‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 92 sur 150 · Revue du Lyonnais , t. IX, p · texte numérisé non relu

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tout entier transporté au sein du monde dont il vous parle. On a dit que le débit et le geste de M. Quihet manquent de correction, d'élégance et de grâce. Est-ce une louange, est-ce un blâme? Pour nous, le débit comme le geste le plus parfait, c'est non le plus pur et le plus correct, mais le plus expressif et le mieux en harmonie avec le drame intérieur de la pensée...

Tel est, à quelques égards, le professeur de littératures étrangères de la ville de Lyon. Je dis à quelques égards ; car, si nos impressions et quelques notes prises rapidement à chaque séance nous ont fidèlement servi dans l'appréciation du talent de M. Quinet, et dans la reproduction de l'esprit de ses leçons, nous sommes loin d'avoir donné la moindre idée de sa belle et grande imagination, de sa poétique éloquence.

La ville de Lyon a droit de se glorifier dans sa Faculté des lettres... Elle peut se flatter que sa chaire de littérature étrangère n'a pas de rivale en France ^

On me pardonnera d'avoir exhumé ces citations; elles marquent l'élévation d'esprit qui animait la presse et l'auditoire lyonnais en 1839, ces temps qui semblent si éloignés et si parfaitement oubliés!

Deux hommes qui ont acquis depuis un nom éminent l'un comme poète, l'autre comme critique, MM. Victor de Laprade et Saint-René Taillandier, alors de très jeunes gens, étaient au premier rang des auditeurs, ils ne manquaient pas une leçon et devinrent des disciples et des amis fidèles d'Edgar Quinet. M. de Laprade écrivit une série d'articles dans la Revue du Lyonnais^ pour répandre le succès de ce cours, où la science était vivifiée par la flamme de l'apostolat.

1, Revue du Lyonnais, t. IX, p. 470.

Je tiens trop au Jugement d*un homme qui est une gloire lyonnaise pour ne pas donner au moins une de ses pages sur les débuts du professeur :

M. Quinet nous promet pour cette année une Histoire des Religions, et, déjà, il a posé sous nos yeux les premières pierres de ce monument. Après avoir complété Tensemble de ses vues sur Tlnde par une leçon sur la littérature dramatique de cette contrée, il a suivi Fesprit humain de l'Inde dans la Perse, et nous a retracé, avec une étincelante concision, le développement de la pensée religieuse à travers les institutions des mages et les temples de Persépolis.

Un auditoire toujours plus nombreux et "plus attentif se pressait pour entendre la parole du poète, cette parole si ferme, si profonde, si colorée, qui décèle également le penseur et l'artiste, et garde ce quelque chose de spontané, d'imprévu et de saisissant qui, chez les habitués des chaires et des tribunes, s'efface si vite sous le brillante artiflciel et la rondeur des périodes. Le sujet que M. Quinet se propose de traiter ne peut manquer d'attirer plus vivement encore les regards du monde littéraire sur notre Faculté des lettres... Le choix même du sujet pour un cours de littérature est le fait d'une grande puissance intellectuelle ; il a été heureusement inspiré à celui de nos écrivains qui est placé au point de vue le plus favorable pour le traiter ; nous espérons qu'il en sortira un des livres remarquables de notre époque. L'Histoire des Religions est un sujet neuf, tout à fait neuf... Deux espèces d'écrits ont été faits sur les religions, des diatribes où elles ont toutes été également attaquées comme l'œuvre constituée de la crainte et de la fourberie, des apologies où un culte se posant comme le seul vrai renvoie à chacun des autres le reproche de mensonge et d'absurdité que quelques hommes, usurpant le nom de philosophes, ont fait peser sur toutes les manifestations de la pensée religieuse. A travers ce mouvement d'attaque et de défense, VHistoire des Religions est restée à faire ; elle demandait une époque dégagée de haine et d'amour comme la nôtre, et, dans cette époque, un écrivain profondément doue du sens historique, prompt à se pénétrer dé l'esprit des temps et des

lieux, rempli de cet instinct synthétique qui démêle Timmuable et l'universel dans ce qu'il y a de plus relatif et de plus passager, un homme enfin qui tînt un compte égal de la raison individuelle et de la raison commune, et qui eût assez d'impartiale critique pour suivre, à travers le labyrinthe des traditions diverses, la grande tradition de l'humanité. Les facultés du philosophe et du poète, personne ne sera tenté de les contester à M. Quinet; tous ceux qui ont lu et compris ses beaux ouvrages assez pour se faire une idée juste de sa personnalité littéraire, penseront avec nous qu'il est dans les conditions les meilleures pour écrire une Histoire des Religions, Nous tiendrons les lecteurs de la Revue au courant de ce cours que Paris nous envie et qui marquera profondément sa trace dans notre ville *.

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