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CHAPITRE MIL

Différence générale et locale dans l'origine des langues.

ToTJT ce que j'ai dit jusqu'ici convient aux langues primitives en général, et aux progrès qui résultent de leur durée, mais n'explique ni leur origine, ni leurs différences. La principale cause qui les distingue est locale, elle vient des climats où elles naissent, et de la manière dont elles se forment : c'est à celte cause qu'il faut remonter pour concevoir la différence générale et caractéristique qu'on remarque entre les langues du midi et celles du nord. Le grand défaut des Européens est de philosopher toujours sur les origines des choses d'après ce qui se passe autour d'eux. Ils ne manquent point - de nous montrer les premiers hommes, habitant une terre ingrate et rude, mourant de froid et de f.iim, empressés à se faire un couvert et des habits; ils ne voient,parlout que la neige et les glaces de l'Europe, sans songer que l'espèce humaine, ainsi que toutes les autres, a pris naissance dans les pays chauds , et que sur les deux tiers du globe l'hiver est à peine connu. Quand on veut étudier les honmies, il faut regarder près de soi; mais, pour étudier Thomme, il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d'abord observer les différences , pour découvrir les propriétés.

Le genre humain, né dans les pays chauds, s'étend de là dans les pays froids; c'est dans ceux ci

SVR l'origine des LASGfES. 1 55

qu'il se multiplie, et reflue ensuite dans les pays chauds. De cette action et réaction viennent les révolutions de la terre et l'agitation continuelle de ses habitans. Tâchons de suivre dans nos recherches l'ordre même de la nature. J'entre dans une longue digression sur un sujet si rebattu qu'il en est trivial, mais auquel il faut toujours revenir, malgré qvi'on en ait, pour trouver l'origine des institutions humaines.

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