CHAPITRE III
De l'augmentation des habitants.
Ce que la politique peut penser, est toujours subordonné à ce que la religion a consacré ; mais le législateur ne confondra point ce qui part de la main de Dieu, avec ce que les hommes y ont ajouté, par ignorance, par des vues intéressées, ou par la circonstance des temps.
Parmi les Mémoires si instructifs de l'illustre M. l'abbé de Saint- Pierre, il y en a un où il fait voir que le célibat des prêtres n'est que d'institution ecclésiastique, et que les princes, intéressés à le (aire
• N'avons-nous pas eu raison de dire que Fauteur inclinait fortement vers la liberté?
1 On a allongé ce chapitre de cinq ou six pages dans l'édition de 1742. Nous avons cru devoir nous conformer au texte de l'édition de 1736, imprimée du vivant et sous tes yeu? de Fauteur. Toutefois, l'addition faite au chapitre n est reproduite, en forme d'appendice, à la fin de l'ouvrage.
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abolir, |e pourraient aisément ep s'adwssaut à la wéfpe «Ulwité qui Ta établi.
Personne n' ignore de quelle utilité serait la loi qui défendrait l'état monastique ayant l'âge 4e vingt-cinq ans, c'est-à-dire qu'on ne pèt aliéner sa liberté qu^ l'âge ou Ton peut aliéner son biep.
C'est à ceux qui travaillent pur les grandes parties de la législation, 4 faire voir combien ces deu* objets seraient utiles au bonheur temporel, et peut-être éternel, de la société. Ce livre sera toujours restreint au* éléments du commerce. Il ne s'agit ici que de procurer l'augmentation des citoyens , à laquelle nuisent beaucoup le célibat des prêtres et l'état monastique prématuré. Ces citoyens, par la balance de paix de l'Europe, ne pouvant devenir soldats, et par la police pe pouvant pas demeurer oisifs, travailleraient les terres, les mpnufec-* tureSj pu deviendraient navigateurs.
Par qqel principe religieux ou politique est-il défendu aux chrétiens européens d'avoir des esclaves chez eu*, pendant qu'ils en transportent à grands frais, et par des Compagnies autorisées, d#ns leur domination Américaine? C'est le lot du peuple de dpnner dans des contradictions si ridicules. Mais le législateur qui ne détruit pas l'es-r clavage dpit le rendre plus utile par son étendue \
Favoriser les mariages, accorde? des secours au père chargé d'une nombreuse famille , veiller à l'éducation des orphelins et des enfants trouvés, p'est fortifier l'État bien plus que de faire des cpnquêtes. Ce que la prise d'une ville coûte ordinairement d'hommes et d'argent, comparé avec sa valeur, il y a toujours à perdre pour le conquérant, assuré de trouver après une nouvelle résistance.
Un voyageur qui avait examiné avec soin les différents gouvernements de l'Asie et de l'Europe, disait ne s'être point trompé, en mesurant leur police à la manière dont l'oisiveté était regardée chez eux, et il ajoutait que les pays où il y avait des mendiants approchaient le plus de |a barbarie \ Un auteur a dit là-dessus : a Demander à vivre sans travailler est un crime , parce que c'est un vol continuel fait à la nation. »
1 Voyez le développement de cette pensée, chapitre v, de l'Esclavage, * Je pense qu'il n'y a point de ville moins barbare que Paris, et pourtant eè il y ait plus de mendiants. C'est une vermine qui s'attache à la richesse ; les fainéants accourent du bout du royaume à Paris pour y mettre à contribution l'opulence e| la bonté. G'est un abus difficile à déraciner, mais qui prouve seulement qu'il y a des hommes lâches oui aiment mieux demander l'aumône que de gagner leur vie. C'est une preuve de richesse et de négligence, et non point de barbarie. (Voltaire, Politi- *tm et législation, Lettre à M. T***, sur l'ouvrage de M. Melon et sur celui de M. Dmêot, 4Î98.)
