Cet épisode ne figure pas dans RJ
9. Les Trois-Rivières étaient, depuis l’établissement de l’Habitation, le rendezvous annuel d’un « ramas de diverses nations », Algonquins de l'Ile, Montagnais, Attikamègues, et autres tribus moins importantes, qui descendaient trafiquer avec les Français. A diverses reprises, les Algonquins avaient manifesté le désir
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plusieurs sont allés en leurs pays, et les autres se sont réfugiés ici. C’est ainsi que le diable fait paraître sa rage, tant il a de dépit de ce qu’on le dépouille sans cesse de ses sujets pour augmenter le royaume de Jésus-Christ.
L’on a découvert quantité de peuples du côté du nord, lesquels parlent algonquin et montagnais 10. Tous se font instruire avec une telle bénédiction que les RR. PP. Pijart et Raymbault, qui y sont employés, n’y peuvent suffire et demandent du secours. Les Pères qui travaillent aux Hurons y ont souffert cette année de grands travaux. Les RR. PP. de Brébeuf* 11 et Chaumonot ont jeté les premières semences de l’Évangile dans la Nation Neutre, où ils ont pâti presque jusqu’à mourir. Le R. P. Chaumonot a pensé avoir la tête fendue d’un coup de caillou. Comme ces peuples s’imaginent que la prière est une espèce de sortilège, ils n’osent presque remuer les lèvres pour réciter leur office. Cela n’a pas empêché qu’un des plus grands et des plus fameux sorciers des Hurons n’ait été baptisé à Sillery12, où notre séminariste
de se fixer près de l’Habitation. Ils y avaient même formé un commencement de réduction sur le modèle de Sillery. Mais les incursions iroquoises en avaient repoussé le plus grand nombre dans leur pays. Plusieurs de ceux qui s’étaient arrêtés aux Trois-Rivières avaient gagné Sillery, plus à l’abri, pour le moment du moins ; ils y composaient une petite colonie algonquine, sous le commandement de leur compatriote Noël Négabamat. Les Attikamègues, dont il sera parlé un peu plus loin, attirés par les néophytes algonquins, avaient en 1640 promis aux Pères de se rapprocher de l’Habitation, « tant pour apprendre le chemin du ciel, que pour cultiver la terre » ; mais ils n’étaient pas « gens de guerre », et « la crainte des Iroquois, ennemis communs de tous les Sauvages qui (avaient) commerce avec les Français », leur avait fait remettre à des temps plus tranquilles leur dessein. RJ (Q. 32 ; C XX, 270-271).
10. Les Nipissings des lettres précédentes. Le P. Le Jeune dans RJ 1640 donne les noms de quelques-unes de ces peuplades de langue algonquine : les Témiscamingues, dans la région actuelle qui porte leur nom, et très loin au delà, en tirant vers le nord-ouest, dans des territoires encore inexplorés, les Kristinons et les Ouinipigou, nation sédentaire des bords du lac Winnipeg (Q 34 ; C XVIII, 226 et ss.).
11. Jean de Brébeuf, né à Condé-sur-Vire (diocèse de Bayeux) en 1593, entré chez les Jésuites en 1617, passé dans la Nouvelle-France d'abord en 1625, puis de nouveau en 1633. Il fut l’un des premiers missionnaires jésuites des Hurons, où il sera massacré par les Iroquois en 1649. Nous le retrouverons prochainement à Québec, où il venait d’arriver et où il résidera jusqu’en 1644. Dans l’intervalle, il sera aussi affecté à la résidence des Trois-Rivières.
12. Le Huron Tsondatsaa, dont les Relations de ces années font de fréquentes mentions. Celle de 1642 le représente comme « l’un des plus engagés dans les
CORRESPONDANCE
Thérèse le prêcha deux heures et demie la veille de son baptême 13.
