‹ Ecrin d'amour familialChapitre 4 sur 8 · COLLEGE DE MONTREAL · texte numérisé non relu

COLLEGE DE MONTREAL

Nous avons cru faire plaisir à tous ceux qui sont sortis du Collège de ^Montréal, en mettant sous leurs yeux les quatrièmes constructions où les ^lessieurs de Saint-Sulpice continuent Toeuvre du fondateur, ^Z. Tabbé Curateau, sieur de la Blaiserie. Un bon nombre de Sulpiciens, avons-nous dit, à la page 103, de ce volume, ont occupé, aux Etats-Unis, les sièges épiscopaux les plus importants de leur époque. Il aurait fallu ajouter le nom de ^Igr O'Farrell, qui a quitté ^Montréal, vers 1870, où ses talents ont brillé à la chaire de philosophie du Collège, aux églises de Saint-Patrice, et de Sainte-Anne. Aussi bien, ses écrits et son éloquence, notamment aux funérailles du célèbre T. D'Arcy McGee, ont été si justement appréciés, qu'il fut chargé de la cure de Saint-Pierre, New York, la mère des églises de cette grande ville. Il devint plus tard évêque de Trentoii, New Jersey.

Nous ne pouvons pas énumérer ici les noms de tous les illustres personnages sortis de notre Aima Mater. Espérons qu'un jour l'histoire complète de ce foyer si bienfaisant apparaîtra, où toutes ses gloires seront mises au jour.

Choisissons parmi ces gloires celles qui nous touchent de plus près.

En tête : Mgr Pierre Denaut, qui a étudié au Collège Saint- Eaphaël (Château Vaudreuil). Il a été curé de Longueuil, et devint évêque de Québec (1797-1806). Il eut l'honneur de consacrer l'illustre Joseph-Octave Plessis de Bélair, élève du même collège, né à Montréal, évêque et archevêque de Québec; membre du Conseil législatif de sa ville (1817-1825).

]\[en1ionnoiis ensuite le célèbre archevêciue tle Boston, Mgr Williams: .Mgr Bacon, 1er évêque de Tortland, Maine; son successeur, ^Igr Healy; ^[gr Farell, 1er évêque de Hamilton; Mgr McNearny, évêqne d'Albany; ^Igr Corrigin, archevêque do New York, au moins du Grand-Séminaire; ^Nfgr jMichaud, 2e évêque de Burlington, ; "Slgr Freeman, évêque de Hartford ; Mgr O'Day, de Seattle; Mgr Shahan,reeteur de l'Université de Washington ; ^Igr Pinsonnault, évêque de Sandwich. — Gardons au meilleur coin de nos souvenirs, .Mgr J. J. Tiartigue. élève et prêtre de Saint-Sulpiee, qui est devenu le premier évêque de Montréal.

Enfin, parmi les plus jeunes, ceux qui honorent plus notre collège par leurs talents, leurs vertus et leurs succès, si heureusement appréciés, sont : ]Mgr A. Langevin, archevêque de Saint- Boniface ; IMgr Bruchési, archevêque de Montréal ; ses très dignes auxiliaires, ]\lesseigneurs Racicot et Gauthier; puis Mgr Emard, dont les récents écrits ajoutent encore à sa valeur, universellement reconnue. Xe pas ou1)lier ^Igr Elphège Gravel, 1er évêque de Nieolet. ^Igr Bernard, évêque de Saint-Hyacinthe, .Mgr Forl)es, évê([ue de Joliette, et puis ^fgr Latnlippe, évêque de Témiscamingue.

Si à cette pléiade d'hommes célèbres, on ajoutait la liste bien plus longue et qui origine au berceau héroïque de toutes nos illustrations primordiales, de Québec, jointes à toutes les gloires des autres centres d'éducation qui s'en vont grandissant de plus en plus, entendez nos accents: " Lovez-vous avec fierté, vous avez droit de marcher haut la tête, car vous avez fait le pays ce qu'il est; la semence de vos Vîn-tus et de vos sciences, continue à croître ". Que Dicni en soit l)éin et sincèrement remercié !. . .

