‹ Économistes financiers du XVIIIe siècleChapitre 88 sur 198 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Classification des diverses espèces de biens. — Excellence de l'agriculture. — La justice dpit être la Iwse des échanges. — Solidarité d'intérèls de toutes les professions sociales. — Celle doctrine repoqssée par l'intérêt individuel. — Nécessité de l'intervention couver nementa le dans le commerce des grains.

Tous les biens de la France, ainsi que de tous les autres pays, et dont elle est mieux partagée qu'eux, consistent, généralement parlant, en deux genres, savoir ; les fruits de la terre, aui étaient les seuls dans la naissance, ou plutôt ripnocence du inonde, et les piens d'industrie, ce qui se réduit encore aux qqatre sortes d'espèces suivantes : ces mannes de la terre; et la propriété des fonds qui les font naître, et qui en partage le profit entre le maître et les fermiers, qui est la seconde espèce; la troisième est formée par le louage de# maisons de YiUes, les rentes hypothéquées, les charges de rpbe, d'épée et de finance, l'argent et les billets de change; et la quatrième, enfin, consiste dans le travail manuel, et le commerce tant en gros qu'en détail. Ces trois dernières espèces tirent, d'abord, leur naissance et leur maintien des fruits de la terre, puisque ort il n'en croît point, comme sur les sables ou sur les rochers, ils y sont tout à fait inconnus; mais ce n'est que la première fois qu'ils lui ont gratuitement ^te obligation; car, incontinent après, il faut que ces trois autres sortes de biens redonnent l'être à ces mêmes fruits dont ils tirent leur origine, et que cette circulation ne soit jamais interrompue d'un seul moment, parçç que la moindre cessation devient aussitôt mortelle à toutes les (Jeu* parties, de quelque part que cela arrive1,

1 Poi«gui|le|wt n'avait p*s, en ce qui toucha les notion? fondamentales de la seienca économique, c'eslrà-dire la nature et le principe de la richesse, des idées moins justes qu'Adam Smilh lui-même» Mais il pe possédait que faiblement, en comparaison du

f philosophe écossais, l'art d'extraire de ces idées primordiales, paria puissance de 'analyse, des déductions étendues, toujours claires, et toujours rationnelles. De là vient qu'il mêle souvent l'erreur à la vérité , et que le passage qu'on vient de lire ? par exemple , manifeste tout à la ibis un concept fort exact de la nature des choses, et des neroepiions confuses en désaccord avee la réalité, En effet, après avoir reconnu, d'abord, qu'il n'y a que deux sortes de richesses dans le monde, les produite brut* et les produits manufacturés, qu'il appelle les fruit* de la terre et les biens d'tndwtrie, il revient sur cette classification pour en proposer une autre, qui n'est plus qu'imaginaire. La distinction entre, 4° la richesse, fruits de ta terre ; 2° celle du propriétaire et du fermier du sol cultivable; 5° celle des propriétaires de maisons, de rentes, d'offices, d'argent et de billets ; et 4°, enfin, celle du travailleur manuel et du commerçant en gros ou en détail, ne repose sur rien. Toutes cet riobesset-Jè, en dernière analyse, se résument dans la possession médiate, ou immédiate, de produit! bruts ou manufacturés ; car on ne peut, rigoureusement, donner le nom de iteheaaoj ou de biens qu'aux choses matérielles et consommables, ce que l'auteur n'ignorait

En effet, les fruits essentiels, et comme capitaux, que produit la France, consistant en blés, ce qui en fait la première et plus considérable partie; en liqueurs, comme Tins, cidres et eaux-de-vie; en bestiaux, qui forment les chairs et les laiues, et en toiles, jamais le laboureur n'élèvera et ne nourrira sur la terre ces quatre denrées, et toutes les autres en très-grand nombre qui en sont une suite, si les trois autres états de biens dont on a parlé ne les lui achètent à un prix qui soit au-dessus des frais qu'il lui a fallu faire pour les mener en leur perfection ; comme en môme temps, il faut absolument que le laboureur et son maître, qui ne sont qu'une seule et même chose, et ne forment qu'un intérêt commun, achètent de toutes les professions de la vie, ainsi que de tous ceux qui vivent du travail manuel ou du commerce, au nombre de deux cents de compte fait, une partie au sou la livre de ce qu'ils leur peuvent fournir; et à un prix, pareillement, qui les mette hors de perte, afin que le tout soit réciproque. Ce n'est pas tout : il est encore nécessaire que toutes ces deux cents professions trafiquent aussi mutuellement , par un commerce continuel , du produit de leur art, le tout au niveau des fruits de la terre, et surtout des blés, auxquels elles doivent toutes leur naissance, comme on l'a dit; parce qu'aucune ne peut être démontée, sans faire aussitôt part de son mal à toutes les autres professions, quelles qu'elles soient, ou immédiatement, ou par contre-coup, attendu qu'elles forment toutes comme une chaîne d'opulence , qui n'a de prix que par l'assemblage des anneaux dont elle se compose , et qui perd sa valeur, ou du moins la plus grande partie de sa valeur, dès qu'on en a détaché un seul.

