DES CRÉATURES, POUR VOUS FAIRE MARCHER DANS SES VOIES
Haereditate acquisivi testimonia tua in aeternum, quia exsultatio cordis mei sunt.
Vos témoignages me sont échus en partage pour jamais, parce qu’ils sont toute la joie de mon cœur. (Ps.
E sujet a donné à mon cœur une nouvelle émotion
d’amour, me faisant ressouvenir des faveurs dont la divine Bonté m’a si libéralement partagée dans la distribution qu’elle fait aux hommes de ses biens.
Les biens qu’elle m’a donnés pour la portion de mon héritage sont le mépris du monde, des plaisirs, des richesses, des honneurs ; l’amour de la croix, de la pauvreté, de l’humilité ; l’honneur de sa présence continuelle, de sa familiarité, de sa privauté, et surtout l’amour de son amour.
Voilà les témoignages et les voies qui me sont échus en partage pour jamais, par la grâce d’un si magnifique libérateur. J’en voyais l’excellence et le prix inestimable ; et en comparaison, tous les biens, tous les honneurs, toutes les grandeurs, qui sont le partage du monde, et que les hommes estiment tant, me paraissaient moins qu une ombre en comparaison d’un véritable corps.
Mon âme par un élancement d’amour s’est portée à Dieu qu’elle voyait comme un amour infini, et elle est demeuree en lui dans une liaison très intime.
Dans cette union, néanmoins, j’entretenais le souvenir
LES RELATIONS D’ORAISON
de la hauteur, beauté, sainteté, justice des voies de sa divine Majesté : ce qui me faisait davantage admirer, aimer et désirer la persévérance dans ces mêmes voies, qui étaient effectivement la joie et les délices de mon cœur.
Elles font ma 'joie et mes délices, parce qu’elles sont émanées de celui que j’aime d’un amour qui ne se peut exprimer, et qu’elles sont les maximes de la vie sainte qu il est venu établir dans la loi de l’Évangile.
Réfléchissant sur l’amour que je sentais pour les voies qui m’étaient échues en partage, je l’offrais à celui qui me le donnait, et ne le trouvant pas encore assez grand à mon gré, je le soumettais à son jugement, par un simple et doux regard qui a continué jusques à la fin.
Ile MÉDITATION (8)
Que votre véritable sanctification consiste a être unie a Jésus-Christ et a vivre de sa vie
Sicut palmes non potest ferre fructum a semetipso nisi manserit in vite , sic nec vos nisi in me manseritis.
Demeurez en moi et moi en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s'il ne demeure attaché à la vigne, de même vous n’en pouvez porter si vous ne demeurez en moi. (Jo., 15, 4.)
Au premier regard de ce passage, ma volonté s’est portée à Dieu par un élancement d’amour, lui disant : « J’en suis d’accord, ô mon Bien-Aimé, j’en suis d’accord. Que je demeure en vous, et vous en moi ! »
Dans l’union que j’avais avec cette divine Majesté, j’avais une lumière qui me faisait voir ce que c’est que
Marie de l’Incarnation.
d'être enté en Dieu par Jésus-Christ, et ce que c’est que
d’en être séparé. , . ,
Je voyais qu’être ente en Dieu par Jesus-Christ, c est
croire que Jésus-Christ est Dieu, et lui être uni par la foi afin de vivre de son esprit par la grâce : comme quand l’on ente la Q^cffe d un olivier sauvage, ainsi que dit saint Paul, sur la souche d’un olivier franc (Rom., n, 24), afin qu’il vive de sa vie par la communication de sa sève; et être séparé de Jésus-Christ, c’est ne pas avoir la foi, ou si on l’a, ne pas vivre de son esprit ni de sa grâce, comme ces membres morts et arides qui sont attachés au corps comme s’ils ne l’étaient pas, parce qu’ils ne participent point à l’esprit de vie qui anime le corps.
Ces vues donnaient de nouvelles émotions a ma volonté qui se plongeait de plus en plus dans son divin Objet, lui demandant l’effet de ses paroles : Demeurez en moi et moi en vous (Jo., 15, 4)> Ie priant qu elles opérassent en mon âme ce qu’elles ont fait dans les Apôtres, qui n’eussent rien pu faire sans son esprit, et sans la confirmation de son amour.
Je disais au Père Éternel : « Donnez-moi, ô divin Père, donnez-moi cette foi qui me doit unir à votre Fils, et me faire un même corps avec lui ; donnez-moi encore la grâce qui m’est nécessaire pour vivre de sa vie et de son esprit. Et parce que c’est peu à un pampre d’être uni à sa vigne et d’être rempli de sa sève, s’il ne produit du fruit, donnez-moi les grâces actuelles qui me sont nécessaires pour fructifier en vertus et en bonnes œuvres.»
L’union a duré tout le temps de l’oraison, dans laquelle j’ai presque toujours été dans l’impuissance de faire des actes. J’en ai fait néanmoins, mais ce n’a été que par intervalles, et je sentais en moi un certain principe qui me portait fortement à les faire.
LES RELATIONS ü’ORAISON
Ille MÉDITATION (9)
Que Dieu est en vous comme dans sa maison qu’il sanctifie