TRÈFLE SEC
' PUtré. NonpUUré. »
Acide sulfurique.. 0,17i 0,i2i
èhaux M34 2,044
En adoptant eeb nombres comme étant les plus favorables, par leur sens, à l'assimilation directe du gypse par la plante, nous aurons, en prenant les rendements orditiaires par hectare des soles plâtrées et des soles non plfttréès :
Acide lutrariqne. Chaux, kil. kil.
Recolle plâtrée, 5000 kil. contenant... 8,6 121,7
Id. non plâtrée, 3750 4,5 76,7
Di£férence en plus dans la sole plâtrée. 4,1 45,0
Comme dans la discussion des expériences de 1841 et 1842, nous, constatons . que. l'acide sulXurique en plus de la récolte plâtrée est bien loin d'être suffisant pour c»)nstituer un sulfate avec la chaux qu'on peut supposer avoir été introduite par le plâtre.
La cendre de bois, qui est certainement Tamende* ment le plus favorable au développement des prairies artificielles , renferme en moyenne 1 pour 1^00 d'acide sulfurique, et quand elle a été lessivée,^ cette faible quantité doit être bien moindre encore : elle serait nulle si le lessivage était parfait; et, dans tous les cas, il n'y a pas là de sulfate de chaux pour retet nir l'ammoniaque des eaux pluviales : il s'y trouve, au contraire, des carbonates alcalins très-propres à ex* puiser l'alcali volatil. Indépendamment des phô&« phates terreux utiles à toutes plantes, les cendres les*
sivées renferment souvent plus de 80 pour 100 de carbonate de chaux. On voit donc qu'en général les amendements qui surexcitent la végétation du trèfle possèdent constamment l'élément calcaire, soit à l*état de sulfate, soit à l'état de carbonate ; et c'est ce même élément qui se montre abondamment, dans les récoltes, uni à des acides organiques, et dépouillé, par conséquent, de la presque totalité de l'acide inor^ ganique avec lequel il était engagé au moment où il a été incorporé dans le sol. Dans la supposition assez vraisemblable où le plâtre agit comme le carbonate calcaire, il faut concevoir qu'une fois en présence des engrais indispensables, le sulfate de chaux se décompose, et que le résultat de cette décomposition est du carbonate de chaux dans un grand état de division, et, par cette raison, facilement absorbable. Cette transformation du sulfate en carbonate de chaux se conçoit d'autant plus facilement , que des analyses récentes admettent le carbonate de potasse au nombre des éléments des terres arables ; il est évident que le plâtre sera décomposé aussitôt qu'il se trouvera en contact avec un carbonate alcalin. Enfin, et cette explication s'appuie sur des expériences, il peut arriver que le sulfate de chaux, en présence des matières organiques appartenant au sol, passe par l'efTet d'une désoxydation à l'état de sulfure de calcium, sulfure sur lequel l'acide carbonique réagit bientôt, en provoquant une oxydation aux dépens de l'eau. Dans ce cas, il y a élimination du soufre, dégagement d'acides hydrosulfuriques, et production de
carbonate de chaux. Le fait est qu'en introduisant dans de la terre végétale fortement plâtrée une lame d'argent, on la voit noircir beaucoup plus promptement que dans la même terre non plâtrée; et, à Taide de l'analyse, on constate qu'au bout de quelques mois une partie du sulfate de chaux est changée en carbonate. C'est ainsi seulement que je comprends la disparition de lacide sulfurique du plâtre ; car, si la chaux pénétrait réellement dans le végétal à Tétat de sulfate, les cendres devraient être infiniment plus riches en acide sulfurique que ne l'indique l'analyse. Cette même difficulté se reproduit encore dans l'hypothèse de M. Liebig. Si les 61 kilogr. d'ammoniaque prélevés sur l'atmosphère pénétraient dans la plante sous. forme de sulfate, il entrerait en même temps 1 42 kilc^. d'acide sulfurique qu'on devrait aussi retrouver dans les cendres d'une récolte faite sur un hectare. Or, les cendres, lacide carbonique déduit, que laissent 5,000 kilogr. de trèfle plâtré, pèsent 275 kilogr., contenant, sur 100, 3 1/3 d'acide sulfurique. Cette quantité de cendre, si l'acide du sulfate d'ammoniaque se fixait dans la récolte, s'élèverait à 41 7 kilogr., et la cendre renfermerait alors 70 d'acide sulfurique sur 100.
