‹ Edgar-A. PoëChapitre 35 sur 51 · LES ESPRITS DES MORTS · texte numérisé non relu

LES ESPRITS DES MORTS

Ton âme se trouvera seule, en proie aux noires pensées de la grise pierre tombale ; — personne, de toute la foule, ne t'inquiétera en tes heures de recueillement.

Tiens-toi silencieuse en cette solitude qui n'est pas l'abandon, — car les esprits des morts, qui existèrent avant toi dans la vie, te rejoindront et t'environneront dans la mort, — et l'ombre projetée sur ta face obéira à leur volonté : donc, demeure tranquille !

Quoique sereine, la nuit froncera le sourcil, et les étoiles, du haut de leurs trônes célestes, n'abaisseront plus leurs regards avec un éclat semblable à celui de l'Espérance donnée aux mortels ; mais leurs orbes rouges, dépoiu-vus de tout rayon, seront pour ton cœur flétri comme une brûlure, comme une fièvre qui voudrait s'attacher à toi pour toujours.

Maintenant, des pensées te hantent, que Jtu ne banniras plus ; maintenant surgissent devant toi des visions qui ne s'évanouiront jamais ; — jamais elles ne quitteront ton esprit, mais elles s'y fixeront comme les gouttes de rosée sur l'herbe.

La brise, — ce souffle de Dieu, — repose maintenant immobile, et la brume qui s'épanche comme une ombre sur la colline, — telle qu'une ombre dont le voile n'est pas déchiré encore, — devient ainsi un symbole et un signe. Comment elle demeure suspendue aux arbres, c'est là le mystère des mys tères !

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