LA ROMANCE
O Romance qui aimes à saluer et à chanter, la tête assoupie et les ailes ployées, parmi les feuilles vertes secouées au loin sur quelque lac ombragé, tu as été pour moi im perroquet aux vives couleurs, — un oiseau très familier ; tu m'as enseigné à lire mon alphabet, à balbutier mes toutes premières parole?, lorsque, enfant à l'œil déjà sagace, je m'enfonçais dans les bois farouches.
Dans ces derniers temps, l'éternel Condor des années a tellement ébranlé mon ciel jusqu'en ses hauteurs, en y répandant le tumulte créé par le passage et la fuite des années, et j'ai si obstinément les yeux fixés sur l'inquiétant horizon, qu'il ne me reste plus de temps pour de précieux loisirs. Et si parfois une heure au vol plus calme jette encore son enchantement dans mon esprit, passer ce peu de temps avec le rythme et la rime (choses défendues !) me semblerait un crime, à moins que mon cœur ne frémisse à l'unisson.
L'EMPIRE DES Fi.ES
Vallées obscures ! et torrents ombreux ! et bois nuageux, dont nul ne peut découvrir les formes, à cause des larmes qui, goutte à goutte, y pleurent de toutes parts !. Là, des lunes démesurées croissent et décroissent toujours, encore, toujours, à chaque instant de la nuit, en changeant à jamais de place, et sous l'haleine de leurs faces pâles, elles ternissent l'éclat des tremblantes étoiles. Vers la douzième heure du cadran nocturne, une lune plus nébuleuse que les autres (d'une esj)èce qu'à l'épreuve les Fées ont dû trouver meilleure) descend, descend jusqu'au bas de Thorizon et pose son centre sur la courorme d'une éminence de montagnes, pendant que sa vaste circonférence retombe en draperies flottantes sur les hameaux, Bvx les manoirs même éloignés, — sm- les bois étranges, — siu" la mer, — sur les esprits qui voltigeât, — sur chaque chose assoupie, et les ensevelit complètement en un labyrinthe de lumière. Et alors, combien profonde, oh ! profonde, est l'extase de leur sommeil. — Au matin* elles se lèvent, et leur voile lunaire s'envole par les cieux, pendant c^u'elles s'agitent comme de pâles albatros au souffle de tempête qui les secoue ainsi que presque toutes choses. Mais alors les Fées qui s'étaient Tôfugiées sous cette lime, et qui s'en étaient servi pour ainsi dire comme d'une tente, la quittent, ne pouvant plus y trouver d'abri. Et les atomes de cet astre se dispersent et se résolvent bientôt en une pluie, dont les papillons de cette terre, — qui cherchent en vain les cieux et redescendent, (créatures jaonais satisfaites!) — nous rapportent parfois des parcelles sur leurs ailes frissonnantes.