‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 105 sur 150 · Lettres à sa mère · texte numérisé non relu

Lettres à sa mère

Je ne possède aucun document inédit d'Edgar Quiiiet sur cette époque, il écrivait peu quand il avait un ouvrage surle chantier, et cessait loule correspondance pendant son cours.

Quelques rares fragments de lettres de sa mère, voilà tout ce qui me reste, pourtant elles m'aideront à reconstituer la physionomie de cette période si importante.

Le discours d'ouverture est résumé dans la lettre d'Edgar Quinet du 9 février 1842 :

Tu sais, à l'heure qu'il est, que la hataille est gagnée aussi complètement que possible. J'ai été interrompu huit fois, par des applaudissements, des bravos prolongés. Je suis arrivé à pied... Je sentais que j'avais quatre vingt-dix chances pour moi sur cent... Quelqu'un qui m'eût vu passer ne m'eût pas, je crois, trouvé l'air préoccupé. J'arrive dans la cour du

(collège (le France. On avait fait du feu dans la salle d'attente. Je voyais de là ceux qui arrivaient.

Enfin, à une heure dix minutes, le familier vint me chercher. Il ouvre la porte devant moi. J'entre. La salle était comble. On dit que j'étais très pâle. Cependant, je ne sentais pas cette pâleur au dedans. Je monte à cette chaire. Je reste debout en laissant sur la chaire un papier de la grandeur de celui-ci, qui était toute la ressource que j'avais voulu me conserver. Je regarde en face mon auditoire et enfin je commence... "^

L'attention est très grande. Au tiers du discours, applaudissements unanimes. Je reprends. La sympathie est évidente. J'avais ménagé pour le commencement des idées très reposées, très calmes, et conservé ce qui devait être vif pour la dernière partie. J'arrive à ce point : « Est-il bien vrai, comme on me le répète chaque jour à l'oreille, que j^ n'aie alfaire ici qu'à des peuples éteints ?... Non, non, s'ils sont las, ils se reposeront; s'ils sont assis, ils se relèveront; s'ils sont morts, ils ressusciteront. »

La suite a été un dialogue entre l'orateur et les applaudissements de l'auditoire.

«... J'ai souvent entendu dire que la France liée à la Révolution ressemble à ce Mazeppa entraîné loin des routes frayées par le cheval que sa main ne peut régir. Plus d'un vautour le suit et convoite d'avance sa dépouille... Cela est vrai peutêtre... Seulement il fallait ajouter qu'au moment où tout semblait perdu, c'est alors qu'il se relève au bruit des acclamations de ceux qui l'ont fait roi. »

Tonnerre d'applaudissements, comme disent les Anglais.

Ce qui m'a fait surtout plaisir en cela, c'est que, passé les premiers mots, j'ai senti en parlant une tranquillité intérieure... En sortant, Mickiewicz est venu se jeter dans mes bras, Magnin, Ampère, qui connaissent le métier, étaient charmés. Là-dessus arrive ma tante tout en larmes. L'effet avait été unanime, il n'y avait aucun moyen d'en douter '.

Comnfient n'aurait-il pas senti cette certitude? 1. Lettres à sa mère.

Il avait pour gage l'enthousiasme de Lyoa ; la même électricité se communique à l'auditoire de Paris.

L'accomplissement de sa mission lui donnait ce grand calme. Ceux qui l'ont vu à ce cours le dépeignent ainsi : grand de stature, mince de taille, le visage pâle, ovale, une longue chevelure noire rejetée en arrière et découvrant son vaste front, le regard étincelant sous des paupières à demi entr'ouvertes, les bras croisés sur la poitrine. On lui trouvait l'expression méditative et résolue. Chez lui, la pensée et la parole étaient des actes.

Le Siècle publiait des extraits de ces leçons. Madame Quinet mère, après les avoir lues, lui écrit en lùai 1842 :

De toutes les louanges qu'on donne à Edgar, celle à la quelle je suis le plus sensible, c'est le calme, la dignité, la fermeté, la modération, enfin sa mâle éloquence et cette attitude vigoureuse qui attend de pied ferme. La noblesse du 4;aractère et la hauteur d'âme ont toujours été l'objet de mon respect. Je remercie Dieu, je remercie Edgar de me donner ces deux choses.

Elle arrive à Paris el ces précieux documents vont me faire défaut pour 1842; je les retrouverai pour les années suivantes. Au risque d'empiéter sur l'ordre chronologique, voici un fragment de lettre qui a trait au Collège de France :

Je ne vous écrirai ni le mardi, ni le mercredi. Le mardi, c'est la veille de la bataille * et il faut laisser à Edgar tout le calme, tout le loisir de faire ses dispositions. Le mercredi, c'est l'heure où le clairon sonne, et je ne voudrais ni retarder

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