‹ Écrits inédits; (volume 2)Chapitre 28 sur 31 · LE 16 MARS 1712, EN PLEIN CONSISTOIRE · texte numérisé non relu

LE 16 MARS 1712, EN PLEIN CONSISTOIRE

Mes vénérables frères, les larmes que versoit la France pour la perte du Dauphin fils du Roy très chrestien qu'une mort prématurée enleva l'année dernière, n'estoient pas taries, quand par un autre malheur encore plus déplorable, elle a esté contrainte non pas de se livrer à une nouvelle affliction, mais de continuer et de redoubler la sienne, comme lorsque la cicatrice d'une playe profonde vient à se rouvrir. Un second Dauphin aisné du dernier, et illustre petit fils du Roy, vient de lui estre enlevé et non à elle seule, mais à l'Église et à la religion catholique. C'estoit un Prince non seulement d'une grande espérance, mais d'une vertu desjà rare et consommée qui avoit l'applaudissement de tous les gens de bien. Ce qui met là dessus le comble à la douleur, est que son espouse princesse accomplie a eu part à la mesme pompe funèbre estant morte seulement six jours avant luy, de manière qu'ils nous donnent ainsy l'un et l'autre un grand exemple

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de la fragilité des choses humaines, en mesme temps qu'ils nous donnent le lugubre spectacle de la plus funeste catastrophe.

C'est de cette triste nouvelle que nous avons apprise dans l'amertume de nostre cœur vrayement paternel que nous vous faisons part aujourd'huy. Nous ne doutions pas que les vostres ne soient aussy pénétrés de la plus vive douleur d'une perte qui n'intéresse pas seulement une nation ni un Royaume, mais toutte la République chrestienne ; perte que nous pleurons dans la mort d'un prince, recommandable par sa religion, sa prudence, sa piété, son sçavoir, sa grandeur d'âme et sur tout par son respect particulier pour l'Église et sa soumission vrayement filiale pour le Saint Siège. Aussi ne nous croyons-nous pas moins obligés par raison que par le devoir de la charité chrcstienne d'employer nos sacrifices, nos vœux et nos prières pour obtenir le Royaume du ciel à cette Ame à qui la mort vient d'en arracher un terrestre. C'est à quoy nous avons satisfait jusqu'à présent en nostre particulier, et que Nous vous exhortons instamment de continuer avec Nous, et que Nous ferons solemnellement dans son temps par un service public qui se célébrera dans nostre Chapelle Pontificale au jour que Nous vous indiquerons.

Cependant prions avec une humilité profonde celuy par lequel régnent les Rois, de vouloir pour soulager la douleur publique, conserver le Roy très chrestien dans une santé parfaitte et dans une heureuse vieillesse jusqu'à ce que le jeune Prince nouveau Dauphin formé de ses mains, ayt égalé les vertus de celuy qu'il vient de perdre et passé

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