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Le mouvement ascensionnel de nos transactions commerciales est tel qu’en vingt années, l’importation et l’exportation se trouvent à peu près doublées.

On dira peut être pour atténuer la valeur de notre mouvement commercial , que, pour l’établir, l’administration s’est servie des prix qui ont été fixés en 1826, et qui depuis ont subi des réductions considérables. De sorte qu’en réalité la valeur des importations et des exportations doit être fort diminuée. On

ne peut nier la vérité de cette assertion. Mais nous dirons qu’alors la masse des objets achetés et vendus s’est singulièrement accrue dans ces dernières années, puisque considérés au même prix, ils donnent des valeurs doubles ; considérés à une valeur moindre de moitié , ils donneraient des valeurs égales représentant conséquemment des quantités doubles. Aussi la marine française a transporté , dans la navigation de concurrence, à peu près les mêmes poids de denrées diverses en 1840 qu’en 1845, c’est-à-dire 216 à 220 mille tonneaux ; mais la marine étrangère, qui en 1840 transportait pour nous 582,000 tonneaux , en a transporté 1,020,000 en 1845. Les quantités de marchandises qui ont alimenté notre commerce se sont donc accrues. Il résulte de là que, si la valeur en argent du mouvement commercial n’a pas grandi dans la proportion qu’on suppose , la masse de jouissance et de confort qu’il a produite a doublé. Cela suffit à notre thèse, à savoir que la satisfaction des besoins s’accroît sous le système qui nous régit.

L’exposé que nous venons de faire prouve donc , d’une part, que les diverses productions françaises n’ont pas à se plaindre d’une manière absolue , car presque toutes sont protégées. Elles peuvent bien trouver que le chiffre de leur protection relative n’est pas équitable (ce détail fait l’objet de la discussion des articles spéciaux de la loi des douanes), mais cela ne peut saper en sa base le système lui-même. D’autre part , notre exposé prouve que le système protecteur ne ruine pas en sa source notre commerce extérieur, puisqu’ilgranditd’unemanière continue, et que, nonobstant

les lois protectrices , les produits étrangers viennent prendre place sur notre marché ; c’est là un fait acquis.

On dira que nos affaires commerciales prendraient un essor bien plus rapide , si tous les tarifs étaient abolis. Pendant un moment, c’est possible ; mais l’activité de notre commerce ne serait durable qu’ autant que notre production ne serait pas ruinée. Or, on ne peut douter qu’elle éprouverait un échec considérable par la destruction du système protecteur.

Ce qui le fait penser d’abord, c’est une circonstance fort grave qu’on n’a pu s’empêcher de remarquer. Les tableaux que nous venons d’avoir sous les yeux font voir que le chiffre de l’exportation dépasse celui de l’importation depuis 1825 jusqu’à 1840 ; puis une disposition inverse se révèle : l’importation devient plus considérable que l’exportation.

En 1826, l’exportation dépasse l’importation de 25 millions. En 1827, de. . . . 92 millions.

Dans la série des années suivantes, la différence s’élève à des chiffres divers , mais pas une seule fois l’importation n’excède l’exportation. En 1840, la position se renverse, et d’une manière aussi constante ; la valeur des produits que nous achetons devient supérieure à la valeur des produits que nous vendons : cette différence s’élève , en 1842 , au chiffre énorme de 98 millions. De sorte qu’en 1827 la balance en notre faveur était de 92 millions , elle arrive à être à notre désavantage de 98 millions ; il y a entre les deux positions une différence de 190 millions, c’est-à-dire près du quart de nos exportations.

282 ÉCONOMIE PRATIQUE DE tA FRANCE.

Quelle est la cause de cette perturbation immense qui affecte nos affaires commerciales? L’Angleterre obtient des perfectionnements notables dans quelques industries et écrase les nôtres; les États-Unis d’Amérique surchargent les produits français ; enfin la France accorde des faveurs à la Belgique. On ne peut donc pas dire que la relation de l’industrie de deux pays n’a pas d’influence sur leurs transactions commerciales : aussitôt que l’Angleterre perfectionne la filature du lin et le tissage de la toile ; elle inonde notre marché de ces produits , et anéantit nos industries.