Nos séminaristes font un grand progrès dans la foi et dans la piété. Toutes sont baptisées, et nous en avons eu cette année jusqu’à quarante-huit ; sans parler de plus de huit cents visites de Sauvages14 que nous avons assistés selon notre possible15. Nous nous établissons à Québec comme au lieu le plus sûr pour nos personnes, et le plus avantageux pour l’instruction. Les Mères Hospitalières y font aussi achever une maison16. Et
superstitions du pays et chef de bande (dans le) métier (de la sorcellerie) » RJ 1642 (Q 69 ; C XXIII, 82). Cependant il n’avait jamais manifesté d'hostilité contre les missionnaires. A l'été de cette année 1641, il était descendu à Québec avec un parti de ses compatriotes pour la traite, au temps même où les Iroquois se trouvaient aux Trois-Rivières pour leurs prétendus pourparlers de paix. Dès avant son départ de la Huronie, il avait renoncé publiquement aux superstitions de ses ancêtres. Les Jésuites lui avaient conféré le baptême à Sillery, et Montmagny lui avait donné son nom, Charles. Trois choses l’avaient surtout impressionné à Québec, disait-il : « le respect témoigné au Gouverneur, le dévouement des religieuses, la dévotion et la charité des néophytes » RJ 1641 (Q 20-24 ; C XX, 214-232).
13. La petite Huronne de la lettre LXXVIII. « Cette petite néophyte, dit Le Jeune, fut longtemps avec le bon Charles Tsondatsaa, la veille de son baptême : elle lui parlait des biens qu’on reçoit dans les eaux sacrées, des grandes récompenses que Dieu donne à ceux qui lui obéissent... Cet homme sage et sérieux se plaisait si fort aux discours et à la conversation de cette jeune fille, âgée d’environ douze ou treize ans, qu’il y passa plus de deux heures et demie » RJ 1641 (Q 5 ; C XX, 136).
14. Cinquante séminaristes et plus de sept cents visites de sauvages passagers, lit-on ailleurs (lettre LXXVIII). Évidemment, pour ces derniers, on ne pouvait donner que des chiffres approximatifs. « Or, encore qu’elles soient logées à l’étroit, écrivait Le Jeune des Ursulines, elles ne laissent pas d’être souvent visitées par de bonnes femmes sauvages, pressées de la faim. Les Mères les font prier Dieu, leur disent un bon mot, les font manger, puis les renvoyent avec cette double aumône » RJ 1641 (Q 3 ; C XX, 130).
15. L’exiguïté du local imposait en effet des bornes au zèle des Ursulines : « Quand ces bonnes Mères, disait Le Jeune, seront logées plus au large, elles auront encore une autre occupation : les filles et les femmes qu’on voudra baptiser iront devant leur baptême passer quelques jours en leur Monastère, pour y apprendre avec plus de repos la doctrine de Jésus-Christ ; voire même, les néophytes y pourront aller pour se préparer plus saintement à la sainte communion » RJ 1641 (Q 3 ; C XX, 130). Le Monastère de la Haute Ville devait être plus commode aussi pour les jeunes Françaises, pensionnaires ou externes. A cet avantage, le nouveau Monastère devait ajouter la sécurité. A l’abri du Fort et de ses canons, qui tenaient encore les Iroquois à une distance respectueuse de Québec, les Religieuses n’avaient rien à craindre, pour le moment, ni pour leurs séminaristes et pensionnaires, ni pour leurs propres personnes.
16. Cette phrase a été manifestement remaniée par L. — ■ Les Hospitalières qui avaient fait commencer la construction de leur Hôtel-Dieu, également dans
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même, Messieurs de Mont-Réal y font faire une maison et un magasin17, car il est nécessaire qu’ils aient ici un lieu de retraite, Mont-Réal n’étant pas encore en assurance à cause des incursions et des guerres continuelles des Iroquois18.
Nous avons reçu vos libéralités et celles de nos amis ; nous en avons fait des robes à nos Sauvages19, qui en ont été ravies, n’étant pas accoutumées de se voir si braves20. Nous leur avons fait un festin général, où nos Révérends Pères se sont trouvés, et ont pris occasion de nos largesses, de leur faire voir l’affection qu’on leur porte
l’enceinte de Québec, mais un peu plus loin du Fort, sur le versant du Coteau Sainte-Geneviève, en avaient alors interrompu les travaux. Pour se rapprocher des Sauvages, elles avaient décidé de se transporter à Sillery. Le 9 juillet 1640, la première pierre d’un nouvel hôpital y avait été posée en grande cérémonie, et en décembre suivant les religieuses y étaient entrées. Les Ursulines, nous disent les Annales manuscrites de l’Hôtel-Dieu, avaient assisté à la cérémonie du 9 juillet. Avaient-elles songé alors à venir elles aussi se fixer à Sillery ? Les avantages et les risques étaient les mêmes que pour les Hospitalières : elles se seraient trouvées en plein centre sauvage. Toutefois, elles devaient aussi penser à leurs élèves françaises, pensionnaires ou externes, et cette considération pouvait les retenir à Québec.