De manière que, pour entretenir l'harmonie sur laquelle roule toute la consistance des peuples et des États, et par conséquent les revenus du prince, il ne faut point qu'une partie passe l'autre; c'est-à-dire qu'il est nécessaire que la balance soit si égale dans tous ces commerces, que tout le monde y trouve pareillement son compte; ou bien, il arrivera infailliblement, comme lorsqu'on rend à faux poids ou fausse mesure, que c'est une nécessité qu'un des corn* merçants soit bientôt ruiné.

Par tous ces raisonnements, il est aisé de voir que, pendant que chaque homme privé travaille à son utilité particulière, il ne doit pas perdre l'attention de Téquité et du bien général, puisque c'est de cela qu'il doit avoir sa sub* j~ distance ; et qu'en les détruisant un moment à l'égard d'un commerçant aveo

aui il trafique, quoique par l'erreur commune, et par la corruption du cœur, croie avoir tout gagné, il doit au contraire s'attendre, si cette conduite devenait générale, comme il arrive quelquefois, à en payer la folle enchère par sa propre destruction qu'il se bâtit par là dans la suite, ainsi qu'on le va faire voir. Cependant, tout le travail des hommes, depuis le matin jusqu'au soir, est de pratiquer justement le contraire ; et il n'y en a aucun qui ne fût content, en achetant la marchandise d'un autre, de l'avoir non-seulement à perte de la

pas, témoin le chapitre îvin de la seconde partie du Détail de la France, et te chapitre tv du Faclum. 11 «avait très-bien, encore, que la monnaie (à part sa valeur intrinsèque comme produit, quand elle est d'or ou d'argent) et les signes représentatifs de la monnaie, ne sont pas biens ou richesses par eux-mêmes, qu'ils n'ont pas d'utilité propre, et ne sont réputés valeurs nue parce qu'ils ferment, entre les nains de leur propriétaire, une délégation partielle sur la somme des produits bruts et manufactures qui composent la richesse publique. Mais,. s'il est vrai qu'on ne puisse ratkninelltmeBt distinguer plus de deux sortes de richesses, il faut convenir, avec South, qu'il y a, dans l'état actuel de la société, trois espèces distinctes de revenue* comprenant, 4° les revenus que procure le travail, sous le nom de salaires; 2» ceux

Sue procure la propriété des capitaux, sous le nom ^intérêts ou de profits ; et 3°, enn, ceux que procure la propriété du sol, sous le nom de rente territoriale. C'est là, même, selou toute apparence, la véritable classification que l'esprit de Betsguiffebert s'efforçait d'opérer.

part du vendeur, mais encore tout ce qu'il a vaillant par-dessus le marché, tant l'intérêt aveugle les hommes; en sorte que, si une autorité supérieure, et générale, n'intervenait pour arrêter cette avidité à l'égard des denrées absolument nécessaires, comme les grains , en y mettant le taux , il y a des hommes assez inhumains pour ne vouloir sauver la vie à leurs semblables, dans des occasions pressantes, qu'au prix de tout leur bien. Et, comme cette police ne peut pas être égale dans le détail, il faut y suppléer, d'une façon indirecte, en empêchant, par une autorité puissante, qu'une marchandise ne devienne la proie et la victime de l'avidité d'un commerçant, lequel serait content, si cela était à sa disposition , de sacrifier tout à son intérêt individuel , sans souci aucun de la religion et de l'humanité, qui sont bannies de toutes opérations de ventes et d'achats , parce qu'on croit avoir satisfait à Dieu et aux hommes en n'usant point de fraude et de supercherie, et ne faisant que profiter de la nécessité des circonstances.

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