CHAPITRE PREMIER
GENERALITES
Les travaux classiques de Heine (i), Duchenne de Boulogne, Prévost et Vulpian (2), Chargot et Joffroy (3), Strûmpel (4), Pierre Marie (5), etc., ont précisé les caractères cliniques et Tanatomie pathologique de la paralysie infantile. Maladie de l'enfance, cette paralysie évolue généralement en deux phases. La première, celle du début, est caractérisée par des symptômes d'invasion : fièvre, abattement, céphalée, troubles digestifs, etc.. Plusieurs jours après, parfois même seulement quelques heures après, surviennent des paralysies qui intéressent certains groupes musculaires. Au cours de la seconde phase, pendant laquelle la maladie passe à l'état chronique, les troubles moteurs s'accompagnent d'atrophie musculaire et de déformations plus ou moins marquées des membres atteints. Rarement mortelle, la poliomyélite ne se termine qu'exceptionnellement par la guérison entière et définitive. Les enfants conservent leurs paralysies et l'amélioration ne survient qu'à la suite d'un traitement approprié.
Au point de vue anatomo-pathologique, la paralysie infantile consiste en une inflammation, tout d'abord aiguë, ensuite chronique, des cornes antérieures de la moelle épinière, intéressant la substance grise et ses vaisseaux nutritifs. Cette inflammation, par un mécanisme que nous examinerons plus loin, détermine la destruction plus ou moins totale des cellules nerveuses, destruction qui
(1) Hbinb, Spinale Kinderlaehmung, 1860, 2e édition, Stuttgart.
(2) Prévost et Vulpian, C, R. de la Soc. de Biologie, i865, décembre.
(3) CHARCoret Jopfrot, Arch, de Physiolog,, 1871, t. III.
(4) Strûmpel, Deutsch. Arch, /âr kl in, Medizin, i884, t. XXXV, p. i.
(5) Pierre Marie, Leçons sur les maladies de la moelle, Paris, 1892 ; Progrès médical, i885.
explique la persistance des troubles moteurs, les facultés régénératives de ces cellules étant notablement restreintes.
La paralysie infantile est donc une affection nettement définie. Strûmpel et Pierre Marie, se basant sur les caractères cliniques de la poliomyélite considérée à ses débuts, et aussi sur l'évolution des lésions médullaires, lui avaient attribué une origine infectieuse. Toutefois, la nature du virus étant inconnue et les tentatives de transmission aux animaux ayant échoué, la conception de la paralysie infantile, en tant que maladie microbienne, manquait de preuves décisives. On avait bien relaté de petites épidémies ayant sévi dans des régions circonscrites, telle, entre autres, celle observée par CoRDiER (i) à Sainte-Foye-rArgentière. Mais, comme ces épidémies comportaient un très petit nombre de cas, et qu'on n'avait pas déterminé le mode de contagion, on ne pouvait les invoquer comme des arguments irréfutables en faveur de la conception de Strûmpel et Pierre Marie.
Or, depuis quelques années, certaines contrées d'Europe, d'Amérique et d'Australie ont été fortement éprouvées par une maladie épidémique ressemblant à la paralysie infantile, non seulement par ses caractères cliniques et son évolution, mais aussi par les lésions anatomo-pathologiques qu'elle engendre. A allure nettement contagieuse, cette maladie est caractérisée par un début fébrile, par des paralysies localisées aux muscles des membres, de la nuque, de la face et de l'abdomen; elle a, comme substratum anatomique, une inflammation qui, suivant les cas, intéresse la substance grise et blanche delà moelle épinière, du bulbe et de l'écorce cérébrale. Il s'agit, en somme, d'une poliomyélite, accompagnée ou non de polioencéphalite, et provoquant des paralysies plus ou moins généralisées.
Dès son apparition sous forme épidémique, cette maladie, que l'on désigne actuellement sous le nom à^ poliomyélite aigûe infectieuse ou maladie de Heine-Medin (Wickman), fut étudiée au point de vue clinique, étiologique, anatomo-pathologique et épidémiologique. Les savants qui s'en sont occupé, ont précisé le mode de contagion, la genèse des lésions et, de plus, ont réussi à la conférer au singe. Cette dernière découverte a ouvert la voie à d'importantes recherches expérimentales concernant la pathogénie de l'infection et la nature du virus qui en est l'agent provocateur.
Etant donné que ja pojiorpyélite ^igûe n'est, ep dernière aujalyse,
(i) CoRDiER, Lyon médicaly leret 8 janvier 1888.