17. En 1639, M. Olier, le fondateur de Saint-Sulpice, et Jérôme le Royer de la Dauversière, receveur des tailles à La Flèche (Sarthe), avaient pris l’initiative de la constitution d’une société pour l’acquisition et la colonisation de l’île de Montréal : la Société de Notre-Dame de Montréal, dite aussi Compagnie des Messieurs et Dames de Montréal. Dès le printemps de 1640, M. Olier faisait passer à Québec des provisions pour le contingent de colons et d’engagés que les Associés devaient y envoyer l’année suivante. RJ 1640 (Q 37 ; C XVIII, 244). Au printemps de 1641, la première recrue de colons était en effet levée, et les Associés la confiaient avec le gouvernement de Montréal à un cadet champenois, Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve. Celui-ci s’était aussitôt embarqué à La Rochelle avec une partie de ses hommes, pendant que l’autre traversait avec la flotte de Dieppe. Dès leur débarquement à Québec, les hommes de Maisonneuve s’étaient mis à la construction d’un magasin, dont les Associés voulaient faire l’entrepôt général de leurs provisions. Ce bâtiment devait s’élever sur le bord du fleuve, dans un lieu qui avait été donné par le Gouverneur Montmagny pour la Compagnie de Montréal (voir Dollier de Casson, Histoire du Montréal. Édition Flenley, pp. 86 et 89).
18. Montréal n’était alors qu’une île déserte. La nouvelle colonie devait être la première habitation que les Iroquois rencontreraient en descendant le Saint- Laurent.
19. Ce sont les étoffes mentionnées par le Registre des Bienfaiteurs. Tours y était pour une bonne part.
20. Brave au XVIIe siècle signifiait souvent élégamment vêtu. « Vous prenez des peines infinies pour nos habits... et me faites plus brave que je ne voulais » (Correspondance de Mme de Sévigné : Lettre à Mme de Grignan, 8 juillet 1685). « Mme de la Fayette me mande comme elle se fait brave pour la noce de son fils »
CORRESPONDANCE
en France. Nous avons encore reçu tous les articles d’union21 qu’on nous a envoyés ; je vous fais un million de remercîments de les avoir agréés et approuvés. A Dieu, ma chère Mère, mais sans adieu, car cette lettre doit être suivie de quelques autres 22, mon cœur ne pouvant laisser passer d’occasions sans vous donner des marques de son amour, et se sentant obligé de vous faire savoir ce qui se passera ici jusqu’au départ des derniers vaisseaux. Cependant je vous vois tous les jours devant la divine Majesté, que je supplie de vouloir être la récompense de vos bienfaits.
De Québec, le 16 de septembre 1641.
LXXXIII. — La Mère Anne de Ste-Claire a la Révérende Mère Catherine-Agnès de St-Paul, Abbesse de Port-Royal
Bibliothèque municipale de Troyes, Ms. 2196, fol. 130-131 (pièce 59). — Lettre éditée pour la première fois par Éug. Griselle dans : La Vénérable Mère Marie de l'Incarnation... Supplément à sa correspondance..., p. 57. — • Texte revu sur l’original. Orthographe et ponctuation ramenées à l’usage moderne.
Jésus, Marie, Joseph.
Madame,
Très humble salut en Notre-Seigneur !
La présente sera pour me donner l’honneur de vous saluer de ce nouveau monde et vous dire, Madame, que nous nous reconnaissons extrêmement redevables à votre charité. Il faut bien dire qu’elle a
{Ibid. A la même : Lettre du 27 novembre 1689). — A côté de l’adjectif, on avait aussi le substantif braverie qu’on employait également dans le sens de : élégance dans la toilette : « Des bals éternels, des comédies trois fois la semaine, une grande braverie, voilà les États » [Ibid. A la même. Lettre du 5 août 1671).
21. Le projet d’union, communiqué aux Ursulines de France en 1640, et qui avait reçu leur approbation. Voir la lettre précédente.
22. Toutes ces lettres, si elles ont été écrites, comme la Vénérable Mère en donnait l’assurance, se sont perdues.
Lettre LXXXIII. — Il est possible que la Mère Anne de Ste-Claire eût quelques relations avec Port-Royal et qu’elle y fût personnellement connue. Mais peutêtre aussi, est-ce surtout au titre d’Ursuline du couvent du Faubourg Saint- Jacques qu’elle ajoute, pour elle et pour la Mère Marguerite de St-Athanase, ce court billet à la lettre du 4 septembre précédent de Marie de l’Incarnation.