On ne peut dire non plus que les tarifs n’exercent pas d’influence sur le commerce : dès que l’Amérique aggrave les droits qui pèsent sur les marchandises françaises, nous lui vendons moins, sans diminuer les achats que nous faisons chez elle ; dès tjüe nous adoucissons les tarifs en faveur de la Belgique , elle nous vend plus, sans nous acheter davantage.

Les chiffres du mouvement commercial qui s’opère entre la France * les États-Unis ; l’Angleterre et la Belgique sont décisifs ; ainsi en 1827 la France reçoit des États-Unis des marchandises dont la valeur s’élève à, 53,200,000 francs et leur envoie des marchandises d’une valeur de 76,200,000 francs. Le chiffre de rtos importations est bien plus dépassé encore par celui de nos exportations, en 1837; dans cette année nous achetons des marchandises aux États-Unis pour une somme de 86,700,000 francs, nous leur en vendons pour une somme de 158,800,000 francs. Mais en 1840 la balance change ; nous leur achetons pour une somme de 118,000,000 francs, nous ne lêut vendons que pour

une somme de 80,000,000 francs ; depuis, la balance penche toujours en leur faveur. En 1842 nous leur achetons pour 135,000,000 francs et leur vendons pour 48,100,000; enfin, en 1845, nos achats aux États-Unis s’élèvent à la somme de 140,700,000 francs et nos ventes à 96,500,000 fr.

Notre commerce avec l’Angleterre présente des phases semblables : en 1827, nous lui achetons pour 13,600,000 francs et lui vendons pour 58,900,000 francs, chiffre quatre fois et demie plus fort; mais les avantages que nous possédons iront toujours en diminuant : dix ans après, en 1837, nous achetions en Angleterre pour 47,700,000 fr. , nous lui vendions pour 62,500,000 fr. ; ce n’est plus que moitié en sus. En 1841, l’Angleterre a perfectionné la fabrication des fils et des toiles: elle nous vend pour 101,900,000 fr., nous lui vendons pour 107,500,000 fr. En 1842, nous lui achetons pour 112,200,000 francs, et ne lui vendons plus que pour 92,400,000 fr. Nos vëntes, de supérieures qu’elles étaient, sont devenues inférieures; il faut modifier nos tarifs pour rétablir l’équilibre. En 1845 , nous achetons à l’Angleterre pour 84,600,000 francs, nous lui vendons pour 109,900,000 fr.

Nous avons les mêmes observations à faire sur nos relations commerciales avec la Belgique. En 1827, nos achats dans la Belgique et la Hollande réunies s’élèvent à 75,000,000 francs , nos ventes à 64,600,000 francs. En 1831, après la séparation des deux pays, nos achats dans la Belgique s’élèvent à 44,600,000 francs, nos ventes à 40,900,000 francs; il y a à peu près égalité. Mais nous favorisons le nouvel État par nos tarifs ,

nos importations vont toujours augmenter, tandis que nos exportations resteront stationnaires : en 1840, les importations de Belgique en France s’élèvent à 89,900,000 francs, les exportations de France en Belgique à 45,900,000 francs, un peu plus que moitié. Nous accordons de nouvelles faveurs à la Belgique : le chiffre de ses importations s’accroît toujours et s’élève à 117,100,000 francs, et nos exportations pour ce pays sont de 57,600,000 francs, un peu moins que moitié.

Les tableaux que nous plaçons en note exposent ce mouvement significatif de notre commerce d’importation et d’exportation (1).

Si l’on est curieux de voir les effets d’un changement de tarif sur un produit spécial , on n’a qu’à exa-

(1) Commerce spécial de la France.

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