‹ Ecrits sur la musiqueChapitre 34 sur 50 · SUR LA MUSIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

SUR LA MUSIQUE FRANÇAISE

AVERTISSEMENT

I-A querelle excitée rannée dernière à l'Opéra n'ayant abouti qu'à des injures, dites , d'un côlé , avec beaucoup d'esprit, et, de l'autre, avec beaucoup d'animosité, je n'y voulus prendre aucune part; car cette espèce de guérie ne me convenait en aucun sens, et je sentais bien que ce n'était pas le temps de ne dire que des raisons. 31ainlenant qvie les boulFous sont congédiés, ou près de l'être, et qu'il n'est plus question de cabales, je crois pouvoir hasarder mon sentiment ; et je le dirai avec lua francbise ordinaire , sans craindre en cela d'offenser personne : il me semble même que, sur un pareil sujet, toute précaution serait injurieuse pour les lecteurs ; car j'avoue que j'aurais fort mauvaise opinion d'un peuple (;) qui donnerait à des chansons une importance ridicule, qui ferait plus de cas de ses musiciens que de ses philosophes, et chez lequel il faudrait parler de musique avec plus de circonspection que des plus graves sujets de morale.

C'est par la raison que je viens d'exposer que , qvioique quelques-uns m'accusent, à ce qu'on dit, d'avoir manqué de respect à la musique française dans ma première édition, le respect beaucoup plus grand et reslimc tpie je dois à la nation m'em[)èchent de rien changer , à cet égard, dans celle-ci.

(i) De peur que mes lecteurs ne prennent les dernières lignes di' cet alinéa pourune satire ajoutée après coup , je dois les avertir qu'elles sont tirées exactement de la première édition de celle kltre; tout ce qui suit lui ajouté dans la seconde.

AVEI\TISSESIE^'T. ^dO

Une chose presque incroyable, si elle regardait tout aulre que moi c'est qu'on ose ni'aecuser d avoir parlé de la langue avec mépris dans un ouvrage où il n'en peut être question que par rapport a la musique. Je n'ai pas changé là-dessus un seul mot dans cette édition; ainsi, en la parcourant de sangfroid , le lecteur pourra voir si cette accusation est juste. Il est vrai que, quoique nous ayons eu d excellens poètes et même quelques musiciens qui n étaient pas sans génie, je crois notre langue peu propre à la poésie , et point du tout à la musique. Je ne crains pas de m'en rapportersur ce point aux poêles mêmes; car, quant aux musiciens, chacun «ait qu'on peut se dispenser de les consulter sur toute aflTaire de raisonnement. En revanche , la langue française me paraît celle des philosophes et des^sages (i) : elle semble faite pour être l'organe de la vérité et de la raison. Malheur à quiconciue offense l'une ou l'autre dans des écrits qui la déshonorent ! Quant à moi , le plus digne hommage que je croie pouvoir rendre à cette belle et sage langue , dont j'ai le bonheur de faire usage, est de tâcher de ne la point avilir.

Quoique je ne veuille et ne doive point changer de ton avec le public , que je n'attende rien de lui , et que je me soucie tout aussi peu de ses satires que de ses éloges, je crois le respecter beaucoup plus que cette foule d'écrivains mercenaires et dangereux qui le flattent pour leur intérêt. Ce respect, il est vrai, ne consiste pas dans de vains ménagemensqui marquent l'opinion qu'on a de la faiblesse

(0 C'eslle sentiment del'auteur de lalettre sur les sourdsetles muets, sentiment qu'il soutient très-bien dans TaddUion a cet ouvrage , et qu'il prouve encore mieux par tous ses cents.

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de ses lecteurs , mais à rendre hommage à leur iu= gcment, en appuyant, par des raisons solides , le sentiment qu'on leur propose ; et c'est ce que je me suis toujours eîrorcé de faire. Ainsi, de quelque sens qu"on veuille envisager les choses , en appréciant équitablement toutes les clameurs que cette lettre a excitées, j'ai bien j eur qu'à la lin mon plus grand tort ne soit d'avoir raison ; car je sais trop que celui-là ne me sera jamais pardonné.

SUR

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