Avant de formuler cette dernière objection contre les théories admises , j'ai dû nécessairement examiner si les cendres contiennent, à Tétat de sulfate, la totalité du soufre préexistant dans la plante incinérée ; car il n'était pas impossible qu'à la température à laquelle s'opère l'incinération , la silice
58 DBS BNGEAIS MINtiBAUX*
réagit sur les sulfates de manière, à expulser une par* tie ()e l'acide sulfurique. Bien qu'il fût présum4))le que cette expulsion p'avait poipt/lJQu, du iVQÎns en proportions sensibles, en présence du grand exci^ de potasse que les cendres de trèfle contienf^n^ toujours, j'ai cru devoir lever tous les doutes à cet ég^rd.
Après avoir déterminé, aussi exactement que pa»* sible, la quantité de cendre laissée par. jla plante fanée, et en avoir dosé Tacide sulfuri^que, j'ai prison poids connu du même foin que j'ai brûlé dans un vase de platine, à Taide d'un mélangei.de chlorate et.de carbonate de potasse, J'ai alors recberché l'acide sul* furique dans le produit de celte combustion.
iOOO parties de la plante ont donné directemeot 3 d'acide sulfurique, et, par l'analyse des cendres, 2,8.
Le trèfle plâtré de première coupe de. la récolte de, 1849, a fovirni pour 100, par l'analyse des cendres, 0,16 d acide sulfurique. En brûlant la plante^ par le concours du nitrate de potasse, on a dosé 0,19 du même acide. La différence ne va pas au delà de 3 dix millièmes. Dans cette expérience comparative, on a opéré sur environ 100 grammes de plante sèche ; le sulfate de baryte donqant l'acide sulfurique pesait plus de deux décigrammes. En .agissant seulement sur quelques grammes des matières, comme l'ont fait plusieurs opérateurs, on n'obtient plus.asse2 de.sulr» Cate de baryte pour compter sur des résultats certains.
Ainsi , des cendres alcalines retiennent le soufre préexistant dans la plante. . .
Si j'ai insisté sur la faible proportion d'acide sulfu^
DBS ENGRAIS MINÉRAUX. 59
rique contenue dàos uoe récolte de in^fle, c'est que jf dois. epf^re «(examiner, une troisièpie théorie . du {llàtFfige qHQ j'^i contribué ;ài^ropAg^. Urne. serait difficile, toutefois, d'en iadiquei: l'auteur a,Tec certitude. Au reste, cette théorie se déduH naturiell^meiit 4.'uj;iç,9pioiQn trèsprépandue, qui admet dapsJles légumineuses une proportion de soufre beaucoup plus forte que dans les céréales. Or, comme on a repaarque ^que le plâtre convient généralement aux cultures dan^ lesquelles il entre des légumineuses, on sp trouvait en quelque sorte autorisé à toûp Torigine 'du soufre dans le suUajte de chaux donné: au terrain; £[^kus étions d autant plus disposés,. M. Dum^et moi^ à adopter cette explication du plâtrage, qu'elle ren^r irait dans les idées qui attribuent aux plantes le rAjie de réducteurs (1). Il est d'ailleurs très->vraisemblable que le soufre des principes immédiats des végétaux dérive des sulfates ou de l'hydrogène sulfuré contenu pour quelques traces dans l'atmosphère. Mais les légumineuses renferment-elles réellement plus de sou* £re que les céréales?. Il est permis d'en douter, aur jourd'hui qu'une, étude adientive des principes azotés des plantes a montré» presque une identité de compor sitiopfi pour le gluten, la caséine^ la l^umîne, etc., îdenlité que j'admets pleinement malgré les caractères .dîfférentiels signalés par les chimistes. Je trouve, len effet, en examinant les. analyses de cendres que j'ai
(I) Domas et BoossingauU, SUOiêtique des êtres argmùsés, Paris, 1844.
60 DES ENGRAIS HINiRAUX.
exécutées, que le trèfle, les haricots, les fèTes, ne contiennent pas sensiblement plus de soufre que le seigle, le froment, Tavoine et la pomme de terre. Il semble donc hors de doute que le soufre exigé par les plantes se rencontre surabondamment dans les terrains amendés avec les engrais ordinaires, comme cela a lieu dans la culture des céréales, des racines et des tubercules.