Arrivé à la fin d 'un livre, c 'est un peu hardi pour celui qui l'a écrit de demander au lecteur s'il en est content. Quand à l'auteur, il y a mis sa peine, son trouble, avec la joie la plus sincère, sans parler de l'espérance de faire revivre la noble vertu des aïeux. Quel bonheur pour lui d'en avoir étalé la beauté, de mettre en main d'une descendance chérie quelque chose du courageux travail des ancêtres !

Songez qu'en dehors de cette envergure de parenté, pourtant si large qu 'il nous a fallu la restreindre de beaucoup, il y a des milliers de foyers, dont les pères et mères sont décorés de noms glorieux qui leur sont presqu 'inconnus.

Impossible pour nos nationaux, comme pour ceux qui passent, cousins de France ou d'Angleterre de ne pas admirer l'édifice de la patrie. Comme il a vite grandi! Vrai-gratteciel; ses étages nombreux se sont superposés, allègres, beaux et prospères. Pour nous, hommes de foi, nous ne pouvons pas attribuer les heureux succès simplement à des rencontres fortuites, à des chaînons jetés pêle-mêle sur nos plages, lesquels se sont démêlés avec bonheur, sans qu'aucune force divine y ait prêté la main.

Ah! laissez-nous croire que l'honnêteté, l'énergie, la vertu des pères, l'amabilité, la sainteté des douces mères ont contri-

bué pour beaucoup à la construction toujours montante du temple national. En vérité, s'il s'élève de plus en plus majestueux, il faut le reconnaître; il gratte encore le ciel, par un amour persistant de la foi, de la prière, de la langue des aïeux.

Ignorez- vous que sur ses fondations de roc fièrement solides, des voûtes larges et profondes se succèdent, où les chercheurs, en assez bon nombre, ont entassé beaucoup de feuilles jaunies, des parchemins et des documents qui sont là prisonniers, inutiles aux gloires des familles et du pays. Les ancêtres sont par là voués à l'oubli de nombreux descendants qui ne se préoccupent pas même de leurs noms qu'ils écrivent mal sans le moindre scrupule.

C'est pourquoi, avant de fermer notre livre, nous voulons redire le voeu de "M. Chapais que nous avons inséré dès son début : " Si nous voulons connaître à fond notre histoire, comprendre la raison de certains faits, entrer dans l'intelligence complète de notre passé, il nous faut explorer ces chemins peu fréquentés de nos jours, enfouis souvent sous l'épaisse ramure d'une végétation séculaire, et semés de mille obstructions. Il faut nous y engager la hache à la main, pour leur arracher leurs secrets. Rude et pénible tâche, mais tâche bien payée par les résultats obtenus ". (^).

M. Pierre-Georges Roy et d'autres écrivains d'un nombre trop limité, ont accompli cette tâche avec un louable succès, d'autres se sont contentés de tracer des arbres généalogiques.

(^) Louis Jolliet. — E. Gagnon. — Préface, 16-17.

Ces travaux ont une bonne valeur, mais quel service ils rendraient s'ils avaient indiqué la part que leurs ancêtres ont prise dans les faits et gestes du pays !

C 'est dire qu 'il y aurait lieu à éditer des centaines de volumes où toutes les gloires nationales seraient décrites avec poids et mesure, en ne cédant en rien à l'esprit de parti, de clocher, toujours à la lumière de la vérité.

Quels nombreux faisceaux de notions historiques seraient amassés de la sorte ! Ce ne serait plus les jalons des routes principales, mais une foule de chemins courts, bien tracés, avec les montées et les descentes, indiquant les familles, les maisonnées, les fondations de toutes sortes, et accordant à chaque travailleur le blâme ou l'honneur du succès.

Comme il faut admettre que les mêmes moyens de réussite doivent varier suivant les temps et les lieux, la descendance ferait d'utiles rapprochements entre le passé et le présent. Elle choisirait les armes qui ont le mieux réussi; la trempe était bonne et l'endurance aussi. Jeunes gens, armez-vous, car la lutte est inévitable, et si vous voulez l'emporter, il est sûr qu'il vous faudra plus de fermeté et de courage encore que vos aïeux.

