UT OMNES UNUM SINT
Ah ! l'on ne reverra plus jamais des scènes si émouvantes ! Si les hommes ont oublié, les murs de celte demeure, rue du Montparnasse, les arbres du jardin, les pierres de la cour se souviennent !
Je terminerai par la lettre qu'Edgar Quinet écrit à sa mère, en août 1845, aussitôt que sa campagne fut finie:
11 est certain que jamais je n'ai eu plus de calme intérieur que depuis le temps où ces batailles ont commencé.
J'appellerais iinhiie cela bonheur, si souvent la fatigue n'éuii excessive, et surtout si le temps ne me manquait pas. h seule et véritable peine était de devoir faire en deux jouk le travail d'un mois. On croit tout perdu, et, le moment veni la nécessité et le péril vous font trouver des ressources quï l'on n'ima{?inaitpas.
J'ai ainsi vécu pendant cinq mois, dans des crises continuelles, obligé à ma manière de livrer une bataille rangw chaque semaine sans avoir le temps de la préparer. Je ne })uis pas te dire assez à quel point j'ai été assisté par une force inconnue, dans les moments les plus désespérés. Je me couchais désolé, et, le lendemain, avant midi, tout était prêt: les choses, les mots, les citations, les plans, tout avait surgi je ne sais d'où. Quelqu'un qui n'a pas passé par ce péril continuel de l'improvisation pure, sans passion, ne peut se faire une idée dcî ce genre de vie. Combien j'ai envié souvent le général qui livre sa bataille en une année I II a un jour d'éclat et c'est assez.
Mais, dans ce combat de l'esprit, la journée d'hier compte à peine. Si une force supérieure ne m'eût assisté il m'eût été impossible de traverser tant d'obstacles.
Au reste, j'ai éprouvé ce genre de contentement qui consiste à faire exactement ce que l'on a mission de faire. Peut-être est-ce là le bonheur. Un mélange d'angoisses, de calme ot de lueurs inespérées. En de certains instants, c'eût été un éclair de félicité, si vous aviez été là; car j'ai toujours pensé à vous dans les bons et les mauvais nionienls.
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