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les bras bien grands, puisqu’elle s’étend en ces terres écartées, faisant du bien à des personnes qui ne lui en ont jamais donné aucun sujet. C’est là une invention de la véritable charité, telle qu'est la vôtre. Madame, qui sait lier par ses bienfaits, comme avec des liens très forts, nos [cœurs] 1 2 au vôtre. Nous nous tenons extrêmement honorées de cette faveur, de laquelle nous vous rendons mille actions de grâces, vous assurant, Madame, que nous tâcherons de la reconnaître devant Notre-Seigneur.
Je ne m’arrêterai pas à vous dire des nouvelles de ce qui se passe ici, car outre la Relation qui vous en dira beaucoup, le R. P. Le Jeune va en vos quartiers : c’est une relation vivante qui vous pourra donner toutes sortes de consolations. Reste, Madame, à vous supplier très humblement de nous donner une petite part en vos saintes prières. Ce sera une nouvelle faveur qui nous obligera derechef à être pour toujours. Madame, vos très humbles, très obéissantes et plus affectionnées servantes.
Sr. Anne de Ste-Claire et Sr. Marguerite de St-Athanase, Religieuses] UTrsulines] I[n dignes] a.
De notre séminaire de Saint- Joseph des Ursulines de Québec, ce 18 septembre 1641.
Avec votre permission, nous saluons votre sainte Communauté, aux prières de laquelle nous nous recommandons pour l’établissement de cette maison.
Suscription : A Madame, Madame l’Abbesse de Port-Royal, en son monastère à Paris.
1. Au lieu du mot cœurs, l’original porte un graphique représentant deux •cœurs accolés et suivit de rs.
2. Toute la lettre, y compris les deux signatures, est de la main de la Mère Anne de Ste-Claire. — Il y a lieu d’hésiter sur la lecture de l’année : 1641 ou 1642. Da mention du voyage de Le Jeune assigne la lettre à 1641.
LXXXIV. — Un missionnaire de la Mission des Hurons a une Ursuline de Québec
RJ 1642 (Q 34 ; c XXII, 194), fragment.
J’ESPÈRE que Dieu bénira votre petite Thérèse; vos exemples lui serviront toute sa vie plus que tout ce qu’on lui pourrait dire. Quelques Hurons du Bourg de Saint-Joseph, qui descendirent l’an passé à Québec, sont retournés si satisfaits de quelques entretiens qu’ils ont eus avec elle, qu’ils ne savaient ce qu’ils devaient plus admirer, ou une petite fille huronne qui leur prêchait un Dieu,, un paradis et un enfer, ou les saintes filles qui l’avaient instruite et qui lui avaient tourné l’esprit vers le Ciel. C’est ainsi qu’ils m’en parlaient cet hiver* 1...
(Des Hurons, mai 1642 ) 2.
Lettre LXXXIV. — Extrait cité par le P. Vimont, auteur de la Relation de 1642. La lettre était adressée de la Huronie à la religieuse qui avait instruit la petite Thérèse. Cette religieuse était la Mère Marie de St- Joseph. Toujours d’après Vimont, l’auteur de la lettre était un missionnaire attaché, à l’automne de 1641, à la résidence de Saint- Joseph. Les deux missionnaires desservant ce poste, pour l’année 1641-1642, nous sont connus. Ce sont les Pères Charles Garnier et: Simon Le Moyne. Comme le premier était déjà en relations épistolaires avec les: Ursulines de Québec, il est normal de lui attribuer la lettre présente.
1. De ces deux Hurons, l’un était Charles Tsondatsaa. Voir la lettre LXXXII. La petite Thérèse était sur le point de regagner la Huronie.
2. Cette lettre fut écrite au plus tard à la fin du printemps, comme celle que le Père Garnier adressait à son frère Henri de St-Joseph, à la date du 22 mai de cette année. En 1642, les Hurons descendirent à la traite vers la mi-juin. Ils étaient aux Trois-Rivières trente-cinq jours plus tard. Le P. Isaac Jogues, dont il va être question dans les lettres suivantes, les avait accompagnés. C’est lui qui avait apporté à Québec la Relation de la Mission des Hurons pour l’exercice 1641-1642 et le courrier des missionnaires.
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