‹ Ecrivains modernes de l'Angleterre: Premie?re se?rieChapitre 3 sur 14 · PREMIER ESSAI SUR GEORGE ELIOT · texte numérisé non relu

PREMIER ESSAI SUR GEORGE ELIOT

parler haut, et sur lequel la malédiction de Dieu est étendue. Songez à tout ce que ce funeste privilège engendre de péchés et de désirs du péché, de souffrances et de douleurs de tout genre. C'est, après le génie, la source la plus féconde en misères et en humiliations. La beauté semblerait faite pour une vie menée dans des conditions idéales; mais hélas! Tidéal n'est pas de ce monde, et il faut nous contenter d'une vie réelle et modeste avec laquelle la laideur est en plus parfaite harmonie. Poètes, artistes, amants, reconnaissez donc la moralité de la laideur, de la médiocrité, et le rôle bienfaisant que les vertus modestes jouent dans le monde. Et après tout, qu'importe la beauté, puisque la vie est faite pour l'action et non pour le désir? Peut-être notre auteur a-t-il raison; en tout cas, nous lui accorderons que sa manière de voir aurait rempli de bonheur la pratique Marthe du Nouveau Testament. Nous approuvons sa doctrine sans la partager, car toutes nos préférences sont naturellement tournées vers la doctrine opposée qui est représentée dans TÉvangile par Marie, vers la doctrine de la contemplation, de l'idéal. Et de crainte que George Eliot ne nous accuse trop vite de professer une doctrine trop païenne, nous lui rappellerons que Jésus- Christ lui-même semble avoir pensé comme nous, et donné la préférence à la contemplation sur l'activité pratique, au désir violent qui conquiert le royaume des cieux sur la modestie aisément satisfaite des conditions de la terre.

Juin 1859.

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