Le champ d'action n'est plus dessiné comme naguère; une foule d'armes nouvelles surgissent, et ceux qui sont trop vieux pour s'en servir ou parer leurs coups, n'ont rien de mieux à faire que de rappeler à leurs enfants, la foi et la piété de leurs ancêtres, ce sont les armes indispensables à tous les temps et à tous les lieux.

Il faut bien apprécier la situation ; elle est des plus brillan-

tes, pleine d'espoir souriant. Que les jeunes saisissent d'une main ferme, affectueuse pour leurs proches, avant tout jointe à la main divine, les fruits des prières, des sueurs, des pénibles travaux des vénérés dont le sang coule dans leurs veines ! La sève de l'arbre national est vigoureuse ; nos foyers sont heureux et prospères ; mais effacez de votre langage, et surtout de votre âme cette assurance, ce mot si audacieux : " il n'y a pas de danger ".

Entendez plutôt les remarques judicieuses d'un observateur lettré, d'un homme d'expérience, Ernest Daudet. Il vient d'écrire: " On ne saurait prétendre que nous ne vivons pas des jours confus, tumultueux et troublés. Tous les événements qui en alimentent l'activité ont plus ou moins un caractère anormal et décèlent dans la génération contemporaine un état d'âme inquiétant. De quelque côté qu'on y regarde, questions politiques, questions sociales, questions religieuses, il est impossible de n'être pas frappé par ce que les incidents de la vie nationale présentent d'imprévu et de nature à faire craindre des lendemains plus graves encore. " (^).

Et maintenant, allez, années vieillissantes, vous serez réconfortées par la vue de cette pléiade de jeunes, espoir de ceux qui vont partir. Ils sont autant de fleurs écloses en un jardin dont le terroir a gardé son ancienne fécondité. '

L'illustre Veuillot avait été malade toute l'année 1875, mais avec quelle confiance, il envisagea la mort! C'est un bon exemple à suivre. Aussi bien, nous dirons comme lui : " Nous ne sommes plus sur la terre que pour nous consoler d'en par-

(') Semaine littéraire, 14 décembre 1913.

tir; nous ne perdons rien. Jésus nous attend dans sa maison. Nous irons, nous y serons bien. Quand la poussière de la route sera époussétée nous paraîtrons devant le roi. Attendons patiemment, regardons en face. Ce n'est pas un huissier qui viendra nous prendre pour nous faire payer nos dettes, mais un ambassadeur qui acquittera tout. Mourir, cela s'appelle, en chrétien, recevoir le baiser du Seigneur ". (^).

Je ne dirai donc pas avec René Bazin: " Rude moment, celui qui emporte le jour : victoire de l'ombre, de la brume, du froid et de la peur qui se lève. " (*).

Disons plutôt avec Lamartine :

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère, Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux, Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre, Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux ! TA je m'enivrerais à la source où j'aspire. Là je retrouverais et l'espoir et l'amour. Et ce bien idéal que toute âme désire, Et qui n'a pas de nom au céleste séjoiir ! (').

Dans ce temps-là, le grand saint Martin partit seul du *' Lion d'Angers ", pour s'en aller à Gêné, ayant fait la promesse aux bonnes gens de ce village de récompenser leur piété en assistant, chez eux, à la messe de minuit. Il faisait froid, et la nuit était claire. Elle épaissit pourtant ses ténèbres, et le

(•) Lettres, 27 décembre 1875.

(*) A la Sainte Baume.

(•) Mort de Socrate.

saint s'égara dans la forêt. Plus il marchait et plus il se perdait. Pourtant, il ne se fâchait pas, car la colère est un péché. Il secouait la tête avec chagrin. On assure même qu'il en pleura, et que les larmes qui tombèrent de ses yeux furent gelées aussitôt, et demeurèrent sous la forme de perles précieuses, que les anges recueillirent et portèrent au paradis, où Madame la Vierge-Marie les accepta pour s'en parer. (®),

Nous n'oserions, dans notre indignité espérer une pareille faveur, mais nous demandons à Dieu que nos meilleures prières, et nos voeux les plus sincères façonnent une ample et douce gerbe de fleurs pour l'offrir aux enfants et petits enfants des descendances, comme gage de notre affection et de notre espoir qu'elle restera belle et vivace, emblème des vertus des aïeux!...

(°) Frédéric Valade : La semaine littéraire, 21 décembre 1913.

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