‹ Économistes financiers de 18e siècleChapitre 133 sur 201 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

On m'accordera facilement que le crédit, quand il est bien établi, est d'un grand avantage à l'État ; mais on sera d'opinion peut-être que j'aurai de la peine en France à l'introduire dans le commerce. •

Pour être éclairci sur ce doute, il est nécessaire d'examiner par quels moyens les crédits ont été établis dans les autres pays, et ce qui aura empêché cet établissement en France. Les obstacles étant levés, le crédit s'introduira ici comme ailleurs; car je retourne à mon premier principe, que les Français sont des hommes qui raisonnent, et entendent leurs intérêts et leurs avantages comme les autres nations , et que la confiance se remettra quand ils trouveront la sûreté nécessaire sur laquelle cette confiance doit être fondée.

Dans le Mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter avec mon projet , j'ai donné un détail des crédits les plus considérables de l'Europe, et de la manière qu'ils ont été établis.

La raison généralement reçue par laquelle le crédit a manqué en France , est la nature ou forme du gouvernement. On croit que le crédit ne réussira que dans les républiques ou dans les monarchies limitées, comme en Angleterre ; mais celle-là n'est pas la seule ni la principale raison qui a fait manquer les crédits en France, car ils ont été établis, et réussiront dans les monarchies comme dans les républiques.

La prejnière et principale raison qui a fait manquer le crédit en France , est qu'il a été établi et conduit sur de faux principes , ce que je m'offre de prouver, et il est à présumer que, si le crédit avait été bien établi et bien conduit, le roi aurait trouvé par là de si grands secours , que Sa Majesté n'aurait pas voulu mettre ce crédit en danger, en se servant de la caisse qui devait le soutenir.

Mais cela étant supposé dans la situation de méfiance où la France est à présent, il ne suffira pas, pour faire réussir le crédit, qu'il soit établi sur les vrais principes ; il faut que cet établissement soit d'une nature à satisfaire le public, que ce crédit ne soit point en danger de la part du roi , et que Sa Majesté ne pourrait pas être portée à se servir de la caisse qui doit soutenir le crédit de cet établissement.

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