En résumé , on voit qu'il est à présumer que le plâtre agit utilement sur les prairies artificielles, en portant de la chaux dans le sol ; c'est là du moins lopinion qui s'accorde le mieux avec les faits agri* coles et les résultats de l'analyse des cendres des récoltes ; je pourrais peut-être ajouter, avec l'analyse des terres arables : car il ressort d'une suite de recherches faites par M. Rigaud de l'Isle, que le plâtre n'a d'action très-prononcée que sur les sols privés d'une dose suffisante de carbonate de chaux (1).
Cependant, certains cultivateurs sont si éloignés de souscrire à ces conditions, qu'ils pensent que le gypse n'a aucun effet dans les sols privés de l'élément calcaire. On voit que, malgré les nombreux travaux que nous possédons, la question théorique du plâtrage est loin d'être résolue , et que de nouvelles recherches sont d'autant plus nécessaires que jusqu'à présent la science s'est bornée à rejeter toutes les explications sans rien mettre à leur place.
(i) Rigaud de Tlsle, Mémoires de la Société éTAgricuiture, année 1824.
Cendres de bois, — Les cendres de Tégétaux contribuent puissamment à Tamélioration du sol ; elles renfermenty en effet, de la silice, des phosphates, des sulfates, des carbonates terreux et alcalins, sels dérivant des plantes et naturellement aptes à favoriser la végétation. Bien que la cendre de bois soit généralement d'une utilité reconnue, les usages nombreux auxquels l'industrie l'emploie, font que le prix en devient souvent trop élevé pour qu'on la destine à la terre. On la traite ordinairement pour en retirer du carbonate de potasse ; les savonniers en obtiennent des lessives alcalines : dans les pays recouverts de forêts, on brûle même les végétaux pour se procurer des cendres, et, par suite, du salin et de la potasse. Les peuples les moins avancés dans la culture, en connaissent l'influence sur le développement des plantes. Les Indiens brûlent les tiges et les feuilles de maïs pour bonifier le terrain ; on retrouve la même pratique chez les peuplades de l'Afrique. Sur les bordsdu Zaïre, selon l'infortuné capitaine Tuckey, on prépare les terres en plaçant de petits tas d'herbes sèches auxquelles on met le feu ; dans les cendres, on plante des pois et du maïs : ces cendres sont le seul engrais dont on fasse usage (1). En Angleterre, on en donne, au printemps, jusqu'à 35 hectoliti*es par hectare (2). En Alsace, on considère les cendres de bois comme l'amendement le plus efficace pour les prairies.
(1) Tiickey, Expédition pour reconnaître le ZaiVe, t. U, p. 59.
(2) Sîoclair, Agriadturê pratique et raisonnée^ 1. 1 , p. 446.
Les cendres lessivées on^oharrées proTenant des sa- .vonnerîes renfj^meQi.eneore Ane petite quantité de S8l^ solubles éidhappés à La lixiviation ; toti&léfi sek iQSoliibles s'y retrouvetit, iSt len outrer. e\h»f «ont jaèléds d'une forte proportion d€^ cfadux qu'on ^oute pour rendre cau^ique le carbomte dl3.pè^ tasse.; aussi, ces-cendres sont^elles fort recherchées,^ ou les répand à la dose de 40 à 60 hectolitres .par hectare. Dans; les régions boisées où Ton fabrique là potasse, on obtient ce produit en très-grande quan* tijé ; on le fait concourir, alternativement avec les .engrais oi^aniques, àramendement des terres;. L'application des cendres se fait de la même manière que lorsqu'il s'agit d'épandre la chaux, avec cette seule jdiflér^çe, que le labour d'incorporation est peu pro* fond tt ne se donna qu après une petite pluie. Il y. a des Iqcahiés où un hectare t^çoit jusqu'à 1 50 hectolitres de cendres lessivées (1).
MM. Moride et Bobierre ont trouvé dans des charrées sèches de diverses provenances :
De la Flotte. De la Rochelle. De Naotef.
Madères organiques 2,0 6.0 9,%
SelsalcalioB ^ 3,4 2,0 4,1
Silice. 50,2 42,7 13,6
Phospliate de chaux el oxyde
deter io;9 12,4 27.»
Carbonate de chaux* •••.«. 26,6 34,8 47,f
Magnésie et perle,., ....... 6,0 2,1 1,1
100,0 100,0 lôê^T
(1) Sehmrtz, Préceptes de V Agriculture, prMquêp, 128t
Dans la basse Normandie, où la charrée est fort recherchée, on la paye de 1 fr. 50 à 3 fr. l'hectolitre ; on la falsifié assez souvent avec du sable.
