POUR ANNIE
Dieu merci ! la crise, — le danger est passé, et la languissante maladie a disparu enfin, — et la fièvre appelée « Vivre » est vaincue à la fin.
Tristement je sais que je suis dépossédé de maforoe, etjene meus pas un muscle, tandis que je suis couché de tout mon long. Mais qu'importe ? — Je sens que je vais mieux à la longue.
Et je repose si tranquillement à présent, dans mon lit, qu'à me contempler on me croirait mort, on pourrait tressaillir en me voyant, me pensant mort.
Les lamentations et les gémissements, les soupirs et les sanglots sont apaisés maintenant, avec cette horrible palpitation de mon cœur, ah ! cette horrible palpitation !
Le malaise, — la nausée, — l'impitoyable souffrance — ont cessé avec la fièvre qui affolait mon cerveau, avec la fièvre appelée « Vivre » qui consumait mon cerveau.
Et de tous les tourments, celui qui torture le plus a cessé : le terrible tourment de la soif pour le fleuve bitumineux d'une passion maudite : — J'ai bu d'une eau qui étanche toute soif.
J'ai bu d'une eau qui coule, avec un son berceur, d'une source souterraine mais peu profonde, — d'une caverne qui n'est pas bien loin sous terre.
(1) Voir note, page 70.
Ah ! qu'il ne soit jamais dit follement que ma chambre est obscure et mon lit étroit ; car jamais homme ne dormit en un lit dilïérent, — et pour dormir vi-aiment, c'est dans un lit tel que celui-ci qu'il faut se coucher.
Mon âme tantalisée repose doucement ici, oubliant, sans jamais les regretter, ses roses, — ses anciennes agitations de myrtes et de roses.
Car maintenant, tandis qu'elle repose si tranquillement elle imagine autour d'elle une plus sainte odeur de pensées, une odeur de romarin mêlée à des pensées, à de la rue et aux belles et rigides pensées.
Et ainsi elle gît heureusement, plongée en maint rêve de la constance et de la beauté d'Annie, noyée en un baiser des tresses d'Annie.
Tendrement elle m'embrassa, passionnément elle me caressa Et alors je tombai doucement endormi sur son sein, je tombai profondément endormi du ciel de son sein.
Quand la lumière fut éteinte, elle me couvrit chaudement et elle pria les anges de me préserver du malheur ; elle pria la reine des anges de me protéger contre le malheur.
Et je repose si tranquillement maintenant en mon lit (coimaissant son amour) que vous me croyez mort. — Et je repose si sereinement maintenant en mon lit, (avec son amour en mon cœur) que vous me croyez mort, — que vous tressaillez de me voir, me pensant mort.
Mais mon cœur est plus brillant que toutes les nombreuses étoiles du ciel, car il étincelle par Annie, — il est embrasé par la lumière de l'amour de mon Annie, — par le souvenir des beaux yeux lumineux de mon Annie.
Bien-aimée ! parmi les sérieuses infortunes qui se pressent autour de mon sentier terrestre, (morne sentier, hélas, où ne croît pas même une rose solitaire) mon âme trouve du moins quelque consolation à rêver de toi, et elle connnaît par là un Eden de caressant repos.
Et ainsi ton souvenir est pour moi comme une île enchanteresse et lointaine, au milieu d'une mer tumultueuse ; — au milieu d'un océan battu de tempêtes, au loin et au large, — mais où pourtant cette île apparaît toujours souriante, sous un ciel continuellement serein.