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Écrivains et hommes de lettres

En relisant, après six années, les divers chapitres de ce volume, je n'éprouve le besoin d'aucun changement, d'aucune rectification. Ma foi est la même. Mes espérances ont vieilli sans se lasser.

J'aurais eu du plaisir pourtant, sans rien corriger d'essentiel, à adoucir l'expression de certains jugements, de certaines critiques. L'indulgence n'est pas seulement une des formes du mépris; elle est aussi une des joies de la vérité : joies mélancoliques après tout, qui viennent tard, et que la jeunesse implacable ne veut pas connaître. Mais un adoucissement des termes, plus conforme à mes inspirations actuelles, enlèverait à ce volume des illusions, en même temps que de la colère. Je le maintiens dans son intégrité, comme un souvenir des luttes passées, de la grosse chaleur du combat.

Je combattais alors, de tout cœur, dans ce bataillon de la Revue de Paris, qu'une force indiscutable a dispersé sans le vaincre, et surtout sans le convaincre.

On se souvient qu'après lattentat du 14 janvier 1858, M. Billault, ministre de l'intérieur, sollicita un décret de suppression contre le journal Y Assemblée nationale et contre la Revue de Paris. Deux propriétés furent anéanties; il le fallait sans doute. Je ne me permets aucune plainte inutile : je ne vengerai pas des morts sur une tombe. Je veux seulement rappeler dans quels termes cette mesure rigoureuse fut demandée, et je ne doute pas que le grand orateur, dont l'empire porte encore le deuil , n'eût regretté ses anathèmes, en retrouvant devant lui, à la chambre, parmi les élus du suffrage universel, quelquesuns des membres importants de V Assemblée nationale et de la Revue de Paris, qu'on n'a pas supprimés.

C'était d'eux qu'il disait :

« Il est une mesure que nos lois permettent aujour- « d'Iiui : c'est de ne plus tolérer que certains journaux « soient entre les mains de quelques meneurs peu nomce breux, mais infatigables, les instruments quotidiens du « travail démagogique, les organes presque officiels de u toutes leurs excitations directes ou indirectes. Il ne faut '( pas non plus que, d'un autre côté, attaquant sans relâa che, sous des formes habilement déguisées, la nouvelle « dynastie et la constitution que s'est donnée le pays, on K s'obstine à montrer en espérance, comme des réalités ( encore possibles et prochaines, des prétentions tombées ' désormais sans retour dans le néant du passé.

«. Tant que la librn Angleterre a ou à redouter pour

« la famille qui règne aujourd'hui sur elle les attaques ou « les intrigues des amis d'un prétendant, cette liberté dont « elle est si fière s'est effacée derrière des rigueurs éner- « giques

« Le gouvernement d'une grande nation ne doit pas « plus se laisser miner sourdement par les habiletés de la « plume qu'attaquer violemment par les brutalités sauvages « des conspirations.

« Le décret que je vous propose ne fera que justice à « l'égard de ceux qu'il atteint; il sera de plus un avertis- « sèment pour d'autres »

L'avertissement avait-il été réellement compris, ou bien la justice, comme je le crois, s'était-elle adoucie? Mais il est certain que la Revue de Paris et V Assemblée nationale suffirent à désarmer la prudence si terriblement armée de M. le Ministre. Je dois cet hommage à sa mémoire, comme je dois cet honneur aux deux recueils frappés.

Cette réimpression me permet aussi, après avoir attesté ma foi, de confirmer dans tous ses termes la dédicace à l'ami le meilleur, dont l'affection avait précédé de longtemps l'alliance de la bataille, et a survécu plus forte et plus étroite aux déceptions. apparentes de la lutte.

Louis ULBACH.

Paris , l.j novembre 1863.

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