‹ Économistes financiers du XVIIIe siècleChapitre 53 sur 198 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des Aides. — Définition de cet impôt. — Ses effets.

Ce qu'on appelle Aides est un droit qui se perçoit tant sur le vin qui se vend en détail que sur celui qui entre en des lieux clos. H est fort ancien, et a succédé au vingtième, qui se prenait sur toutes sortes de denrées vendues par le propriétaire après sa provision prise; et ce droit de vingtième avait succédé à la dîme royale de tous les fruits de la terre, qui faisait autrefois tout le revenu des princes, ayant été de tout temps la redevance la plus certaine de la royauté, car l'Écris ture sainte et l'Histoire romaine font mention également que les rois la percevaient1.

Ce droit d'Aide n'a pas toujours été égal, mais s'est perçu tantôt dans un pays snr le pied du 16e, du 12e et du 8e, et tantôt dans un autre sur le pied du 4* denier de la vente en détail des liqueurs, comme en Normandie, où il est partout à ce taux. A quoi , si l'on ajoute quelques nouveaux droits, tels que le quart en sua, le droit de jauge, cela va presque au tiers ; et comme le principal débit se fait dans les villes et lieux clos, les droits d'entrées pour je roi, pour les hôpitaux et pour les villes mêmes à cause des charges publiques, composent des sommes qui, jointes avec tous ces droits de débit, font un capital excédant de beaucoup le prix de la marchandise, surtout dans les petits crûs. Il s'est trouvé, en effet, des çnnées où les droits ont été vingt fois plus forts dans le détail que le prix en gros de la denrée, ce qui anéantit si fort la consommation , qu'il faut que les pauvres ouvriers boivent de Keau, les liqueurs dans le débit étant en un prix exorbitant ; ou qu'ils vendent leurs manufactures beaucoup plus chères, ce qui anéantit le commerce étranger, parce que les horsains*, trou-

Pour juger de l'importance des idées qui se rangent sous ce simple root, çon$<mwaJt(M», il faut lire les treute-deux chapitres que J.-B. Say leur a consacrés dans la septième partie de son Cours complet d'économe politique.

* Voir la répétition presque textuelle de ce passage daas la Dfim* royof*, piges 40, 60 et 134 de ce volume.

* L«9 étrangers.

tant les marchandises trop chères, ont établi des manufactures dans d'autres royaumes où les ouvriers ont passé et passent tous les jours, ce qui se justifierait par une infinité d'exemples.

Ainsi, par une conséquence nécessaire, les fruits de la terre deviennent à rien, et l'ou en abandonne absolument la culture. Il y a une infinité d'arpents de vignes vendus autrefois des mille livres, qui sont aujourd'hui laissés en friche, ce qui, après avoir ruiné les propriétaires et leurs créanciers, ruine ensuite, par le raisonnement traité dans la première partie, tous les revenus d'industrie, qui n'ont d'être et de mouvement qu'autant qu'ils en reçoivent des revenus en fonds, de sorte qu'une pareille diminution se multiplie dix fois sur tout le corps de l'État; jusque-là que, bien qu'en Normandie le naturel du pays rende la plaidoirie la dernière chose susceptible des effets de la misère, cependant, aux lieux dont la principale richesse consistait en vins et en boissons, toutes les charges de judicature et leurs dépen*dances ne sont pas à la sixième partie de ce qu'elles étaient autrefois ; ce qui, diminuant encore la part que le roi prend dans ces sortes de fonctions, comme le papier timbré , les amendes et les contrôles d'exploits, amène à dire qu'il rachète au triple l'augmentation qu'on a prétendu lui procurer dans celle des droits d'Aides, qui sont presque seuls cause de la ruine générale.

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