ESSAI POLITIQUÇ SUft LE COMMERCE. 7W
|^e métier 4e mendiât, école de vol, à qui jl ne iqanqnp plu» que la maîtrise, se multiplie et se perpétue de père en fils presque à {itrp de succession ; car les mendiants se succèdent véritablement ^ des places marquées d'une récolte d'aumône plus abondante.
Cette tolérance est encore plus inexcusable par la facilité de les détraire, et par l'utilité qui reviendrait de les changer en travailleurs. La loi les punit par cela seul qu'ils sont vagabonds et sans aveu : pourquoi attendre qu'ils soient encore voleurs, et se mettre dans la nécessité de les faire périr par les supplices?
l£& peuples dp Nord, d'où sont sorties ces armées fonnidqbles qui oat renversé tant d'eippires , avaient sans doute des loi* qui favorisaient la multiplication des habitants ; mpis ils n'avaient point asge? de terrain pour les nourrir, ni assez d'industrie pour y suppléer. Ainsi ils devenaient nécessairement soldats et conquérants, parce qu'ils ne trouvaient que des ennemis sans frontières.
S'ils avaient trouvé une résistance telle que les Moscovites la trouver paient à présent, ils auraient nécessairement tourné leurs vues du côté du commerce. Leurs colonies maritimes, où régnait le rnêipe esprit que dans leurs armées de terre, n'ont été que des conquêtes faites de l'Angleterre, de la Normandie, etc.
La police ni le commerce ne faisaient aucun progrès, et la barbarie régnait également chez les vainqueurs et chez les vaincus.
Les Suisses, avec une bonne police pour l'augmentation des habitants, ont si peu de terrain, que leur industrie laborieuse ne suffit pas encore pour les nourrir ; mais l'Europe ne se trouve plus dans les mêmes circonstances de conquête. Leur voisinage entouré de forteresses, les réduit à devenir troupes mercenaires, et à faire la guerre pour le compte d' autrui, sans pouvoir espérer d'augmenter leur terrain, ou même d'envoyer des colonies dans aucune partie du monde; leurs sages précautions de conserver des sujets, quoiqu au service des puissances étrangères, marquent combien ils en conriaissept l'importance, et que c'est par nécessité qu'ils s'en privent, toujours prêts et ep pquvojr de les faire revenir.
Lorsqu'un pays a la quantité de soldats nécessaire pour sa conseil Wtiop, qu'aucune de ses terres n'est sans culture, que ses manufactures abondent en ouvriers, alors le surplus des citoyens doit aller peupler de nouveaux pays, y assurer des retraites, et y établir une nouvelle domination toujours subordonnée à celle qui leur 9 procuré cet asile ; ce doit être la politique de nos colonies *.
1 L'application dç cette politique n'est pas auspi facile cju« sa théorie. Elle a fait lirp à l'un de pos plus savants économistes , que les philanthropes re$segil*Jaif rçt
no MELON.
Les colonies romaines s'établissaient sur une autre politique, conséquente à la forme de leur gouvernement militaire. Leurs prisonniers de guerre, devenus esclaves, et la plupart affranchis dans la suite, augmentaient chaque jour les habitants de Rome, alors Tunique ville du monde, et le rendez-vous de toutes les nations; et lorsque dans une nouvelle guerre ils détruisaient un pays ou le réduisaient dans l'esclavage, ils le repeuplaient par une colonie de tout ce qui était à charge dans les familles romaines. C'était en quelque façon étendre la ville de Rome dans tout l'empire.
Une nation qui se dépeuple pour aller au loin habiter de nouvelles terres, quelque riches qu'elles soient, devient bientôt également faible partout. Sa force doit être dans le lieu de sa domination. Toutes les colonies ne la tirent que de là, ou deviennent bientôt indépendantes. Le législateur doit plutôt rappeler ses sujets, et perdre tout ce qui est par delà ses limites, que de s'affaiblir chez lui; car alors il perdra insensiblement son pays et ses colonies. Voyons un moment l'Europe dans ses colonies, et nous y trouverons les preuves de tout ce que nous venons de dire.