‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 33 sur 239 · XII. — A Dom Raymond de St-Bernard · texte numérisé non relu

XII. — A Dom Raymond de St-Bernard

L pp. 18-19, Lettre spirituelle XI. — V un extrait p. 337. — R XI. — Texte

de V complété par L.

Mon très cher et très Révérend Père,

J’étais fort étonnée que vous ne m’aviez point encore parlé de saint Pierre et je n’attendais que l’heure que vous le feriez1. Je vous avoue, mon Révérend Père, que la défiance que j’ai de moi-même, jointe à l’expérience continuelle de mes propres faiblesses, me fait souvent appréhender ce que vous me dites. Quand je me vois ainsi, je tâche d’entrer dans les dispositions que vous me proposez, m’abandonnant entre les mains de Celui qui me peut donner la solidité de son esprit et apaiser l’impétuosité du mien, avec lequel je ne prétends point agir, mais dans la douceur amoureuse du sien2, que je m’ose promettre que sa bonté ne me

Lettre XI. — Connue par V p. 336. — « Le zèle de cette généreuse Mère croissant tous les jours, nonobstant les contradictions qui s’opposaient à son dessein, le Père crut ou plutôt il feignit de croire qu’il y avait de l’excès : ce qui l’obligea de lui parler en père. » Quoi qu’il en soit de cette psychologie de Dom Raymond, nous ne retenons ici que la preuve de l’existence de la lettre.

Lettre XII. — r. La présomption de saint Pierre et l’humiliation qu’elle lui valut. Voir dans les Évangiles le récit de son triple reniement.

2. L : Y impétuosité du mien. J’ose me promettre... Le texte de V omis par L semble bien devoir appartenir à l’original. L’omission d’une ligne est peut-être due à une inadvertance.

DE MARIE DE L’INCARNATION

déniera pas, et que portée sur ses ailes, il me fera posséder ce qu’il me fait désirer pour l’amour de lui-même, et non par une invention de l’esprit humain.

* Mais dites-moi, mon Révérend Père, voudriez-vous que je vous celasse ce que je sens dans mon intérieur ? N’ai-je pas coutume de traiter avec vous dans toute la candeur possible ? L’expérience que vous avez de l’esprit qui me conduit ne vous est-elle pas assez connue pour souffrir que je n’aie point de réserve à votre égard ? Le rebut que vous me fîtes, il y a quelque temps, me fit pencher à être plus réservée à vous déclarer mes dispositions 3 ; mais je me suis aperçue que Dieu veut peut-être que j’achève mes jours comme je les ai commencés, sous la conduite d’un si bon père. Mortifiezmoi donc, tant qu’il vous plaira ; je ne cesserai point de vous déclarer les sentiments que Dieu me donne ni de les exposer à votre jugement. Je vous dirai dès à présent que ce que je vous ai pu déclarer de mon dessein est très véritable, quoique ce que je n’ai pu dire soit encore tout autre chose*4 5. Au reste, je vous crois si plein de charité, que je m’assure que vous faites plus pour nous que vous ne dites.

Faites donc, au plus tôt, mon Révérend Père. Nos cœurs seront tout brûlés avant que nous soyons en Canada, si vous n’y prenez garde. Et ne nous condamnez pas, si nous semblons impétueuses, comme vous dites, hors de l’occasion. Ce n’est pas sans occasion : vous la voyez précise. Et si nous sommes si pressées, vous ne nous sauriez condamner sans condamner Celui qui m’apprend qu’il n’y a que les violents qui ravissent le cielb. Que ce soit par la poste que nous entendions de vos nouvelles ; le messager tarde trop.

De Tours, le 6 mai 1635.

3. L’accueil assez froid que Dom Raymond avait réservé à sa dirigée lors de l’un de ses derniers passages à Tours. Même plainte, et sans doute pour le même motif, qui remonterait à l’année précédente, dans la Lettre de conscience IX (. Écrits I, pp. 365-366).

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