Cendres de tourbes. — La tourbe est le résultat de l'altération spontanée des végétaux. Elle se forme dans les eaux stagnantes ; aussi reocontre-t-on des dépôts tourbeux sur le bord des rivières, dans les vallées, sur le fond des anciens lacs, à Tembouchure des fleuves. On trouve ce combustible depuis le niveau de la mer jusque sur les plateaux élevés des Vosges et des Alpes; il giten bancs horizontaux, divisés par des couches de gravier, d'argile ou de sable. Sa formation est très- récente, comme l'indiquent lesatterrissements peu épais qui le recouvrent, les débris d'animaux et les produits de l'industrie humaine qu'on y rencontre fréquemment.
Dans la tourbe, Tétat de décomposition auquel sont parvenus les végétaux est souvent très peu avancé ; rarement l'altération est assez complète pour que les plantes soient méconnaissables. Selon l'origine, on distingue la tourbe ligneuse, la tourbe herbacée. Celle qui est très-compacte, noire, a l'aspect du terreau ; en général elle est légère, spongieuse, d'une couleur brune. En raison de sa porosité, la tourbe, après qu'elle est desséchée, est fort légère; le mètrq cube pèse de 250 21690 kil. D'après les conditions dans lesquelles ce combustible a. été formé, on comprend qu'il doit renfermer les principes élémentaires particuliers aux plantes ; il parait être le dernier état de la modification da ligneux par les agents atmosphériques
64 DBS ENGRAIS idNÉRAUX.
et rhumidité. M. Reiesch y a constaté la présence du
tanin.
Une tourbe des environs de Moscou, examinée par
M. Hermann, a donné à l'analyse :
Matière carbonacée . | .. „ Détritus de plantes) *" '
Acide ttlmique 17,0
Extrait d*humu8 4,0
Ammoniaque • 0,25
Cendres 1,25
La composition élémentaire de ce combustiblt est (1) :
Oiygèoe Loealiléi. Carboaa. B^drogèM. et uoU. C«Bdr«s.
Toorbe d« Yulcairc 57,0 5,4 51,8 5,4
— deLoDg 58,1 5,9 51,4 4,6
~ du Chêmp-du-PM 57,8 4,1 50,8 5,8
La tourbe, comme Ton Toit, a une certaine analogie avec le terreau ; elle en diffère cependant par Tabsence de matières solubles dans l'eau ; et l'on conçoit, en effet, d'après son origine aqueuse, qu'un principe soluble ne puisse s'y rencontrer en quantité appréciable. Peut-être pourrait-on l'assimilera la partie insoluble laissée par le terreau après sa lixiviation. Il y aurait même encore cette conformité que la tourbe, comme la substance insoluble du terreau, quand elle est exposée humide au contact de l'air, finit, avec le temps, par former une certaine quantité de principe soluble dont les alcalis hâtent aussi
(1} Regnault, Annotes de Chimie et de Physique, t. LXV, 2* série.
DES fiNGRAIS MlNiHAUX. 65
le déyeloppement. L'usage que l'on fait de la tourbe comme engrais dans certaines contrées confirmerait celte manière de voir, car Ton sait que les fonds tourbeux bien égouttés et chaulés, ou traités par les cendres alcalines^ finissent par se transformer en un sol fertile.
Les cendres de tourbe devraient contenir toutes les substances minérales que l'on retrouve ordinairement dans les cendres des plantes, plus des matières terreuses accidentelles. Il n'en est pas ainsi cependant. On y rencontre bien quelques sels alcalins en trèsfaible proportion ; M. Berthier y a trouvé quelquefois des traces de carbonate de potasse ; mais aucun analyste, que je sache, n'a signalé la présence des phosphates , et on n'a pas réussi davantage à constater leur présence dans une recherche toute spéciale faite dans mon laboratoire, sur des cendres provenant d'une tourbe de Haguenau, d'une houille de Saint-Élienne, d'un lignite de Venuezela près Porto- Cabello. Ces résultats m'ont beaucoup étonné. Que les eaux intervenues dans la décomposition , la carbonisation des matières végétales , aient enlevé les sels solubles préexistants, cela se conçoit ; mais les phosphates terreux ou métalliques devaient se
retrouver, et il est d'autant plus singulier de ne pas en rencontrer dans les cendres de houille, que le minerai de fer des houillères qui accompagne, qui touche, pour ainsi dire, les couches carbonifères, est toujours plus ou moins phosphore. En ce qui concerne la tourbe, MM. Moride et Bobierre pensent,