1900: 7489]; les Grisons 1770).

Il a été fait abstraction, dans ces chiffres, des Italiens qui passent Thiver chez eux, mais qui, le reste de Tannée, gagnent leur pain chez nous, en qualité de maçons ou de terrassiers.

Constatons que chaque nation recherche les centres les plus rapprochés et de même langue: les Allemands Bâle^

Zurich, St-Gall; les Français Genève et Lausanne; les Italiens le Tessin; les Autrichiens St-Gall et Zurich.

L'appât d'un gain élevé est le motif essentiel de Timmigration. Ce sont les villes qui offrent le plus de ressources à cet égard; aussi trouvons-nous la grande majorité de ces 393,000 étrangers établis dans les grandes villes suisses: à Zurich 43,944, à Genève (agglomération) 43,604, à Baie 42,185. A la fin de 1900, sur 1000 habitants, les cantonsvilles de Genève et Bâle-ville hébergeaient, le premier 403, le second 382 étrangers. Les cantons limitrophes qui n'ont pas de grande ville en comptent bien moins : le Tessin 227 seulement et Schaffhouse 186; le canton de Zurich 164, les autres Etats confédérés encore moins. Pour tous cependant il y a forte augmentation depuis 1888. A cette époque déjà, on comptait chez nous 1 étranger sur 9 hommes dans l'âge de la plus forte production de travail, soit entre 20 et 44 ans.

A côté d'éléments de valeur contestable, cette grande affluence d'étrangers constitue pour nous un apport utile d'énergie et de talents. Ainsi, dans les siècles précédents, les réfugiés italiens et français fuyant les persécutions de la Contre-Eéformation furent les fondateurs de notre industrie et les promoteurs de bien des progrès. Dans la première moitié du XIX© siècle, des persécutions politiques chez nos voisins nous amenèrent également des hommes capables dont l'influence se fait encore sentir dans le développement politique, dans les sciences et dans l'industrie de notre pays. Tant que la Suisse sera à même de s'assimiler ces éléments étrangers, leur aflluence sera un bien. Il faut le reconnaître, les étrangers contribuent à stimuler la population indigène, et par conséquent à la préserver d'un arrêt — qui équivaudrait à un recul — dans la voie du progrès et de la civilisation, arrêt auquel les habitants des pays montagneux sont particulièrement exposés.

6, Emigration. A la forte immigration des pays limitrophes correspond une émigration considérable de Suisse.

— 7 — ■ Citoyens suisses vivant à l'étranger:

En France (1896) . . .

En Autriche (1890) .

> Allemagne (1900)

> Etats-Unis (1890)

> Italie (1901) . . .

> Argentine (1895)

Le grand nombre de nos concitoyens établis en France s'explique par le rôle prépondérant que ce pays a joué depuis la guerre de Trente ans jusqu'au moment où l'Allemagne a pris son brillant développement actuel. L'aisance matérielle du peuple français, sa manière recherchée de vivre, la faible augmentation de la population, l'offre abondante du travail, les salaires élevés, de même que la langue et les relations sociales, toute cela exerce une grande attraction sur les forces actives du dehors.

L'émigration de Suisse pour les pays d'outre-mer a atteint son apogée en 1883. 13,502 émigrants ont quitté notre pays cette année-là; 11,619 se sont rendus aux Etats- Unis et 1852 dans l'Amérique du sud, la plupart dans l'Argentine. Les prix peu élevés des terrains, les vastes territoires ouverts aux émigrants, la main-d'œuvre largement rétribuée attiraient le courant d'émigration vers les Etats- Unis. Cet état de choses fut profondément modifié dès 1890. En même temps que le prix de la terre augmentait, les salaires tombaient à un niveau voisin de ceux d'Europe; les terrains à concéder aux émigrants diminuèrent rapidement et une loi sévère et rigoureusement appliquée réduisit à un minimum le nombre des émigrants d'Europe aux Etats- Unis. Cette diminution s'est aussi fait sentir en Suisse. De 1892 (7835) à 1898 (2288), le nombre des émigrants tomba toujours plus bas. Le nouvel essor survenu dans la situation économique des Etats-Unis n'a réussi à attirer un plus grand nombre d'émigrants (1900: 3816; 1901: 3921; 1902: 4707) que lorsqu'en 1900 une crise dans les affaires se manifesta sur le continent européen.

uisse, des bassins du KMn et du Khône.

Comme on peut s'en assurer par le profil géologique, Alpes ont une structure symétrique. La masse ^centrale

est formée de roches cristallines, au nord et au sud Ae celles-ci se trouvent les Alpes calcaires. Les différente» couches des roches cristallines sont constituées par des gneis, des micaschistes et des amphibolites entremêlés de granits et de serpentines. C'est sur les schistes cristallins que s'étagent les deux zones des Alpes calcaires. On y rencontre, des> calcaires alternant avec de Targile, des schistes argileux, des marnes, du gypse, etc. Toutes ces roches sont des sé-^ diments déposés dans la mer qui pendant des milliers d'années recouvrait tout notre pays. La série de ces roches a été divisée, de la partie inférieure à la partie supérieure,, en plusieurs systèmes, savoir le triasique, le jurassique, le crétacique et le tertiaire.

Au sud et au nord des Alpes calcaires s'étend une zona de formation plus récente, composée de grès (mollasse), de conglomérats (nagelfluh), d'argile et de marnes; c'est la. région de la mollasse. Elle doit son relief actuel principalement à la période glaciaire. Il fut un temps où d'immenses glaciers s'étendaient, au nord des Alpes jusque vers le Danube et au delà de Baie, du côté du sud jusqu'à l'extrémité méridionale des lacs alpins italiens. Mais, tandis qu'au sud des Alpes les anciennes formations plongent rapidement sous les alluvions de la plaine du Pô, la région mollassique du Nord occupe une surface beaucoup plus étendue. Elle est limitée au nord par le Jura, dont les assises ne sont que la continuation des Alpes calcaires au-dessous de la mollasse du Plateau. La mollasse occupe donc une dépression entre les Alpes calcaires et le Jura. De même les deux zones dea Alpes calcaires se rejoignaient autrefois et formaient un manteau ininterrompu par dessus les schistes cristallins. Lea bancs calcaires intercalés par le plissement dans les roches cristallines primitives à Andermatt, Airolo, etc. en sont la preuve évidente.

On admet généralement que, par suite du refroidissement de la terre, l'écorce du globe se contracta et que les couches, d'abord horizontales se plissèrent de la façon la plus com-

pliquée, ce dont on peut se rendre compte par le profil, surtout si Ton examine le versant nord des Alpes. Depuis répoque du soulèvement jusqu'à nos jours, les Alpes, soumises aux influences atmosphériques (vent, soleil, pluie, gel) ont été en partie désagrégées et nivelées, ce qui a donné aux montagnes leur aspect actuel. L'époque glaciaire n'a pas peu contribué à ces changements. D'énormes masses de débris ont alors été transportées au loin, accumulées sur le Plateau et à une plus grande distance encore.

B. Exploitations minérales.

Comme le Jura se compose essentiellement des mêmes roches que les Alpes calcaires, nous distinguerons trois sources principales de produits minéraux:

1. La masse centrale des Alpes, composée de roches cristallines.

2. Trois terrains calcaires : (a et b) Alpes calcaires au nord et au sud de la masse centrale; (c) Jura.

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